‹ Du gouvernement considéré dans ses rapports avec le commerce, ou, De l'administration commerciale opposée à l'économie politiqueChapitre 38 sur 46 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Des Prohibitions.

Quoiqae je n'aie encore parlé des prohibition que très-accessoirenient, <m peut dès & présent soup' çonner leur motif et leur but d'utilité. La prohibition de sortie empêche que le commerçant étranger , par des spéculations habiles , ne doqs dépouiUe des matières premières qui servent d'aliment à notre industrie; la prohibition d'entréeécarte du marché intérieur les marchandises que la modicité du prix, et peut-être la supériorité de l^ {gbrication , feraient préférer à celles de nosnMflBfactures. Les prohibitions sont ainsi dcoblemeat favorables à l'industrie ind^ène , puisqa'dles servent , aune part , à l'approvisionnler de matières brutes, et de Vautre , & ce que ces matièreS) travaillées, ne manquent point ensuite de consommâtes^

Les objets prohibés à. la sortie de France sont, entre autres, les drilles, les bois de constructioo, le bois merrain , avec lequel on (ait des tonneaui? lé chauVre , le lin , les métiers pour les ÈJ)riqtt^» les peaux de lièvres et de lapins , les soies écraes Les marchandises défisndnes à Ventrée sont en

plus grand nombre. «Tindique seulement les pno* cipales espèces : étoffes de laine et de GOtoo?

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tx qui comprend le caâmir , le basin, le piqué, le Velours et la bonneterie ; étotks de goût , comme mousselinette , nankinette , etc. ; la faïence ., la sellerie , la quincaillerie , la verrerie et le coton filé.

Les prohibitions sont-elles utiles ? telle est la question qu'on fait tous les jours , qu'on trouve discutée dans tous les livres , et qui n'est résolue nulle part. Je dis qu'elle n'çst résolue nulle part ; car que prouvent des solutions qui se contredisent, et dont aucune n'a pour elle l'évidence ? . ,

La prohibition à la sortie empêche le cultivateur et Iç, propriétaire de matières premières , d'en tirer un parti aussi avantageux que si la concurrence létait libre. On ne peut, nier ce résultat ; mais le préjudice que la prohibition cause ainsi' à quel*ques individus, ne toume*-t-il pas, en dernière analyse, au profit de l'industrie nationale ? C'est ce qu'il s'agit d'examiner.

J'ai déjà parlé de l'efiet que produirait la sortie des chifibns. Je suppose de nouveau qu'on la permette , non à quelques négociants , mais à tous. Les chiffons valent en France 5 fr. le quintal ; la concurrence étrangère les fera' monter, à 20. Il en résultera sans contredit un bénéfice très-considérable pour ceux qui vendent - des> chifibns ; msds privées de cette matière première , avec quoi s'alinptenteront nos papeteries? Rien ne s'opposera , dira-t-on, à ce que les papetiers s'approvisionnent de diiffons

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à ce prix. Sans doute ; mais yoas payerez alors le papier quiatre fois ce qu'il vaut aujourd'hai. (^ avantage s'ensuivra-t-il pour le pays ?

Je vais plus loin. La concurrence ëtanllibre, les étrangers vous enlèveront vos cbiffons ; et comme ils ont plus que vous Ta^ décoBdimaer le temps et le travail, ils vous fiorceroiit aies leur racheter manuËiclurés» Ainsi , en admettant qoeh vente de^ drilles ait procinré k la Fraace èf{ millions,, il faudra que la France endcMiBe^ott pour radieter du papier. Il n y a pas & de fnoi Vapplaudir beaoeoop de la destructito (te prâen'i monopole.

Autre exemple : nous prohibons à la sortie le bois merrain , si précieux dans les pays TigfioUes. Ce bois est très-rare j. très^her, et le plussoaTeBtf malgré la prohibition , nous ea man(|U0DB pr les récoltes. Quand vous en extret penflûT^q^ tatiofn , les étrangers viendront Féales; ^ ^ VOUS' en éprouves ensuite la disette , eoioo^ u arrivera indnbitablehseht , ils vous feront payer tes tonneaux quatre fois » dix fois ce qu'ils vohs les auront aclietés. Direz*vt>us , avee Snùtb , ^ les propriétaires de bois merrain ne les Teodi^ pas^ Tébanger^ parce que t intérêt priU y ^^ sa pleine liberté , porte nécessairement les f^ sessetsrs de capitaux à préférer V emploi U plssp çorable à t industrie nationale P^ Croye^moi,* vous y fiez point , et gardez vos tonneaux.

Dû SYSTÈME COMMERCIAL. 419

On yoit par ces^ deux exemples que les prohi* bitions à la sortie favorisent le consommateur en même temps qu elles servent le pays. Nous nous convaincrons , dans un moment , que les prohibi*tions à rentrée conduisent au même résultat re~ ' lativement au pays , mais par un chemin qui Semble contraire , c'est-à-dire , en lésant en appa* Irence le consommateur.

Nous ne pouvons aujourd'hui recevoir de Tétranger des- étoffes de laine. Prenons donc pour exemple du casimir. Tout individu qui veut s'ha* biller de cette étoffe , est obligé de la payer quarante sous par aune environ de plus que si la prohibition n'existait point. C'est sans contredit un inconvénient. Voyons si quelque avantage ne le rachète pas.

Remarques d'abord que » sans la prohibition. ^ vous n'auriez point de casimir français ; car il est évident que, ne pouvant soutenir la concurrencci les fabricants seraient ruinés; et chacun d'eux en^ traînerait dans sa perte un grand nombre d'ouvriers , dont la mendicité deviendrait l'unique ressource.

Je prie d'observer , eu second lieu, que les casimirs introduits de l'étranger dans le pays, devraient être payé3 d'une manière quelconque. Aujourd'hui , par exemple , ils ne pourraient l'être qu'en numéraire. Les partisans du système que

je combats ne cesseront de répéter que ce n^est point un mal , parce qu'un capital en casimir sert autant le pays qu'un capital en argent ; et moi je ne cesserai de soutenir qu'un pareil payement serait très-dë&yorable à la France, parce qu'ayec son capital en argent elle aurait crée d'autreis capitaux productifs , tandis que son capital ea casimir ne créera rien et s'anéantira très-promptement : c'est maintenant au lecteur à prendre on parti.

Mais , en admettant que le capital en ncunéFaire avec lequel vous pourriez payer le capital en casimir , ne fût pas plus utile que celui-ci , toujours est-il qu'il aurait été plus avantageux de se procurer ce casimir dans le pays même, puisqa'alors il y aurait eu un plus grand nombre de travailleurs nationaux d'entretenus. Certes , le béoé£fce qui en serait résulté pour le pays dédommagerait bien le consommateur des 40 sous que lui aurait coûté de plus , par aune , du casimir national peutêtre un peu moins beau.

Que faites-vous quand vous achetez des étoffés anglaises ? vous donnez du soutien à l'industrie du peuple qui les produit. Eh bien , payez - les sans regret un peu plus cher , et procurez du travail à des Français , qui sont vos compatriotes , et que vous préférez sans doute à des étrangers.

Mais est-il donc nécessaire que les manufacturiers français . produisent exactement tout ce

qu^on produit ailleurs? et,pui6qu'ily a desmarchandises qu'ils ne peuvent établir à aussi bon marché que d'autres peuples, ne vaudrait-il pas mieui^ qu'ils exerçassent leur industrie plus utilement ?^

Plus utilement ! et sur qfxoi voulez -vous donc qu'ils l'exercent ? Fabriqueront-ils , comme il y a deux siècles , des étoffes à fleurs et à ramages , dont personne ne se souciera, ni vous, ni les étrangers ? Vous avez contracté le goût de produits nouveaux : ils cherchent à le satis&ire ; ils ne peuvent mieux employer leurs capitaux. Je dis plus : ils n'ont que ce moyen de les employer ; car enfin la consommation a des homes, et, s'ils ne fabriquent pas ce qui est en demande, ils ne fabriqueront lien du tout

« Au moyen de serres chaudes, dit Smith, (i) » de couches , de châssis de verre , on peut Eure -» croître en Ecosse de fort bon raisin , dont 1» on peut £dre aussi de fort bon vin , avec trente n fois peut-être autant de dépense qu'il en coûs> terait pour s'en procurer de tout aussi bon de » l'étranger. Or, trouverait-on bien raisonnable » un règlement qui prohibeAit l'importation de » tous les vins étrangers , uniquement pour en- V courager à faire du Bordeaux et du Bourgogne » en Ecosse ?» Il faut avouer que voilk un sin- -^

^itmmÊmmmmÊmmti^mmammmmmmmmmaimmmÊmmÊmmÊmmimmmÊmmÊmmÊmÊmmmmmmm^mmimmÊÊÊmmiiÊmmmmmÊÊmmmm

(1) Tome m, p. 64.

4m livre IV,

gulier rapprochement. Or, Smith en tife la^* 3ëquence : a que quand un pays a sur un autre la » supëriorité de la fdwication , il e^ toujours j^w » avantageux pour celui-ci d'acheter du premier w que de faire soi-môme : » conséquence feosse, destructive de toute industrie ^ et qui revient ao raisonnement suivant : l'Angleterre fabriqoe certaines étoffes mieux que la France ; donc il sera contre Tin^iérêt de la France de cherchera cnfr briquer elle-même, afin de se passer un jour de r Angleterre, Ce raisonnement .me paraît très-pen coqcluant , et je crois qu'il ne peut être goûté qae par un Anglais.

Le pays qui , pour se passer de Fétranger , étaW* chez lui, ii grands frais, un genre d'industrie qfl«conque , ne foit rien que de très*-utîle , sHl n'a pas de meilleur emploi è donner à ses capitara; «ws l'exemple choisi par Smith est sans applic"**^"' parce qu'il porte sur des productions «gric^^J^ P' vatives à tel sol, souvent même à tettelocatitt Ici, rhomme manque de l'élément créateur dont il dispose presque toujours, au contraire , <p^^^ s'agit de produits industriels. Il est absorde Vouloir faire du yin de Beaune quand on ne P sède pas la Bourgogne, et toute espèce de vin, ^ un ciel oîi le raisin ne mûrit pas ; il est trèsnati»^ de chercher a fabriqi^ du casimir et de la p«^ quand on peut se procurer de la laine et du coW!'

DU SYSTÈME COSBVŒRCIAL. 425 Cette différence , dont Smidi avait ses raisons pour ne tenir aucun compte, TÎcie tout son raisour nement. En voici un qui me paraît de beaucoup préférable : Je suppose d'abord qu'une nation , convenablement approvisionnée de monnaie ^ ^ deux millions de fonds morts et des bras inàctifs ; une nation voisine invente une étoffe nouvelle dont Tusage paraît devoir s'introduise chez la pre-^ mière : je demande qudle conduite iseïle'-ci doit tenir.

La question est délicate ; |e la résous d'après tes principes de Smiâi , et je dis :

i.^ Un capital de deux millions en numéraire n'est pas plus iitik qu'un capital de pareille valeur en étoffes ;

2.^ Quand une nation est en possession d*une febrication quelconque , il vaut mieux ai^ter ehe^ elle que de fabriquer soi-même ;

Donc la nation qui a deux millions dont elle ne' se sert point, n'en peut fake un môillenr emploi que de l'écbs^er contee une pareille vaJeur en âofies ; et le marché se conclut entre les deux nations.

Au moyen de cet arrangement , l'ane est plus riche de deux milUon^ en numéraire , et l'autre de deux millions en étoffiss ; nuâs , quand ces deux millions en étoffes sont coioisommés , il se trouve que k nation , qui a placé ainsi son aident, n'en a plus à employer de la même mepièi^e ; et la voilà

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désormais réduite ou à se passer de la marchandiw dont elle s'est &it un besoin , ou a se la procurer en exportant sa monnaie.

Je résous maintenant la question d'après les principes établis dans cet ouvrage.

I .^ Lie capital numâ^re est le plus précieux des capitaux , parce qu'il concourt à la création et à Tentretien de tous les autres ;

2.^ Une nation a toujours rauon de chercher à faire chez elle ce qu'elle consomme ;

En conséquence , la nation citée pour exemple commence par prohiber la marchandise dont elle prévoit que la consommation lui enlèverait des moyens de travail. Ensuite , commi^ elle a quelques millions qui dorment et des bras inacti&, elle emploie les uns et les autres à la &brication de cette même marchandise. Ses premiers essais ne sont pas très-heureux ; cependant elle s'en contente. Peu k peu cette partie de son industrie se perfec* tionne , et bientôt elle parvient à établir la mar-r chandise àun taux à peu près aussi avantageux que la nation voisine. Alors elle en possède la &bricah tion à jamais* Elle est plus riche , puisqu'elle a plus de travailleurs, et elle ne dépend de personne.

Cette nation^ dans la conduite que f e lui prête , me paraît économe et prévoyante. J'y vois l'image de la France , écartant de ses mardiés àes objets étrangers qu'elle peut febriquer elle*méme ; et je

ne saurais croire qu'on préfère à cette politique sage et justifiée par Texpérience , la conduite lé«gère d'une nation qui, ne voulant point se con-* tenter de ses propres productions , laisserait écouler une partie de sa monnaie pour s'en procurer. 4e plus parËiites.

Sniith emploie pour justifier la nation qui achète à l'étranger des objets qu'elle ne peut pas établir à un prix aussi modéré , des arguments spécieux contre lesquels je dois prémunir le lecteur. « La » maxime de tout chef de Emilie prudent (i) » est de ne jamais essayer de faire chez soi la }y chose qui lui coûtera moins k acheter qu'à faire. 9 Le tailleur ne cherche pas à faire ses souliers , » mai^ il les achète du cordonnier ; le cordon-» p nier ne tâche pas de iaire ses habits , mais il

» a recours au tailleur Ainsi, quand un pays

» étranger peut nous fournir une marchandise à » meilleur marché que nous ne sommes en état » de rétablir nous-mêmes , il vaut bien mieux » que nous la lui acheticms. » Ces rapprochements ont encore le dé&ut de pe point s'appliquer à la question ; Smith n'en tire , par cette raison , que des conséquences erronées. Le bailleur ne cherche point à faire ses souliers : pourquoi ? parce qu'il ne pourrait se livrer à ce travail sans perdre un

mmmmmmmmmmmÊmmiÊÊmmmmmmmmÊmmammimmKmmmmmmÊmmÊmmimmmmmmÊiÊmmÊmm-

4a6 LIVRE IV.

temps très-précieux qu'il sait employer plus uli<* lement Aussi ne sera-ce point un imprimeur , par exemple , qui cherdiera à Ëdre de la percale , œ qui serait extravagant ; mais un fabricant d'étofl^ de coton , auquel il reste des capitaux inacti&* Or, ce &bricant , qui se livre ainsi à un nouveau genre d'industrie , ne renonce point pour cela à celui qu'il exerce dès à présent ; seulement au lieu d'occuper cinquante ouvriers , il en emploie soixante. C'est une augmentation de travail pour lui comme peur la nation, et par conséquent une aii^mentation de richesse. Remarquez bien qu'il n'avait que ce moyen d'utiliser ses capitaux ; car il Mmquait en mousselines de quoi suffire aux demandes. Il fallait donc qu'il fabriquât de la percale, oa qu'il ne fabriquât point. Décidez : que vouliezvous qrfîl fit !

Mais il est évident que ce fabricant n'aanuï pu isoutenir la concurrence de l'étranger , si vous aviez admis celui-ci dans le marché intérieur : vous V écartez donc par une prohibition ; il n'y a pas démesure plus conforme à vos vrais intérêts.

Pour que le rapprochement très-brillant, mais très-faux, de Smith, fât susceptible d'application, il ^udrait , i • * que les capitaux du pays fiisse&t tous employés ; a.^ que ce pays n'eût pas un seol oisif. Or, ces deux suppositions sont inadmissSdes; fip du iQomenl; où il restera seulement un capital

DU SYSTÈME COMMERCIAL. 427 de mille éciis et deux fainéants , je demanderai toui» [ours pourquoi on n'employerait pas ce capital et ces Ëiinëants à produire de la percale , plutôt que de les laisser inacti&

Smith nous persuadera-t-il, avec son cordomiiev qui se ruine en faisant ses habits , qu'il passera par la tête de nos imprimeurs , de nos tanneurs , de nos architectes , etc. , d'abandonner leur pro-fession , quand ils y sont suffisamment occupes , pour entreprendre des essais de percale 1 Mais cela est absurde.

L'exemple du chef de famille ^ dont la maxime est de ne jamais essayer de faire chez soi la chose qui lui coûtera moii^ à acheter qu'à fabri* quer y conduit à la même solution , et bien plus rapidement. Certes , un chef de famille dont tous les enfants seraient utilement occupes, aurait grand tort de les détourner d*un travail avantageux pour les employer à faire leurs habits , ou tel autre ouvrage intérieur confié, jusque-'là, à des mains mercenaires; mais, tant qu'il y a parmi eux quelques oisifs, c'est une très-grande économie pour la maison qu'il tire parti de leur temps. Ainsi , en supposant que^ dans une famille de huit personnes , il y ait deux filles que les travaux du •ménage ne réclament points ce sera un grand profit pour cette petite république , qu'elles s'occupent à filer la toile avec laquelle leur mère et

leurs sœurs s'habilleront ; c'en sera un égalem^it qu'elles la façonnent ensuite elles-mêmes, ainâ que leurs robes et leurs ajustements , quoique des couturières les fissent beaucoup mieux et en bien moins de temps* Une famille qui aurait cet ordre intérieur, mériterait sans doute d'être nommée sage et économe. Eh bien , ce qui est sagesse et économie dans une famille, doit être aussi sagesse et économie dans une nation ; et je le demande de nouveau , en existe-t-il une seule où il ne reste des capitaux et des bras oisifs ?

« Les gouvernements , dit M. Canard , s'in- » quiètent de voir que les individus se fournissent, « pour leur consommation, de marchandises étranw gères. Ils s'imaginent que ces importations font «> languir les manufactures nationales , font sortir » l'argent » et diminuent la masse des richesses. » Mais il faut considérer que, toutes les fois que n Ton préfère les marchandises étrangères à celles M du pays , c'est que les étrangers les vendent yt moins cher , à quaUtés ^ales , que les indus- » trieux nationaux. Il en &ut alors conclure qu'il » est plus avantageux pour la nation que cette » marchandise soit faite par des mains étrangères; » et si les industrieux nationaux , malgré l'avanw tage qu'ils ont toujours sur les ouvriers étrangersi »> leur laissent le champ libre, c'est qu'ils ont M trouvé plus avantageux d'appliquer leur genre

» d'industrie à une autre branche ; c'est qu'enfin » ils gagnent davantage à ikire autre chose. » Ils gagnent à faire autre chose ! mais ce ne sont point les ouvriers qui gagnaient à faire autre chose ^ qu'on a été chercher pour fabriquer du Casimir ; et ces ouvriers , auxquels vous procurez tout à votre aise de Touvrage, gagneraient si peu à faire autre chose que, si vous les empêchez de fabriquer du Casimir , ils mourront de faim.

Combien j'abuse de la patience du lecteur en insistant avec cette opiniâtreté sur des vérités qui ont peut-être, à ses yeux comme aux miens, toute la force de l'évidence ! Mais qu'il ouvre Smith ; qu'il lise les ouvrages nouveaux écrits dans les mêmes principes : les erreurs que je m'efforce de combattre s'y reproduisent à chaque page , et sous toutes les formes , et avec tout l'ascendant du talent. Que d'individus avides de s'instruire , croyant y puiser des connaissances , n'ont rapporté de cette étude que notions confuses ou fausses , que principes abstraits , tous démentis par l'expérience ! Comment espérer de les faire revenir à la vérité ? Telle est donc aujourd'hui la position des écrivains qui traitent ces matières, qu'ils en disent toujours trop pour les hommes qui en ont des idées justes , ou n'en ont aucune idée , et jamais assez pour ceux dont l'opinion s'est formée dans les livres ; et cette alternative est cruelle , puisqu'en

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courant volontairement le risque de paraître froide et prolixes aux uns , ils peuvent à peine se flatter d'ëbranler la conviction des autres.

Examinons les prohibitions sous un point de vue plus générale

La pronibition a , relativement au consomma^ teur, l'un de ces trois effets ; elle le force k se con-» tenter d'un produit moins parfait , ou elle le lui &it pajrer plus dller > ou bien enfin elle Toblige à s'en priver. Dans Tune ou l'autre de ces hjpo^ thèsesi la> question se réduit à savoir si la prohi' bition augmente les produits du. travail intérieur; car tout ce qui encourage le travail , tout ce qtd multiplie letr travailleurs ^ multiplie en même tën^ Ia> richesse. Par exemple , nous probiboos le» soieries de la Gliine> dont la concurrence serait impossible à soutenir, parce qu'en Chine , le ver à soie^^ qui est indigène , a^élève sans soins ni dépense^, et aussi, parce que la main d'œuvre y est pour rien. Â*li lieu de donner de faliment ^ l'indus^ie chinoise, nous faisons donc vivre les ouvriers et les fabricants de Ljron. Je demande à qui cela profite ?

Les peuples sont comme le» individus : ils n'ont pa^touàl^esprit d'invention. Ceux qui le possèdent ne l'oi^ pas 9on plu& au même degré. Se fait-il en Eutopè une grande découverte industrielle , chaque pajsr cheiK^he à se l'approprier : c'est alors

DU SYSTEME COMMERCIAL 45i

que les barrières se multiplient ; et rien n'est plus raisonnable, car la nation qui a fait la découverte, aurait, ayant que les autres pussent la naturaliser, le temps de la porter a sa perfection , ce qui en ferait sa propriété exclusiye. A l'époque où nous possédions la Belgique, nous &briquions le casi* mir aussi bien que les Anglais , grâces à dix années d'essais qu'on n'aurait pas entrepris sans la probi^ bition. Alors, la prohibition du casimir aurait pu être levée, puisque la concurrence étrangère avait cessé d'être a cramdre : elle est redevenue indis" pensable , aujourd'hui que la Belgique n'appartient plus à la France ; d'où l'on peut conclure que la prohibition n'est souvent qu'un secours transitoire accordé par le Gouvernement aux genres d'industrie qui ont a lutber contre des désavantages locaux , désavantages qai disparaissent avec le temps, parce que le manu&cturier , ainsi aidé par l'Administra-*' tion, surmonte plus facilement les obstacles. Il serait facile de prouver que la plupart des prohz^ bitions dont les divers Etats de l'Europe se sonf fait un moyen de travail ^ ont réellement atteint ce but ; qu'elles ont ouvert , dans chaque pays, de nouvelles sources de productions, ce qui a diminué, en Europe , le nombre des gens oisifs ; car ce serait une grande erreur de croire que la prohibition appelle forcânent, vers le genre d'industrie qu'elle protège , les homme» et les capitaux en^lojés ail*

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leurs. Les ëcrivains le soutiennent ; mais Texpe^ rience les dément. J'ai vu s'élever en Italie, à l'époque où elle appartenait à la France j de très^ belles manu&ctures qui se recrutaient de tous les fainéants du pays , et ils n'y manquaient pas ; ils In'étaient même pas très>disposés au trayail; il fallut les arracher , presque malgré eux ^ sitifar nîente , délices des habitants des pays chauds : on en vint à bout , en élevant les salaires. C'est assurément dans des circonstances pareilles que Tappui d'un gouvernement est indispensable : et qad meilleur appui , que d'assurer aux travailleurs indigènes le marché national ! Lltalle, l'Espagne sont ainsi remplies d'hommes qui passent leur vie sur la place publique; les manteaux, dont ils sont à moitié couverts , ne révèlent que trop leur dénuement ; tous ces malheureux vivent du produit de charités, qui subviennent à leurs besoins , parce qa'ib en ont très-peu. A Naples , un lazaroni ne dépense pas journellement plus de trois à quatre sons. Ne seraitce pas une chose avantageuse pour lui et pour Je pays, que de le mettre à même d'en gagner quarante , en Tarrachant k sa paresse , et en utilisant son bras ? C'est ce que feraient de nouvelles manufactures, et par conséquent des prohibitions; car , tant que les Napolitains pourront acheter aux étrangers les étoffes avec lesquelles ils s'habillent , on peut être sûr qu'aucun chef d'industrie ne fera

des essais qui le conduiraient à une ruine certaine.

J*ai dit que l'un des effets de la prohibition ëtait d^élev^er le prix de la marchandise dont on défisnd rentrée. C'est une suite de ce que le manu- £icfainer âaranger a , sur le ^producteur indigène , quelque supériorité de &bn cation, ou d^autres a van* tages qui rendent , pour le moment , la lutt« inégale. L'élévation de prix qui ^en résulte n*est qu un mal passag€r ; et dut-il être durable , il faudrait encore n ep tenir aucun compte , s'il n^y avait que ce moyen d'occuper la population ; car â est bien évident ^u'un peuple qui travsûUe est toujours plus riche qu'uci peii^le qui Ae fait rien. C'^st la le demifir terme auquel se rédhiit la question des prohibitions. L'élévatio]^ de prix 4iqQt îi s'agit ici, tient xiqnc uniquement k ce que l^ «narohandise coùU ^us à ^taUir dans un pays que djms l'autre ; et je r^èle que c'est un très^éger iaconvépient , .fioit parce 4^^il n'est jamais de opiature ài se prolonger ^aiicoup , soit pacce qu'il ae saurait être trop diàiK«nentaoheté^andilaipourconséGpi«noe de multiplier les travailleurs.

Maisies éorivainsde Técolejéoooonûque trouvent dans les prdhibitioas 4iae seconde cause de renchérissemeot. Pour ors écrivains , la prohibition est un monopole au moyen duquel les producteurs indigènes peut^est éf^^r Je fir/x dt la mardiandise .au-dessus du son iaux naturel^ et la faire payer plus

cher aux conscmmaieurs de riniérieur p forcis ii racheter deux (i).

Le vâîtable sens de ce passage , qu'il &nt d'abord bien fixer , est que les producteurs indigènes , armés de la prohibition , se ligueront et feront la loi au consommateur, pour qui tout autre marché est interdit. Telle est évidemmentla pensée primitive de M • Sajr , qui la désavoue mal à. propos dans sa 4«^ édition (2) , et nous dit que , par itaa naturel de la marchandise , il entend le prix le plis bas auquel on puisse la livrer en tout pays. Cette interprétation est d'autant moins admissible qae, quelques pages plus loin > Fauteur montre le monopole comme fécond en injustices, parce que les ouvriers ne participent pas aux gains forcis des chefs d'entreprise (3). Ces gains forcés prouvent sans réplique que M. Say entendait signaler la ligue des producteurs contre les consommateurs : il admettait donc la possibilité de cette ligue , objection qu'ont élevée d'autres écrivains, et à laquelle il est ainsi nécessaire de répondre , soit que M. Say Tabandonne , comme il le fait en note , soit qu'il y persévère , comme il le fait dans le texte.

Mais, auparavant, je crois devoir Êdre renaarquer que les prohibitions , considérées dans leurs effets — ■ ■ . . I ■ **

(1) a."" ëdit. , 1. 1" , p. 197.— 4.»»ëdit., t. r, p. **

(a) T, I.«', p. aog en note.— (3) 4.«ëdit., t. F, p. «S-

généraux, servent les consommateurs tout cômtpe les manufacturiers. Les prohibitions servent les consommateurs comme les manufacturiers , par la grande raison qu'elles servent le pays. Ce fabricant d'ëtoffes , que nous ruinerions en permettant Ten-t trée des marchandises anglaises , n'est-il pas consommateur comme vous , et méme*beaucoup plus que vous ? n'occupe^t-il pas une foule d'ouvriers qui seraient désormais réduits à la misère ? n'a-t-il pas des capitaux qui s'anéantiraient pour le pays ? n'entretient-il pas , par ses dépenses , un nombre considérable d'individus , et vous tout le premier , peut-être, qui êtes ou son agent, ou l'instituteur de ses enfants, ou son architecte? En lui retirant les moyens de travailler , sous le prétexte de faire gagner quarante sous par aune k tous ceux qui achètent son Casimir , vous ruineriez donc , non-seulement lui qui le fabrique ce Casimir , mais encore plusieurs de ceux qui l'auraient acheté, puisque ceux-lk mêmes doivent à ce fabricant une partie de leurs moyens d'existence.

Je reviens k la question du monopole : il est impossible que des producteurs, toujours nombreux , toujours placés à de grandes distances les uns des autres , concertent leurs prix et fassent la loi aux consommateurs. M. Say est le premier à le reconnaître , quand il parle du commerce intérieur des grains , qu'il faut , selon lui , abandonner aux mar-

chauds , sans craindre oi accaparement » ni bénéfices considérables* •• .«< Un bénéfice, d'accord » V dit M. Say ; pour considérable, eela n'est pas » possible dès lors qoe tout le moside a la inculte 9 d'en £ûre autant ; ^ et qudques lignes plus haut : « Les fi^ qu on Jbit Boi-méme oui qu'on paye an a» producteur pour éviter de passer par les laaîns 9 des marchands ( de grains ) , soot supérieurs an » profit du marchand , d'autant pk» qàUks jtie sont » pas , comme cdt]i-<i , soumis à ia concorrenoe » qmexisU tùvfoiirsaUrt personnes faisamt ie même » commerce (*i). » Dans sa 4^^ édition (:s) M. Say revêt les mêmes idées d'expressions diffiârentes ; « Quant au tribut qu'on prétend que le nëgodsoit « en blé impose au producteur et au conaoïauitaw teur , c^est un reproche qu'an fait qaelquefM , sans » plus de Justice , au commence de quelque nature » qi£ïl soit • • • • Qu'un législaiteur considère il W » peu haut les maanchands gmnds et petits , il le^ » verra s'agiter en tous sens sur la siu&ce dL'm n pays y à l'afiut des bons marchés^ à VafiFut des D besoins , rétaèlissant ^ par leur concurrenee^ les » prix là oùils^ont trop bas pour la prodoetion, a» et Ih où ils sont trop élevés pour Ja Gonoanodit^ » du ooBsommateur. o Or , c'est cette concurrence même qui empêche que les producteurs indigènes

•Mai»!

(i)3.»«ëdit, 1. 1.", p. a53.— (a) T. I.", p. vji,.

ne se i^ervent de la prohibitioa pour augmenter leuts profits. La tntie des producteurs eutre eux suffit toujours pour que les prix tomb.ent à leur taux naturel ; et souvent même ils tombent au des* sotts à cause de la nécessite où sont les fabricants de lutter aussi contre les introductions de la con«- Irebande ; car , avec quelque succès qu on la ré" prime, jamais on ne la détruira complètement, surtout si les écrivains , singulièrement épris de (utilité de ses résultats , continuent à la recom^ mander à nos respects , comme ils l'ont fait jusqu'à présent.

L'allégatloa de monopole détruite par ce que ,e viens de dire , ou plutôt par ce que M. Say dit lui-même de la concurrence , il n y a plus à examiner s*il est vrai que les producteurs ne partagent pas également entre eux les bénéfices exagérés que la prohibition leur procure. Ce nouvel argument de M. Say (i) tombe de lui-même, puisque, de 5on aveu , îl ne peut y avoir exagération de béné^ fices où il y a concurrence ; et en ceci , il a raisoû , Qon toujours , car je ne saurais trop redire qu'en administration rien n'est absolu. Par exemple^ là concurrence pourrait bien ne pas empêcher des profits très-hauts, s^il s'agissait d'un jcommerce auquel peu de personnes voulussent se livrer , soit

(i) s.*"* édit. , t. V, p. ao4. — 4.'"« édit. , t. L** , p. 218.

parce qu'une sorte de honte s j attacherait, soitparce qu'il exposerait k des risques ou à des avanies ; et tel est positivement le commerce dçs grains à Tin* teneur f quand il y a menace de disette. Je ne pré* tends pas pour cela qu*il faille Fentraver. Je n ai pas Thahitude de résoudre en courant des (questions de cette importance ; mais il est singulier que M. Say ait posé son principe de la concurrence , excellent en lui-même , à Toccasion du commerce auquel il s'applique toujours le moins , tandis qu il n en a tenu aucun compte en parlant des colonies y qui sont forcées de tirer de la métropole les objets manu&cturés dont elles ont besoin » « ce qui pro- » cure aux marchands de la mère-ps^trie la &r » culte de vendre aux colons leurs marçhann dises un peu plus qu'elles ne valent {i). » Au reste , il n aura sûrement pas échappé au lecteur que , cette fois encore , M, Saj se crée des principes divers, selon qu'il en a Besoin pour les conséquences auxquelles il lui importe d arriver , puisqu'il reconnaît Tempire de I4 concurrence quand il s'agit des marchands de grains , et qu'il le nie dès qu'il est question des fabricants de la métropole dans leurs relations avec les colons ou avec les consommateurs de l'intérieur ; et M. Say reste ainsi fidèle à la promesse qu'il a Êdte , dans sa préface » de ne rien prouver.

(I) 3."^^ ëdit. , t. L% p. a84. — 4-"^ édit , t- !•% p. 3ol

^Acheter aux étrangers ce quils çendent à meilleur marché , est la maxime pour laquelle Smith et son école ont le plus de prédilection ; et Smith ne voit pas qu'avec cette maxime, il faudrait, demain, abandonaer La culture de notre territoire si , par exem* pie , les Etats Barbaresques ou la Pologne pourraient nous approvisionner de graiiis à meilleur marché que nos fermiers. Je laisse aux partisans die cette école il prouver comiment la Franc e en firich e sera plus riche que la France cultivée ; car il faut ou le prouver , ou convenir que Smith a posé un irincipe faux (i).

Je défends les prohibitions en thèse générale ; e n^en loue aucune en particulier.' Je dis que les prohibitions qui ont pour résultat d'augmenter les produits du travail dans un pays , sont utiles à ce pays. Voilà la règle ; et encore comporte«^t*elle à!à% exceptions.

La prohibition des blés , sur laquelle on a tant fcrit , doit se juger d'après des principes beaucoup plus rigoureux que celle des autres matières pretnières. Il ne s'agit pas ici d'intérêts commerciaux : c'est la subsistance publique qu'il faut assurer , et par conséquent la tranquillité intérieure. Dans beaucoup de circonstances , l'exportation ne saurait

(1) La note qui devrait se trouver ici ayant quelque itendut, jela renvoie à la fin du çhapitse. •

étré un mal , mais oh n'en pourrait &ire nsk ptm* cipe constant de l^sktîon ^ sans s'esposâr aux plus grands désastres.

lA liberté de tortie des grains aurait quelquefiua pour effet d'en âéver le prix; alots elle &yoriserait Tagriiinilture aux dép^nâ de Tindiistrié; tous les salaires augmenteraient ; les cultivateurs gagnant plus d'un côté, dépenseraient da^ûtage de (autre : jn^u'ici |e n'^^rçois aÉucune ntililé réelle;

La Taleur du Blé exporté rentra^ait^ il est ftad , en marchandises ou en argent ; mais ces tnardbandises et cet argent ^ nous pôÙT<ma nous les procurer avec les ptodiictioiis de notre industrie ^ et béan^ coup plus sâreihe&t^ beaucoup pluà eonstâminènt, parée qifen matière de felnri^ués^ il n'jr a pt>kit d'ann^ de disette k crai&dre. Suppoëe^ uiie pareille année et l'exportation libre : les étlangers accapareront tos blés ; ils les àceafiatétént mêtne dans des années d'sA>6ndaneë : yeud leutr Iren^reji alors 5 en un an 9 ce que voUs aures ga^é en àiK ) beurèux si la pénurie n^amèiie pad dès bcAileyersements dans le borps politique ! car lé |^u{^ë est ^ dans tons lés paf s » pbrté h la révolte ; et v quand il manque de padn y celte dispontion se c^nge en frénésie.

Si tous ceux qui conseillent de laisser sortir librement les grains r^ondaient sur leur tête des effets

DU SYSTEME COMMERCIAL. 441 d'ttne mesure aussi délicate > je; doute qu'ils fussent teès-^iipressës à en sôUiditér Vexécution.

Subordonner la facukë de Fexpottalion h Tabondanee de la denrée^ tcmjôurs rérélée par la baisse des prix , est lé âeul atermoiment que la prudence et rhabileté conseillent : et telle est àu)ourdhui la base de notre législation sur k sortie dea grains*

On a éciitdeux cents Volumes anr la libihe exportation dû blé ; \e Ètbx pas prétendu décider une pareille questicto en deux pages. D'ailleurs , elle appartient plus à la politique qn'au commerce, et s'écarte , par conséquent , de mon sujet ; je m'empresse d y rentrer.

Il nié teste à examiner comment &nith juge quelques profaibitiiHis fiinieuses» en leur appliquant ses principes.

- Smith Gcoidamne la prohibition du numéraire à la sortie. C'est une conséquence de sa doctrine , dans laquelle cent mille francs en argent ne ser-r ¥ent pas plus le pays que cent mille francs en mardiaildise& Quoique je n £q)pfouye assurément pcnnt cette manière dé considérer l'aident ^ la pro-» hibition du numérledre me pandt inutile. Il importe sans doute d'empêcher qu'il hé sorte ; mais il faut en prévenir l'exportation autrement qiie pr une prohibition^ qu'il est d'ailleurs bien difficile de &ire exécuter. Lorsque toutes les parties de votre système cojnmercial seront bien en harmonie , le

pays n'achètera à Tëtranger que dans la proportion, de ses ventes: la prohibition du numéraire devienr dra ainsi sans objet ; mais , tant que la nation aura à payer un solde en numéraire , il faudra nécessai-' rement qu'elle l'acquitte ; et la prohibition ne servira qu'à lui rendre la fraude Êonilière , en lui Élisant un besoin d'y recourir.

Ces observations, généralement fondées , sont susceptibles de quelques modifications suivant les circonstances. Dans des moments de troubles , ou au commencement d'une guerre , quand beaucoup d'individus sont disposés k s'expatrier, il peut être sage de proliiber la sortie du numéraire. De gros* ses sommes franchissent alors assez difficilement les barrières , parce que l'on connaît les passages ^ et que le service des lignes redouble d'activité* Pour éviter les dangers de la contravention , les particuliers aiment mieux convertir leur aident en marchandises nationales qu'ils exportent, et sur lesquelles ils consentent à perdre quelque chose. Cette perte n'en est pas une pour le pays, ceux qui la font étant censés le quitter. Le pays pepd d'utiles citoyens ; c'est déjà trop; mais du moins il prévient l'écoulement de sa monnaie , et il a , de plus , à remplacer les marchandises exportées , ce qui procure à la classe ouvrière quelque surcroît d'occupation et de profit.

lia prohibition du numéraireà la sortie d'£spagnQ

est laplus ridicule et la plus absurde que je con^ naisse , non pas parce qu elle a pour objet d'empé^ cher que le numéraire ne sorte , mais parce qu'elle ]Q'empêche pas qu'il ne sorte.

Smith , généralement si contraire aux prolnbi^ tiens I s'y piontre favorable relativement à Timportation des métiers propres aux manufactures* En France nous les prohibons a la sortie , parce qu'il ne nous parait pas très-utile d'enrichir les étrangers des moyens que nous avons d'économiser le travail. Smith incline , lui, pour qu'on les prohibe àl'entrée.C ette opinion estbien extraordinaire.

Lorsqu'il s'agit de métiers dont tout le monde connaît le secret, il serait effectivement inutile d'en favoriser l'importation; mais l'exportation doit tou-^ jours en être prohibée , malgré Smith qui s'élève avec force contre les peines auxquelles elle donne lieu en Angleterre (i). La fabrique de bonneterie de Lyon prospérait à l'époque où Louis XV permit l'exportation des métiers. L'Espagne » le Portugal , la Russie , l'Allemagne et la Prusse en tirèrent huit cents de cette seule ville y et ne demandèrent plus de bas (2). Aussi ses fabriques éprouvèrent-^lles ua échec terrible, que bien des années n'ont pu ré^ pjarer qu'imparÊiitement.

(I) T. III, p. 497.

(a) Voyez les Mémoires de M. Verninac , ancien

préfet du département du Rhône.

Je trouve dans une note du traducteur de Çnûth , ded dëtaiia trèd^intëressantd sur k prospérité croissante delà RussieX'importation des draps s^ étant élevée , en 1796 , à près de six millions de roubles en valeur , Paul I.*' crut devoir en encourag»* la fabrication. Le traducteur nous apprend lui-même « qne les peuples nomades des frontières de la t> Chine y qui n'étaient pas dans Tusage de tondre I» leurs troupeaux , fournirent aux nouvelles manu- » factures du pays de quoi remplir leurs ïnagasim » pour deux ans ; qu'ainsi Paul I.*^' donna de la » valeur à un produit qui nVn avait aucun. » Une mesure qui conduit à de pareils résultats , fidt certainement reloge de Tadministration qui la prescrit. Ëh bien ! Tauteur de la note n*y voit quant

€onséfiiênce de la dùctrihe mercantile '^qui subjugue fous tes gùnî^tnemenfs de f Europe. Que voulez-vous que je lui réponde ?

Smith s'étend beaucoup sur la prohibition dea laines h la sortie d'Angleterre. C'est de toutes les prohibitions celle qui a donné lieu aux lois les plus sévères ; aussi la blâme*t-il sans ménagement On est naturellement porté à induire delà que la lihre exportation serait, au moins selon Smith, très^ avantageuse r à l'Angleterre ; et Ton pourrait y en effet , trouver fort extraordinaire qu'il ne pensât pas ainsi. Or , on va voir dan^ quelle contradiction }i tomhe.

Lemotif delà prohibition des laines est la grande utilité de cette matière première, avec laquelle rAngleterre occupe deux millions et demi d'indi* vidus ( le cinquième de j$a population ) , et manu- Clôture pour une valeur annuelle de quatre cent quarante millions de franco. Ce motif ne semble d'aucun poids à Smith ; il veut que le commerce des laines «oit libre.

Mais si ce commerce ^it libre» la Fiance et toc^s les oations qui oot des |»anu&ct^res de laiip^e , iraient â'eJd approvisionner en Angleterre. Le pays se yerraît ainsi enlever dies niaitières indispensables à ses fabriques. I<es exportations ^a ëtofies de laine , qui vont auîoufxl'hui h plus de :àoo xnilHoQS , seraient peut-être r ëdmbes au quart ; peut-être &udmt-ii y reuonoer absolument.

Sans doute cette liberté , qui WF»it ^ fu^nest^

à Findustrie , iouroera du moiu^ au pr^ de l'jagri-

cultiuve. Les propriféfcaines de beetia^jm kis jmultîr-

plieront; ite dugmfCuteivQiit aifisi h produit des

réeoUes, et rAatgJet^îve Irouyern, i^ vmâmt des

produits kmta , fie qu «ille Mr^t ga^é en v^eudant

des produbctinois xnanu&cturéeis. Point du tout :

Smith se donne la peine de ao»^ informer que ,

tt ^ la quantité des produits annuels a pu se

» res&entijr quelque peu des règlements p^ohi-

» bitifs, elle ne s'en est pas trouvée beaucoup

» diminuée (i). »

(i) T. III , p. 48a.

i*MMMW«nM4pa«MMMBMMB«MMM«apa^MMBM(HMqHaMawaiMMr

n est difficile, après cela, d'apercevoir dots-' ment la liberté du commerce des laioes, ne devant pas augmenter la production , pouita dédommagei' des pertes de l'industrie. Peut-être encore cette liberté , en multipliant la demande , permettrait^ ^elle au moins aux cultivateurs de vendre plus cher ? Pas davantage. En effet , la demande est, dès à présent , poussée aussi loin qu'elle peut s'étendre , et la production n'y suffit pas ( i).

D'un autre côté , Smith affirme que la prohibition n influe en rien sur la qualité de la laine, les soins qu'on donne à l'animal pour bonifier son corps bonifiant aussi sa toison.

Ainsi , la liberté du commerce des laines ne ^contribuerait ni à augmenter le prix de cette matière première, ni k multiplier sa reproduction, ni à rendre sa qualité meilleure.

Son résultat unique sera donc d'enlever à l'Angleterre, une exportation annuelle d'étoSes de laine , estimée plus de deux cent millions. Or , je demande comment l'Angleterre réparera une perte aussi considérable ; je le demande au traducteur de Smith , qui voit partout les fâcheux effets de la doctrine mercantile de l'Europe ,

(i) C'est le traducteur de Smith , lui-même, qui nous informe de cette particularité dans saaS.*^ note , à laquelle je renvoie.

même quand cette doctrine enrichît évidemment les Etats , conmie l'exemple de la Russie nous Ta prouvé.

Je demande surtout ce que deviendront les deux mâlions et demi d'individus qui sont maintenant occupés à manufacturer les laines. Ils travailleront à la terre , me répond le traducteur de Smith ; ils seront ainsi bien plus utiles, me crient tous les écottomistes ; ils donneront un produit net. — Ils travailleront à la terre ! Vous vous chargerez donc d'augmenter pour eux le territoire de la Grande-Bretagne. Non , ils ne travailleront point il la terre ; ils mourront de Êiim , et c'est votre doctrine erronée et cruelle qui en sera la cause.

Après avoir prouvé , comme il le fait , que la libre exportation de la laine n'en augmenterait ni la production , ni la qualité , il me paraît incompréhensible que Smith ait pu sMlever contre la prohibition. Je ne conçois pas qu'on pousse jamais

l'aveuglement plus loin.

Que penserait-on en Angleterre d'un membre du

parlement qui dirait aux Chambres assemblées :

« Messieurs^ votre commercie d'étoffes de laine

» crée annuellement une valeur de 44^ ntiillions ;

* il occupe 2 millions et détni d'individus. Vous • » devez tous ces avantages à la prohibition de la

>) laine. Je . demande la suppression de cette

« prohibition. »

448 LIVRE JV.

Je suppose qu'on lui l^iisse la parole; il coatioue :

a Vous croyez, peut-être, Messieurs, que la i> libre exportation vous dédommagera des pertes » de Vindustrie. Il faut vous détromper : la liberté » n'at^^mentera ^i la production , ni la qualité , » ni le pm de kkine^et^qu^nd vous aurez adopté n ma proposition, il vous restera à donner du » travail à J millions et demi d'ouvriers , et uu » corameroe de 44^ wiUions à irétdblu'. v

Je doMte qu'on fût e^rieu^ d'en entendre davantage ;; ejt fwlaaUement l'orateur j»ui:aît médioorement k se loi^er 4^ sa harangue. «Or , cette hBrwr gue est mot à mot 4ws Swtb. Faut-il s'étonner après «celia qiiyp l^s ^^ii^ le prisent si f)eu ?

4# surp^, SoMifili^ (qui pRitout Àîtieurs s'élève contrée Aes4iiçâ};s^ pei^^fqu'il «onFieifedraît de substituef* à Aa ^Eo^itiom [^^ làinfis une Ibrt» taxe. Ç'f^ ^qu'.€K^ 4f^^ %r%ïmg^ av«c ses prîocipes. SmiJ;h j^i'etf ffiff f^mécpmnt^ jLa lî)bejBté du .o9mmerce des laines est utile ou dtte ne Jiest pas. Si elle ^^ uMW^ iil )U >fept iplewe ^ entiàce ; ai «lie ne ïg^ ^^ , ^ jl^i^ JïiD*«wli>»u

Smilih ^ ys4 pQK^sÂfM» 4e îpuffler .dk Mkmftesr quieu, f^t l'on i^i»^^ )mn J^'à^ B^ pade que poyr J^ Mf^p^t Ckpwd^Qt jl ij ^mot dqs égards et n'insi^t^ fiow^ Li9 ^i^dLuiAwr de Sonith insiste, kii , bi^uQfHtp fi(^« « Il nj u |«s ji^u'ii la dé- )> fense d'exporter les laines , (i) jiisqu^i celle de

mm

(x) Tome V, note ai , p. ao3r

^ transporter le charbon de terre autrement que ^ par mer dans la capitale , et autres règlements 9i de cette espèce, dont Montesquieu n ait entrepris 1» de faire honneur à la politique anglaise. i> Sans contredit ; oà est le mal ? De ce que le traducteur de Smith ne partage pasTopinion de Montesquieu, s'ensuii-il absolument que Montesquieu se soit trompé ? Montesquieu loue la prohibition des laines, parce qpi'elle a contribué à 1^ richesse deP Angleterre. Il a raisonné en cela d'après Fexpérience , qu'il vaut toujours nueux consulter que les livres; et quant à la défense de trau^rter le charbon dans la: capitale autrement que par mer , qui nous dit que ce règlement n'a pas un objet politique P qui nous dît qu'il n'a pas été rendu dans la vue d'accroître la marine de l'Etat ? Serait^^ce donc un règlement si absurde que celui qui procurerait à un pays maritime les matelots indispensables k sa défense ? et Smith ne fait^il point pressentir que tel a été éffisctiveraent le but de la loi sur le trans* port du chM*bon de terre ? u La commerce des » charbons, quialieudeNewcastle h L<»idreSy (i) i> emploie plus de bâtiments et de matelots que "» tout le commerce de transport de l'Angleterre. » N'en doutons point : ce réglemetit est très-^sage ; et quand Montesquieu en feisait honneur à la

(i) Tome II t p. 395.

45o LIVRE IV.

politique anglaise, il ayait d'excellentes raifloos

pour cela.

ce II est remarquable , poursuit le traducteur de » Smith 9 de voir un écrivain français tourmenter )» son esprit et sa raison pour exalter la police » absurde et oppressive de l'Angleterre ^ et Paa^- »» teur anglais , supérieur aux préventionâ natio- » nales comme aux préjugés de rhabitade, ex^ » poser au plus grand jour les vices et les inco»- V vénients de ce sjrstéme r^lementaire. » Il J a quelque chose de plus remarquable : cBst de voir un écrivain français , traduisant Smith , iourmen/er son esprit et sa raison , pour exalter un écrivain anglais aux dépens de Montesquieu.

Smith accuse Colbert d'avoir, le premier, donné Vidée des prohibitipns (i). Smith oublie que l'acte de navigation est antérieur à Tadministration de Colbert ; et quelle prohibition que cet acte ! Quatorze pages plus loin, Smith nous apprend que les moindres droits «auxquels fussent assu^éties les marchandises de France ^ avant la guerre de 1779, étaient de 76 pour cent. Je lis dans un mémoire encore récent du commerce de Bordeaux , que les droits imposés à l'entrée d'Ângletenrei s'élèvent.sur nos vins , à 1 3^ pour cent de la vaLeor; sur nos eaux-de-vie à i,63! « De leur côté, ajoute

(i) Tome m, p. 85.

DU SYSTÈME COMMERCIAL. 45 1 VI Smith » les Français ont , je crois ^ maltraité tout » autant nos denrées et nos manufactures. » Smith êe trompe.. Nous ayons , comme F Angleterre , pro-* bibé les marchandises qui pouvaient porter pré- |udice à notre industrie ; mais jamais on n'a perçu , en France y des droits aussi monstrueux : i63 pour cent de la valeur ! Je rappelle que les plus forts droits du tarif actuel sont de 3o à 35 pour cent* Après cela , il est très-curieux d'entendre Smith ▼auter u la liberté générale du commerce de TAn- 9 gleterre, (i) liberté au moins égale à ce qu'elle » est dans tout autre pays. » Il n'y en a point oti les gènes et les entraves soient plus multipliées qu^en Angleterre. Les objets &briqués , dont l'entrée y est permise , ne sont admis que par certains ports. Ils ne peuvent être chargés que dans des balles du poids de plus de deux quintaux, ne contenant que la même espèce d'étoffe. Les marchandises étrangères trouvées dans l'intérieur du Royaume , sans marque qui indique l'acquittement du droit d'entrée , sont confisquées, avec amende de cent gainées par pièce. Les contre&cteurs de marques sont punis de mort, (2) etc. Je n'examine point si les Anglais ont eu raison de &ire de telles lois*

(i) Tome III, p* 393.

(a) Voyez le Mémoire de M. Fontenay , de Rouen » ftur le Traité de 1786.

Je dis qu'elles existent ; el je t^ftVe étonnant que Smith vante la liberté chi commerce de son ps^, tandis qà^il n'y en a point 0& le cocomerçant soit aussi génë , aussi accable de. formalités qu'en Angleterre.

Smith considère 1m prôbibitiond comme des mesures hostiles qui amènent des repré^lles , et dont reffet est de càuset un préfùàice k tontes les nations. Les prohibitions ne sont point deSF meswes hostiles, et les nations qui les envisageant aioà s'en font une idée faussé. Quand Golbert arriva au ministère, il trouva là F'rance dafos nn état de dénuement absolu; il lui interditde^ dépen^^qa^elle était hors d'état de continuer^ Ses lois-filt^ilf des lois somptuaires , non des actes d'hostilité ; et je penser, après tout , qu'une nation n'est pas plus coupaMe de s'interdire des productions qu'elle n'a pfts le moyen de payer y ou qu'elle ne peut payer qu^en se ruinant, que ne le serait un particulier qui s'interdirait le vin on les spectacles par des raisons d'économies

Je ne nie point cependant que les prohabiliom n'entraînent quelquefois après elles des ineonv^ nients. C'est le sort attaché à toutes les institutions; mais les inconvénients des prohibitions ont été exagérés. Nous vendons toujours autant àe vin, afltanl j d'eau-de-vie , que si le commerce était libre , d nous&briquons,en outre, beaucoup de mardnn" dises, qu'il faudrait, sans la prohibition , acheter! l'étranger.

Je dis que nous vendons toujours autant de vin; carie traité 4^ 1786 avec T Angleterre n'en fit pas e^^porter une ]>arrique de plu^ , quoique les droits fussent réduits à moitié. Je renvoie aux méoioires du çonunerce de Bordeaux., ok ce fait très-inté* ressantest consigné.

Des prohibitions déterminées, non pardeshaîn^ natioifiales , mais par l'intérêt des peuples , sont toujours utiles ; seulement il Ëiut les restreindre dans de justes bornes. Le mal touche au bien , comiae labus à l'usage. C'est aux gouvernements à bien étudier le pays , afin de ne recourir aux probUntions que quand l'intârét national en Eût une nécessité.

Je termine ce chapitre par l'analyse ^ très-suc* cincte des développements qu'il présente.

Suivant Smith , une nation a toujours tort d'es* sayer de faire chez elle ce que d'autres nations font mieux ou à moindres frais.

. Une semblable nation ressenible k up tailleur qui yondir^it j^ire ses souliers.

Mou opinion e^t absolumcint conti^iire. Selon moi :

Oest un acte d'économie et de prévoyance , dans une nation , comme dans un d^ief de famille , de chercher k faire intérieurement ce qu'il faudrait acheter au-dehors.

De pareils essais tendent toujours^à augmenter

la richesse des nations , comme celle de la famiQe , parce qu*il ny a ni famille , ni nation , dont les travailleurs ne puissent croître en nombre , en ta< lent et en industrie.

Ainsi y les prohibitions sont utiles, toutes les fois qu'elles facilitent aux nations les moyeas de sidn Tenir à leurs besoins.

Encore un mot. Je compare une nation qui achète au-dehors , avec sa monnaie , des marchan*i dises qu'elle peut fabriquer elle*méme , quoique moins bien , a un jardinier qui , mécontent des fruits qu'il récolte , s'en procurerait de plus succulents chez ses voisins, en leur donnant en échange ses ipstruments aratoires^

NOTE DE LA PAGE 43a*

D'après la maxime qu'il faut acheter aux ëtrangei^ ce qu'ils fabriquent à moiodres frais , j'ai dit que, si la Pologne ou les États Barbaresques pouvaient nous appro^ visionner de blë à meilleur marché que nos fermiers , il faudrait renoncer à la culture de notre territoire^ et qu'il resterait aux partisans de la doctrine anglaise à prouver comment la France en friche serait plus riche qu« la France cultivée. J'étais loin de prévoir alors qu'on me prendrait au mot , et que des écrivains à qui le talent et Tesprit ne manquent sûrement pas, verraient jamais un moyen de richesse nationale dans l'abandon que ferait un peuple de son agriculture. M. Ricardo ^ qui ne sait pas ce que c'^t que reculer devant une conséonencei

ïïÈ*-eat nullement eflfrayé de ceile-cj. « Un pays qui , par sa 3» supériorité dans les maehines et Ffaabileté deses ouvriers, 1» fabriqueavec une plus grande économie de main d'œuvre » que ses voisins , peut , avec les produits de son i ndustrie, 3» ^ire venir' du dehors le blé nécessaire à saconsomma-^ n tiou ,' lors même que son sol serait plus Jbrtiie.^ et que le a» bté y sdendrttk avec moins de tras^il que dans le pays sft d^oà il tirerait Éon approsHsionnement, u ( Principes de l'iéconomie politique, t. L^^^f p. 207 en note). Et par quels prodiges de talemt M. Ricardo réussira-t-il , non à cou-* vaincre le lecteur , cela est imjk>5sible , mais à Tentrainer? « Supposons deux ouvriers sachant Tun et l'autre faire j» des souliers el des chapeaux : Tun d'eux peut exceller- » ds^ia les deux métiers ;^ maïs, en laî/sani des chapeaux , » il nç l'emporte sur son rival que d'un cinquième ou de » ao pour cent , tandis qu'en travaillant à des souliers , » il a sur lui un avantage d'un tiers ou de 33 p6ur cent. » Ne serait^it pas de l'intérêt de tous les deux , que l'on-* » vrier le plus habile se livrât exclusivement à l'état' da^ n cordonnier, et le mpins adroit à celui d& chapelier ? » Et vQilà par quel misérable rapprochement on prétend* justifier la^propositton. la. pins fausse , la. plus extravagant» qu'on ait yàvi^^ osé produire ! Certainement un ouvrieF qui fait desic^peâux moii^s bien que des souliers , doit se borner èr&îrk des* spuliers , car il trouvera toujours des consommateurs; mais, parce qu'une nation excelle à îskr< briquer le drap , il faudra qu'elle ne fabrique plus que du^ drap ! et elle laissera se$ terre& en friche \ et elle augmen-*«. fera ainsi sa richesse l £n vérité quand on en est venu à ce degré de déraison , toute réfutation serait uiie insulte au. leotevr. Aussi ne pousserais^je pas plus loin cçttç note 1^

si elle ne devait amener quelques nottreUes ciNmdératîaiiB qui auront, |e crois ^ de l'iutërét.

Les peuples oe réus^isseut pas au même degré , et par bien des causes, cbus les diverses industries anxquelks ils se livrent. Us font de préférence les cbosea qu^ils font le mieux , parce que ce sont les plus reeb^ehées ; poû f comme la demande detout produit a des lK>raea^ ils fimt encore avec plus ou moins de succès, mais toujours avee avantage , la plus grande quantité possible des autres objets nécessaires à leur consommation* Je dis> avec avantage, parce que c'est l'unique m<^en qu'ils aient d'occuper ks bras et ^ par conséquent , de mnltipUer les richesses, H CKslBte en Europe un pays .qui produit merveilleuseaient Ip bii, CM k Poiogae ; et laFologiM est le payslephis péUKre de FEurope., quoique le blé soit, de toutes les denréas^, celle dont on se déÊiit le plus aisément Que ]yianqiie-t«-il donc à la Pologne pour prendre rang parmi las nations industrifensei ? De cberciier i £ûre autre chose qne du blé ; et elle en rietodratt vitt à bout , témoin ce qne'dit M.Say : «r U n'est.point de peuple qui doived^sesw pérer d'acquérir les qualités qui hii mau^i^ent pour » être paiiaiteibent industridQuIIl y .a cent canquante » ans que l'Ang^etorre eitè*mèÉie était si peu avmcée » l^'elle tirait de la fielgiqtte presque tontes ses étoffes ; » et il n'y en a pas quatte->-vingts que FAUeoiagne fourr » nissait des quincailleries à une nation qui naduat^iaiit n en fournit au monde entier. » <( Traùé d'économie poli* tique , 3.™*' et 4.™^ edit. , t. V , p. 47, )

Qui l'aurait cru P Après avoir ainsi établi, et très-justement , que tout peuple peut Advenir parfakemem indas-^ trieux , après avoir par conséquent réfuté fi'avauce M.

Bicardo^ qui ne veut même pas que les peuples s'essayent à £ibriquer chez eux ce qu'où fabrique k meilleur marché au dehons, M» Say enchérit encore sur cet écrivain : « Les « explications de M. Ricardo tendent de plus en plus à » faire sentir lajbdie du Sjxitême ejcclmif qui prohibe les » produits étrangiers pour fas^oriser le» prcfduiis indignes, » Et M. Say , qui , tout k Fheure , nous montrait l'Angleterre comme ayant enlevé à l'Allemagne , i la Belgique , la fa-brication es^cluAÎve des quincaiilei'ies et des étoffes, ne remarque pas que jamais l'Angleterre n'aurait atteint x;e but sans le système prohibitif qui, forçant le consom^ mateur anglais de se contenter de produits moins parfaits , quoique plus chers , a ainsi donné aux nouveaux pcoduc* teursle tempsetlea moyens de perfectionner leur indusitrie. $i jamais vérité a été rendue'évidente , certes c'esicelle-U ; et je le &is observer^ parce que mon raisonnement emprunte toute sa force de l'assertion de M. Say sur la pos* sibiUté qu'achaquepeuple de de venir industrieux , assertion parÊuUement exacte sous l'empire du système commercial ^ et de toute fausseté au contraire dès qu'on lerejette« M. Say ne cesse de répéter que Steuart se trompe quand il sou*tient que la richesse d'une nation ne peut croître qu'aux dépens d'une antre nation. ( Voir entre autres passitges , la piage ao du iome 1.^% la uoie de la page 164 , même tome ^ i:^^ ediL; ou 4."** édiL^i. I.^S p. ao et lyS.) Jamais l'administration française ni Steuart lui-même n'ont ex<* ciusivement placé^ la richesse d'un peuple dans la ruine d'un autre peuple. Les nations peuvent toutes marcher d'un paaégal vers la richesse , pourvu que toutes con^ servent et multiplient leurs travailleurs ; mais , de cela même , il résulte aussi que quelquefois la prospérité d'un

peuple porte prëjodice k celle d^an peuple voisin ; et sàn» doute, quand M. Say nous présente ^Angleterre comme n'achetant plus d'étoffes aux Belges , de quincaillerie aux Allemands , il ne prétend pas nous amener à reconnaître que ce changement ait servi l'Allemagne et la Belgique^ Or 9 c'est tout ce que Steuart a soutenu ; en quoi il s'est montré beaucoup meiUeur logicien que ceux qui croyeat k réfuter.

Je trouve ce qui suit dans l'une des notes ajoutées par M. Say à l'ouvrage de M. Ricardo, ( L II , p, 167 ) : « Outre » les gains qu'on peut f^re par suite d'une vsAevat pro^ 9 duite, on peut, faire son profit des pertes d'un antres • h<»nme. . . .Lorsque cet autre homme est d'un autre 9 paya, la nation dont le premier /ait partie p gagnece que 9 Vautre nation pe^d. » Voilà positivement èe que Steuarl établit; et il est sans doute permis de s'étonner que M. $ay le combatte,

M. Say , qui veut absolument qH.e l'écoQomie politique ait raison contre tout le monde, reproche à Voltaire d'être tombé dans la même erreur que Steuart : « Avant les der-r » niers progrès de l'économie politique (3.™^ e'dàiony 9 i. V\ p, iS3, ^ ^J"^^ ^dit. y t.V^\p. E6teRRole);cea p vérités si importantes étaient méconnues , non-seule-^ f ment du vplgaire ,. mais des esprits les plus judicieux » et les plus éclairés. On lit dans Voltaire : Telle est la » condition humaine que souhaiter lagnmdeurde son pays , » c^est souhaiter du mud à ses voisins. . . .Il est clair qtHun n pays ne peut gagner sans qu^un autre perde. Voltaire » ajoute que , pour être citoyen de V univers , il nefooA » vouloir sa patrie ni plus grande, ni plus petite ^ ni plus » riche , nipluspauvre ; c'est unesuite delà même erreur,»

Je réponds que Voltaire a raisonné comme Steuart, et très-bien, puisque M. Say convient lui-même qu^en devenant plus industrieux, les Anglais ont appris k se passer des Allemands et des Belges , ce qui évidemment n'a pu que nuire i ceux-ci. Il y a donc des circonstances où un peuple s'enrichit aux dépens d'autres peuples. Au reste ^ Voltaire dans le passage cité et tronqué , s'occupe moina^ de la richesse des peuples que de leur puissance. Je vais rapporter ce jpassage tel qu'il a été écrit , en soulignant ce que M. Say a cru devoir en retrancher , et en rétablissant l'ordre des phrases , qu'il a cru aussi devoir intervertir : « Il est triste que souyerU , pour être bon patriote , a> on soit Pennemi du reste des hommes. JJ ancien CiUon , » ce bon cùojren, disait toujours en opinant au sénat : tel m est mon as^is, et qu^on ruine Carthage. Etre bon patriote , p €?est souhaiter que sa çiUe s^ enrichisse par le commerce p 9 et soit puissante par les armes^ Il est clair qu'un pays » ne peut gagner sans qu'un autre perde et qiCil ne peut m vaincre sans Jàù*e des malheureuap,

» Telle est donc la condition humaine, que souhaiter » la grandeur de son pays, c'est souhaiter du mal A ses » voisins. Celui qui voudrait que sa patrie ne fàt jamais » ni plus grande , ni plus petite , ni plus riche ^ ni plus » pauvre , serait le citoyen de l'univers. » ( Dictionnaire philosophique , fin du mot Patne. ) Cék ne ressemble pas ^n tout à ce que M. Say fait dire à Voltaire.

M. Say ( 3.™^ édit. , /. I.«^ ,p. i5z. ~ 4-'"^ «'*^- » ^ I*^ , /7. i6i ) cite le gouvernement des États-Unis , qui a commencé, en 1802, la civilisation desCreeks. « Ce Couver- » nement a voulu donner aux Creeks de l'industrie , et » en faire des producteurs , pour qu'ils pussent donne»

46o. LIVRE IV.

« qwLqpne chose «v ^cbange aqx conffSdërés^ car on ne » gagne ma avec tua peiq>le qvi n'a paa de. quoi payer. » U est précieux .pour rbunumité qu'une nation, entre n tant d'autres , se conduise , en chaque circonstance , j» d'après des principes iibéraw. U sera démontré , par » les brillants résultats qu'elle en obtiendra, que fe« vow » s^MémeSf Us funestes théories sont les maadmes eichi- » sives e^ jalouses des vieux JÉtats de r>Ettrope9 qu'ils » décorent effrontément du nom de vérités praiù/ues ^ » parce qu'ils les mettent malheureusement en pratique. » Quel emportement l et pourquoi l'auteur ne aait-il pas être cdme ? Ce dont M, Say loue avec tant de &ste les £tats-Onis comme.d'une chose nouvelle , a'est fait de toul temps el par tous les peuples qui ont .toujours mis da prix k civiliser ka sauvages , noiquenienl.ponr avoir des matières premières en échange de produits manufkcturéa Voilé tout le secret 'de cette b^e entreprise : il n'y a là ni humanité , ni philailtropie ; et M. Say se moque de nous quand il vient .proposer de tels exemples à notre admiration.

En voici un-bien différent, toujours donné par les £tata^ Unis qui juatifietit à leur tosAîièpe les beanx éloges de M. Say. Gette fois41<s'agîtidela!probibition la plusinat*tendue, la plus hostik hjquelie jamais Gouvernement se soit porté en pleine paix. Je veux parler du droit de 18 dollars par tonnean(environ \ot .fraDcs)récemment imposé sur les bâtiments franj^s quiathordent dans les ports américains, même quand ils ne feontpas xshargés; que dis-je? même quand c'est la tempête qui les force à y relâcha. Ainsi , tout navire français de4oo tonneaux , qui tooche UA port des Étata-Unis ^ y reçoit , pour premier accueil)

DU SYSTÈME COMMERCIAL- 46i

la demande d'uir droit d'environ 40^^006 francs , iandia qu'à l'époque où ce droit a été établi ^ un bâtiment amé-' ricain de même force, n'aurait payé en France^ et au même titre , que i65o francs ; et voilà la nation que M. Say cite , entre tant tT autres , comme se conduisant 9 en. chaque circonstance , d'âpre des principes libéraux !

Dans un autre endroit du livre de M. Say ( â."*^ édit.^

t, I.*' , p. 106. — 4-""* ««'«'• 1 ^- ï'^» p* * *o ) » i« W» «^ 9«i suit : Uart de lier les effets aux causes^ et l'étUdé de V économie politique , ne sont pas moins importoints pour le bonheur personnel des Rois que pour celui de leurs peuples: réflexion que fait M. Say à l'occasion des infortunes de CrësQs , Ftoi de Lydie. Si Crésm revenait au Monde ^ son premier soin serait certainement de créor une chaire d'économie politique et d'envoyer ses ministres è l'école. Espérons que les leçons données aux morts ne seront pas perdues pour les vivants.

J'ai commencé cette note en signalant une des plus

étranges erreurs qu'on ait jamais soutenues, savoir :

qu'une nation dont le sol est fertile , s'enrichit en le

laissant en friche. Je la finirai par quelques observations

sur une autre erreur encore plus grave , s'il est possible,

M. Bucfaanan , dernier éditeur de Smith en Angleterre ,

' prétend « que le fermage est un monopole nuisible au

» pays , en ce qu'il ôte aux consommateurs ce dont il

» gratifie le propriétaire foncier. » La conséquence est

que les propriétaires soqt le fléau de la société , parce

qu^en ne donnant pas leurs terres à exploiter pour rien,

ils en tirent un revenu qui augmente d'autant le prix

du blé. C'est un nouvel appel à la loi agraire. Quand,

dans une assemblée délibérante,quelque orateur fougueux,

46i LIVRE iV.

enfimt perdu de son partie conseille ou provoque des mesures extrêmes , les esprits superficiels crient que c'en est fait de la raison sur la terre. Ils se trompent. Si les hommes exagérés poussent vers Pabyme, ils le montrent, et presque toujours cela suffit pour qu'on Té vite. Ce qoe je dis des orateurs politiques s'applique très-bien aux écrivains. Remercions MM. Ricardo et Buchanan. Le premier ne fera pas abandonner la culture d'un seul arpent de ma» vais terrain y et l'Europe civilisée, s'il le fallait, s'éle?e^ rait tout entière contre le second , qui voit dans la propriété un monopole nuisible , quand la propriété est aa contraire le fondement de l'ordre social.

Les réflexions naissent en foule sur les.dangers d'une -science où de pareilles doctrines sont produites sans que tous ceux qui la professent ne s'unissent pour les désavouer. Je ne m'en permettrai cependant aucune : le lecteur les fera pour moi«

irihritaaaM.»

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