‹ Du gouvernement considéré dans ses rapports avec le commerce, ou, De l'administration commerciale opposée à l'économie politiqueChapitre 31 sur 46 · SECTION QUATRIÈME · texte numérisé non relu

SECTION QUATRIÈME

Économie des Dations.-— Traités de commerce. — d^xxK% merce extérieur comparé au commerce intérieur.

Nous ayons vu qu'il existait une économie des nations, mais très-différente de celle que Smith leur conseille. Smith entend , par économie , l^ccroissement du travail productif, du travail matériel , et la diminution du travail improductif ou de pure intelligence. Il veut qu'une nation ait beaucoup d'artisans et très-peu d'artistes ; des menuisiers 9 des charpentiers , dei^ fabricants , et point de médecins , d avocats , d'^hommes de lettre3*

(I) 3.» édit, , 1. 1.^% p. 3i6. — 4 "^ *4it. f t. I.^S p. 34a.

Sip LIVRE UI.

Su^ith et M. Say TCf\ilçnt encpre que l^ cqnaqi^^ mation prQduGtiye remplace partout la co]W>m<» matioi^ stérile y c'çst-àT4ii'^ qpe taut Iç mpa^? tr^y^me et qvie nul autre que lea travailleurs! iie coasooune. Toutes ces. distiuctipus sont fausses e^ dangereuses^ ; \^ n'y ^Tiendrai plus.

Voici daf^ que) sens une nation est éççnoine* La France pro^vût des yins ; si el^e échange Texcédant de sa, çonsiQnunatio^ contre des vins étran- ^drs j il n y a là ni écoipoinie , ni prqç^galité \ si €^le Véchapge contre des n^atières premières ou de l'argent , il y a écQnomie.

\j^ Suède ç$t un pa^s patuvre. S'il Y9¥^^f ^^^^^ scfoux^çr des yins 4ç. Franop |st 4'Espag{ie en grande quantité ^ }\ ^udrsfi^ qq'i} les pa^y^t a^ec spp luiipéraire : il serait prodigue.

L'économie d'une nation consiste à n'acheter de productions étrangères qu'autant c)u'eUe en peut payet* ayec les debnès. EUe consistis quelquefois à s'en, passer s^^lqnieAt-

(i'ufidge du tabsiç n'^ servi que }e^ j^ations qp ei^Técolt^t. Jl a été po^r toutes 1q$ autres im s]:(rcroît de dépense , et de dépense bien foUe et bien ridicule assurément. Celles qui . se sen|ien( interdit çettç jouissance bi^rre auraient ét^ trèso sages, et surtout trèsrécoiiomes..

Lorsque la Franchi après le MrçtUé de 17861 sacrifia des millionsi à l'achat de tnarehd&di^efi ap«

DU COMMERCE. 3ii

çlsases f elle se montra doublement inconsidérée et doublement prodigue ; elle donnait à une nation rivale des moyens de puissance ; elle plongeait dans la misère une partie de sa population , et la plus intéressante, la plus industrieuse.

Quand une nation s^interdit une production exotique, ce n'est ni une mesure' hostile, ni un monopole : c'est tout simplement un acte de raison et d'économie. Si un particulier n'-a que dix mille francs de revenu , voulez-vous qu'il roule équipage ? et parce qu il marche à pied , ameuterez^ vous contre lui, dans la rue, les ouvriers en carrosserie 2

Il y a des nations qui sont , comme les par<ticuliers, forcées d'être économes; mais il n'y en a point qui ne puisse, avec un bon système d'administration intérieure , atteindre à un trèshaut degré de prospérité relative.

Et c est dans ce sens qu'il &ut entendre ces principes de Smith , quoiqu'il leur en donne un très-diflférent : les capitaux augmentent par t économie ; ils diminuent par la prodigaliié. — Tout prodigue parait être un ennemi public ^ et tout économe un bienfaiteur de la société.

U arrive quelquèfoisque deux pays, quoique trè^ voisins , ne sont point appelés k commercer ensemble ; tels sont la France et l'Angleterre. Nous

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n^avons aucun besoin de T Angleterre avec laquelle tout échange en marchandises ne peut que nous être désavantageux , . et nous ne parviendrons famais k lui fournir plus de vins qu'elle n^en extrait actuellement, puisque le traité de 1786, qui réduisait les droits à moitié, n'en.fit.pas exporter ,une barrique de plus. Les choses étant ainsi, tout traité serait défavorable à la France , et les deux Etats n ont rien de mieux à £ûre que de se conduire intérieurement chacun comme ils rentendént.

Mais il est d autres pays qui , quoique séparés par de grandes distances , peuvent établir entre eux des relations respectivement très -utiles; et tels sont la France et la Russie. Ces deux nations , par la nature de leur commerce , sont en qud*r que sorte dans la dépendance lune de Tautre , et pourraient, si elles voulaient s'entendre, sepasser du reste de Tunivers. La France envoie en Russie des vins , des eaux-de-vie , des bois de teinture , des étoffes de soie, de la bijouterie , des verres, des glaces t des dentelles , des toiles fines , des modes. La Russie enyoie en France du chanvre , du lin, des cordages, du goudron, des mâts, des bois de construction , des toiles à voiles , du suif, de la cire jaune , du tabac, de la rhubarbe , et toutes sortes de fourrures et de pelleteries. Par un de ces contrastes qui contribuent à Tharmonie

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générale , il se trouve que les productions qui abondent dans Tun de ces pays , sont précisé-* ment celles qui manquent k Tautre. Il est dès lors évident que toute relation entre eux doit tourner en définitif à lavantage des deux peuples » et Ton se demande comment il se fait qu avec tant de raisonsde s'unir par un traitéde commei^ccf il y ait toujours eu entre les deux nations si peu de rapports directs.

L'opinion de Smith est contraire aux traités de commerce. Smith, qui voyait des monopoles partout , a jugé que les traitéis de commerce devaient gêner la concurrence, et par conséquent tourner en définitif au préjudice des peuples. Il ne veut pas non plus que de deux peuples qui peuvent, par la nature de leurs productions ou le genre de leur industrie , commercer ensemble , Tun s'approvisionne chez Vautre de préférence aux nations qui ne commercent point avec lui. C'est ainsi qu'il blâme TAngleterre de traiter les vins de Portugal plus favorablement que ceux de France, quoique le Portugal, qui s'approvisionne exclusivement en Angleterre et lui envoie tout son or , ait des droits très^pparents à cette prédilection. Un pareil système de réciprocité n'est , suivant Smith, et que la routine grossière de la plus basse 9) classe des artisans , qu'on a érigée en maxime » politique pour diriger la conduite d'un grand

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« Etat; car les artisans de la dernière classe sont » les seuls qui se fassent une règle d'employer de D préférence leurs pratiques* » Il n'y a, je crois, aucune espèce de logique dans ce raisonnement , et il est peu contenant de tourner ainsi en ridicule, par des comparaisons abjectes, des liens toujours yespectables , puisqu'ib ont pour objet de rapprcicher les peuples.

Smith a voulu prouver par le calcul que le commerce intérieur donnait aux capitaux du pays plus d'aliment que le cqnunerce extérieur , appelé par lui conunerce étranger de consomn^ation. Il établit qu'un capital employé au commerce intérieur effectuera douze opérations , tandis que le même capital , placé dans le commerce extérieur, n'en au» rait effectué qu'une , ce qui peut être vrai ; mais l'inconvénient qui en résulte n'est pas aussi grand qu'il le parait. Ua capital placé dans le commerce intérieur , se renouvelant douze fois dans un an , donnera à chaque opération un pour cent de bénéfice ; c'est douze pour cent au bout de l'année. Eh bien , employez le même capital au commerce extérieur, il ne se renouvellera qu'une fois peut-être ; mais si , par cette seule opération , il vous rapporte douze pour cent , et il les rapportera au moins , il est évident que cette seconde manière de l'employer sera pour vous aussi avantageuse que la première.

DU COMMERCE. 5i5

Mais des deux capitaux que le commerce extëriç^f remplace à chaque opëration , un seul est employé au soutien de Vindustrie nationale. En effet , que la France éc^iange avec TÂngleterre cent niille pièces de drpp pqntre deux cent mille de casimir « il est sensible que cette opération (sst, pour cha^ ciuie des deux nations y m0][ns avantageuse que si elle avait pu Teffectuer intérieurement , puisqu'alors le ménie pays eût possédé plus de capitaux , et fait travailler plus d'ouvriers.

Il n'est pas donné à un pays de réunir tous les genres d'industries. Il y a des industries pa^iculières au terroir , qu on essayerait vainer^ient 4e t^spisplanter. On ne peut iaire qu en Flandre , et mêmie dans une étendue fie pays assez peu considéraliile ^ les belles dentelles connues sous le nom de Mal;nes. L'Angleterre emploie , dans la fabrication de ses fayences, des terres que notre sol ne foursuit point. Les échanges de nation à natipn , qUfii^d ils^ portent sur des objets dpnt la propriété leqf est ainsi forcément exclusive , ne peuvent tourq^r qu'à l'avantage des peuples y et ce commerce est alors le plus favorable de tous, par^e qu'il n'entraîne ni rivalité, ni jalousie.

Le commerce intérieur l'e^ortç sur le coi^merce avec l'étranger par 4es rf^^spns d'un o^4re plus élevé. Dans le commerce étrangfsrt le pr<)ducteur est toujours loin du consommateur. Il ^n çst *

5ie LIVRE IIL

surtout loin moralement y car il suffit d'une guerre pour les séparer pendant bien des années. Or^ qu'y a-t-il de plus commun que la guerre ! Et Is^ guerre,qui sépare le producteur du consommateur, détache presque toujours celui-K^i de celuirlà. Pendant que les communications sont interrompues, d'autres relations se forment , de nouvelles habitudes se contractent. Avant la guerre de la Revo? lution f la France faisait à peu près seule le commerce du Levant : croit-on que la paix le lui ait rendu ?

Il y a en Europe un peuple tout manufacturieF. Ce peuple n'a ni un territoire bien vaste ^ pi une population bien nombreuse. Il est insulaire ; il est donc essentiellement maritime. Forcé par la nature des choses , de diriger vers l'accroissement de sa marine toutes ses facultés , il a dû arriver à la domination des mers. Dès qu'il éclate une giierre en Europe , ce peuple est là pour y prendre part , car il n'y peut prendre part sans en faire som profit Fermant aux autres nations toutes comniunicatioas maritimes , ces communications restent ouvertes pour lui seul. Il s'introduit ainsi dans tous les mar^ chés ; ilendevientlepourvoyeur exclusif. La guerre, qui ruine les peuples , est précisément ce qui enrichira celui-ci I phénomène vraiment remanjuable, puisque l'histoire du monde conunerçant le signale pour la première fois.

Ainsi voilà un peuple qui a trouvé dans le corntnerce étranger > les éléments d'une richesse tou* jours croissante ; mais d'abord cela ne pouvait être vrai que d'un seul peuple , puisque la domination des mers ne peut appartenir h deux peuples à la fois y et ensuite cette prospérité est sujette à de terribles chances , puisqu'elle repose sur une domination qui fera des jaloux et qui , par cela même , peut devenir un jour, l'occasion de grands débats.

Le commerce intérieur n'expose point à ce danger. Ici le producteur a le consiommateur soiis la liiain. n n a donc pas à craindre que ce dernier ne lui échappe* Les pays où la population est considérable , ouvrant à la consommation d'imnoienses débouchés , n'ont pas besoin d'aller vendre au loin les produits de leur industrie. Elle peut s'accroître sans le secours du commerce étrstnger , et prospérer lors même que ce' dernier languiL Ainsi la France , qui a été, pendant quinze ans, privée de toute relation avec une partie de l'Europe , aussi bien qu'avec ses colonies , n'en a pas lïioins j durant cette période , vu s'étendre et se perfectionner toutes ses manufacbires. Que si quel-' qu'un contestait cette assertion, je le renverrais aux Anglais qui ont visité nos ateliers depuis la Restau^» ration. Ils y ont vu des choses auxquelles ils né s'attendaient pas et qu'ils se seraient bien passés d'y rencontrer.

5i8 LIVRE III.

Le commerce intërieui^ n^a pas Téclat du com" merce étrânger. Il n'exige pas d'aussi gros cajpitaux. La plupiBdrt des travailleurs qu'il occupe sont de trèspetits chefs d'entreprise, auxquels personne ne prend garde. En quoi peut-on comparer l'obscur artisâii qui fabrique de la toile , à l'armateur dont lés yàitôeaut couvrent les mers du Japon î H est pourtant vrai que de ces deux industries la plus utile ail pays est celle du pauvre tisserand; car cette industrie est aujourd'hui ce qu'elle ^era demain ; nulle révolutioii ne pieut l'atteindre ; elle augmentera toujours de la même isomme la quantité annuelle des choseis produites, tandis que, pour paroljriser toutes lies opérations de notre conlmerce extërienr, il suffira de la seule crainte d'une ^erre maritime; Cette guerre iiiinera peut-être nos armateurs; car si ell^è éclate inopinément, combien d^ bâtifai'éiit^ vont êti-ë capturés! Et comnièHt cette itidikstrié même sert-elle le pays? En rapprovisionnant de thé , quels bras frànigàis faités-voùs mouvoir ? quelle influence exercezvous âur raugknentation des produits dû travail, c'eist-à-dlre , sur là richesse Nationale que ces seuls |)roduits constituent ?

Mbn désstôin n'est nuUeiiieni dfe dépr^er le tombiet'eê niaritimé, et je pehse au contraire que la France ne lui a jamais assez donné d'encôùragement* L'état de débilité de notre iharine ne le

DU COMMERCE. Sig

prouve que trop ; maiâ , jugeant ici le commerce maritime dans ses rapports avec la production, j établis qu il l'augmente moins que ne le peut faire le commercé intérieur, expose^ d'ailleurs^ k un bien plus petit nombre de chances. Lé commerce maritime a tous les effets du commerce intérieur, quiandil procure Técoulement du superflu de no6 récoltes agricoles ou industrielles; mais , aloris même , il peut cesser tout-à-coup par suite d'une guerre maritune ; il peut, eA temps de paix, saii& cesser entièrement, s'af&iblir jpar degrés selon que les nation^ qu'on avait approvisionnées jusque4à , font plus où moins de progrès dans l'art de subveliir à Leurs besoins. La prospérité d'un peuple n^est donc pas par&iiement solide , si elle reconnaît pour base {Principale le comment étraiiger, seul )K>int que j -aye voulu établir.

Dans les pays qui ont ^ «omtaie la France ^ un ^and commercé intérieur et un commerce maritime, le dotntaierce propremen): dit a toujours deux intérêts distincts , quelquefois très-difficiles a concilier. Le négociant maritime gagné pourvu qu'il rende. Le bras qui produit est ee iqui lui im|^orte le moins; il né s'en lembarrasse jamais; le manufectttrier dt^ l'ititérieur s'^gn inquiète toujours. Ce dernier kie voit donc point arriver , star le marché , des produite de l'industrie rivale i sans en concevoir de l'alarme y sans demander au Gou-

Saô LÎVRE III.

vememeiit compte d'une facilité dont le résultât est d'enlever du travail aux indigènes. Le con^sommateuTy qui intervient dans le débat, se range volontiers a Tavis de celui qui l'approvisionne au plus bas prix , et c'est presque toujours le négo^ ciant inaritime qui v^end le moins cher. L'Adm^ nistration, ainsi sollicitée en sens inverse , n'hési^ terait jamais sur le parti à prendre , si les doctrines dont elle a constamment éprouvé l'efficacité , n'eussent été combattues par des doctrines corn traires , qui même devinrent , avant la Révolution, celles d'hommes puissants. Parce jque les Anglais ne changent pas de système , oh dit qu'ils sont habiles. Ce n'est pas k leur habileté qu'il faut ùire honneur de cette persévérance ; c'est à la forme d'un gouvernement essentiellement eo* nemi des innovations. En France , il a souvent dépendu d'un seul homme de changer Te^rit de la législation commerciale , et deux ou trois mi'^ nistres comme Turgot, autant de traités de com^ merce pareils k celui de 1786 , auraient suffi pour nous faire rétrograder de plusieurs siècles. Rien de semblable n'est possible dans un pays dont les intérêts sont représentés par l'élite de la nation constituée en . corps politique. Aussi , tandis que nous débattions la question de savoir lequel du producteur, oïl.du consommateur devait être su*^ bordonné À l'autre > l'Angleterre ne voyant que la

DU COMMERCE. Sai

^rodùtîtion, travaillait incessamment à Faccroître, sans s'inquiéter ni des écrivains, ni de leur théorie , à laquelle sa prospérité présente donne , en effet , un assez formel démenti.

Le commerce extérieur sert le pajs , toutes les fois qu'il y augmente la production ; il le ruine, toutes les fois qu'il tend à la diminuer. L'application de ce principe peut bien n'être pas toujours très-facile à faire ; mais enfin le voilà : proclamonsle, et sachons nous y tenir.

En traitant du commerce intérieur et du commerce extérieur , je n'ai dû les considérer ni l'un ni Fautre sous le rapport des connaissances qu'ils exigent de la part des hommes qui en font leur état. Envisagé ainsi , le commerce avec Fétranger est très-supérieiir au commerce intérieur , dont la sphère, singulièrement rétrécie, est toujours circonscrite aux échanges d'un canton , d'une province, et tout au plus du pays. Le commerce extérieur constitue , au contraire, une science très-importante , qui exige beaucoup d'études , une longue expérience , et que Fon ne possède jamais bien , si Fon n'y apporte une aptitude d'esprit particulière. Les relations des nations entre elles, leurs besoins , leurs moyens d'échange , les lois dé commerce qui les régissent, les diverses productions des contrées lointaines, la différence des changes , des monnaies , les grandes opérations dd

banque, les assurances» les prises, voilà le cfc^ maine du commerce extérieur ; voilà les objets sur lesquels il faut que le négociant maritime exerce ses facultés. Aussi le grand négociant est-il fort rare > surtout aujourdliui que chacun en prend le nom.

Je résume en peu de mots les dévetoppements^ que renferme ce chapitre. ,

Le commerce extérieur emploie moins de capitaux et donne lieu à moins de travail que le commerce intérieur; mais il contribue ptdssam* ment aux progrès de ce éemier, en Fadtme&tanl d'argent et de matières premières.

Tout commerce extérieur est d^vorable qnand il enlève au pays plus d'argent qrfil n'y en fait entrer. (ï)

(i) Pai parlé daos le texte de Timportance que le» Anglais attachent, depuis bien des siècles^i aai commerce et à la marine. Les laits suivants , que je puise au hasard dans rhistoire d'Angleterre , donneront plus de poids à mon assertion :

An 925. — Loi qui accorde d'honorables distinctions à tout négociant qui aura entrepris trois longs y voyages sur mer* ( Histoire d'Angfeterre par

Jimne et Smolett, Édition de Jaaet et Cotille f t. L^\ p. i3o. ) Il 54-1 189. — Règne de Henri IL Loi qui défend aux matelots anglais d'entrer au service d'aucune

autre puissance (Histoire cP Angleterre par Ber^ trand de Mollex^iile^L i.*^, p, aSy. )

1200 — Édit d'Hastings qui attribue à l'Angleterre

la domination 'des mers britanniques , ordonne la saisie des bâtiments qui n'abaisseront pas

leur voile de perroquet , etc , quand

même ils appartiendraient à une puissance amie de l'Angleterre. ( Idem , idem , p, 274. ) 1377-1399. — Règne de Richard II. Loi qui défend aux marchands d'Angleterre d'importer ou d'exporter des marchandises, autrement que sur des bâUments anglais* ( Idem^ idem^ p. Jfio. -— Taldecm de la Grande-Bretagne par M. Baert, t. IV, p, 9. ) iSya^.... —-Traité de commerce désavantageux à la France. L'un de» motilb du voyage de Sully en Angleterre, en i6o3) est de le faire casser. C'est dans le trajiet de Calais k Douvres que Solly vit le vaisseau anglais qil'il montait tirer su^ l'amiral françsMS, ' pour le forcer à abaisser son pavillon. {M^mowes de Sulfx^ livre XIV ^ am.ee i6«3. )

i65â — Acte de nàvigatioii.

1678 — Loi qui ordonne ^Aé les morts seront ensevelis dans un suaire de laine. ( Bertrand de MoUesdlle , /. IF, p. a35.) Les traités conclus ou proposés p^ l'Angleterre pendant tout- le coufs dtt 18.*^^^ sièele^ montrent les effets de cette persévéramce dont eUa reeueilie à présent le fruit.

1703. — Traité de MétJïuen.

dM#

xyi3 — Paix d^Utrecht : Dunkerque démoli. Cession

de Terre-Neave par la France, de Gibraltar par FEspagûe.

iyi6 — L* Angleterre subordonne son alliance avec

TEspagne k un traité de commerce. Elle demande Vassiento ou le privilège de la vente de» nègres dans les colonies espagnoles, (ff/stoiîne de la Régence par MarmorUel^ chap* VI j t. 18 des œuvres complètes fp. i84* )

1728. .... -^ Le Roi de Danemarck veut transférer k Altona le commerce que les Danois faisaient avec les Indes, cette villif étant mieux située pour la vente que Copenhague. L'Angleterre s'y oppose. ( Raynal , livre V. )

lySi «-Traité de Vienne : la compagnie des Indes

établie k Ostende par r£mpereur , avait donné de Tombrage à l'Angleterre qui la fait supprimer. (Raj^nal, Uvre F.)

1748 — - Paix d'Aix -«la - Chapelle : démolition àtsi

fortifications de Dunkerque , du côté delà terre.

1763 -— Traité de Paris : cession du Canada.

1786 -^ Traité de commerce avec la France.

i8o3 — Rupture du traité d'Amiens , prise de pos-*

session de Malthe«

etc. , etc.

Après une telle série de faits qui révèlent si hautement

l'esprit et les vues d'une nation, on peut croire que, si

l'Angleterre avait eu parmi ses hauts fonctionnaires un

homme qui se fût passionné pour la liberté illimitée du

commerce, ce n'est pas à lai qu'elle aurait confié la

direction de son administration commerciale ; car| en

DU COMMERCE. 3a5

donnant à Smith, auteur d^un gros livre contre les douanes ^ un emploi secondaire dans les douanes , le ministère anglais n'a voulu montrer autre chose , sinon qu'il n'attachait aucune importance à des doctrines désavouées par la nation tout entière , et par Smith lui-même , qui ne se gênait pas pour agir dans un sens, après avoir écrit dans un autre. Cette observation sur l'Angleterre me ramène à M. Turgot. J'ai avancé que deux ou trois ministres comme lui nous auraient fait rétrograder de plusieurs siècles. M. Turgdf , seul, aurait suffi pour cela, et même on ne saurait dire où il aurait conduit la France industrielle , si son ministère , qui ne fut que de vingt-* et-un mois, eût duré plusieurs années. M. Turgot^ bon in* tendant de province , savait bien tout ce que sa propre expérience lui avait appris. C'est lui qui a reconnu , le premier, l'avantage qu'il y aurait pour l'Administration à 86 décharger des^ détails qui l'embarrassent , sur les pouvoirs municipaux , toujours excellents juges quand Il s'agit d'intérêts de localités. Ce sujet, qu'il faut lier anjourd^hui à l'établissement des libertés publiques , a été , depuis la Restauration , traité avec un rare talent par un pnbliciste qui en a fait comme sa propriété , tant il y a répandu de lumière ; et sans doute il est permis d'espérer que des considérations si hauties n'auront pas été présentées sans fruit, dans un moment où l'organisation de l'autorité municipale et provinciale de la France est, dit-on, en discussion au Conseil d'État (i).

(<) Ceci. était écf it avant la présentation de la loi actuellement soumise % la Chambre des Députés ; et je le laisse subsister, parce que je ne suifi pas très-convaincu que cette loi , si elle reste telle qu^op la propose , ait. tous les bons résultats que Iç Gouvernement s'en promet.

3a6 LIVRE III.

La sn^pression des conries fait honneur à M. Tnrgot, et Jui en aurait &it «bien .davantage ai la mesur/s ^y^ 4té moins brusque , jnoins -générale ; car , aupurd^hoi même, b/Baucoqp 4e ^éparkmeats redemandent la i^rostsition en nature pour Jes ^bemins vicinai^c,, q^i sqi^ purtout daQs rëtat Je pl^ .triste , .^t dont il aersiit aussi juste .gu'ukile de laisser rentratien aux^CpmmuQ^ , pour qui -ces. chemins servent de débouchés exclusifs. Le tort de M. Turgot est d'avoir .tout réduit en principes absolus, ce qui prouve qu'il n'était pin^né pour l'Admiiûstr^tiou. Il voulait , sans res;tnction aucune ^ l'iiapôt unique et la liberté .du commerce. ^C'étai^nt deux idées fixes auxquelles il subordonnait et lappprtait toutes les autres. La première Ta poursuivi «i long-temps que, plusieurs aunées après sa jretwte du ministère., il .li^ un mén^ice pour dëtousnsr Içs ^taU-Umsde t^ut ruap&f sur 4qs oonso^mmations. Assurément per^ouoi? au)Qnr4UiU4 ne niera que , du jnoins en cfi gui jliauche lUn^pôit , ]V)L Turbot ne soit tombé -dans tle g^av^ erreurs,; et je ypu^cais bien savoir pourquoi , quand il ^est mépiiis ^ ce 4^iF^^ ^^^ ^es prétendus avantages .de Fimp^ t^ni^ne , on jurait jilus de confiançe.dan&ceux guMl i^ttdbuaitde mêfpe a Jalibertë iUimijtée du comm^cce.

M. Xurgot apjnelait le i8.f^^^fiècle un siècle de querelles; et lui-^meme, à force de batailler, de réforçaer, ébranlait toutes nos institutiofis. Dans le préambule de Tédit qui supprime les jurandes, il reproche aux communautés d'avoir exclu de l'apprentissage les jeunes gensnciariés, et il ne voit pas que l'apprentissage était surtout ntile pîarce qu'il empêchait les ouvriers de se marier trop jeunes. M. Turgot demandait l'afiranchisseinent des colonies au

«Qoment précis où elles doublaient la prospérité corn-* merciale de la France ! il voulait que nos monnaies fussent fidbriqnées au Pérou, afin d'économiser la refonte des piastres! et pour épargner le fret des bois nécessaires k la marine , il avait sérieusement conçu le projet de transporter en Suède nos ingénieurs maritimes , et d*y Aire construire nos vaisseaux!

Tout cela n'est que ridicule; mais une faute grave, qu'on ne saurait trop lui reprocher , c'est l'inconvenance de ses préambules d'édits. J'ignore si des préambules étaient alors bien utiles , et je me serais volontiers rangé à l'avis du chancelier de L'Hôpital : jubeat lex^.non suadeat. Peutiétre la maxime est-elle trop sévère pour les temps où nous vivons, et je conçois qu'aujourd'hui les gouvernements se croient obligés de parler aux esprits plus qu'ils ne le faisaient autrefois ; mais je ne comprendrai jamais la nécessité de préambules de ao k 2S pages d'impression, tout remplis de raisonnements, de narrations, d'ennuyeuses dissertations. Rappeler avec énergie , avec brièveté quelque vérité grande et féconde, l'exprimer noblement, vdilà, je crois, les deux conditions d'un bon préambule. Ceux de M. Turgot ne les remplissent point : îe ne dis rien du style y qui est d'une prolixité fatigante, sans couleur, sans dignité, sans élévation. Je parle uniquement de la critique qu'ils font presque tous des actes ^térieurs, critique quelquefois siamère, si violente, que , si ce n'était pas le Souverain qui parlât contre le Souverain, on croirait lire, au lieu d'un édit, le manifeste de mutins révoltés et armés. L'un de ces préambules apprend au public que , jusque-là , les négociants avaient été traités comme des ennemis qu^ il fallait vexer dans leur

rotUe j charger de chaînes à leur arrivée^ etc. ; et M. Turgot croyait ainsi montrer l'utilité de ses réformes! Tristes réformes, certes , puisqu'il devait recourir k de tels moyens pour les justifier. Le mépris de FAutorité professé par l'Autorité est Tun des signes les plus certains de l'ap-» proche des révolutions. Pourquoi faut-il qu'un si dangereux exemple ait été donné par un homme .dont le caractèrepersonnelavaitautantdenoblessequede grandeur! Un économiste très-connu a réuni , en 9 volumes , les œuvres de M. Turgot. L'éditeur répète trop qu'il avait été l'ami de l'ancien ministre. Les douces larmes que les conceptions de M. Turgot lui faisaient répandre , touchent peu aujourd'hui. Ailleurs , ce même éditeur nous parle du moment où on fera le commerce de la Chine dans de plus nobles vues que celle de gagner de U argent. Il ne faudrait qu'une piensée aussi niaise pour tuer un admi-^ nistrateur; car auelle justesse peut avoir dans l'esprit, un homme qui croit qu'on fera un jour le commerce sans l'espoir d'y trouver du profit? Et voilà par quels écrivains l'Administration «st jugée ! Voilà le rare génie qu'après la paix de 1788, le Gouvernement rendit leprin-r cipal arbitre des conditions du traité de commerce que la France allait conclure avec l^Angleterre ! Pauvre France où nul talent n'a jamais manqué que celui de bien appré-r eier et de bien employer les hommes capables de laservirl

CHAϻITRE V.

Du Commerce de transport.

On nomme commerce de transport celui qui se compose du transport des marchandises, indépendamment de leur production et de leur consommation. Ainsi, le commerce de transport suppose toujours trois nations; celle qui vend, celle qui achète et celle qui transporte.

On voit que ce genre de commerce est absolument distinct du commerce intérieur et du commerce extérieur , et qu il n'exige d'autres capitaux que ceux qui sont nécessaires à la construction et à l'entretien des navires qu'il emploie. Montesquieu l'appelle commerce d'économie , parce qu'en effet c'est celui des nations à qui l'économie est indispensable. Mais toutes ces définitions sont peu exactes; et nous verrons dans un moment que le commerce de transport , loin de se borner au voiturage des marchandises , en exige souvent l'acquisition , et peut employer ainsi des capitaux très-considérables.

Le commerce de transport remplace, k chacune de ses opérations , comme tout autre commerce , deux capitaux ; mais aucun ne donne de soutien ^ l'industrie du pays. Un navire français va charger

55o LIVRE III.

à Hambourg des toiles quil transporte à Cadix, d'où il rapportera à Hambourg des vins et de la laine. Cette double opération n a procuré à la France que le bén^ce du fret , tandis que la Hollande et l'Espagne ont renouvelé chacune un capital, n est évident que si , au lieu d'employer ce navire à faciliter les relations de deux peuples étrangers, l'armateur à qui il appartient^ Feût desr tiné au transport de marchandises nationales , il aurait fait une opération beaucoup plus utile au pays , puisqu'alors il eût contri))ué à y multiplier le travail.

Il suit de-là que, s'il existait un pays dont le territoire , baigné par la mer , fût généralement ingrat , la population peu nombreuse et l'industrie languissante , ce serait au commerce de transr port qnil devrait, de préférence, employer ses capitaux. Ce peuple , en le supposait particulièrement propre à la marine , pourrait se rendre insensiblement maître d'une partie des transports du commerce de l'univers ; il s'interposerait ainsf dans toutes les relations de peuple à pei^ple ; et, sans courir de risques , sans presque faire d'avances, il lèverait sur chaque pays un tribut en numéraire, qui l'associerait à la prospérité de toutes les jQations industrieuses.

La marche d'un pareil peuple vers l'opulence serait d'autant plus accélérée , qu'il aurait moins

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de besoins. Si même il était possible que le goût de la simplicité s'y conservât , il deviendrait bien^ tôt ji'un des plus riches 4u monde ; et sa ntarine lui 491^^3^ une grande '|mi^sa;ice extérieure ^ quelques -mai^c^ai^d^ saipiis territoire, et presque jsans industrie ^ "finiicaient aiosji pur faire trembler tous leurs yo^sins^

Je viens de «tracer , sans jm'^en apercevoir, Thistoire rapide des siuccès .4e la Hollande ; mais sa prospérité n a duré qu un saorneirt ^ et il est aisé d'en assigner la cause.

Le transport dçs marcbajidises n'est desstenu l'objet d'un coma^rce najbiopal que par l'imprévoyance des peiipleç ; il devait -donc cesser avec elle. Là Hollande, avant Cromwell, faisait une partie du cptumerpe de rAAgleterre^ L'acte de navigaf^jio}! , qui fut; priqcipalemenjk dirigé contre sa marine, lui .p<S^rta idn coup terrible. Depuis, les anixes iia^ions ^ sont également éclairées suv leurs vraJDs intérêts,.&tieUes lont travaillé de concert h se pa^e^ d0 la HoUmdie ; aussi y depuis près d'un siècle , sa pro^périt^ a-t-plle toujours été en déclinant |1 lui restait qependsint Je cabotage français, dont ellç ^i^sâtta pQS£iessiQnpite$qu«.«xclur çive , et auquel elle employait , il n'y a pas encore bien long-tenaps, près de mille narres par année. La Révolution lui a enlevé ce dernier avantage, e( ri^n n'annonce qu'elle puissa désormais le recouvrer sur aucun peuple.

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Cependant, on ne peut nier que le commeroe de transport n'ait été très-utile à la Hollande. L*argent que ce commerce lui avait procuré excédait tellement ses besoins, quelle plaçait annuellement des sommes considérables à Fétran^ ger. Suivant Smith , le taux de l'intérêt n y passait guère trois pour cent , et le Gouvernement y empruntait à deux. Mais cette prospérité ne pouvait survivre au commerce qui lui avait donné naissance ; et , précaire comme ce commerce , elle disparut avec lui.

On aurait au surplus une idée fausse du com« merce de transport , si Ton supposait qu'il se fît immédiatement de la nation qui produit k celle qui consomme. Le plus souvent la nation qui t)*ansporte achète la marchandise pour son propre compte , et l'assortit ensuite , chez elle , à d'autres marchandises étrangères. Or , c'est cette réunion de productions différentes , cette espèce de foire où l'on trouve des marclxandises de toutes les nations > qui attire des voyageurs et des demandes de tous les pays. Mais, sji ce commerce exige alors de plus grands capitaux que celui de transport proprement dit , il n'en est pas moins mesquin dans son objet , puisqu'après tout , la nation qui le &it n'a droit qu'à un bénéfice de courtage , toujours très-modique.

Ensuite , il est bien à remarquer que ce com^

merce né peut avoir lieu que dans un pays abso-^ lument dénué d'industrie, et qui se pourvoit à 1 étranger de tous les objets nécessaires à sa propre consommation : autrement, la réunion de tant de productions de Tindustrie rivale , nuirait nécessairement à la vente tant intérieure qu'extérieure de ses propres marchandises , et la nation serait obligée de renoncer k ses manufactures.

On dira peut-être que cette réunion accroîtrait au contraire leur débouché. H faudrait , pour cela , que les marchandises indigènes fiissent supérieures en qualité aux productions de l'industrie étrangère , et alors ce seraient celles-ci qui resteraient invendues. On n'en ferait donc plus venir.

Il faut opter. Une nation qui se livre au com^ merce de transport doit renoncer à toute indus* trie , et réciproquement^ une nation qui veut être industrieuse ne doit point spéculer sur la vente des marchandises étrangères.

Rendons cette vérité plus sensible par un exemple. Des négociants ont la liberté d'ouvrir à Bordeaux , pendant un temps donné , une foire générale où seront admises , sans distinction , toutes les productions de l'induistrie étrangère. Les casimirs anglais, les basins, les piqués y figurent h côté de marchandises nationales de la même espèce. Je demande auxquelles les étrangers donneront la préférence ? Je demande auxquelles nous la donnerons nous-mêmes ?

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n est évident qu'une pareille foire, si elle durait toute Tannée , frapperait de niort une très-grandi? partie de nos mana&ctures, sans procurer à aucunede nos productions de plus grands débotichés.

Quels que soient les bénéfices^ du commefce de trsinsport, il est donc constant qu'il ne con^ vient poitit à une nation agricole et manufactu^ rière. La véritable source des richesses pour une telle nation , c'est la reproduction et le ti^vail. H faut qu'elle donne à ses capitaux* cet emploi , et qu'elle'songe à transporter et k vendre ses propres marcbandises , avant de s'occuper à trans|îi»ôtter et à vendre celles des autres.

En France , ou* l'on est très-porté k juger par comparaison , sans tenir aucun compte dés différences dé temps ou de localités , il existe encore aujourd'hui des partisans dtt commerce de transport , qui , séduits par l'aincienne prospérité dé la Hollande , imaginent qu'il serait très-avaMàgeux de se livrer , chez nous , à ce genre de spéculation. Eft conséquence , oui a proposé de l'encourager, en rappelant qitelqtiesin^tixtions aiveieimes, qui n'avaient même pas été créées daci^ cette vue, et dont lè réSaMôësement entraînerait aujourd'hui mille so^tes^ de - désordres et .d*sJbiis«

Je né puis ' mieiaix eompvrer une nation agricole et mantiCichirière y apà em^dicde ses capitaux au commerce de transpoift^ qu'au propriétaire

dWe terre fertile, qui la laisserait eu fiîche poar louer a d'autres propriétaires ses chevaux de labour et ses instruments aratoires.

Un des grands motifs que Ton fait valoir eid faveur du commerce de transport , c'est qu'il est singulièrement propre à former des matelots; mais , comme l'observe très*bien Smith , (r) « le » même capital peut employer tout autant de » bâtiments et de matelots , s'il est place dans té )) commerce étranger, ou même dans le commerce » intérieur, par cabotage, que s'il était employé » dans le commerce de transport. » Et en effet, on ne conçoit pas comment nous formerions plus de matelots en tenant la mer pour le compte de l'Espagne ou de la Hollande , qu'en naviguant pour notre propre compte. Je ne vois dans ' ces deux espèces de navigation aucune différence, siaon que , dans le premier cas, nous serions en quelque sorte aux gages des naticms étrangères , et que, dans le second, au contraire, nous ne nous occupons plus que de notre propre conmoierce.

Il existe cependant un commerce de transport vraiment utile , et auquel une nation industrieuse peut se livrer avec avantage. Je suppose qu'un navire parte de Marseille , pour Hambourg, avec une cargaison de «vins et de savons. S'il ne

(i) T. II, p. 394.

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trouve pas au lieu de sa destination des matierèsi premières qui conviennent à la France y il y pren^ dra un chargement quelconque pour TEspagne, d'où il rapportera , h Marseille , des laines en re^ tour ; et la France , au moyen de cette double opération I aura véritablement fait un commerce avantageux , puisqu'en définitif, elle a donné des productions de son sol et de son industrie , pour des matières premières nécessaires a ses manufieictures.

Le ccmimerce de transport» né de Timprévoyance des peuples, comme je Tai dit en commençant ce chapitre , ne peut plus offrir que des avantages très^bomés. Toutes les nations maritimes ont enfin senti l'importance de la navigation , et s y sont livrées ; elles suffiront bientôt à leur propre commerce. Alors chaque nation navi<* guera pour son compte » et le commerce de trans^ port se confondra naturellement avec le com^ merce extérieur.

Mais , en attendant , on peut décider , en prin-» cipe, que le commerce de transport convient peu à la France, et qu il ne faut Tencourager que dans le seul cas d'exception où il est indispensable pour soutenir quelque autre branche de commerce, soit intérieur, soit extérieur. Nous verrons ailleurs en quoi peuvent consister les faveurs qui lai sont alors nécessaires.

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