CHAPITRE VI
Du Commerce de l'Inde.
Le commerce de Tlndé fait naturellement partie du commerce extérieur, et doit se juger d'après les mêmes principes. Saurais pu , par cette raison , me dispenser de lui consacrer un chapitre particulier. Je m y suîi déterminé , parce que ce commercé exerce une influence très-défavorable sut la prospérité du pays , et qu'il a été défendu avec beaucoup de chaleur par des écrivains qui me paraissent en avoir pris une très-fausse opinion.
C'est une vérité incontestable que le commerce de rinde enlève annuellement à l'Europe des sommes immenses : on ne peut même fairç ce comraierce qu'en argent A l'exception de quelques productions de nos contrées , telles que des vins , des eaux-de-vie, de la quincaîUerie , du corail, etc. , aucune de nos marchandises n'y trouverait de débouché , et rarement elles excèdent en valeur le dixième des cargaison^.
Les marchandises manufacturées que l'Europe lire de l'Inde consistent principalement en mousselines , en toiles , en nankins , etc. Elle en reçoit également du thé , du café , du sucre, des épiceries, de l'indigo , des soies écrues et du coton.
Le commerce de Tlnde a contribué aux pn^rès de Findustrie en Euro^, en lui proposant en quelque sorte pour modèles des productions d^une nouvelle espèce, quelle s'est cflforcée d'inûter; nous lui devons les mousselines > les toiles peintes , les porcelaines ; nous lui devons encore la prospérité de nos colonies, puisque cest de Tlnde quelles ont reçu la culture du café , du sucre et de l'indisfo.
Mai^ s'il e^, reconnu que ,. mal^é tous lesi efforts de Tindi^trie européenne, nous n'imitQii& que très-impair&itement les marchandise^ de Vlnde; si, malgré QC^ imitations plus au moins heureuseSf nous, continuons à nous aller approvisionneir à grands frais sur les lieux , il est sensible que les avant^^es de ce commerce ne peuvent , sous aucuD rapport, en balancer les inconvénients.
ic Le commerce de Tlnde, en ouvranJt.na marcbé » aux marcbandises de rEurope , dit Smitb (i) , » ou , ce qvii revient d pçu près aa niéme , à l'or n et k Vax^enX que. ç^ ijWjarcbandises achètent , » doit tendre nécessairçmçAt k augmenter 1^ pr^ V duction annuelle des, n^cbandises d^l']&mrc^> » et par çon^séqu^t. Ift. lidbesse: içt Ifr. rçveaa réel « de cette partiç. djo: çaonde* »>. Je n^^t^nxis ahsolument rien k ce rai^pn^^ent* D'ahordrinde
(1) T. III , p. 47.
DU COMÎMERCE. Sâg
tLoavte point un marché aux productions dé notre industrie, puisqu'il faut y porter ût Targent. Or, îargent qu oh y porte eàt hécessaireiUent éulevé au soutien de Tindustriô dtl piays. Il ne revient donc pas à peu près au mSfne d*y porter de Targent ou deâ marchandises. Coàitnetit peut'On avancer ensuite que le commerce de l'Inde doit tendre à augmenter la production annuelle des marchandises en Europe ? N'estil pas évident au contraire que ces mêmes inafchandises cesseront d^étre recherchées, lorsque lé consommateur pourra s'approvisionner en productions de FÏnde , qui sont à là fois plue belles et nioins chères? Rappelonsnous que , bien avant la Révolution ^ les femmes avaient abandonné lé satin et les soieries i et les hommes la batiste ^ pour pOrtet de la mousseline dès Indes. Aussi les manufactures de Lyon éprouvèrent'*elles un échec terrible , puisque le nombre dès métiers s'y réduisit fnfcceteivèment de treize mille à neuf mille ; et c'est îiinsi que le commerce de rinde tend à augmenter la production annuelle des marchandises de t Europe.
" Cette assertion dé Smith est si contraire à la ' vérité, qu'en se la permettait til *a cru devoir aller bien vite au-devàut de robfection* <r Si jusqu'à » jpréseût le eommerce de l'Inde a causé si -peu » d'augmentation dans là 'production des mar- » chandises de l'Europe , il faut vraisemblablement
34o LIVRE III.
» Tattribuer aux entraves dont on a partout ac- » câblé ce commerce, i» Les entraves dont on a partout accablé le commerce de Tlnde en ont diminué les effets fâcheux : c est un très - grand service qu elles ont rendu à l'Europe. Si le commerce de rinde avait été encouragé; si les marchandises qui en proviennent n'eussent pas été chargées de droits prohibitiTsy elles se seraient multipliées au point d'étouffer absolument Findustrie indigène. Ce commerce ^ au lieu de nous coûter annuellement douze ou quinze millions , nojus aurait alors enlevé , en un denû-siècle , les trois quarts de notre numéraire circulant. Les marchandises de Tlnde n ont donc augmenté ni peu , ni beaucoup la production annuelle de celles de l'Europe ; elles l'ont au contraire diminuée ; et il était impossible qu'il en fût autrement, car enfin la consommation a des bornes ; et il est sensible qu'une femmio qui se pare avec une robe de ipousseline fabriqyLee dans l'Inde , sert beaucQup moins l'industrie i^^tionale que si elle portait du taffetas ou de la. batiste.
Rajnal a soutenu , con^me Çmith , que le comnverce de l'Inde n'était,pq;int défay^çrableàrEurope. Les raisons qu'il donpe pqur justifier son opinioa sont spécieuses. J'ai vu des lecteurs qui ne la partageaient point » s'y Jaisser entraîner. Je vais en risquer l'examen.
DU COMMERCE. 34i
« La consommation qae noua faisons des mar- » chandises de l'Inde (i) ne doit pas nuire à notre » industrie; car avec quoi les payons-nous? n'est- » ce pas avec le prix de nos ouvrages portés en » Amérique ? Je vends à un Espagnol pour cent » francs de toile , et j'envoie cet argent aux Indes ; » un autre envoie aux Indes la même quantité i> de toile en nature : lui et moi en rapportons » du thé. Est-ce qu'au fond notre opération n'est » pas la même ? est-ce que nous n'avons pas » également converti en thé une valeur de cent * francs en toile? Nous ne différons qu'en ce que » l'un fait ce changement par deux procédés , » et que l'autre le fait par le moyen d'un seul. » Supposez que les Espagnols , au lieu d'argent , » me donnent d'autres marchandises dont l'Inde w soit curieuse : est-ce que j'aurai diminué les tra- » vaux de la nation quand j'aurai porté ces mar- » chandises aux Indes ? n'est-ce pas la même » chose que si j'y avais porté nos productions en » nature 1 Je pars d'Europe avec des marchandises » nationales ; j e vais les changer dans la mer du Sud » contre des piastres ; je porte ces piastres aux; » Indes ; j'en rapporte des choses utiles ou agréa-r » blés ; ai-je rétréci Tindustrie de TEtatî non 5
(i) Histoire philosophique, liv. V, t. III , p. 233, édition de Genève.
» j'ai étendu la consommatioa de ses produits , n et j'ai multiplié ses jouissances. En dernière ;i analyse , que l'argent soit ou ne soit pas em"* » ployé comme gage intermédiaire , j'ai échangé » directement ou indirectement , avec T Asie, de» » choses usuelles contre des choses usuelles, moa » industrie contre son industrie , mes productions » contre ses productions. »
J'ai copié le passage en entier, afin de n'en point détruire l'effet. J'invite le lecteur à s'en hien pénétrer. Maintenant revenons sur chaque raisonnement.
...... « Je vends k un Espagnol pour cent
1) francs de toile, et j'envoie cet argent ans; Indes , >> un autre envoie aux Ipdes la même quantité » de toile en nature ; lui et moi en rapportons }> du thé. Est-ce qu au fond notre opération n^est " pas la même ! » L'opération est absolnn).ent la même ; mais la première seulement peut avoir lieu , et par conséquent le rapprochement est faus. Supposons iju'il soit exact Vous et moi pos^ sédons chacun une valeur de cent francs ea toile, qui excède la consommation du pay$, et qu'il faut échanger de la manière la plus utilç ; telle est la proposition^ Je vends ma toile à un Espagnol qui me donne cent francs en numéraire. Vous , vous envoyez votrç marcliandise dans l'Iode , et l'on vous fait passer, en retour , du thé : huit jours
après Farrivëe de votre thë, il n^en reste pas une feuille. Non-seulement mes cent francs en numéraire existent encore dans le pays , mais , employés au soutien de Tindustrie indigène» ils ont déjà produit le double de leur valeur par des ex* portations avantageuses. Je demande lequel de nous deux a opéré le plus utilement pour TEtat.
. • • . ^ M Supposez que les Espagnols , au lieu 9 d^argenti me donnent d'autres marchandises » dont rinde soit curieuse ; est-ce que j'aurai M diminué les travaqx de la nation quand j'aurai « poite ces marchandises aux Indes ? )» Non ; mais vous les diminuerèZi en rapportant de Tlnde des mousselines, des nankins et des toiles qui feront baisser la consommation des marchandises nationales susceptibles d'en tenir lieu.
>.•••• a Je pars d'Europe avec des marchan- » dises de manufacture nationale; je les vais » changer dans la mer du Sud contre des piastres : » je porte ces piastres aux Indes; j'en rapporte » des choses utiles ou agréables : ai -je rétréci » l'industrie de l'Etat! » Oui; parce que ces choses utiles* ou agréables que vous rapportez de contrées lointaines y pourraient être produites ou remplacées dans le pays , et que ces piastres avec lesquelles vous les avez achetées , auraient enrichi l'Etat en y multipliant le travail , si vous ne les eussiez point employées à salarier l'industrie indienne.
> • tt En dernière analyse, que Targent
>» soit ou ne soit pas employé comme gage inter* » mëdiaire , j'ai échange directement ou indirec* » tementy avec TAsie, des choses usuelles contre » des choses usuelles » mon industrie contre son v> industrie , mes productions contre ses produc^ » tions. » Il n y a point de commerce , quelque ruineux qu il soit, qu'on ne justifie par ce raisonnement ; et la seule conséquence qu'on en puisse tirer, s'il est exact, c'est que nous n'avons rien de mieux k faire que de porter aux Anglais ou aux Indiens nos deux milliards d'argent monnayé, pour avoir en échange des marchandises quelconques. Cette opération ne vous paraîtra peut-être pas trèsavantageuse. Pourquoi 1 En dernière analyse , poiis n aurez fait quun échange direct ou indirect de choses usuelles contre des choses usuelles y de voire industrie contre V industrie étrangère j de pos produc-^ tions contre ses productions ; et Ray nal vous démontrera que vous en serez beaucoup plus riches.
Mais que veut-il donc prouver par toutes ces subtilités ? que l'argent que nous envoyons dans rinde est le produit de notre commerce avec l'étranger ï £h bien , cet argent en est-il moins précieux? devons -nous le prodiguer? devonsnous , parce qu'il nous vient du dehors , et que nous ne le possédons que d'hier, en faire un mauvais emploi et renoncer à tous les ayantage^
que ragricultare et le commerce intérieur en retireraient si nous rajoutions k nos capitaux *i
Quoi ! parce que la France importe annuellement vingt millions en numéraire que les nations étrangères payent à son industrie, il faudra qu'elle envoie cette somme dans Tlnde ! il faudra qu'elle achète avec ses bénéfices des marchandises dont lusage doit diminuer ses propres reproductions industrielles !
Smith ^ qui voit ici comme Raynal » est moins excusable dans son erreur; car Raynal n'a point écrit qu'en échangeant de la monnaie contre des vins étrangers j contre des soieries étrangères^ une nation fût prodigue : Smith s'élève contre la prodigalité» Le commerce de l'Inde est la prodigalité de l'Eu-^ rope ; elle est même la seule dont les inconvé-^ nients soient irrémédiables, parce que l'argent qu'on fait passer dans l'Inde s^ engloutit et ne reparaît jamais.
Snûth prêche aux nations l'économie ; it veut qu'elles épargnent sur leur revenu pour accroître leurs capitauiL : et voilà maintenant que , d'accord avec un écrivain déclamat^ir, il leur conseille d'acheter à grands frais des marchandises de fantaisie , qu'on ne peut même pas payer en marchandises du pays !
S'il n'y avait, dans l'univers, que deux pays commerçants, la France et l'Inde , et que la France
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produisît plus qu'elle ne consomme ^ certes, il faudrait bien <ia'dle échangeât Texcédant de s^ besoins contre des productkns de rindnsfiie indi^ine. Mais ces échanges ne se feraient alors qu'en marchandises ; Sis n af4)auYnraient pas plus un pays que Fautre ; ils toœmeraient , au contraire, h layantage de tous les deux , puisqu'ils y multiplieraient respectivement les moyens de travaiL Or » les échanges entre la France et llnde ne sou* tiennent aujourd'hui que Tindustrie de Tun des deux pays t et ce pays est llnde : donc ik ne sont avantageux qu'il Tlnde; donc Texportation du numéraire que le commerce de Tlnde exige , est pr^iudieîable à TEarope.
On a sanê doute remarqué que toat le raisonnement de Raynal se réduit à ceci : de quelque manière tju^une noHon pûje à t étranger les marehandises qu'elle lui achète^ ce sorU toi^ours des produits qui payent des produits. M. Say s'est emparé de cet argumenl, auquel il revient chaque Xois qu il parle du connneroe extérieur (i). M. Makhus com* bat M. Say ; il établit que les marchàDdises ne js'échan^nt pas toujours contre des marchandise, mai$ bien souvent contre du travail. Je n'admets pas
(i) M. Say le reprodait trois fois fsik 5o pages. Voir la 3-"**' ëdil^ 1. 1 « , p. i53^ 171 , aoi \ et ia 4"'' » P- 16^1 ;i8o^ 21S.
cette diastinction. On n achète le travail que pour ce qu'il orée. Acheter du travail ave^odesmarchaudiaes, c'est donc toujours acheter des produits avec des produits. Je dirai plus : Tor qui sert h payer les Qiarchaiidises de Tlude , est lui^-mâme le produit de notre travail ; car av^ quoi Tavons-nous successivement acheté? certainement avec de nos marchandises ;nmis, d'accord sur les termes , nous ne le sommes nullement sur la singdUtudè des choses qu'ils expriment. L'or est-il , sous le rapport de la production , plus précieux que U marchandise qu il achète 1 Employé tour h tour comme moyen d'échange, comme moyen d'accumulation^ et comme moyen de travail , ne rend-il pas plus de services h notre industrie que ne I0 feront des cargaû^oM de thé et xle mousselines ? Voilà sous quel p(mt de vue la question doit âtr^ «iian^ée ; et , la (^oser sûnsi > c'est là résoudre.
S'il est vrai qu'en payant avec de l'or , une nar tion paye avec dés produits > on voit du moins qu'il serait souverainement déraiscmnahle de confondre, relativement à l'utilité qu'on en peut retirer , des produits qui agissent si diversetnent sur h multipli4^ation des cl>oses consommables. Mais , ^n reconnaissant que la monnaie que possède un {^ays est l<e résultat de ventes qu'il a faites au dehors , ou , si l'on veut , le prix de marchandises qu'il a créées , il faut encore considérer Tépoque
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où ees ventes ont pu avoir lieu ; et ceci importe beaucoup ; car , si , depuis cinquante ans , par exemple, une nation n'avait pas augmenté la masse de sa monnaie , et que tout à coup elle entrepiit un commerce extérieur qui ne pût se faire qu'en argent, comme celui de Flnde, il est évident qu'elle payerait , avec des produits aclietés il y a un demi-siècle , et jusque-là précieusement con* •serves, d'autres produite qui, datant d'un jour, n'en dureront peut-être pas deux; et je demande à M. Say lui-même si cette nation ne ferait pas exactement alors comme les dissipateurs qui, après avoir épuisé leur revenu , vendent leur mobilier pièce à pièce. M. Say ne conçoit pisis que le comr merce extérieur puisse jamais nuire à une nation, parce qu'en résultat , c^est toujours de ses propres fonds qu'elle tire TOUT ce guette consomme , mène ce qu'elle fait venir de Fétranger (i) ; et il imprime le mot TOUT en majuscules. Il aurait pu l'imprimer en lettres d'un pied de haut , sans que le raisonnement en fut meilleur. Un particulier qui vend son patrimoine pour faire des consommations folles ^ les tire aussi de ses propres fonds , et il se ruine. Une nation qui exporte , non les produits de son travail annuel , mais les instruments avec lesquels elle produit; non les marchandises qu'elle
(0 3.«** ëdit. , 1. 1.*' , p. 17X-. 4."''' Wit. , t. L% p. i8e.
crée , mais les capitaux avec lesquels elle! les crée , se ruine pareillement. L'analogie est d'une exactitude parfaite \ elle frappera M. Say , s'il veut bien se souvenir que lui-même , naguères , appelait Taisent le capital réellement productif de la nation \ et qu'aujourd'hui encore , il le trouve assez précieu JL pour vouloir qu'on déloge de nos églises les saints d argent, et qu'on en fasse de la monnaie.
Les raisonnements qui précèdent s'appliquent surtout aux peuples . dont la prospérité commerciale est susceptible de s'accroître. Supposons à présent qu'il existe une nation dont l'industrie soit si avancée y l'agriculture si prospère, et la monnaie si abondante, qu'elle n'ait plus aucun progrès à espérer. Cette nation , par le résultat de ses échanges , importe chaque amiée vingt ou trente millions en numéraire , dopt elle ne peut tirer intérieurement aucun parti utile. Que cette nation place dans le commerce de l'Inde , une portion de ses profits annuels, rien de mieux, parce ^ qu'après tout il ne faut point enterrer son argent ; mais ce qu'elle en expoi*tera ainsi n'en appauvrira pas moins l'Europe-^ et ce commerce lui deviendra défavorable à . elle-même , du moment où l'Europe appauvrie ne pourra plus l'entretenir de numéraire : il le, lui deviendra même avant , si, par exemple, les marchandises de l'Inde y sont recherchées de préférence aux marchan-
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dises indigènes « parce qu^alors on emploiera ï se proctirer éelles-lli ^ une partie de Fargetit consacre auparavant à 'la reproduction de celles^^i.
On évalue le numéraire de l'Europe à dix milliards six cent millions (i). Supposons cpie les mines soient tout à coup abandonnées, continueral-on le commerce de Tlnde ? Il peut fhcilement enlever à TEurope jusqu'à quatre-vingt millions par année ; réduisons cette somme à trente millions : au bout d'un siècle , TËurope ne possédera plus que sept milliards six cent finllioiis ; en trois siècles , elle sera absolument puisée de numéraire. Je demiuide aux partisans de Raynal et de Smith ce que deviendra alom , non W tùÊBtmeree de Tlnde , 'auquel nous serons bien oUigës de renoncer à défont de moyens d'échange y luais notre propre i^ndustrie. Smith répond qu'il nous restera la précieuse ressource des éehangea en nature, et cette bien plus précieuse encore du papiermonnaie^ A cela » tk n'y a absolument tien à dire.
De toiiies les .marohandises que tioii$ devôds au cOBMieroe de t'Inde , celle qui donne lieu à une phis grande exportation de numéraire , è'est le iktéfk Le traducteur de Smith évalue h trente millions de livres pesant la qu^oitité que FEurc^ en impotte annuellemenf. Au commencement du
Mil .■■■<tHM n im»
(i) Voyez le mémoire très - bien fait de M. Gerboux çur les dangers de la démonétisation de l'or.
DU COMMERCE. 35t
siècle dernier > elle ne passait pas cinq cents milliers. « Cependant ^ il est yrais^mblable que la j» production de cette feinUê e$t emon^ bien; au- » dessous de ce que la conscnnmatioof doit lui » deniander un jour. » Le traducteur ajoute (t) : » Ce seol article a établi eiottre la Ghid»e et TEu- » rope un lien qu'auctme révolatioi» Immaine ne j» saurait rompre , et que ekac«fi des peuples qui » y touchent a un égal intérêt à nataintenir^ »
Ainsi, il est de Tinlérât de la France , qitâ ne peut rien fournir en marchandises h la Chba^ , de lui acheter beaucoup de thé ! Il faudrait ajmer prodigieusement celte boisson exoti^te pour goûter un pareil raisomieme^t.
Le commerce de Unde^ au n»Q«beiM; de k Révolution , faisait sortir dé h FvmQe environ: dixhuit millions {2)0 Le$ marefaandiiei manufacturées figuraienib ^0ns cette scmolie pe«ur vm peu/ plus de de&.% millions ; le reate étai^ en arg^^t*^
La Fvsace enroyailt à l'ehranger, 8urs0s refe^uirs , pour ime valeur de six millions. Ainsi ce^ eomme?cé lui c4l>utMt nel emivoiù: dou^e nsôllioxiâ*
Les toiles de coton ^ ies I9^aselinie»y l^s nankins et les étoffes de: aoie > oopstiluaieifti les- septhuîti^nes: des refiow» ; le surplus conwtati en
mmffmmmmammammmmÊ^fmmmtmmm-mmÉÊmmfm0m
(2) Voyez l'ouvrage de M. Magnien sur le commerce des Français , au-delà du Cap de Bonne-Espérançe*
55îi LIVRE ÎIÎ.
bois cTInde , soies , coton , drogues pour la tdiH
tare et autres matières premières.
On peut estimer à plus de trente millions la valeur des ntousselines» toiles de coton et autres tissus j <]ue le commerce 4^ Tlnde fournissait annuellement à la consommation de la France. Ainsi ce commerce avait le double effet de la priver annuellement d'un capital de douze millions na^ mëraire qu'elle aurait pu employer dans ses fa'briques , et d'enlever à ces mêmes fabriques une reproduction annuelle de trente millions de valeun n est impossible de concevoir un commerce dont les résultats soient plus désastreux.
La question du commerce de Tlnde, réduite h ses véritables, éléments , est extrêmement simple. Le commerce de llnde enlève-t-il des capitaux à l'Europe? Oui. —-Ces mêmes capitaux pourraient-ils^ être employés à des reproductions locales^ Oui. — L'usage des marchandises de L'Inde a-t*il diminué la consommation des marchandises de l'Europe? Oui. — Ainsi donc, le commerce de l'Inde a concouru de deux manières à réduire les facultés reproductives de* notre industrie; i.*en lui enlevant des capitaux ; 2.^ en augmentant la consommation des producticms exotiqaes ? -^ Nul doute. La question est jugée.