‹ Du gouvernement considéré dans ses rapports avec le commerce, ou, De l'administration commerciale opposée à l'économie politiqueChapitre 26 sur 46 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Le Gouvernement doit-il encourager le Commerce et les Fabriques de préférence à l'Agriculture P

Cette question est encore une de celles sur lesquelles le Gouvernement et les écrivains ne peuvent s'accorder. Avant de nous occuper du commerce, il importe de la résoudre.

Suivant lés économistes , le travail des ouvriers des manufactures ne fait que remplacer ce qu'ils ont consommé de vivres en s'y livrant. Ainsi , dans ce système, l'industrie manufacturière ne peut rien ajouter à la richesse nationale , ou n'y peut ajouter que par des privations.

L agriculture ,. au contraire , indépendamment du salaire des ouvriers, donne encore un pro-^ duit qui ne remplace rien et crée une valeur nouvelle. ;Cest donc une conséquence nécessaire qu'il faiit préférer l'agriculture aux fabriques.

Oui dans ce système ; mais il est faux : j'insiste d'ailleurs sur le mot , car il y a des écrivains qui , ne cessant de répéter que le système des écomistes est fau^t, employent cependant tout ce qu'ils ont de talent pour prouver ensuite .que

a4a LIVRE III.

ce système est la plus belle concqptîon de res{>nt humain (i).

Je suppose quHi existe une ^natiou purement agricole , où l'industrie n'ait £dt encore Bucnçi progrès. A l'exception des objets de consonmia^ tion indispensables à sa subsistance , ce peuple manque de tout. Je vais jusquli supposer qu'il n'est pas même vêtu.

On conçoit qu'un pareil peuple aura beanicoûp d'oisifs. Quelques-uns de ces oîsîfi déco«PvrentPart de filer la laine des troupeaux et lelin des tcliomps. En moins de dix ans , toute la nation est babillëe.

Je demande h. un économiste si <!eMe nation n'est pas plus riche qu^auparavant. nnliésite pcmt, et me rëpond que non. *- Non ? — Non. Ce qu'elle a de plus en habits , elle Ta de moins en virres : la valeur ajoutée au lin et ^ la laine est précisément égale à ce que les ouYriers ont in»sommé pendant la durée de l'ouvrage ; ta liebesse du pays est toujours la même. — Tot^ours !a même ! mais sTik fuss^it restés cnsik ces etivriers , en auraient-ils consommé moins de TÎvres? La nation a donc de plus ce qu'ils ont prodaît : ^e est donc plus riche. ^

Regardez autour de vous : sur cent objets que

(i) Voir tout ce qu'en (fit M. Garnier, dans les Dotet de sa traduction de Smith.

Wïs apercevez , il n'y en a pas un peut-être qm soit le produit imoiédiat du soL Ne voyes-vous pas que^ dans Tétat actuel de la ^vilisation , l'homme n'emploie rien ou presque rien de ce que la terre cnée , tel qu'dle le crëe î Ces maisons (pii vous abritent , ces halùts qui vous couv4rent et vous parent , ces aliments qui vous substaotenl, iittit a subi les effets de l'industrie , tout a été approprié à VQS besoips , à vos goûts , à vos &ntaisies, tout a été modifié, changé» 4énatui*é*^».. Et on soutientque ce ne sont point Ikde^ ricbeàscss, parce que ceux qui les ont produites n'ont iaAt quie remplaçar leur eonsommation ! Qùelle&misérable$ siftbtîJiiés !

Si rindu^trie enlevait de$ bra» ^ ragricultaire > et que la terre ne prpduûiît i4us de ^oi nûurrîr les liommes, certes, elle devieiulrdi^t jf»m 00 l'industrie a-telle aqiené dç pareils ré^ultaU ? £jpi bien t puisque l'agricukure n'occupe qu'une paiskie des hommes «qu'elle alîmeMe , qu'e$t*ot^ que le3 aatres ont de imeux à faire , que de donner , s^'il est poâsîUie^ une nouyeUe valeur h se3 prpduîtal

Ainsi , en admettant que le travail des pâmera tke fît qu'ajouter aux matières ;sur lesquelles ib exercent leur industrie > niiie vaienr égale à leur consommation , ce travail n'en serait ni moins précieux f ni moins utile , puisqu'ils auraient éga-^ bment;- Consommé dans Tinaction.

a44 LIVRE in.

Mais je vais plus loin. Il est faux que lé travail des ouvriers n'ajoute, aux matières premières ^ qu une valeur ëgale à leur consommation»

Je prends pour exemple un tisserand : il gagne de quoi alimenter lui , sa femme et trois enfants. Voilà donc cinq personnes que son travail fait vivre : donc il remplace au^elk de sa consommation^

Mais, direz-vous, ce tisserand ne peut point gagner de quoi alimenter une famille aussi nombreuse. Eh bien , je la restreins k sa femme. N^ëtant plus que deux , ils jouiront de quelque aisance j et la femme pourra vivre commodément sans rien faire. Or , cette femme , alimentée par son mari , exerce de son côté une industrie qui lui est propre ; elle fait de la dentelle. Soutiendra*-t-on que cette dentelle remplace la consommation de Touvrière qui n a rien consommé , ou qui n'a consommé que ce que l'industrie de son mari lui a permis de consommer 1 Son travail est donc une richesse créée, une richesse qui ne remplace rien, un produit net , pour parler la langue du docteur Quesnay? et il en est de même de toutes les productions de l'industrie, parce qu'il n'y a pas un seul ouvrier qui ne puisse fournir k l'existence de deux personnes.

L'agriculture est de toutes les occupations aux-^ quelles l'homme peut se livrer , la plus utile et la plus honorable : la plus utile , parce qu'elle tend immédiatement à sa conservation ; la plus

honorable, parce qu'elle est indépendante et qu'elle engendre toutes les vertus , compagnes ordinaires des mœurs simples. Mais l'agriculture , aussi an* cienne que le monde , vit , si Ton peut s'exprimer ainsi , de ses propres forces , et n a presque rien à attendre des hommes , qui ont tout à attendre d'elle. Un laboureur cultive son cliamp , parce qu'il est sûr d'emplojer le produit de sa récolte. U n'a besoin pour cela ni de protection , ni de récompense. Plus la société sera nombreuse , plus il aura d'intérêt k perfectionner , à étendre son travail , et c'est déjà une première vérité reconnue , ^e tout ce qui tend k accroître la population , tourne au profit du peuple des campagnes.

Ces observations dont on i^e peut , je croîs , con-? tester la justesse, en manqueraient absolument si on voulait les appliquer k Tin'dustrie. L'homme cultive son champ parce que le besoin lui ep impose l'obli-r gation. Cependant c'est pour lui un délassement encore plus qu'un travail , et ce travail simple , &cile , il en a contracté l'habitude et le goût dès sa plus tendre enfance. Il eu est tout autrement de l'industrie ; ses progrès sont lents , les services qu'elle rend moins appréciés. Il a dû se passer bien des siècles avant que les hommes aient pu s'astreindre aux travaux assujétissants et monotones qu'elle exige; et voilà pourquoi il n'existe pas une 0eale contrée où l'agriculture n'ait fleuri , tandis

a46 LIVRE III.

qu il en est un très^grand nombre ou Tindastrie est toujours demeurée au berceau.

Liagriculture sep^ectîonne d*elle-méme , parce que les procédés qa'eUe emploie sont très-simples. G^est une sdehce en quelque sorte locale , qui ne connaît de règle que fa. pratique , varie suivant les pays et tes terroirs , et se rit des vaines théories du cabinet. Il ne &ut ni livres pour la répandre, ni ministres pour la diriger. Laissez le cultivateur suivre en paix les leçons de sa propre expârienoe« Sous le prétexte de fcri éviter la surcharge des impots indirects , ne loi arrachez pas le tiers cnx h moitié de ce que vous appelez son produit net; veillez , s'il est possible , > ce qu il ne manque ni de capitaux pour produire , ni de botiche^ pour consommer , et l'homme des champs vous bénira dans son cœur , sans porter la moindre envie aux fabricants des villes , quelque protection que vous leur accordiez.

Mafîj ni Tindustrie ni le commerce ne peuvent avoir dans leur marche cette uniformité de mouvement qui dispense le Gonvememeût de toute sollicitude. Leurs progrès tiennent à ceux de h civilisation, aux arts , aux sciences, Si la navigation. Le Gouvernement, qui ne peut presque rien pour l'agriculture, péiit presque tout pour Imdustrie* Si la nation a des habitudes ou des goûts susceptibles d*en retarder les développement, il doi\

empkfyertew ses soins à les eomlNittre. Une macbineBOOTeUe <^e-t-elle les moyens de simplifier le trafail? il eot faut récompenser Tanteur. Le talent et ThalHlelë des ouyiieFs laissent-ils encore à désirer ? il ccmvient d'exciter parmi eux Témuktion. Ainsi le Gouvernement est forcé d ayoir San» cesse les yeux ouverts smr ^industrie , dont kmardiieincartaineet'OBpriciesse a souvent besoin de guide 9 et presque toujonra de soutien.

LlBigncnlture , linûtée dans ses prc^ès , comme neus Favons vu , Test aussi , et invariablement ». par retendue du psys. Dès que tout le terrain est cultivé 9 il semble qu'on n'iEdt rien à |a*étendre de plus. Tout en eonvenasit que les moyens d^exploitation sont susceptible» de 9e perfectionner |^ encore &ut-il admetfre qu'il viendra un moment ou il ne restera rien, ou presque rien h &ire^ et sur qucH: voulez-vtms que s'è^terce ^lors la popu* lation du ^psijs?

Uindustri^, qui dispose non-sei^ment de& productions indigènes , mais de celles du monde entier, dont elle peut décupler, centupler la valeur, n'est limitée ni dan3 ses progrès , ni dans ses moyens, de perfection. Son domaiïie s'agrandit k mesuro que les besoins se multiplient, et vaste comme Fimagination , mobile et féconde comme elle y sa, puissance créatrice n^a de bornes que celles méme& du génie de l'bomme^ dont elle reçoit chaque^ jour un nouvel éclat.

!i/fi LIVRE II L

La conséquence.naturelle de ces rapprochements est que Tagriculture doit occuper le Gouvernement beaucoup moins que les ^ fabriques. Il me reste à montrer jusqu'à quel point ce résultat est contraire, à Topiniôn de Smith.

ce Dans la majeure partie de l'Europe , dit cet » écrivain (i) , le commerce et les manufactures » des villes , au lieu d'être Tefifet de la culture et » de l'amélioration des campagnes , en ont été » l'occasion et la cause. » Ceci est très-favorable aux manufactures ; mais lisons ce qui suit ; « Avec » cela , cet ordre étant contraire au cours naturel » des choses I est nécessairement à la fois lent » et incertain. Que l'on compare la . lenteur des » progrès de ces pays de l'Europe, dont la richesse » dépend en grande partie de leur commerce et » de leurs manufactures , avec la marche rapide 9> de nos colonies, dont la richesse est toute fondée » sur l'agriculture , etc. , etc. » Dans un autre endroit, il dit que la principale cause^es richesses des colonies , est qu'elles n'ont point de manufac-* tures (2).

Smith convient que , dans tous les Etats mo-* dernes de l'Europe , ce sont les fabriques qui ont donné naissance à l'amélioration de la culture des

(I) T. II, p. 480. —(a) T. II, p. 384.

tares , et il ajoute que cet ordre est contraire à la nature des choses. Mais , si un tel ordre eût été contraire à la nature des choses , il n'aurait pas eu lieu ; il n aurait pas eu lieu dans tous les Etats de l'Europe à la fois. Il n'y a de contraire k la nature des choses , que ce qui fait exception à la loi générale, et Smith prend encore une fois la loi générale pour l'exception.

L'exemple des colonies qui doivent leur prospérité à l'agriculture, est mal choisi et ne prouve rien. On ne peut pas comparer une colonie à la métropole. Dans la colonie il y a vingt fois , cent fois plus de terres qu'on n'eu peut cultiver; ces terres sont vierges et très-fertiles; leurs productions ont le monde entier pour marché ; on n'y pourrait établir de fabriques ssms enlever des bras èi ragri-» culture, et l'on n'y songe seulement point , parce que, sur un pareil sol, la meilleure fabrique est la terre. Dans la métropole , au contraire , il n'y a point de terres incultes ; les productions indigènes sont Umitées , et consommées sur les lieux ; loin qu'on y manque de bras pour l'agriculture , les manufactures ne suffisent point pour occuper les oisi&. Or , ie le demande de nouveau : où conduit un pareil rapprochement ]

Smith nous cite la Chine comme un pays où de tout temps l'agriculture ^ été préférée à l'industrie, et cette fois, du moins , un tel ordre est

25o LIVRE IIL

conforme & la nature des clioses ; mais cpi*a-t-il produit cet ordre si merreiHeuîc ? « Lorsqpen » retournant k terre toute la fournée , un honnne » peut gagner en Chine de quoi acheter , le soir, » une petite portiim de riz, il est fort content (i).

» La conditioii des artisans y est encore pire

» Us sont continuellement à courir les mes avec » leurs métiers , offi'ant leurs serrices et mendiant, » pour ainsi dire, de Foimage. La pauvreté des

V dernières classes du peuple, h la Chine, passe » de beaucoup ce qu'on peut voir chez les nations

3» lesphis misérables deFEurope Le mariage

f» n'est pas encouragé h la Chine parle profit qu'on

V retire des enfants , mai^ pat* la permission de les » déferuire...... » Et c'est Smith huyméme qui nous

donne ces horribles détaikr f Et il nous présente la Cliine comme un des pajs^ les* plus riches du monde F Ext vérité , rien ne serait plus propre à guérir une natkrn de la soif des richesses.

Mais voici qui est beaucoup plus extraordinaire : ce peuple , chez lequel Fagricuïture a suivi Tordre conforme à la nature des choses', aurait cependant atteint un Bien phs haut degré (Fopulence s^H açait eu d autres lois et d autres institutions (3) ; si , par exemple y il eût moins négligé 1er commtrce étranger^

(1) T. I.", p. 144 ; t. III , p. 541. (a) T. I.% p. .94.

DU COMMERCE, aSi

Eb r saiis doute ; mais alors il n^eut phis été le peuple agricole par excellence , et vous ne Fauriez pas traite avec plus dé mâiagement que les nations âe l'Europe , où l'agriculture s'est élevée en suivant un ordre contraire à la nature des choses* Ce n*est pas tout : ce peuple chinois , si ëminem-* ment agricole , si riche , et où les ouvriers qui travaillent à lu terre meurent de £iim pour la plupart, ce peuple chinois , a en fait d^ouvrages de manu- » factures, d'industrie, etc,, quoiqu^nf^rieur, n'est » pas fort au-^dessons des nations de FEurope. » (i) Quand Snuth a écrit ce passage , il avait apparem^ ment sous les yeux quelques-unes dé ces étoffés de soie , dont tes dessins font tant ^honneur aux artistes de la Chine , ou quelque vase d$ porcelaîne bien chargé de magots; mais il aurait imeniç yalu qull n*eût pas perdu de vue ce qu*îl avait écrit ailleurs : <c En Chine , les artisans courent fesr rues » avec leurs métiers, ofihoit leqrs seirioea et

» mendiant de Touvrage Le sort d'un laibou-?

)) reur j est autant au-dessus de celui d*un artissin, » que , dans la plupart des enchroîts de FEurope , « le sort d^m artisan est au-dessus de cehii du » laboureur ». (2) Or , fugez ce que peut être en Chine le sort d'un artisan , et, par une suite néces^ gaire , quels progrès a dû faire Tindustrie , puisque

■ ] i I . n ■ ■ tl

(0 T. H , p, 66,— (a) T, III, p, S4i,

rouvrier qui travaille à la terre est bien heureux y çuand il a gagné, le soir, de quoi acheter une petite portion de riz.

Les progrès de Tindustrie en Europe ont puiasamment contribué , de Taveu même de Smith (i), à Tamélioration des terres. Cet ordre , quoiqu'il en dise , est très-conforme k la nature des choses , et beaucoup plus que si lagricultur^ , dans un pays quelconque , avait contribué aux développements de rindustiie. En effet , il ne suffit point qu un laboureur cultive le lin pour qu'on lui achète le produit de sa récolte. Il faut encore qu il se trouve dans le pays des ouvriers habiles qui possèdent Tart de travailler ce lin , d'en faire du fil d'abord , et ensuite de la toile , ou de la batiste , de la dentelle. Mais quand de tels ouvriers existent , les demandes de lin se multiplient , et l'agriculture est là pour les recueillir et y satisËdre. Ainsi ses progrès doivent toujours être en raison de ceux de l'industrie , et cette marche est la seule que la raison avoue , comme elle est la seule que Texpérience confirme.

D'ailleurs, plus il y a d'ouvriers dans un pays, plus il y a de consommateurs. Aussi « tout ce 1» qui tend à diminuer le nombre des artisans r» et des manufacturiers , tend k diminuer le mar- » ché intérieur , le plus important de tous les

(0 T. II, p. 4i3.

» marché pour le produit brut de la terre , et » tend par là à décourager Tagriculture. » (i) Ici c^est Smitli qui parle. Je n'ai rien à ajouter.

Si cependant on pouvait douter encore que l'industrie ne contribue aux progrès de Tagriculture , je prierais le lecteur de jeter un coup-d'œil sur les principaux Etats de FEurope. Partout où Findnstrie est florissante , lagriculture est avancée ; ailleurs elle languit L'Angleterre et la France sont les pays les plus industrieux de l'Europe , et sans comparaison les mieux cultivés. En Espagne et en Pologne , où il n'existe qu'une industrie grossière , l'agriculture est encore dans Tenfance ; et remarquez que je cite ici deux pays dont le sol est de beaucoup plus fertile que celui de la France et de l'Angleterre.

J'ai déjà indiqué pourquoi les pays où l'industrie est florissante , sont ordinairement les mieux cultivés. C'est que l'industrie ne s'exerce que sur les produits de la terre, et que plus elle eh consomme, plus il faut les multiplier. On peut en donner en^ core une autre raison. Dans lès pays de manu&c^ tures ♦ il règne une émulation générale qui doit nécessairement tourner au profit de la société. Le cultivateur rivalise l'artisan , l'artisan le cultivateur ; personne ne r^ste oisif. Ecoutez Smith sur

«■»«««MM«Maw««MiMPi9MMtaMi

(i) T. ni , p. 555.

â54 LIVRE m.

cet accord si favorable aux orogrès de la ricbessé d'an pays , et qui ne Vest pas moins k la conser-vation des bonnes mœurs parmi le peuple : « Dans » les villes manu&cturières et commerçantes • . • , v le peuple est laborieux, frugal , économe (i).. • *y Dans les villes qui ne se soutiennent que par » la résidence permanente ou temporaire d'mie » coiXTy, dans celles de parlement, etc. • « il est en » général paresseux , débaudié et pauvre. » Ailleurs Smitb fait -ebseryer que les environs de Madrid ^ de Rome , de Versailles , villes de consomtnation et non de £diriques , sont mal cultivés et presque abandonnés ; aussi affirme-t-il que u 1 expédient I» le mmns propre k enooursiger la culture du ble » est de diminuer le nonbre de ceux qm sont en » état de le payer : politique aussi sa^ ^pie celle » qui voudrait donner de rexteasîon à ragricul-* » turc en décourageant les manufactures (a). »

D'où il suit que la politique la pkis sage pour un gouvarnement ^A de donner de Textension 3i ragricultUTO en «encourageant les aianu&cttttes. La qoestioQ se trouve mrm décidée^ et ce n<est pas moi, c'est Smith qui la résolue.

On voit , par ifa^t ce qui fffécà40« qiie, ^ms cette question, eoamate dans bewouQOup d autres , Smkh

(I) T. II, p. Saa.— (a) T. L"*, ft, 3a3.

fl successivement soutenu le pour et le contre. C est en quoi M. Say Ta fidèlement imité. Cet écrivain blâme Colbert et d'avoir fait peser sur Fagri- » culture les encouragements qu'il donna aux fa- » briques. .... système qui, plus ou moins suivi « jusqu'à 310S jours , a pit>cure k la France de très- » grandes fortunes et une très-grande misère, » etc.; (i) » et cependant M. Say dit ailleurs: « L'agriculture d'un pays ne produit tout ce qu'elle » doit produire que lorsque des villes multipliées » sont répandaessur toute l'iét^idiie de son territoire. » Elles sont nécessaires au déploiement de la plu- » part des manufactures , et les manufactures sont » nécessaires pour procurer des objets d'échange » à l'agriculture. (2) » M; Say va encore plus loin qoaod il parle du gouvernement de la Chine, auquel il (reproche d'accorder à rskgricuhure un appui trop spécial. <i Tous les reveisus , dit M..Say^ » ne méritent^ils pas la même protecftÎDn'? ne » sont-îls pas tous des sources ou les gouverne- » ments puisent leurs subsides? les gouverne- » ments ne sont-ils pas é^lement intéressés à » protéger d'auti^es industries qu'il^ écrasent? »^3) De sorte que M. -Say gourmande le gouveriîKwent

(i) 3"" édit , 1. 1.", p..23i.— 4."*^d>t- , 1. 1.*, p. a48. <2) 3."* édit. , t. n , p. 178.— 4."* édit. , t. II , p. 207. (3) 3.'»* édit. , t. II, p. 359. — 4."« édit., t. H, p. 368.

!î56 LIVRE m.

français parce qu'il a encouragé les &briques ^ et le gouvernement de la Chine parce qu'il a encouragé Tagriculture. Il est, certes, très-dijflRcile pour les gouvernements de n'être pas en querelle avec Féconomie politique , et je comprends qu'ils ne se montrent pas tous fort empressés k propager ses doctrines (i).

(i) Les contradictions dans lesquelles Smith est tombé, en traitant de la préférence que les gouvernements ont donnée à l'industrie sur l'agriculture , n'ont pu échapper à un écrivain de la force de M. Ganilh, qui cependant n'a osé lés relever {Des divers systèmes d^ économie politique^ 1. 1.^, p. i6o ). Ce genre de réfutation lui paraît inconvemuU et déplacé vis^à-vis d^un écrivain aussi illustre , ce qui n'empêche pas M. Ganilh d'être presque toujours en opposition avec Villustre écrivain , même sur les points fondamentaux de la doctrine économique. Je ne comprends pas ce scrupule. Dès qu'on entre en lice pour combattre des erreurs qu'on croit dangereuses , on doit user àe tous ses avantages , et cela par respect pour la vérité qu'il faut faire triompher , autant que par égard pour le lecteur dont il importe de ménager le temps.

M. Ganilh s'est placé , k l'égard de Smith , dans une position singulière. Il le réfute constamment, et constamment il fait de Smith un des plus beaux génies qui ayent paru , de sorte que Smith semble n'être un grand homme que pour avoir toujours erré. Passe encore si M. Ganilh, admettant deux hommes dans Smith, l'on qui observe et l'autre qui imagine, l'un qui s'appuie

DU COMMERCE. aSy

•Wl— — — I mmmmlmm»mÊ ■■ i ■ ii i l ■ i

lur les faits et Faatre qui se perd dans de vaines théories^ n'eût admiré le premier qu'en faisant bien la part du second. Mais M. Ganilh les confond tellement qu'on ne sait ni où va la critique , ni où va l'éloge. Il faut mettre le lecteur k même d'en juger.

ML Ganilh dit , page 17 du I^^^ volume de sa théorie de l'économie politique : « Ainsi débarrassé des systèmes » qui jusqu'alors s'étaient disputé les prérogatives de la » science y Adam Smith en posa les fondements, en » détermina l'étendue et les limites , en distribua toutes » les parties , entja dans tous les détails , les lia , les » enchaîna dans un tout systématique , et laissa partout » l'empreinte de son génie. » Voilà certes un éloge pompeux; mais, deux pages plus loin, M. Ganilh examine si les principes de Smith nous offrent une garantie suffisaute ^ et il ajoute : « Malheureusement quand on la » cherche avec attention, dans l'admirable ouvrage » d'Adam Smith , on n'y trouve que des assertions cornai battues par les faits , des conjectures sans réalité et des » hypothèses sans fondement. » (Page 19). Voici le début du second volume du même ouvrage. « La doctrine des capitaux, tout entière de la créa- » tion d'Adam Smith , est une dés plus ingénieuses et des » plus fortement combinées de toutes celles que renferme » son adnairable ouvrage. Elle embrasse l'origine et la » formation des capitaux^ leur nature et leur composi- » tion , leur distribution dans les diff'érentes branches » du travail, leur fécondité dans chaque emploi, leurs » bénéfices pour le capitaliste et pour l'État , les emplois » qu'on doit réserver au capital national , et ceux dans » lesquels on doit voir, sans jalousie , le capital de

» Fétranger. En un mot elle a tout réglé , tout ordonné; » et , dans ses dispositions , on remarque une rare sa^a- » cité dans les vues, des conceptions neuves et piro fondes X» dans les détails , et la liaison de toutes les parties dans » un plan systématique. » J^ose croire que jaipais on n'a loué plus franchement et plus magnifiqiiçvimt ; mais , cette fois, M. Ganilh n'attend pas la page suivante ppor se dédire. Il continue ainsi : « Quelque important que » soit ce traité , il me seinblç qp'il m pj^ut pu» sou- » tenir l'épreuve des faits et de l'^Tpériçaçe , et qu'il » n'oflfre, en dernière analysé, que dets prp^ig^ du génie, » des visions de l'imagination la plus £&coode et les » vains fantômes de sa puissance. >»

Tout cela tend à i^ontrer Smith comme ua fou qiù n'a enfaoié que des rêveries parce qu!il n'4 teuu aucun compte des £ûts. Je n'admets point ce jugement, q\u e$t trop rigoureux , et j'admets bien moins encore l'éloge exagéré qui le précède. Il est, aure^te. , fort remacquable que M. Ganilh , qui combat perpétuellement Smith , ne cesse d'appeler son ouvrage un livre admrailc^ tandis que M. Say n'y voit qif un vaste, cckhos d'îdeesi^usies , çu^un assemblage confus (le principes sains, J« n'aime point que M. Say déprécie l'ouvrage dç. la riqhfisse des natùms. Que resterait-il du livre de M. Say , si on en retcanchait ce qui appartient à Smith ?

M. Simonde.de Sismondi, dans ses nouveaux principes d'économie politique, parle de Smith exactement comme M. Ganilh. Il appelle Smith un génie créateur. C^est le flambeau de ce génie qui a éclairé la science. On doit h Smith jusqu'aux vérités que lui-même rC avait pas connues

DU COMMERCE. aSg

(t. I.^', p. 5a et 53) ; après qaoi , et sans aucuQe tranâtion, M. de Sismondi Doas apprend que ie resttltae pratique de la doctrine de SnUth est dùipnéêralentent oppose à cehd que Smiih en a tiré\ ce qui réduit ce géfUe crécUeur à n'être plus quVn mauvais logicien qui , ayant , comme par hasard , rencontré quelques principes justes , n'en a le plus souvent déduit que des conséquences fausses.

On avuy dans le cbap. 3 du a,^ livre de cet ouvrage^à combien de reproches s'étaient exposés les écrivains de l'école administrative , pour avoir appelé l'argent un gage , un signe , une mesure. Ici M. de Sismondi fait scission avec l'économie politique. JLe nianéraire est tout à la fois le signe j le ffxge et la mesure des valeurs ( t. II , p. a ) , ce que je lais remarquer comme une nouvelle preuve de l'accord qui règne entre les écrivains de l'école que je combats.

La doctrine de M. de Sismondi sur le peu de services que peut rendre l'abondance de l'argent dans un pays, est celle de Smith. M. de Sismondi a cru la fortifier beaucoup en comparant l'argent, qui fkit circuler les marchandises, aux portefaix qui les transportent, «t On ne donnera » pas , dit M. de Sismondi , plus d'activité aux achats et » aux ventes, en multipliant les écus qui sont nos moyens » de vente , qu'en multipliant les portefaix qui sont nos » moyens de transport ( t. II , p. 9) ; » en quoi M. de Sismondi fait un bien mauvais raisonnement ; car il est de toute évidence que , quand l'argent augmente dans les mains d'un particulier , la BsicuHé de créer et de consommer augmente de même pour ce particulier, tandis que l'augmentation de moyens de transport quelconques n'a et ne peut avoir aucune influence sur la quantité des objets à transporter.

a6o LIVRE III.

On peut considérer ce qui suit y comme la conclusion de tout ce que M. de Sismondi a écrit sur Targent : « Âug- » menter le numéraire d^un pays, sans augmenter son » capital , sans augmenter son revenu , sans augmenter » sa consommation , c'est ne rien faire pour sa prospé<- 2> rite ( t. II, p. a8 ) : » proposition fausse parce que les termes qui renoncent impliquent contradiction ; et en effet, toutes les fois que le numéraire d'un pays augmente par suite d'un commerce extérieur avantageux , il arrive toujours et nécessairement que ce numéraire, dépensé par les uns, est capitalisé parles autres, d'où résulte accroissement de revenus , de consommations y de jouissances, et par conséquent augmentation de richesses.

M. de Sismondi , tout en faisant l'aveu que le système commercial a considérablement augmenté la production , et beaucoup plus rapidement même qiton ne ^y était attendu (t. I.^f, p. 4iS )> blâme ce système dans lequel il voit une lutte universelle dont l'objet, pour chaque peuple, est de s'emparer des marchés étrangers (t. I.^*^ , p. 4^2 ) ; et comme les nations en prennent occasion de multiplier et de mieux défendre leurs barrières, il en conclut la ruine prochaine de toutes les fabriques élevées si à aontre-temps.Que feront alorsles gouvernements, demande M. de Sismondi ? « Dira-t>on aux artisans , qu'on a mul- » tipliés avec tant d'efforts, qu'on a rendus si actifs avec » tant d'industrie : nous nous sommes trompés; nous i> n'avions pas besoin de vous ; vous ne deviez pas vivre f » ( 1. 1.% p. 4^4 ). » Malgré tout l'éclat de cette prosopopée, le vice du raisonnement de M. de Sismondi n'échappera à personne. Il n'y a qu'un seul pays en Europe qui convoite le marché de l'univers ; c'est l'Angleterre , parce

qae PAngleterre n'a que ce moyen de conserver sa richesse et son rang politique. Mais où M. de Sismondi a-t-il vu que nos fabriques nouvelles ne se soutinssent que par l'exportation ? Qu'il se procure les derniers résultats, de la balance du commerce , institution dt^criée si mal-àpropos , comme je le prouverai ailleurs , et qu'il suppute, ce qui reste pour nos ventes à l'étranger , après en avoir Tetrancbé nos vins, nos eauxrde-vie ^ et ceux de nos produits manufacturés dont la France est depuis long-tempa en possession d'approvisionner l'Europe. Le véritable débouché, le débouché à-peu-près exclusif des- produite que notre industrie s'est, depuis vingt-cinq 'ans , rendua propres, c'est le marché intérieur, marché immense,, puisqu'il se compose de «8 millions de consommateurs ^ producteurs pour la plupart ,, et tous plus ou moins intéressés à ce que l'étranger ne^'envahisse point. Tel est l'objet de ces barrières dont M. de Sjismondi juge la chutç infaillible , événement qui aura pour résultat, selon lui, défaire cesser laJàtcUe concurrence de ceuçcqui cherchent aujourd'hui à s*en(eyerleurgagne'p€iin; si biçn que,. quand les Anglais seront maîtres de nous inonder de leurs mar-^ chandises, nos fabricants n'auront, rien à craindre de cette concurrence. Est-il possible qu'un écrivain d'un^ esprit aussi distingué que M. de Sismondi vienpe se perdre; dans de tels raisonnements ?

M. de Sismondi est tombé dans des contradictions, très - remarquables. Qu'on me permette d'ço relever quelques-unes :

M. de Sismondi soutient que, si le commerce prospère, c'est en dépit des lois prohibitives (t. 1,**^, p. 4^7 )•

MaLi3 ; ailleurs ( 1. 1.^^, p, 3^4 ) , il parle avec éloge du

a6a LIVRE III.

mtm

producteur qui, par Une d^côUVelié dàlls les arts, àe rnei en état de servit" ses côYnpcUrîotes , aupàravdtU servie par le^ etrAngèrs, ,

M. de Sisûiotidi , qui hè veut pas de pfohibitiôûs , croît qu'une hatîôn h^éél jamais tributaire des Aràhgers; et il dé fiioque des écirivàitas qid employetU cèïté eaptéssion aussijhusse que vulgaire ( 1. 1 *^, p. 4^3 ).

Mais, ailleurs (t. I.^, p. 4^5)^ ^* de Sismondi convient que , si lê commerce trouve chez les étrangers dés rès« sources que la nature a refusées au pays , le oonlmèrcè peut placer k son tour Uiie nation dans la deperldance des autres nations.

M. de Sisnàondi ilous apprend ( t. Il ^ p. 3 ) Que l'àf^ |;ent représente tous les capitaux saâs être celui dé personne.

Mais il n^hësite pas a redonnaitre ( t. It , p. 4^ ) q^ê léiiuinéfaire est une richesse cominé lés autres valeurs ,ét qiCit forme , tàiit comme elles , utie partie du capital circulant*

M. de Sidmôndi avance que , quâîid un parfîcutier qui a des marchandises manque d^argent, il peut toujours, au moyen £un sacrifice^ éett procurer , opération tout aussi facile pour les nations que pour les individus ( t. Il, p. 4' 1 4^4 }• ^* de Sismondi cite même en preuve Texemplé de la Prusse : quand t'rédéric retirait des écus de la circulation , comme le besoin qu'on en ressentait dans le pays n^ était pas diminue' g ils étaient aussitôt rem^ placés par d* autres (t. It, p. 46 ).

Mais, dans un autre endroit (t. II, p. to3), AÏ. dt Sismondi, développant avec beaucoup de force et de raisott , les inconvénients du papier de banque , place sans difficulté aii ràdg de ces inconvénients TimpossibiUté où pourraient se trouver tput-à-coup de fair^

rèntï-er IVurgent , les banquiers qui Tauraient exporté , fissent-ils même pour cela les plus ff*ands sacrifices.

J'ai dit, en cbinméùçànt la partie de cette note qui «concerne M. de àismondi ^ que , confine M. Ganilii , il louait et dëpf éciait Smith tour*a-tour. Il faut bien se garder d'en induire que M, de Sismondi et M. Ganilh soient d'accord sur la doctrine qui doit prévaloir. Ni l'an ni Fàutrè n'adoptent les conséquences de celle de Smith. C'est en oéla seulement qu'ils sont d'intelligence. M. de Sbmondi dit même efprèsséinent que , si Smith s*est égaré j M, Gahilk , en poursuivant d^aiures calculs , s'est encore plus éloigné du but de la science ( 1. 1.**^, p.56 ) ; et moi je dois ajouter que M. de Sîsmondi ^ qui s'accorde si peu avec M. Ganilh, fait, en outre, k cet écrivain (t. I.^, p. 56 ) le repîroche deiie pas s'àccorJèr avec lui-même ^ c'est-à-dîré , de s^étre entièrement écarté d?un système qu'il ayait d'abord professé ^ reproche assez extraordinaire de U part de M. de Sismondi , à qui l^f. Gànîlii sirMt bean-. coup plus en droit de l'adresser. En effet M. Simûnd^ de Sismondi a publié en i8o3 , sur la richesie oommer^ ciale^ un ouvrage que ses nouveaux principeà d^éco^ nomie poUtiqûè réfutent sur lin ^rand nôi&brë d^ points. Il &ttt voir comment M. de Sismondi jtrstifie cette t^an-^ titioo d'une doctrine à une à'dttre. Dans sésprehUèrs éhritSf^ il s'était borné à reproduire les principes de Smith ( aver^ tissement pa^6 îj ) ; depuis^ il à suivi la tnqrche profjre de ses idées. Far cette méthode^ il obtint plus de précision dam Veacpdsîtion des principes fjuHl Regardait depuis long-temps comme arrêtes; niais surtout j et c'est ce qui lejfràppa davantage y ils le conduisirent H dès résultats très^ nouveaux» ..... ^Les motifs gui lui ontjait abandonner

a64 LIVRE III.

des opinions qu'il avait développées avec %èle , lui semblent mériter quelque attention ( p. yij ).

L^attention du lecteur sera en effet singulièrement excitée par de tels aveux. Prévalez-vous donc contre TAdministration de l'autorité des écrivains , quand eux-mêmes reconnaissent quMJs ne savent ce qu'ils veulent^ et quand, après vous avoir entraîné dans des erreurs que maintenant ils combattent, ils se croient irréprochables ^orce que ce n'étaient pas leurs idées qu'ils défendaient^ £ofin M. de Sismondi change de méthode ; il suit la marche propre de ses idées ; mais qu'y gagnons-nous f En exposant des principes qu'il regardait depuis long-temps comme arrêtés ^ ce qid le frappe surtout , ce sont les résultats très-nouveaux auxquels il arrive, Ain^i, en prenant la plume, il ignorait encore où devaient le conduire des principes qu'd considérait depuis long-temps comme arrêtés! Certes il tst permis de penser que M. de Sismondî(^'est jamais parfaitement sûr de ses doctrines ; et, avant d'adopter aucune de celles de son second ouvrage, on fera bien d'attendre qu'il en ait publié un troisième.

On vpit dans quel abyme de doutes et d'incertitudes tomberaient les esprits qui étudient ^ science dans les livres , s'ils n'avaient un guide qui les^ aidât i démêlé le vrai du feux; ce guide c'estl'Administration. DepuisSm^th, il n'a pas été écrit un seul ouvrage d'économie politique où l'on ne réfute les livres antérieurs, assertion encore plus vraie de l'Angleterre , patrie de Smith , que de la France. L'écrivain est-il d'accord avec lui-même ; e&t-il d'accord avec ceux qui l'ont précédé, sont deux questions auxquelles on peut toujours répondre négativement ; et c'est là , jusqu'ici , le caractère essentiel de l'économie

politique , en cela bien différente de l'Administration , qui n^a pas varié de doctrine depuis trois siècles. Aussi la science marche-t-elle avec l'Administration , tandis que, jusqu'à présent , elle n'a fait que rétrograder avec l'économie politique; et cela durera tout aussi long-temps que l'économie politique voudra étendre aux vérités applicables des recherches qui ne doivent avoir pour objet que les vérités spéculatives.

Page 1