SECTION DEUXIÈME
Commerce extérieur^ — Échange de marchaiidises contre
de l'argent»
J'ai indiqué ce genre d'échanges Comtîid étant
toujours avantageux à la nation payée en nume^ raire. Il n'en faut pas induire qu il soit constamment défavorable à la nation qui paye ainsi. Par exemple, la France achetant , dans le Levant ou en Espagne^ des matières premières qu'elle renvoie ensuite manufacturées dans le Nord , ne fait , ni avec TEspagne , ni avec le Levant , un commerce onéreux , quoiqu'elle le solde , en partie , avec de l'argent. En généi'al, il faut juger du commerce extérieur d'une nation, non par ses relations avec tel ou tel peuple , 'mais par Fensemble de ses impoitations et de ses exportations comparées. Je développerai ceci ailleurs.
L'échange de marchandises contre de Targent est toujours avantageux à la nation qui reçoit l'argent , parce qu'avec plus d'argent , le pays fondera et entretiendra plus de capitaux , parce qu'il créera ainsi plus de produits.
On objecterait vainement que l'industrie est limitée . dans * ses progrès. Elle ne l'est pas plus dans ses progrès que l'homme dans ses besoins. Quand le contraire serait vrai , qui posera la bomel qui dira : le terme est atteint ? Il n'existe pas de nation où il n'y ait encore bien des pauvres et des fainéants. Avec de nouveaux capitaux vous les occuperez; et d'ailleurs, dans les pays qui croissent en richesses, la population augmente tous les jours.
Parcourez la France ; arrêtez-vous dans les cam-
pagnes : combien de malheureux qui travaillent tout au plus un ou deux mois dans Tannëe ! Ils vont nu-piéds , sont à peine couverts et manquent de tout. Ne serait-ce pas un grand bien de procurer k tant de braves gens les moyens de s*occuper ? et FEtat n'y gagnerait-il pas autant qu'eux ? L'abondance de Fargent dans un pays a le plus souvent pour résultat d'y faire baisser l'intérêt; ^t la baisse de l'intérêt est un des éléments les plus acti& de l'accroissement de la production.
Que si une nation doit à son commerce extérieur plus d'argent qu elle n en peut employer comme monnaie , c'est encore un avantage ; car , le recevant d'un seul point du globe , elle pourra s'en servir sur tous les autres , soit pour s'y établir à demeure , comme l'ont fait les Anglais par leurs factoreries , soit pour y acheter des marchandises que lé pays consommera luî-^même , ou qu'il revendra avec profit à d'autres nations chez lesquelles il s'ouvrira ainsi de nouveaux débouchés.
L'argent est de toutes lès valeurs commerciales la plus commode à échanger; et les nations qui ont le secret de s'en bien approvisionner (je ne parle pas des nations qui possèdent les mines ) , sont toujours celles qui se présentent avec le plus d'avantages sur les divers marchés.
L'influence que l'Angleterre a exercée sur TEutope pendant tout le dernier siècle , est due, en
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majeure partie , au traité de Méthuèn, conclu éd 1703. Il faut voir avec quelle subtilité Smith s'eflforce de prouver que ce traité n est pas très* avantageux à TAngleterre » quoique le commerce auquel il a donné lieu vaille annuellement, à la Grande-Bretagne , de 3o à 4^ millions de francs en numéraire. « Quand l'Angleterre serait abso^ w lument exclue du commerce du Portugal > elle » trouverait très-peu de difficulté à se piWirer » annuellement toute la provision d'dr qui lui est » nécessaire , soit pour Torfévrerie , soit potu* la » monnaie , 5oit pour le commerce étranger (i)* » Si Smith avait été à la tête des affîûres do son pays ; si , par exemple , il eût assez vécu pour être témoin des embarras que le ministère et la banque ont éprouvés dans ces derniers temp;^ , il aurait vu qu avec de grandes ressources , un commerce immense et le crédit le plus étendu, il n était pas toujours très^aisé de se procurer du nunuéraire. « On a de Tor, comme toute au^e i;Q^rchaQidi5e) » pour sa vsOiew , pourvu qu'où ait cette valeur « à en donner. » Smith en revienjt toujours là ? on a de Tor pou!r sa valeur ! Mais il faut la cre'ef cette valeur , ^t quand on Ta créée , ce n'est point encore une raison pour trouver de For ; cat il est nécessaire que ceux qui le possèdent puissent et
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(I) T. in , p, aSy.
Tealent s'en dessaisir ; et Texpërience prouve tous les jours aux gouvémements , aussi bien qu'aux , particuliers , que la csliose du monde la plus diffi* çile 3t trouver , quand on en manque y c'est de Targent. « D'ailleurs , le superflu annuel d'or du » Portugal serait toujours envoyé au dehors, et » s'il n'était pas exporté par la Grande-Bretagne , D il le serait par quelque autre nation qui serait » bi^i-aise de trouver k le revendre pour son prix , 1» tout comme le fait à présent la Grande-Bretagne. » Ainsi j de cô que le Portugal doit dépendre d'une Puissance quelconque , Smith conclut qu'il est indifférent pour l'Angleterre que ce soit d'elle ou de toute autre. Si , par exemple , les Portugais , . au lieu de s'hahiller avec des drs^s anglais j n& portaient plus que des Lowîers et des Sednn , la résultat serait évidemment le àiém« pour TAngle-^t terre. Il est vrai qu'alors ce seraient les fabricimtâL français qui auraient le bénéfice At la main-d'œuvre ^ mais l'Angleterre , au lieu de recofoir for poriagiii^ de la première main , ie recepraii de la Seconde^ Que lui importerait de le payer un peu plus chert Cette différenee est trop peu de chose pour mériter î attention du Gouçemement ; et , après totit , il ne faut pas que l'Angleterre conçoive la moindre inquiétude 6ur là provision d'or qui lui est annuellement nécessaire. Elle troui^ra toujours très-peu de difficulté à se la procurer. J'y^îonsens ; mais Voilk certainement une logique fort étrange.
Je conclus que le commerce extérieur le pins avantageux pour une nation est celui dont les x^ tours se font en argent , parce que Targent est, dans les sociétés civilisées, le soutien de l'indastrie, le grand ressort du travail , le créateur par excellence , et aussi , parce que l'aident étant de toutes les valeurs commerciales la plus facile à échanger et Tune des plus aisées k transporter , il est impossible que jamais l'abondance de l'argent soit, pour aucun peuple, l'occasion du moindre préjudice.