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(i) T.m,p. 4oa.
gens à boutiques , et il en revient toufours aux gens
à boutiques.
n faut examiner avec quelque attention les rai« sons sur lesquelles Smith appuie un sentiment si extraordinaire.
fc Le monopole du domitierce des i^lonie» ^ t> prime l'industrie de tous les autres pays , et Si principalement celle des colonies, sans ajouter T» le moins du monde à délie da pays «n faveur » duquel il a été établi , mais au contraire en la » diminuant, (i) »
Le monopole du commerce des dotonîes opjnime r industrie de tous les autres pays. Le monopole cbi commerce des colonies n^opprime Tindustrie d'aû*^ cun pays ; seulement il favorise celle de la métropole , et rien n'est plus juste , puisque c'est la métropole qui a créé la colonie , et que c'est encore elle qui la protège.
... .Il opprime principalement t industrie des colo^ niesJLoi colonie ne peut prétendre qu'k la tente de ses productions : la métropole les lui achète toutes. La colonie n'a donc aucun intérêt à commercer directement avec l'étranger; mais quand il serait vrai qu'elle perdît ainsi quelque chose > il ne faut pas oublier que c'est une des conditions du traité , et que la colonie créée , accrue et défendue par là
mt
<i) T, ra, p, 395-
métropole , doit , d une façon (quelconque , la dé? 4Qmjnager de ses sacrifices.
m. ..Le monopole des eohnies , loin d ajouter à tm*. dustrie du pays^ la diminue. Il faut avouer que voilà un monopole bien désastreux ; il ruine à la fois les colonies, les pays étrangers et la n^étropolcp Les nations sont bien aveugles \
Comment Smith a-t*il pu avancer que le sys-r téme coloùial diminuait Tindustrie du pays ? Le eenmierce des colonies se fait uniquement en marchandises nationales ; le commerce des color nies procure donc du travail aux fabriques du pays; îl*n*en peut donc pas diminuer Tindustrie* Il me semble qu^il n'y a rien déplus évident , mémo en mathématiques.
3» L'Espagne et le Portugal , nous dit encore I» Smith j (i ) étaient des pays de manufactures i> avant qu'ils eussent aucune colonie. Us ont » V\m et Fautre cessé de l'être depuis qu'ils ont o les colonies les plus riches et les plus fertiles du « monde. » Ce n'est point le commerce de l'Esr pagne avec les colonies qui a fait tomber ses manu-, factures ; Smith le savait très-bien. L'industrie de l'Espagne et du Portugal a toujours été en décli? nsoit depuis la découverte du Nouveau -Monde, parce que l'argent des mines a procuré à ces deux
(i) T. III , p. Sga.
358 J^IVUE |IL
peuples \f^ mc^çi^ 4^^^^^^^ ^^ dehors foi^ leti objets nécessaires à leur çonsommat^ç^y 4î^?i<^ tioij qq^ Ip gpu7?memeut eqpa^^l 9 p^rtiçaliè*
remeut ffiY^fi*"^^ ^ ouvrant ses pq^ W^ W^^^^^ 4^ rindu^tiie é^ngère. Cet es^ de la Ub^F^^ 4^ cp^^f)^ef*ce eift pour |césulUit très^^roch^ U ?^Wf9 des fabriques natipo^^ ' ^^r^ trè^rflons^^tios , puisque , d aprè$ U^^ritz , Séville seule entretenait spixap(e mille ppiétiers. 1^. Gar^^i^r conuyient lui* inêiife (x) qu'a partir de cette époq^e , les Es* pagnols tirèrefit 4^ TEurop^ leufs wr^, Uufs haiits , et ptsquà IçufS ins/rumfff^ 4^ fif^ouritg^. Voilî^ C(s que prp4^i$it pour Vj^f^agne 1^ levée des bamères, et ce qu elle prpduin^ ppm* ^^^ }^ peuples y un seul excepté. KE^f^goe i?t 1^ Por^ tuga| on% donc &it le plus m^uv^ çiap|oi du produit 4e leur$ ^nines ; fst Tpr, qui enrichit les autres nations ^ j xau|t^liant \^ tr^y^ , ^ préfuséinenir la causp de 1^ ru^ne de cçUf^frçi. I^es co* lonies ne sont pour r^en daiis ce r^sid|;at. P'aillears, de dem: choses Tune : ou les po^pnies son}, appro* visionnées en marchandises 4^ P^J^» on )>i^ pn leur porte des marchandises étrangères. Pan3 ^e premier cas » ce commerce est favorable à la^ laétropole ; dans le second il Test aux natipps qui ont fabriqué ; et cette double hypothèse, qui prouve
(1) Traduction de Smith, t V, p. iJ5.
que le eommerce des colonies accroît nécessatire* ment Tindustrie de l'Europe , prouve aussi que le monopole, tant blâme par Sndth , peut être boa k ipelque cbose ; car il est évident que si FEs* pagne et le^Portugal approvisionnaient leurs colonie» en msyrcbandises indigènes ,- le pays fabrique-^ rait au moins eelles-là*
« Les colonies européennes n^ont encore jamais » fourni aucune force militaire pour la défense » de la métrc^ole (i). Leur force militaire n'a » encore jamais été suffisante pour leur défense 1» propfe, et, dans les guerres différentes dans 9» lesquelles leur n^o-pairie a été engagée , il lijii )» a feUu , en général , distraire une partie très* » considérable de ses forces militaires potiv défen» V dre ses colonies^ >» Cinquante pages {dus loin , Smitb suppute ce que les colonies de la Grstiade* Bretagne ont coûté à la métropole , et il trouve que , dans upe seule guerre, elles ont occasionné une dépense de quatre-vingt-dix n^âKoos sterling ( près de deux milliards ). N'est^il pas bien extra* ordinaire , après cela , qu'il reprodhe aux gouver* nements de TEurope des mesures qui , sans dimi-^ Duer la richesse des colonies , peuvent cependant dédommager la métropole de ses saci^ifices ?
La conséquence à laquelle ces raisonn^nents
(i)T. IH^ p. 355 ct4o5.
i^til^Of.
36o LIVRE III.
conduisent Smith , c'est qae les gOtt?eni4 de TEurope feraient très * bien d'abandonner leurs colonies. J'examinerai y en terminant ce chapitre » quels seraient lesrésultats d'une pareille disposition*
L'un des principaux avantages du commerce des colonies , c'est de donner lieu à une grande navigation , et d'entretenir un nombre immense de matelots i ce motif suffirait seul pour justifier le système colonial. La défense de terrer çt de raffiner les sucres dans les colonies anglaises , fiit principalement dëtenninëe par cette considâration ; et en effi^t , si trois cents qavires peuvent approvisionner la Grande-Bretagne de sucre raffiné, il en faudrait plus de sept cents pour lui appopter le même sucre , brut. Cette défense n'existe point dans les colonies françaises , et Smith nous approuve beaucoup de n'avoir pas imité , en cela , l'Angleterre. Cest précisément de quoi il &ut nous blâ-^ mer. De pareilles fautes décèlent toujours les gou*? vernements imprévoyants. Si celle«ci n'eût pas été commise , la marine française n'aurait jamais manT que de matelots ^ et nous serions aiissi redoutables sur mer que sur terre.
Smith s'élève avec une grande force contrôla défen3e générale faite pux colonies d'établir des
manufactures. Il regarde cette défense comme une marque injuste et odieuse de servitude* Il ne conçoit pas qu'on puisse forcer les colQps è ne s'pc*
DU COMMERCE. S6i
enper quedela culture de leurs terres. « Empêcher » un grand peuple de tirer tout le parti qu'il peut p de chacune de ses propres productions, (i) ou » d'emplojer ses capitaux à son industrie de la o manière qu il croit lui être la plus avantageuse , p c'est une violation manifeste des droits leii plus » sacrés des hommes. » Soixante pages plus loin , Smith nous apprend que toute industrie locale serait ruineuse pour les* colons. « Dans les colonies » nouvelles , Tagriculture enlève des hras à tous » les autres emplois > ou les détourne de Tidée de o se livrer à toute autre profession. liy a peu de 9 bras qu'on puisse réserifer pour les fabriques de » nécessité , et aucun pour celles d^ agrément. Les » colonstrouvent mieux leur compte à acheter des 9 autres pays les ouvrages de fabriques de Fun ou » de Vautre genre que de les fabriquer eux-mêmes.» Ainsi , après avoir déclamé contre les monopoles , Smith nous prouve que ces monopoles sont des mesures sages qui ne peuvent tourner qu'à Tavan-r tage des peuples. Est-il possible d'être plus incon-r fiéquent , plus mal*adroit ?
Pour prouver que les colonies ne contribuent point à la richesse de leur mère^patrie , on cite tous les jours l'exemple des Etats-Unis » dont l'indépendance n'a causé , dit-on , aucune diminution
(i)T.III,p.33i et 391.
562 LIVRE IIL
dans Topulenee de U Grande -r. Bretagne. Cette s^aration a mâme été pour FAiigletorre , selos quelqu^s-ima , une source de prospérité. Smith > dont on invoque ici Tautorité, est beaucoup plus circonspect, et c'est à tort qu'on se prëvauit de son opinion. Il redoutait comme un autre , et ptf d'excellentes raisons, les suites de larévohttîo& d'Amérique; aussi developpe-t-il fofi au long a corn- « ment cinq événements qu'on i^'avait pas pré- » vus (i) , ont concouru très-heureusement pour » empêcher la Grande-Bretagne de s'en ressentir D d'une manière aussi sensible qu'on s'y était gé- » néra^emei;it attendu* » S est d'ailleurs digne de remarque que , daos ces cinq nouvelles causes de prospérité qui opt iris^heupeusemêiU concouru à dédommager F Angleterre de la perte de ^es colonies , ne figure pas re:!!^teasion du oQRunerce de l'Inde. Qr, ce c<Hiimerce , qui est ruineux pour l'Europe , ne fait point çncore ressentir ses iimestes effete à l'Angleterre. Lespoissessions delà Girande-Bretagne dans rinde la rang^ laén^e , à l'égard de ce oopir merce , dans une catégorie particulière ; et F^Angleterre j transportant les capitaux qu'elle ^nployait dans seir échanges avec FAméiique , ne prouve absolument rien , siii^Km que , quand on perd une colonie /il est bon d'en avctir d'autres.
tttmmÊm
- Uo exraiple vfâeux aàkom et heauaoup plus conçlmat 9 e'est c^ui d^ la France dan&san étal actuel. Ava&t la R^solutian no^s. èxp0Ftl$iia psoùr 1 5o miU Uous de dencëes eolaoiales (i)» Aujourd'hui, no3 colonies, rëdiûles ou dévastées^ sùffiaent à peiue aux besciius de la mébrbpole. L'Europe ne oonsomme pas moins de denrées cdioniales pour cela ; mais ce n^est plus la France qui les lui fournit , et rx)tt ne s'en aperçoit que trop à Tëtat languissant du commerce de to^s nos ports.
. B faut ex^mûner actuellement ce qpe deviendrait le commerce, de l'Europe . avec V Aiuérique , si /cédant aux représentations de Smith , les métro* pôles accordaient Findépendance à leurs colonies. '. Je remarque d'ahord quune pai^eille mesure devrait être générale ; autrement , la colonie qui Se détacherait de la métropole, s^exposerait à devenir la conquête de quelque puissance étrangère , dont les principes seraient moins généreux ; et tout ce qu elle gagnerait à ce hpuleversement ce serait de clianger de maître« r le suppose doi^c.que, dun conmiun accord ^ toutes les nations qui onl^ des coloiiiés leur don-* nent rindépendance ; j'ajoute.^ pour mieux entrer dans Vid^ de Smith 9 quau système colonial actuel succèdent des traités de commerce fond^
(1) Voyez l'ouvrage de M. Pages surtes çQlÎMiiel '
364 LIVRE ni.
sar des bases propres à assurer aux anciennes métropoles un commerce avantageux. « S'en aepanmt » ainsi de l>onne amitié » (i) Taffection naturelle » des colonies pour leur mère^patrie reprendrait » toute sa force. Ce sentiment les di^oserait ncm* V seulement à respecter pendant une suite de » siècles le traité de commerce conclu ayeo nous 9 au moment de la séparation , mais encore à nous « favoriser dans les guerres aussi bien que dam 9 le commerce , et au lieu de sujets turbulents et » Ëictieux , à devenir nos alliés les plus fidèles » o les plus généreux et les plus affectionnes. On » verrait revivre entre les métropoles et leurs cot » lonies cette même espèce d'affection patemeUç » d^un côté , et de Ee3pect filial de l'autre , qui -9 avait coutume de régner entre celles de Vain » cienne Grèce et les métropoles dont elles étaient » descendues. »
En lisant Smith et les écononûstes , il iaut tou^^ jours être en garde contre la séduction de leurs tableaux de famille ^ et contre l'attrait de ce mieux imaginaire dont nous avons âdt, depuis la Révola*tion, une si terrible expérience. Si tous ces sys« témes nouveaux étaient susceptibles d'applicatioD, il n'y aurait bientôt rien de plus accompli que la nature humaine ; on verrait cesser tout à coup les
■ ■ ' ^mmi^mmmmmmmmÊmmÊm^mmmmmmmmmmmmmmmmmimmÊmm^mmÊimmmmmmmmmm
Dû COMMEftCÉ. S65
rivalités des nations , les guerres. Les hommes seraient tous bons, tous justes , tous par&its. Il ne paraît pas que Thumanité soit très^empressée de prendre cette route.
Je reviens aux colonies. Smith a fait un roman ; ce n est point ainsi qu'on s'édaire. D^abord il n'existe pas le moindre terme de comparaison en^ treles colonies des anciens, qui étaient de simples migrations d'individus , déterminées par un excé^ dant dé population, et les colonies modernes» dont le but unique est Textension du commerce, n n'est donc pas vraisemblable , quelque régime qu'on donne k cellesK^i, qu'elles aient jamais pour la mère-patrie ce respect filial dont parle Smith ; sentiment grand , noble et généreux , absolument étranger à nos mœurs. Les relations de peuples à peuples ressemblent beaucoup aujourd'hui à celles d'individus à individus; l'intérêt seul les déter* mine. Or, quelles relations avantageuses aux nations de l'Europe pourra-t-il exister entre elles et les nouveaux gouvernements de l'Amérique?
Remarquez bien qu'aujourd'hui les colons n'ont ni industrie , ni manufactures , et que c^est à 1a dépendance dans laquelle ils se trouvent de nos arts et des productions de l'Europe » que nous devons Les principaux avantages de nos relations avec eux. Rendus à la liberté , ils élèveront dea fabriques , et apprendront k se passer de nouSé
366 LIVRE IIÏ.
Au liéu de nous vendre leurs denrëés de pr^ fërence aux étrangers , ils lés échangeront contre les productions dû Findustrie Hvale, qui sW corderont mieux avec leurs besoins , leurs goûts ou leurs fantaisies. Le résultat de cette double révolution est qu'il nous faudra payer en numéraire les sucres et les cafés nécessaires à notre consommation ; et alors le commerce dé rAmériqae sera absolument semblable k celui dé Tlnde , avec cette différence cependant qu on se passe de mousselines et de schalls beaucoup plus aisément que de sucre , et que le commerce d'Amérique pourra enleVer annuellement k la France i5o millions , au lieu de is que nous coûte le commerce dé)à très-ônéreUx dés Grandes-Indes.
Pourquoi le commerce d'Amérique n'entraânét-il pdiht aujourd'hui les inconvénients que ]e décris ] c'est (^u il hé peiit se faire qu'en /narchàndises. Il faut nécessairement que les colons nous donnent leurs denrées en échange des productions de notre industrie; Ce commerce a tous les bons effets du commercé intérieur, et véritablement il n'est pas autre chose. La Martinique est une portion de territoire ajoutée à la France. Tandis que les colons multiplient les denrées qui convienneht à nos goûts et à nos besoins, nos ateliers s'occupent de là réproduction des marcliaindises que ces colons recherchent Cest
un double accroissement dans les facultés respec* tives du travail , un véritable surcroit de richesse; et il serait encore plus précieux , si nouâ oe consommions point tout ce que les colonies nous envoient La réexportaii<m abnuelle dune valeur de plus de cent millions de denrées boloniales, était donc nht conqtiêie sur le nuiaffiéraire de Té* trangei: et sur les productions de son industrie ; et îe ne Vois pas comment nous serons plus riches , quand nous aurons perdu ^ avec ce pTemieir avantage ) la faculté de payer en marchandises nationales les sucres let lès cafés que ndûs cohsoiiunons* Dans le commerce des colonies , avant la Révolution :> tout était pn^t pour là Francew Les làarchandises <|u elle j envoyait annuellement valaient près de. 80 millions. Qiie d'individus cette reproduction devait occuper et etirichir ! Mais ce n'était pas Ik le seul avantage de ce commerce. Où se dépensait autrefois la majeure pàtiie des fortunes acquises dans nos colonies ? en France. La plupalrt des riches propriétaires n'avaient jaoÉaismis le pied dans leurs habitations. Ils l'estaient en France , où des gér^urs intéressés leur faisaieiit passer leurs revenus ; la colonie n'était mêmev pour tes géreurs, et pour les propriétaires résidants, qu'une terre d'exil ; ils travaillaient donc avec d'autant plus d'ardeur, qu'ils étaient plus empressés de la quitter. Alors ils revenaient en France , où ik
868 LIVRE m.
rapportaient , ayec Tamour du pays , à^immeoseï Capitaux , pour servir d aliment à Tindustrie de h métropole.
En sera-t-il ainsi , quand voils aurez rêkidu Tiih dépendance aux colonies? Tai déjà dit (ju^alors elles se suffiront à elles-mêmes. Vous n'aurez donc plus aucun motif de liens solides. Mais , au lieu de ce respect filial que Smith veut qu'elles conservent pour la mère<^patrie , qui nous assurera qu'elles de chercheront pas un jour à l'opprimer? La recon* naissance est rarement la vertu des particuliers; l'ingratitude est toujours le dé&ut des peuples ; ils oublient les services de leurs concitoyens ; ils méconnaissent leurs propres grands hommes; ils les méconnaissent au moment où leur gloire Inîlle du plus bel éclat ! Et Smith veut que , pendant une suite de siècles ^ des colonies se souviennent de leur patrie primitive. Je le irépète, Smith a fait un roman (i).
M. Canard partage encore ici l'opinion du pro« fesseur d'Edimbourg ; il va même plus loin : a L'in- » çonvénient qui résulterait de la suppression da » commerce colonial, n^est que passager, comme
(i) M. Say tance vertement le gouvernement aïog^ pour ne pas s^être prêté de bonne grâce k rindëpendaooe de ses colonies d^Amériqne y et , à la page suivante , il établit qne les Étatfr-Unis taeront l'Angleterre ! ( 4™'' édit, t I.^'p. 3o9, 3lo).
^> tous les désavantages de la circulation du tra- .» vaiL Les fonds prendraient bientôt un autre » cours , et Féquilibre se rétablirait. » Qu est-ce que M. Canard entend par la suppression du com* merce des colonies ? Les fonds , dit-il , prendraient un autre cours. M. Canard suppose ajpparemment cjue nous pouvons aujourd'hui nous passer de denrées coloniales ; mais nous nous en passons si peu , que y dès ce moment , nous en tirons de l'étranger. Or , l'argent que ces^ denrées nous coûtent annuellement est enlevé au soutien de l'industrie , qui .emploie par consâ]uent moins de bras et produit jpioins de richesses. Est-ce là ce que M. Canard jentend , quand il dit que l'équilibre se rétablirait? jest-ce là aussi ce qu'il appelle un inconvénient momentané ?
Supposons que la France puisse réellement se passer de denrées coloniales; la perte de nos colonies serait encore une source de calamités. ^Que deviendraient tous les individus que ce commerce alimente , les navires qu'il entretient , les capitaux qu'il emploie ? que deviendraient les fabricants dont le travail passe en Amérique? Les fonds ^ nous dit M. Canard, prendront un autre cours , et il nous cite l'exemple de l'Angleterre avec les Etats-Unis ; mais aurons-nous , comme l'Angleterre, le concours fortuit de cinq, événements, tous d'une grande importance, pour faci^
370 LIVRE ni.
liter rëcoulement de nos marchandises et Temploi de nos fonds ? Y a-t-il encore en Europe qnelqae Etat à démembrer, comme la Pologne, et sonmiesnous , ainsi que les Anglais , maîtres d'une partie de rinde, dont ils feraient une riche colonie, s'ils voulaient donner à leur commerce une autre direction (i) ?
Je ne puis résister au désir de prouver au lecteur que le système colonial , tout oppressif qu*il paraît à Smith , a cependant trouvé des défenseurs.
« Nos colonies des Antilles sont admirables. )' Elles ont des objets de commerce que noos y> n'avons ni ne pouvons avoir; eUes manquent » de ce qui fait l'objet du nôtre.
» Le désavantage des colonies qui perdent la » liberté du commerce, est visiblement compensé n par la protection de la métropc^e qui les défend 9 par ses armes ou les maintient par ses lois.
» L'extrême éloignement de nos colomes n'est » point un inconvénient pour leur sûreté ; car si » la métropole est âoignée pour les défendre, » les nations rivales de la métropole ne sont pas » moins éloignées pour les conquérir.
>» Cet éloignement fait que ceux qui vont sy y* établir ne peuvent prendre la manière de vivre
(i) Cest ce qu'ils ont fait depuis dix-sept ans que ceci est écrit.
» d*un climat si différent ; ils sont obligés de tirer ^ toates les commodités de la vie , du pays d'oii i ils sont venus.
» L'objet des colonies est de feire le commerce » k de meilleures conditions qu on ne le fait avec » leis peuples voisins avec lesquels tous les avan-* » tages scmt réciproques. On a établi que la mé* » tropole sfeule pourraitnégocier dans la colonie, T» et cela, avec grande raison, parce que le but » de rétablissement sC été Textension du com-* » meree , noù la fondation d'une vi&e ou d'un » nouvd empire. »
Les cinq ps^ragraplies qui précèdent sont exh*aits d'un ouvrage dont le temps fortifie la réputation à Télranger , landis que les écrivainé cherl^benit à ta mtiner cbez nous. Il ^ st vrai que rautom* est Français. Or, noi£» n'aimons lôtig-temps rien de ce qui est indigène ; c est le principal trâft de calractère de la nation. Aussi ive parait-i) pas une brocburé sur l'économie politiqtie , où le grafnd homme ne soit outtagé. On ne peut donc plus lé citer ssins faire rire de pitié l'es écrivains ^ et voilà pourquoi ]e di^re tant à le nommer. C'est Montesquieu (i).
Le chapitre qu'on vient ^e Kre existe, tel quil est ici, dans la première édition de cet ouvrage.
(l) Esprit des lois , liv. XXI, chap. ai,
Depuis, de grands ëvënements survenus en Amérique ont fait présager à des hommes très-éclairés la chute prochaine du système colonial. Je doute, comme eux, que jamais Saint-Domingue rentre sous la domination française > et je crois également que TAmérique méridionale est perdue pour VEs^ pagne. M. de Pradt pense que cette révolutioa çst juste ; il croit surtout qu'elle sera aussi avantageuse à TEurope qu'aux anciennes colonies. Je ne me presserai point d'encourager une scission qui viole un contrat formel quoique tacite, et je laisse au temps à vider ce grand procès qui, comme tant d'autres, se jugera moins par le droit que par le fait. Quant aux résultats commerciaux de Imdépendance des colonies, je ne sache pas de matière plus di£Elcile à bien apprécier aujourd'hui. Il y a des chances pour que tout le monde perde à cette indépendance , les colonies comme les métropoles (i) ; il n'y en a aucune pour qu^ la France y gagne , parce que jamais le commerce libre avec l'Amérique ne vaudra à la France , en travail , ce que lui valait Saint-Domingue au moment de la Révolution. Les colonies deviendront-
(i) Témoin S.*-Domingue où l'on ne récolte pas aujourd'hui le cinquième de ce qu'on récoltait autrefois. M. Say dit qiie jamais S.^-Domingue n'a été plus riche et plus prospère. L'erreur est si forte que je me borne à l'indiquer.
DU COMMERtE. 37a
elles mantufacturières ? en ce cas, elles sepasse**. ront de TEurope ; et l'Europe qui ne peut se passer de rAmërique, sera plus ou ipoins dans sa dépen-* dance. Il faut considérer que la consommation des denrées coloniales va toujours croissant. Dans l'hypothèse que je prévois, cette consommation pourra devenir un fléau ; mars ce n'est pas sur l'Europe prise en masse qu'on doit rechercher les effets de l'affianchissement des colonises : l'Europe n'est ici qu\ine généralité. En admettant, ce qui est possible , que l'indépendance des colonies aug^ mente le travail dans l'ancien continent, cette augmentation ne tournera-t-«elle pas^ au profit d'un seul peuple l Et je prie le lecteur de bien réflé-i»^ chir avant de répondre , car le principal nœud de la difficulté est dans la solution de cette question^ fl y en aurait beaucoup d'autres à élever ; et j'aurai occasion de traiter ailleurs la plus importante de toutes, que je passe maintenant sous silence.t Ce que j'ai dû montrer dans ce chapitre, c'est que le système colonial ii'avait rien d'oppressif; c'est sur*tout qu'il était fort avantageux à la France. A cet égard , nulle contradiction n'est possible.
M. Say a consacré aux colonies un chapitre spécial (1)1. Tout ce qu'il en dit se réduit au rairsonnement suivant : L'Angleterre et la France
(0 Le 19-"'* àalVfie V, 3."^ «t 4,"^^ éditions.
ont cru ea population et en richesse depuis qae les Ètat-Uiûs et Saint-Domingue ont secoué le )Oug de leurs métropoles. Donc la perte des colopies n'a été défavorable ni à TAngleterre m à h France. Enchanté d'une dialectique si pressante, M. Say ajoute : // est temps de mettre de edié ces lamentations sur la perte des colonies , comme si elles açaient été la source des prospérités de la France; et M. Sajr oublie que» si la France a conservé, pendant tout le dernier siècle , une si grande prépondérance politique en Europe , elle Ta daa uniquement k son système colonial, sans lequel elle n'aurait pu ni entretenir une marine , ni la vêf9it9v rsqpidement après des désastres qui ne nous empêchèrent cependant pas de balancer les forces de FAngleterre dans I9 guerre de TindépendaDce de rAmérique. La France a cru en richesse et en population» parce quelle s'est rendu propres nne multitude d'industries n^Ouvelles qui oiirf; crée du travail el desbràç, double bienfait dont la Fraoïce est redevable à ce jprétendu système mercmtile contre lequel tou% le livre de Smiih , exactement reproduit dans celui de M. Say , est si infiiictueasemenl dirigé. Mais , tandis que l'intépieur de la France prospère , la détresse et la mort sonbt dans nos villes maritimes , que le commerce des chômes rendait naguères si riches et si vivantes. La France » dit M. Say , consomme au moins autant de
denrées coloniales qu'autrefois ; et il perd de yue qu'autrefois { après notre coasommaUon prélevée , nous exportions pour 1 5o millions de francs en sucre et en café. Ce fait , si propre à le tirer d^ son incroyable erreur , n'est de sa part l'objet d'aucune observation. Ce qm ri entre pas par Bor^ dewiXj par Nantes, entre par d^ autres frontières. De <pielles frontières M. Say veut-il parler ? Ce qui n'entre pas en Europe par Bordeaux et par Nantes, entre par Londres, où rAllemagne et l'Italie vont directement s'approvisionner. Est-ce là ce qui charme M» Say I Toute cette partie de son livre est désolante , non qu'elle soit plus faible en raisonnement, plus dangereuse que le reste, mais parce que l'auteur remet au vif celle de nos plaies commerciales qui doit aaigner le plus long-^ temps; parce <pi'il se consuma en e£S>rts m»lheu-< reux pour prouver que ce n'en est pas une; enfin ^ parce qu'il traite, comme en se jouant , le »ijet le plus grave , le plus hérissé de difficultés que puisse aborder aujourd'hui un admimatrateur ; et c'est à l'occasion de spéculatioQs si hwtes que M. Say Eût la guerre aux mots; qu il s'amuse 'à sou-* tenir qu'<»i ne doit pas nomm^ le sucre et le café denrées coloniales , maïs bien denrées équinoxiales ^ parce qu'elles croissent entre les tropiques ! Voilà certes une innovation bien utile! Je 1^ iipcom^ mande à toutes les sociétés savantes du l'univiera*.
Je terminerai ce livre par Taperçu rapide des vérités que j'fd cherché à y établir.
n est faux qu'à valeur égale , un capital en argent ne rende pas au pays plus de services qu^on capital en marchandises.
Il est faux que l'intérêt privé, laissé à sa pleine liberté, conduise toujours, et nécessairement, les propriétaires de capitaux à préférer Temploi le plus favorable à Tindustrie nationale.
Il est faux que la production puisse s^acoroître quand la consommation générale diminue.
L'agriculture a , moins que l'industrie , besoin de Tappùi immédiat du Gouvernement. L'agriculture suit naturellement dans ses progrès ceux de l'industrie et du commerce : le meilleur moyen de l'encourager est d'encourager les manufactures.
Le commerce intérieur est celui qui occupe le plus de bras , qui orée le plus de produits : il est le fondement le plus solide de la prospérité d'une nation.
Le commerce extérieur a donné aux divers peuples de l'Europe les moyens de s'approvisionner d'argent. Tel est , depuis la découverte de l'Amérique , son objet immédiat. Les nations qui ont le mieux atteint ce but sont celles qui sont devenues les plus riches et les plus puissantes ; témoin l'An* gleterre , qui n'a cependant plus le même besoin d-une monnaie de métal , et qui est la seule nation ^ui ait pu s'en passer.
Une nation qui veut jouir de tous les avantages que lui donnent son territoire et son industrie , échange Texçédant de ses marchandises contre dautres marchandises étrangères ; cette nation n'est ni prodigue ni économe. Une nation économe échange de préférence Texcédant de ses besoins , ou une partie de cet excédant, contre des matières premières et du numéraire ; elle augmente ainsi ses moyens de produire; elle s'enrichit. Une nation prodigue échange et consomme à tout prix ; elle exporte sa monnaie; elle tue ses travailleurs; elle se ruine.
Le commerce de transport ne convient qu aux Etats pauvres dont le territoire est borné , la population peu nombreuse et l'industrie languissante*
Le conmieroe de Flnde enlève annuellement k
TEurope des sommes immenses en numéraire ; il y répand le goût des marchandises étrangères ; il paralyse ainsiuneparti e des manufactures indigènes. Le commerce des colonies est très-avantageux. Les colonies sont une partie de territoire ajoutée à celui des peuples auxquels elles appartiennent. L'indépendance des colonies serait un acte de déraison de la part des métropoles : elle n'est $pUicitée quepar l'imprévoyance appuyée de faussea idées de justice et de liberté.
L'intérêt privé ne portant pas tou|aurs, et nécessairement, comme le prétend Smith, les propriétaires de capitaux k les employer de la manière la plus utile pour TËtat , les divers gonvemement& ont cru devoir assujétir le commerce extérieur k des règles qui Fempêchassent de de-^ venir jamais nuisible au pays. Les iostitutioos qui ont été créées pour atteindre ce but, forment Tensemble du système commercial : il me reste à l'expliquer. J y consacre ce dernier livre , dans lequel ]e m'occuperai plus particulièrement de la France.
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