CHAPITRE III
Du Commerce inténeur.
Tout pays dont la population est nombreuse et le territoire fertile , doit trouver, dans les productions de son sol et de son industrie, k s'approvisionner de la presque totalité des objets nécessaires à l'entretien de ses habitants. Le commerce intérieur emploie , par cette raison , une très^grande partie des capitaux qui existent dans le pays. En France, il faut que ce commerce approvisionne près de trente millions d'individus ; et qu'on juge de l'immense consommation d'une pareille population!
Mais cette consommation est elle-même susceptible de s'accroître. Elle' s'accroît chaque jour , parce que , chaque jour, les besoins augmentent. Si donc nous comparons un peuple quelconque civilisé 9 avec ce qu'il était en sortant de la barbarie , nous verrons qu'il a gagné en richesse tout ce qu'il produit au * delà de ses vivres. La plupart des denrées alimentaires, maintenant à son usage, sont même une conquête du travail ; et il est bien à remarquer que chez un peuple civilisé , la con-» sommation en vivres n'est la plus considérable que pour une partie de la nation, tandis que, pour les classes supérieures, elle n'est pas le cinquième,
et quelquefois le dilièîùô , le vingtième de la con-» sommàtioii générale.
C'eist pârticulièrebient aii côîninerce intérieur , qui â dé beaucoup précédé lés échanges de peuple à peuple , qii^il faut attribuer cet accroissement dans la richesse de rhôinme. Retrahcliéz, par la pensée, des richesses de là iFrancè, ce qui jprovient du commerce étranger ( j'en excepte l'argent ), vous perdrez quelques productions utiles , sans doute , mais l'aisance générale n'en sera pas sensiblenient diminuée , et la civilisation restera la même.
Nous avons déjk vu que les revenus , tant industriels que territoriaux de la France , pouvaient être estimés 8 milliards. La valeur totale des marchandises que nous véhdions annuellemeiit k l'étranger, même à l'épbquë ou nous lui fournissions pour i5o millions de denrées coloniales , n'a jamais beaucoup exùédé 55o millions , qui ne représentent certainement pas en revenus plus dé 20fo millions, parce qu'il faut déduif*e du prix de vente , non pas les salaires él les profits payés aux divers producteurs, salaires et profits c^ui sont eux-mêâies des revenus , mais le prix des matières premières extraites dui dehors , et celte portion des bénéfices qu*il faut toujours réserver pour l'entretien et le remplacement des capitaux fixes. En ajoutant à ces 200 millions 5o millions que peuvent donner de profit les piarchandi^s étrangères de retour, tant aux arma-
teurs qui les importent qu'aux négociants et aux xnarchands qui les distribuent, on trouve que le commerce extérieur n'entre pas dans le revenu total de la France pour plus d'un trente-deuxième. Rien ne montre mieux combien le commerce inté* rieur l'emporte sur le commerce étranger, en ne les jugeant tous les deux que par le nombre de travailleurs qu'ils occupent*
Il ne Êiut cependant pas conclure de-là 'qu'un peuple puisse toujours diriger l'emploi de ses capitaux vers le commerce intérieur. <c Le gouver- » nement anglais, dit M. Sajr, (i) n'a pas &it » attention que les ventes les plus profitables sont » celles qu'une nation se fait à elle-même , parce » qu'elles ne peuvent avoir lieu qu'autant qu'il y a » pour cette nation deux valeurs produites, la » valeur qu'on, vend et celle avec laquelle on » achète ; » mais M. Say ne &it pas attention , à son tour, que, pour que l'Angleterre se vendît à elle-même toiit ce qu'elle fabrique, il faudrait^ ou^que les habitants du pays devinssent tout-àcoup infiniment plus nombreux , ou qu'ils consommassent davantage , double résultat qu'il ne dépend pas du Gouvernement de réaliser , et dont le dernier est même contraire à la théorie économique sur la consommation prétendue stérile que M. Say voudrait réduire à rien.
(I) 3.«« édit. , 1 1.^, p. ai6. —4.'*^*' édit, t. \r^ p. ^1.
DU COMMERCE, 26g
L'indostrie qui pourvoit à la consommation intérieure d'un pays s'exerce le plus souvent sur les matières premières produites par ce pays ; mais il arrive quelquefois que c'est du dehors qu'il faut les faire venir. Ainsi la Norwège nous fournit des bois de construction , là Suède du fer , la Russie du chanvre, l'Espagne des laines. Le commerce intérieur se trouve donc, pour un certain nombre des produits qu'il emploie , dans la dépendance du icommerce extérieur , auquel il a dû long-temps l'accroissement du capital numéraire que nécessitait une augmentation de circulation et de production. Tous les peuples de l'Europe ayant, par les institutions nées du crédit, plus ou moins de moyens de suppléer k la monnaie, peut-être sufStil aujourd'hui à la prospérité du commerce intérieur que le commerce avec l'étranger ne le dépouille pas de sa monnaie. Aussi le commerce intérieur a-t-il, plus qu'en aucun temps ^ les moyens de se suffire à lui-même , ce que prouvent les progrès qu'a faits notre industrie pendant les vingt années d'une guerre qui nous avait privés de toute communication maritime. Cette guerre, aux deux dernières années près , ne fut qu'une suite de victoires et de conquêtes. Elle ne diminua certainement pas la quantité de monnaie que nous possédionis; on soutiendrait avec plus de raison qu'elle eut pour résultat de l'accroître ; et la banque de France vint
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encore Taugmenter fiçtÎTement, pour une setûê ville , k la vérité ^ mais que rinterruption des comnuinics^tiojis par mer avait £adt Tentrepot d'un commerce immense et le siège d'une foule de fabri* ques, d'autant mieux placées là, qu'elles tenaient de Tapplication perfectionnée des sciences aux arts indqstriels, beaucoup d'éléments de prospérité jusqu'alors mal employés ou inconnus* La France doit a cette réunion 4e cii'constances diverses les progrès de son commerce intérieur ; peut-être leur devra-t-elle aussi de n'avoir bientôt plus de concurrence à redouter au dehors. i^Ues n'auraient cependant pas encore suffi , si le Gwvememept n'eût assuré aq^^ producteurs le marché indigène. C'était 1^ V^i^coun^e^ient décisif « celui dont la présence pouvait seul^ fécondep tous \es autres ; et en çjEfety daQ3 toute industrie qui na|t, la grande difficulté e^ de £ure les première avances, puis , quand on les ^ Êdt^s, de les couvrir par les profits de l'eptreprise. Vpilà pourquoi ces profits, d'abord très-^lçvéS| vont toujours eu diqûnu^nt. Mais corsh ment s^ndeut-ilsélevén; en d'auti^s ^rmes, comment le çonsouunaiteur consentirait-it k iea accorder, s'il pauvsiit s'approvisionner d^ la mêauù denrée à l'étraiug'^r, qui la donne à moindre prix ? Et, pour ne cit^r à; l'appui de ce raisonnement qu'un sçul e:|en^j]|l;e , pense-t-oi» que M. Chaptal aurait réussi dans la fabrication du suo^e de betterave ,
DU COMMERCE. ajt
si, par l'effet des circonstances, il n'eût pa, pendant plusieurs années, le vendre 5 fr. la livre ? (i)
(i) M. Say n'approuve pas qu'on fasse du s|icre de betterave. 11 veut que nous recueilloqs du vin, et qu'avec ce vin nous achetions du sucre de canne. ( 3."** édît. , t, !,*% p. i6g. — 4-"** eito., t I.^, p. 178 ). M. Say raisonne comme si la question k examiner était celle-ci : lequel vaut le mieux de laisser le clos Vougeot en vignobles ou d'y substituer la culture de la betterave ? Ce n^est pas de cela qu'il s'agit.
Le sucre de betterave peut-il, pour le prix et la qualité 9 soutenir la concurrence du sucre de canne ?
La culture de la betterave est-elle , comme le prétend M. Cbaptal , et comme sept années d'expérience paraissent l'avoir démo.ntré, favorable à celle des céréales?
Pettt-eUe servir d'encouragement au défidchement de nos terres ivcultes ?
L^ culture de Is^ betterave , et la conversioif de cette plante en ^ucre , occupent-elles des terres et des, bras qui, sans cela , resteraient oisifs ?
En admettant que ces terres et ces bras fussent employés à autre chose, est-il certain que les étrangers accepte-raient les produits de ce nouveau travail en échange du sucre que nous leur achèterions ?
Privée de ses plus belles colonies, la France a-t-elle intérêt à se procurer, sur son propre territoire , une pro-» duction qui est devenue de nécessité première , et pour laquelle elle est menacée d'être prochainement k la merci des étrangers?
Cet intérêt ne s'accrolt-il pas de la seule possibilité d'une guerre maritime qui , venant tout-i-coup à inter-
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La protection que le Gouvernement doit au com< merce en général se réduit à un seul point : encoQ« rager la production. Tous les écrivains en conviennent sans pouvoir s'accorder sur les moyens d'atteindre ce but. Je m'occuperai plus particulièrement, dans ce chapitre, de ceux qui ont le commerce intérieur pour objet.
Le territoire qu'occupe une nation étant Télément fondamental de sa richesse , il n'y a point d'administration qui ne fasse de l'accroissement des produits du sol , le premier objet de sa sollicitude. Golbert protégea l'agriculture par le soin qu'il prit de multiplier les fabriques ; car ces fabriques em« ployaient des matières premières qu'il Êdlait bien que l'agriculture leur donnât. L'agriculture ayait donc elle-même à produire davantage ; doue aussi elle était encouragée. Elle l'était encore par la plus grande consommation que nécessitaient de nouveaux travailleurs, puisqu'enfin la terre ayait à rendre de plus tout ce qu'il fallait pour les nouirir.
rompre nos relations avec nos colonies , nous forcerait d'acheter le sucre des étrangers et nous le ferait payer plus cher ?
Plusieurs de ces questions seraient , sans doute , sus^ ceptibles de controverse. Je ne les discute point. Je le» pose , uniquement pour que le lecteur en mesure Vitaportance , et pour qu'il décide si c^est avec des principes généraux, applicables à tous les temps conune k tousiei peuples, qu'on peut les résoudre.
ties gouyeruemeots îpfluent de plusie^r$ autres tDwières mr Vwgmeatation 4es produU^ du sol. ï\^ w rendebt la cirpuUtioa f}xx$ facile, en perçant des F(Hvte9t W crou^nt des ça^au^. Les pays qu^ wpt Jtrayerses par 4^9 rivière oavigfjbiles , pot $ur les ^utees tme fiase^ gi^nde ^périôrité naturelle* Là Ffiaoce o^àe cq noxnbre. L'Italie, toute héris^ sée àe mojpfi^fpi^f loute sîUoanée de torrents, ^$«, au coi]iti!;aixe , au cojxunerce de grands obstacles de eammiinjcatiog. Les gpinYernements enrichissent encore le sol , çPi encourageant les défridbf^ieQta, lea. assainissiexnents ; en s'efforçant d'y natoiT^U^er ka plantes esKA^qfiea. C'est awsi que la Fr^ce a'a^ récemment approprié Ig çultt^re du tabfic; Je royaume de Nappes pelJie dv coton. Nos lan4^ de Bordeiiux « ^fuq^^ecpant %vs^ï^fqrmé^^ &fL fçfréts de pins , donnent ^vyourd'hui une résine que de m^Uews procédés d'^xtr^udt^n repd^ rivf)e 4« eeU/s» ^n Nord. Si ^es txayanx , compftfflLçé^ par Pie VJ , poviF h dfissèc^eioent des Mi|rai»-|^oiiiJ4^, 49ont repris etm^eu^ dirigés, l'Etat vojpwx a^ap^sucidira d'un imi^nsie territoire , dont la stérilité pe^jlentâif lie e^ 9 4^M^ l^ufjieurs sjièeles^ , un ho^çribleiléîiu. Voilà 4^ no^ibles owqufêtes proposée^ à r^^mbitifiai des souvça^foQs^, et du vmus ceUe%Jà lie feront gémir ni 1 -hm^sipJLté m ^ justioa.
Protéger la propriété , rhoqçprer , la grever peu , pour qu'on s'y attache , pour qu'on l'améliore ; ne
point détourner les capitaux qui s'y portent ; feb sont les principes avec lesquels une bonne admi-' nistration en multipliera incessamment les produits. Dans ces derniers temps, presque tous les gouvernements les ont enfreints : en posant les armes, ils y reviendront sans doute. L'Europe, fatiguée de guerres , doit relever la propriété qui souffre ; tout système tendant à la surcharger serait aujourd'hui mortel pour les peuples, et surtout pour la France , où la propriété a éprouvé , depuis trente ans , de si cruelles tourmentes.
La portion de la richesse qui reconnaît la terre pour élément , est toujours celle qu^il imparte le plus d'accroître , parce que le sol est k Tabri des révolutions du commerce ; mais ici se présente une considération très - importante. Dans l'antiquité, et presque jusqu'à nos jours , les peuples furent divisés en peuples agricoles et en peuples marchands. Les peuples marchands s'étaient surtout chargés de recueillir les produits du travail ; ils allaient le3 prendre aux lieux qui les voyaient naître. Ainsi se formèrent, soit chez les anciens^ soit chez les modernes , ces grands dépots de marchandises où toutes les nations venaient s'approvisionner. Telle (ut la Phénîcie : telle , récemment encore , nos ancêtres virent la Hollande. Cependant i le mouvement imprimé , depuis trois siècles, à tous les arts industriels, a été si rapide ; les peu-
DU COMMERCE. i)5:
pies ont trouve, dans la multiplicatipa deâ pico- : doits du travail, des avantages si grands, que v p@u' h peu, chaque nation a été conduite h vouloii^ faijre chez elle la plus grande partie possible des clioses: qu'elle consomme. La conséquence est que le comr merce de peuple à peuple se bornera bientôt ^\xx seules productions que la différence du climat, du sol, ou que d'autres obstacles ne permettent. pas de naturaliser; et déjà il n'existe presque plus dq peuples marchands, dans l'acception que nous avons donnée à ce mot , c'est*à-<lire , de peuples dont l'industrie piincipale consiste à réunir les
choses produites , à les: rapprocher des peuples qui doiventies consommer, à J^ire enfin pour les na-, tions , ce que. font, dans chaque nation , pour les individus, les marchands, qui, ne créant rien, tiennent pourtant magasin de toutes les choses que crée le travail.
C'est «sous ce point de vue qu'il faut envisager déaonnais les nations de l'Europe. Toutes sont agricoles et manufacturières. Dans l'état actuel de la xâvilisation de l'Europe ^ l'agriculture et les fabriques sont deux pr.in,€}ipes de richesse devenus, inséparables.^et to\M^ l'art d'une bonne ^minia-^ tration consiste k savoir féconder l'un par Ta^ti^e.
Voilà pourquoi Içs gûiuyern^ment^ de FEurope ont unanimement reconnu la Qécessité de réserver à l'industrie indigèûiç:, le*: i^ypduits agricoles sur
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lesquels elle pouvait s'exercer avec avantage. Amat les Anglais n'exportent point leurs lain^a; ils exportent les étoffes dont ces mêmes lainea sont la matière première ; ils n'en récoltent pas moins toute la laine que le pays peut produire , et ils gagent de plus tout ce que la m^in de l'hompné ajoute de valeur k la lainei en la tissaul ea drap. ^ Des raisons analogue» portent les gouyeniemeiits à repousser du territoire les pfodiKts de l'snditftne étrangère, qui ne sont pas d'mie nëceisâté in^îs^ pensable , et c'est toujoiors afin de ménager 4a tiiavail aux nationaux.
Toutes \ds^ inslituiîopa^ qui ont pmr objet le commence intérieur ont été etéêéê ^alemént/dans la vue de multiplier les produits du travail ; oar empécber un febricant de trompa lé ]^ublio nW pas seulement une chose moralie ; c'est at^rtout une cbose &vorable aux développements de industrie. Un mardband qui vend ^ fiaix poids ^ ne &it pas toi^oum nne opératicn bomie pour Màà. ïndépeildamment des peines auxquelles il ^etqposiB» ceux quHl approvisiojine peuvent déoonvrâ le dol , et alors ils s'adresseront ailleurs. Son intér^ bien ententiu serait donc de ne pas tromper. Qela empêcbè-tril qu'il ne se commette beanooup de fraudés ? Il s'en commet de même 4ans tontes les sortes de fabrications. On fihaudd tar la qusîBtîte de matières premières qu'elles exig^rt , sur là qualité^
tar la dimension , sur le poids, sur la coiilelir. Le TcaQSonunatéur n'a ^e rarenaeHit les comiaissances nééeassorefi pour bien ^yàlum: ce <[ûlÛ achète. Ge n^était donc pas «me garantie sans utilité que cette interposition de TAdministration eiitre le con^mmatear et le productâir , dans la vue d'empêcher la inise en vente de produits imparfaits , ou du mdinis lelir mélange avec la marchandise réputée bonne qm ce mélange ne pouvait mancjuer de déprécier (i) ? L'apprentissage, contre lequel on
(i) Il a fallu y revenir ; témoin la loi qui oblige le6 fabricants de savon de Marseille à le revêtir d'une empreinte^ Le rétablissement des 'prud'hommes a aussi concoûtu au Inéme résultât, M. iSjiy, qui Hé veut ni maîtrises ,
ni corporations^ parce qmll he v^t q^e té ^balériel de
Findustrie , approuve cependant les riè|;îeàimts ^contre les
fraudes de fabrication; mais, après avoil: reconnu qu'ici
l'intervention du Gouvernement est utile ^ iL se bâte
d'ajouter (3."»* ëdit., t. I.^% p. ^34. ^ 4™*^ édit. , 1 1.^',
. . . ' p. aSi ) que cette intervention^ même utile , est un mal; tant
il en coûte k M. Say de donner jamais raison à l'Admi-r
nistration , et tant il lui est facile d'aUiei; les expressions
les plus contradictoires t
fc H est presque impossible , dit aillears M. Say ^3."^®
» édit. 4 t V, p. ao6.--4."** édit, t. I.*^ p. ^o ),
» qu'un gouvernement puisse non pas se mêler utilement
» de l'industrie , mais éviter , quand il s'en mêle , de lui
» faire du mal. » Or , devînerail-on a propos dé quoi
M. Say condamne ainsi tous les gouvernements passés',
présents et fiituri?.. A propos d'un décret de la
278 LIVRE m.
s'est beaucoup trop élevé , avait aussi dés effets très^moraux. Placé sous l'influence du bon exemple k cet âge où les premières impressions décident du reste de la vie, le jeune artisan apprenait à se bien conduire , encore plus qu'a bien travailler. L'apprentissage accoutumait l'ouvrier k là subordination , l'attacbàit à hes maîtres , et ne le faisait arriver à l'indépendance qu'au moment où l'on n'avait plus à craindre qu'il n'en abusât. C'était , dit-on , une violation de tous les droits naturels. Je soutiens, moi, que les travailleurs en étaient plus heureux. Ceux-ci devaieût a des règlements dont le joug , après tout , était assez léger , de ne pouvoir se nuire à eux-mêmes. Etablis trop tôt , mariés trop ^jeunes, à quels embarras ne se seraient-ils pas exposés ? Sait-on bien tout ce qu'il, y a d'ouvriers misérables aujourd'hui ? Les corporations avaient le même objet d^utilité , et même une utilité plus grande , parce qu'elles réunissaient des hommes d'une condition plus relevée, qu'elles rendaient , en quelque sorte , solidaires envers la société. En tenant sous l'œil Qomm^n » constam^ ment et individuellement , les membres de l'association, elles faisaient h chaque un besoin de l'estime de tous. L'estime était ainsi la récompense
Gouventioa ! Il faut avoir bien besoin d^incriminer les fironvernements pour aller chercher là de^ armes contre «ux.
de tout travail honnête* C'était un véhicule de plus , attaché à la production qui languit quand }a fraude l'accompagne, car la fraude corrompt les hommes qui s jr livrent , en même temps qu'elle mine et décourage ceux qui auradent honte d'y recourir. Dans ce sjrstême de corporations qui , sous un nom différent , s'étendait en France à quelques- <unes des premières classes de la société , tout un peuple ne forme qu'une agrégation de &miUes , dont les intérêts très-divers tendeqt cependant vers un hut unique ; ce hut est le plus grand développement possible des facultés morales de l'homme , fondé sur le besoin général de ce qu'on a long-temps appelé la considération. La génération qui fi'élève ne peut pas savoir combien il y avait autrefois d'hommes considérés en France, non pas seulement dans les rangs élevés, mais dans t.outes les conditions. Le mot considération n'aura bientôt plus de sens. Je laisse aux moralistes à 4ire pourquoi» (i)
On me comprendrait mal si de tout qe qui précède on concluait que je demande le rétablissement de la police k laquelle l'industrie était autrefois soumijse en France. Je crois , au contraire , qu'on
(l) Duclos définit la considératioa un sentiment d'ès^ tùne mêlé d? une' sorte de respect qui un homme inspire' en sajàveur; mais j^aime mieux le mot de M.™** de Lambefl : la considération est le revenu du mérite de toute la vie:"
i») LIVRE lïl.
rétaëltrë ^ tigticfai* èiàtiïh Aé û6s vë^eaÉénts kn^ dètié , et fé ife^ulte S^écidéiaiéàt tou^ céli& ifÀ riiï^M^l déè pfbcâiës de Fàbriiàtiôti. Eiit^ber le^ &âtidés él tit&îr M intérêts éethbMÎeà , V6ilà de loùti It^é qui feiistàii hâguèl^es , ce qa'oh âtmdt dû côii!$èHrér et t)èf fécliôiitiër , mdihs pcfai ifètvif rihdiritrie qK6 {^6ui* fafietmir là Société ; car , qù'e^t-cé qu'uttë éodëté où il n'y a que dés tmiîVîdtfe? (i)
(1) Im. Ricardbèhk^ <!^iàffiè Stttith, èc^llilè M. Aiy ^ Ibrt evnëtni èà toute cqpèiHB ^'ebttuvts qù^aiû il s'agit de l'industrie. Or;| Toiet bé qu'il propose ^btir rtitoédiep ik la misère des Quirriers de son pays : Que la béffsUuim travaille h régler leur nombre en diminuant parmi eux la fréquence des mariofges \ (t. I.% p. iS^ ). Ne pas vouloif d^entravès à Tiàciùstrié , et demander qu'on èft mette àlix mariages , est certes une chose fort étraù]^. M. Sày dit êti iàôtë ( f . 1®% |)« 154 ) que ce» y^tHes hUViMpdà Seulement ifTtui phitûMhjpe^ mais d*un phUaniroffi édainî\ et il paille ensuite de timbéeiltilé. êtes prùices çui oonsàcrehi les événements heureux de leur règne en mariant des filles pauvres. Il me semble que quand les princes marient de pauvres filles ^ ik les dotent et par conséquent les mettent à même de travailler et de prospérer. C'est ce que font .aussi quelquefois des paiiiculiers riches; et» si de tels mariages tournent mal , il ne f^ut pas du moins Fattrihuer
DU COMMEtlGE. a8i
i et qu'ils ont été 6dntràctés pat; (fes getiè dans là midèirè* ÙM^ an féêt^ ^ la |lr^taiièr« foie «|q*ikû acte die bièttfaiwcice a été ptéaèûïé eômmè un acte d'imbécillité. ï)t ttU àcttoa seront toojoatd ràréè, totijbtirs be^tix dâils kur Motif. }feû pàticfDÈ qu'avec respect;
Lt cr6ira-t-di) ? Ak. Say ^ 4tti bévèUt pftâ t^éié lééprîttéés dotent et marient de pauvres fifles , côtosteille àti^ getos riches de ne pa3 oublier de £iire leur tiestaikiént et de laisser de bons legs aux auteurs recommandables ! ( 4-"^* édit. , 1. 1.*% p, 1 16 en note ).
Ce qui suit paraîtra bien singulier. M, Say , qui loue M. Ricardo de ses vues pbilantropiques à propos du /7iariage des pauvres que la législation devrait régler ^ blâme dans M. de Sismondi une proposition exactement sem- Jblable. M. Say la juge inadmissible dans la pratique. Il y voit «t un acte arbitraire , une usurpation de droit 9 sur la pl^s sacrée des propriétés, sur la personne d'au*- » trui » (4.""« édU,, t.ll^ p. 119 ).
Cette fois je me range k l'avis de M. Say. Je crois comme lui qu'il serait dur et tyrannique de subordonner le mariage des pauvres à des restrictions directes et absolues ; et c'est pour cela même qu'il fallait modifier et non détruire le système des maîtrises , puisque déji les ouvriers en supportaient le joug , bien moins rigoureux certainement que celui que nos philantropes prétendent y substituer. M. de Sismondi ne fait aucune difficulté d'avouer que le régime des apprentissages et des jurandes avait pour résultat de proportionner le nombre des ouvriers à la quantité d'objets i produire. Il convient qu^en général l^ ouvrier ne se mariait point qu'il ne fût passé maître ( t, I.^, p. Sgq ^, Il dit ensuite que la multiplication de
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la population causée par le mariage des pauvres auvrien est aujourd'hui lapvnde calamité de Vordre social ( 1. 1.^, p. 407 ). Ailleurs il parle du fatal changement survenu dans leur condition en partie à cause de P abolition des jurandes ( t. II, p. 343 ) : et cependant M. de Sûmqndi soutient que le rétablissement des jurandes n'est demandé que par les hommes qui ont pour devise placet quia, absurduml Qui a'y serait attendu f
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