CHAPITRE V
De la Balance du Comtnerce^
On donne le nom de balance du commerce à la comparaison des importations avec les ex^ portations annuelles du pajs. Quand la somme des importations l'emporte , on dit que la balance est défavorable ; elle est , au contraire , appelée favorable, quand ce sont les exportations qui ont été plus considérables que les importations.
Ainsi, toute balance défavorable suppose un {solde en argent payé à letranger par la nation contre laquelle est cette balance.
Suivant Smith, il est absolument indifférent qu'une nation paye en argent ou en marchandises ce qu elle fait venir du dehors , parce que cent mille francs en produits manufacturés exotiques servent autant le pays que cent mille francs en monnaie. Alors , il n y a de balance ni favorable ni défavorable; alors , rien de plus ridicule que des états de balance et des comptes annuels de balance.
D'un autre côté , Smith parlant de Técoulement du numéraire que favorise le papier-monnaie, établit que , pour que le pays gagne , il faut
qu'en échange^ de sa monnaie , il reçoive des mft' tières premières , des vivres , des outils » etc. ; mais qu'au contraire il éprouverait un notable préjudice si les retours se composaient de vins , de soieries , de dentelles ou d autres produits analogues. Or, on ne peut connaître Tespèce de marchandises introduites que par la balance du conotmerce : ht balance du commerce est donc bonne à quelque chose : il faut donc des états de balance , et des comptes annuels de balance.
Ces contradictions très -réelles rendraient Ja question assez difficile à décider, si le lecteur n'était, dès à présent, en état de la résoudre en deux mots. Tout commerce exténear qui exige une exportation de monnaie , devient ruineux s'fl se prolonge, parce qu il enlève au pays des mo jeas de reproduction et d'échange. La balance du cornmerce a pour obj et de prévenir ces effets désastreux; elle en fournit les moyens : donc elle est utile.
Ces vérités ne sont que la conséquence des principes que j'ai établis dans tout le cours de cet ouvrage sur futilité de Fargent, comme prin*cipal ressort du travail. J'espère leur donner un nouveau degré d'évidence par des applications h des faits positifs, puisés dans les balances de l'Europe. Je vais commencer par examiner les principales observations de Smith contre la balance proprement dite.
%( Un commerce qui se &it ûaturellemeut et ré- > gulièfement entré deux places (i) sans moyens » de contrainte , est un commerce avantageux k » toutes deux. » Smith raisonne toujours dans la Supposition que les échanges de nation à nation doivent se juger d'après les mêmes règles^e ceux ^ particulier à particulière Cette supposition est Gratte. J'ai six francs dans ma poche ; j'achète avec cet argent un ouvrage delittérature quime convient; )e fais par cela même un bon marché » et mon li* braire également. Mais il n^en est pas ainsi de deux lirions qui commercent ensemble , et dont Tune envoie k l'autre sa monnaie ; cette moniiaie est alors enlevée au soutien de l'industrie du pays qui sVn dessaisit : c'est donner un capital susceptible de durer toujours, et qui crée annuellement dix, vingt ou trente fois sa valeur , pour un objet de fantaisie qui se consomme en un instant. Il n'y a pas d'échange plus désavantageux.
L'argent qu'un particulier dépense est ordinairement pris sur son revenu ; c'est pour cela même qu^illepeut dépenser saiis que sa fortune en souffre; mais l'argent , considéré par rapport au pays , fait toujours partie du capital national. On ne peut donc eiï envoyer à l'étranger sans amoindrir ce capital y et , par conséquent , sans diminuer les moyens de travail.
(I) Tome 111, p. i33.
Il n'y a qu'un seul cas où Targent soit véritablement revenu pour le pays ; c est quand le résultat de son commerce extérieur lui dcMone une balance favorable.
Une nation sage et économe convertit cette partie de son revenu en capital , au lieu de h dissiper en acquisitions de marcbandises ârangères y qui ne peuvent que diminuer là consom* mation de celles qu'elle fabrique , et propager le goût anti-national des productions exotiques.
a La doctrine de la balance du conunerce snp- » pose que , quand deux places commercent ïone » avec l'autre , si la balance est égale des deux » parts , aucune des deux nations ne perd ni ne » gagne ; (i) mais , que si la balance penche d'an » côté à un certain degré, l'une de ces places 9 perd , et l'autre gagne à proportion de ce dont » la balance s'écarte du parfait équilibre. » Quand la balance est égale entre deux places, on dit qu'aucune des deux ne perd ni ne gagne. Smitb s'évertue k prouver que non n'est plus faux; que deux places qui commercent entre elles, en sup* posantla balance égale, gagnent évidemment tontes deux, puisque leurs capitaux sont employés; qu'ainsi chacune d'elles aura une portion* de ses habitants qui tirera de l'autre ;5a subsistance et son revenu. Smith est à côté de la question.
(i) Tome III, p. i33.
Dû SYSTÈME COMMERCIAL. 467
Quand on dit que la balance est ëgalë entre dieux places , et qu on ajoute qu aucune des deux ne perd ni ne gagné , il est évident qu on n'entend parler que du capital-^monnaie. Il serait par trop déraisonnable de soutenir que deux places qui com^ mercent ensemble , et s'envoient respectivement pour deux ou trois millions de marchandises plus ou moins , n'aient trouvé aucun avantage à les fa* briquer. Alors ces échanges n'auraient pas eu lieu ; uar tout travail exige salaire et doit donner profit.
Le pays qui a une balance favorable , gagne ^ parce que le solde qu'il reçoit en argent peut être employé à l'accroissement de son industrie et concourir ainsi à augmenter sa population et sa richesse; il gagne parce qu'en admettant qu'il soit , dès ce moment , pourvu de toute la monnaie dont il a besoin; l'argent qu'il a de trop lui permettra de former des établissements au dehors, de se créer de nouvelles relations avec des peuples auxquels il conviendra particulièrement d'échanger leurs marchandises contre des métaux précieux ( et cela convient à tous ) ; il gagne enfin , parce que l'argent que le commerce extérieur attire dans un pays , étant presque toujours le résultat de profits faits sur les ventes, il y a, chaque année, dans ce même pays qui prospère, une plus grande demande d'orfèvrerie , de bijouterie , d'horlogerie, de dorures, ce qui facilite l'emploi
immédiat des métaux importes > et procure du travail à huit ou dix professions. Le pays doat la balance est défavorable , perd , parce que ^a^ gent qu'il donne en échange des marcluuMËses qu on lui livre , entretient l'industrie rivale aux dépens de la sienne propre ; il perd surtout , À , comme il arrive d'ordinaire , les objets reçus en échange de Vargent qui sort, répandent dans le pays le goût des produits exotiques , penchant qui s'enracine vite, et qui , devenant opiniâtre comme tout ce qui est préjugé, oppose ensuite, aux développements de l'industrie d'une nation, Tobstacle que l'Administration a toujours le plus de peine à vaincre.
Ainsi il est vrai de dire que, quand deux places ou deux nations commercent l'une avec lautre , si la balance est égale , aucune des deux natioDS ne perd ni ne gagne; mais que, si la balance penche d'un côté à un certain degré, l'une des nations perd , et l'autre gagne à proportion de ce dont la balance s'écarte du parfait équilibre. La doctrine de la balance est , selon Smith , la chose la plus absurde qui soit au monde. C'est lui qui Ta rendue absurde en s'obstinant à faire de la monnaie une marchandise, et en ne voulant pas reconniutre que la monnaie doit être estimée , non pour sa valeur, mais k cause de son influence sur la reproduction.
Si le système de la balance était fondé , disait^ on et répète-t-on encore tous les jours , lorsqu'un peuple a une balance fkvorable, il faudrait néces-^ sairement que quelque autre l'eût défayorable. Il se trouve au contraire que tous les peuples Tont Êivorable ; donc rien n'est plus ridicule que la balance du commerce ; donc la bâdance du com-^ œerce n est qu'une chimère.
X) est impossible de raisonner plus mal. Certes , si l|i quantité de numéraire circulant dans TEu-^ rope était limitée , et qu'elle ne fût plus suscep-^ tible de s*accroître , une pareille argumentation serait concluante ; mais , depuis trois siècles , ce numéraire à toujours été en augmentant ; il aug^ mente encore tous les jours. H j a peu d'États en Europe , deux exceptés , dont la quantité d'argent ne devienne chaque année plus considérable ; el voilà pourquoi tous les peuples de l'Europe, àeu% exceptés ; ont , depuis trois siècles , constamment gagné en commerce et en industrie : il est dano très^naturel que leur balance soit favorable : il u j a là ni contradiction , ni absurdité.
Lorsque l'Amérique a été découverte ^ il e^^il en Europe 900 millions de numéraire seulemeatt UEurope en possède aujourd'hui environ 1 1 mil» liards : l'Amérique a donc augmenté le numéraire de l'Europe de près de dix milliards : elle Va donc plus que décuplé. Eh bien, qu'y a4-il
d^ëtonnant que tous les peuples aient eu , depuis
cette époque , une balance favorable ?
C'est TEspagne , c'est le Portugal , qui ont pro* curé cette balance favorable : ce sont ces deux puissances qui la procurent encore tous les ]oian aux nations avec lesquelles elles commercent; mais ni l'Espagne , ni le Portugal , par la nature des choses , ne peuvent avoir de balance. LVgent est , pour ces deux nations , ce qu'est Tétain pour r Angleterre, le fer pour la Suède, les vins pour la France ; elles en récoltent, si je puis me servir de cette expression , fort au-delà de ce que leur oonsommatioii exige, quelque usage même qu'elles en fassent ; il faut donc Vendre le surplus. Le nul est que l'Espagne ctt le.Portugal vendent au-delà de ce surplus , et qu'au lieu de faire servir l'argent de leurs mines au développement de Tiur dustrie indigène , en facilitant la circulation et la production , elles trouvent plus commode d'ar çheter au^debors , avec cet argent , des marcKandises qu'elles auraient ainsi les moyens de créer elles-mêmes. Or., quel est l'Etat de l'Europe qui pourrait aussi long«temps tenjir impunément une pareille conduite] Je dis impunément , car l'Espagne et le Portugal , quoique très-pauvres , parce qu'ils manquent d'industrie , conservent cepeadant encore leur rang dans l'Europe , tandis que toute autre natipn dont le numéraire s'écouler»t
avec la même rapidité, serait subjuguée en moins d'un aècle^
On a Êdt un autre raisonnement. Si la balance de tel pays, a-t*on dit , était réelle , ee pays qui a, depuis cinquante ans , une balance favorable de iiuU de millions, posséderait aujourd'hui, à lui «eul, tout le numéraire de TEurope. Cette objection est fondée; mais que prouve-t-elle 1 c[ue le pays auquel on l'applique a mal calculé sa balance, qu'il la exagérée. J'accorde ce point ; xieb de plus.
Oui certes ,' le$ nations ont mal calculé leur-
balance. C'est par des exagérations ridicules ,
dont on se faisait des moyens de popularité ^
cfue . tant de bals^ces favorables ont été procla*.
mées à la £aice des nations, et consignées dans»
un si grand nombre d'ouvrages. Mais , quand un
particulier fanfaron, riche, de cent mille livres
de rente, annonce faatueusement que son revena
passe un million , faut-il. à cause de sa fourbe ^
lui refusçr même les cent mUle livres qu'il possède!
..Pourquoi , demande M. iSay (i), l'Angleterre
n'avaitrclle que 479^^^9000 sterling de numéraire
k l'époque .précise où elle en était le. plus riohe.|^
quand , d'après les seuls relevés de la balance dt^
dernier siècle , elle aurait dû en posséder sept foi^
.'I ■!■ I ■ iiii III l'i I ii.ii I i.iiiiiiii ■ I m miM ■— — ^iiiiii ■■Il i«i I I ^ iii.i.^T'.i ■■J,
<i)3>'«"édit.,t.I.*^, p, 194.-.- 4.""' <Sdit., 1. 1.«% p.a«fi,^
daraUtage ? Pourqfuoi 1 par trois raisons » dent i«t deux premières seroat certainement goûtées dt M. Say» puisque luir^ménie les donne aiUean : i.^ parce que^ dans presque toutes les guenres, les Anglais ont eu des armées à soutenir sur le continent ; 3.^ parce que VAngleterre a toujoan^ été entraînée par sa politique à pajer des subsides aux autres puissances (i) ; 3.^ et enfin parce que , dans le nombre des établissements entre ies^ quels se répartit le solde annuel de sa balance , il ne faut pas oublier les immenses &ctoreries dont elle a couTcit toutes les parties dn monde commerçant ; et voilà comKient FAngleterre , qui Q a plus 4^ monnaie de métal , dcit encore mettre du pri:s k upe balance favorable , puisipie logent qu elle acquiert ainsi i la sert , méaae en restant ai^dehors.
Dans un ouvrage. gnonjrmç y attribué à Imteur du Tailàém dt la Sunmdc^BrékLgnê , on a cit^ qnei-s ques £adts qui tendent à prouver que les oakaala de la balance du coiniiiepce ne portent pas toujours sui* des bases, bien certaines , et qu iL faoït en général se n^é&er de leurs résultats. Le rd^vé du commerce àxk > Portugal en 1 787 , pris auiç douanes d- Angleterre , différa d^un tiers de pareil rele\ré fait par la factorerie anglaise de Lîâboiine*
(I) 3.« ëdit, , 1 1.^% p- :^i5. — 4.' «Sdit. , 1 1.% p, a3a
DU SYSTÈME COMMERCIAL^ 47$ Un autre rdievé des dounnes anglaises en i^85 > donnait k TÂngleterre sur Flrlande une balance défavorable, et le relevé des douanes d'Irlande présentait de son côté une balance défavorable k rirlande contre T Angleterre. Ces deux faits , que j'admets sans vérification ni contestation , prouvent que de quatre relevés de douanes , deux au moins ont été mal faits, tous peut-être. J'accorde encore ce point ; j'accorderai même , si l'on veut , que de pareils relevés sont très^difficiles k bien âdre y et j'en tirerai la conséquence , non pas qu'ils ne peuvent servir a rien , mais qu'il faut que l'Administration travaille k leur donner plus d'exactitude.
Au surplus , il se peut trè&-bien que TAngletare et l'Irlande ^ trouvant, pour la même année, une balance respectivement défavorable, ce qui est absurde, ne se soient cependant que très- peu. éloi^ées de la vérité. Je suppose que leur balance prétendue dé&vorabie , soit dequelques cent mi^e francs , ou même d'un million : cette diffiîrence n'est prèsqae rien sur un commerce annuel de quarante ou cinquante millions; efk il a suffi d'une très-petite erreur commise des deux cotés , mais en sens inverse y pour faire paraître extravagants des calculs, k cela près, très-exacts et toujours fctft utiles.
M* Necker (i> établit que, pendant les quinze
(i) De l'Administration des finances de [a France, ^' U , cbap. 3.
années de paix qui ont prëoëdé la guerre d^Améri({ue , la balance , année commune , a été de 70 millions en fayeur de notre commerce ; et le pre« mier fait qu^il cite h l'appui, c'est que, durant ce long intervalle , nos hôtels des monnaies fabriquèrent, chaque année, pour 45 millions d'espèces nouvelles, M. Necker montre ensuite très-bien quel a dû être remploi des aS millions restants. Son chapitre de la balance n'est pas fort en raisonnement ; c'est même un des moins bons de son livre ; mais il est riche en faits, et j'y renvoie.
M. Say s'est donné la peine de dresser , pour deux années coqséoutives , l'inventaire d'un né* gociant (i)« L^ première anpfée, ce n^ociant possède 1.00,000 francs , savoir : 8o,oqo francs en valeurs diverses , et :20,ooo francs en argent ; la seconde année, il)n^a plus que S^oo francs en espèces; mais se^ machines^ ses .marchandises, etc. , représentent i o5,opo francs , total 1 10,000 francs. Il:a donc, dit M. Say*, lo^éiao francs de plus, quoiqu'il ne possède ' en numéraire que le quart de^ ce qu'il avait auparavant , et l'auteur ajoute : u Etendez par la pensée , et dans des proportions « diffîrentes , cette supposition k tous les parti*- » ouliers d'un pays^ el le pajs se trouvera éçidem* p ment plus riche <i quoique possédant beaucoup moins
^l^immmmmÊmt^mmmmmmmmm^Êmmmmm^tH
(0 3.'»« ^dit, , t, I.", p. 187. r^ 4-"' ^U. , t. ï.", p. igQ,
* de numéraire. » Ce raisonnement n'est pas assea qonclqant. M. Say pouvait , sans TafFaiblir , mettre plus d'argent dans le premier inventaire , et pas du tout dans le second. Alors on aurait compris qu'il est de riAtérêt d'un peuple de troquer tout /son numéraire contre des produits exotiques , fût-il question d'allùm^Bttes , et la démonstration aurait été bien plus digne de la science.
Puisque M. Say est resté en si beau chemin , je prie le lecteur de trouver bon que je me fasse, pour quelques instants, de Técolé économique, et que , tout rempli de respect pour les maîtres , |e raisonne un peu à leur manière.
La France a pour deux milliards de monnaie. C'est trop : si elle n'en possédait que la moitié , elle serait tout aussi riche ; elle serait même plus riche ; car lé notilliard restant , haussant de valeur, ferait l'effet de deux; et, avec le milliard exporté, nous achèteriofis bien des choses. La France n'a donc plus qu'un milliard de numéraire. C'est trop : £^vec la moitié elle subviendrait tout aussi commodément à ses échanges ; et , sans doute , l'argent qui irait k l'étranger ne lui serait pas donné pour rien. La France n'a donc plus que 5bo. millions :
c!esttrop plus que 100 millions : c'est trop.....
plus que 100 mille francs : c'est trop plus qu'un
écu : c'est très-bien ; car cet écu , qu'apparemment on ne verra guères, vaudra tout juste, par sst
rareté y les deux milliards qae nous n*aaroi^ plus.
Se pourrait'-il que le germe de ce beau raison^ nemeot fat dans M. Saj ! Lisons :
« Le numéraire augmente en valeur 2i mesure » cpi'U décline en quantité. Il décline en valeur » à mesure qu'il augmente en quantité. SU j a » pour trois milliards de numéraire en France , « et qu'un événement quelconque réduise cette » quantité de francs à i5oo millions, les i5oo n milbons vaudront tout autant que les trois mil-
«> liards pouvaient valoir. // en résube quwiê
)> nation s'enricbii en exportant du numéraire , parce » gue la valeur du numéraire qui lui reste defneure » égale à ce çu'elle était ^ et que la nation reçoit de p plus les retours du numéraire çu'elle exporte {i), »
Le passage qu'on vient de lire ite se trouve que dans la dernière édition du traité d'économie politique. Jusque^à , M. Say s'était borné à soutenir , après Smitb y que , quand le numéraire sort , pareille valeur rentre en marchandises, et que le pays conserve sa richesse.» Maintenant c'est beau* coup mieux. La riche^e augmente , parce que le numéraire qui reste vaut tout autant que s'il n'en avait pas été exporté. YoUà ce que M. Say appelle une vérité çui n'avait pas été remarquée / grande découverte en effet , mais dont M. Say pouvait
(1) 4-™«ëdit., tl.^, p, igi et iga.
DU SYSTÈME COMMERCIAL. 477 Me àispexïseT de Feveûdiquer Thonneur ; car ^ cfai le lui contesta^a?
On se tromperait beaucoup , et Ton m'aurait bien mal lu , si Ton pouvait penser que je subor^ donne Taccroissement de la richesse d'un pays > uniquement à l'augmentation de sa monnaie. Dans les temps qui ont immédiatement suivi la découverte de l'Amérique » l'accroissement delamonntde importait bien plus qu'aujourd'hui , et cela pair une foule de raisons dont la principale est qu alors on n'avait aucun moyen de suppléer à l'argent. Mais ce qui importe aujourd'hui tout autant qu'a-^ lors, et même plus qu'alors , c'est de ne pas tomber dans la dépendance des peuples rivaux ; c'est d^apprendre k se passer d'eux , non pour entretenir des haines » mais au contraire pour les prévenir ; non pour faire du mal aux autres , mais pour em>> pécher qu'ils ne nous en Êlssent, et aussi pour arriver k une stabilité de développements industriels que le commerce extérieur ne permet jamais. Ce n'est donc pas la conquête du numéraire des peuples voisins que je souhaite : je ne demande que la conservation du nôtre , et nullement pour ce qu'il vaut , mais pour les services qu'il nous rend , comme premier ressort du travail.
Quel est l'objet d'une balance ? C'est bien moins de connaître le résultat du solde que de savoir quelles sont les marchandises dont l'acquisition
ruineuse a mis dans le cas de le payer. Or , dette indication , il n y a que la balance qui puisse là donner.
• Il importe également peu de savoir si le mon-> tant de nos ventes à Tétranger est de quelque chose plus fort ou plus faible que les années pré^ cédentes ; mais il importe beaucoup de veiller k ce que les achats ne surpassent point les ventes, et y quand ils les surpassent , de savoir pourquoi ils les surpassent.
Nous recommençons Taunëe t les états de hst^ lance de l'exercice qui vient de finir sont produits : la balance est défavorable ; elle Test de 5o ou 40 millions y somme immense qu^il a fallu ou qu il Êiudra payer en numéraire : on parcourt les états ; on compare. D'où vient cette disproportion > cette marche rétrograde ? C'est que le goût de la nation pour les marchandises étrangères a toujours été croissant ; c'est qu'elle a importé une grande quantité de produits dont elle se passait auparavant. D'un autre côté , on reconnaît que les exportations ont diminué dans une proportion sensible; les étrangers ne veulent plus de nos draps ; d'autres branches de commerce ont également souffert Ainsi instruite , l'Administration prend les mesures qiie nécessitent les circonstances; elle s'efforce de diriger les goûts et la mode sur des marchandises de l'industrie indigène ; elle augmente > par des
règlements sages ou des droits , le jprix des productions exotiques dont il importe de restreindre la consommation ; elle donne , la première , au pays , Texemple des privations qu'elle lui impose. L'Administration recherche ensuite la cause du di»» crédit dans lequel nos marchandises sont tombées h rétranger : elle la trouve dans le triomphe de Tintérêt privé sur l'intérêt public ; dans Fabolition des règlements qui prévenaient les fraudes. De nouveaux règlements remplacent les anciens ; mais les manufactures manquent encore d'émulation : TÂdministration l'excite par des encouragements , par des concours publics où le prix sera la récompense de l'habileté de l'ouvrier et de l'économie du fabricant. Ainsi se ranime l'industrie, et le xésultat de tant d'efforts est que la balance se rétablit , et que bientôt elle redevient favorable.
Je demande quels moyens aurait l'Administration d'obtenir de pareils effets , si elle ne conlEiaissait point l'état exact de la balance? La balance est donc utile. J'ai !beau examiner la question 50US toutes ses faces , j'arrive toujours à la même solution (i). .
(i) Les États-Unis avaient exporté de France, en 1818, pour 29 millions de soierie^ en i8i9et en 1820, ils ne noua en ont acheté, chaque année, que pour 8 millions environ* D'où vient cette progression décroissante si nuisible k la prospérité de nos fabriques ? De ce que les États-Unis ont
Mais il est essentiel que les états de balanee soient rédigés avec exactitude. Peuvent-ils Fétre 1 Ceux qui ont affirmé qu'il n'y avait point de ho.'lance ^ ont soutenu également que des relevés de douanes seraient toujours erronés. Ils se sont fondés sur les contradictions de quelques balances^ sur l'absurdité palpable de leurs résultats; et^ voulant en indiquer la cause , ils ont cru Texpli-
ouvert ici rtlations directes avec la Chine où les étoffes de soie se rendent à très-bon marebé. Il y a là plus d'une leçon à recueillir. La première est que , sans les relevés de la balance da commercei un tel fait serait ignoré, et il est bon à connaître ; la seconde y que les intérêts des peuples sont fort souvent en opposition ; car , sMl est avantageux pour la Chine de vendre plus de soieries aux États-Unis , il est très^ésavantageux podr la France de leur en vendnf moins* Peut-être cda. est<41 désavantageux aussi pour les Américains 1) ^«i ne peuvent porter en Chine que ieVargent y tandis qu'en France, ils payent avec da coton , da tabac , des grains et des pelleteries. Or , quand un pays échange productions contre productions, il y a aliment pour ses travailleurs : c'est presque toujours Tinverse quand un pays échange sa monnaie contre des marchandises. Par exemple , si c'était la France qui allât ainsi , pour sa propre consommation, acheter des soieries en Chine, croit-oa que nos fabriques du Midi auraient fort k s'en applaudir f £t éertftinement nous ne manquerions pas d'armateurs qui feraient passer en Chine de l'argent et des navires , sans lé tarif qui , ptôhibanf l'entrée des soieries , empêche que l'intérêt privé ne tttt ici Fintérêt général.
(Jnet d'une mailière irès-plaasible en la motivant stn* Fiiléxactitude dés déclarations du commerce , cjni servent def base à la perception deé droits.
Toutes ces observations sUr l'inexactitude des Iràlàtiôës, sont fautives et liè prouvent rien. Il àtirait niical valu s'occuper des moyens de faire Cesser celte înexaiîtitude cfuë d'en conclure qu'elle existérarît tonjotit^ , et qu'elle existait dans tous leÈ pays , ce qui est faux.
Tai déjà dit qull était souvent arrivé à l'Adttiinistration et h des membres du Gouvernement tf exagérer les avantagés de la balance , uniquement pour donner une meilleure idée de leurs travaux , et éé populariser. L'inexactitude de là balance ëtait alors volontaire , et l'on n'en petit absolument rieti induire, je petise , contre son utilité.
Quelquefois ausâi Sdii inexactitude procède > comme on Ta observé , de la feusseté dés déclai^tidns. C'est particulièrement danô lés pays où les droits sont perças ad çaloréfn que cet inconvénient est Sensible. On à remarqué qu en Angleterre les estimations étaient généralement affaiblies de soixante-dix pour cent. Une aussi grande différence devait influer beaucoup sur les calculs de la balance > sans avoir cependant d'effet bien sensible quant aux résultats» puisqu'elle avait Uea à l'importation comme à l'exportation.
Mais il eût été facile de prévenir par un bon
Dois-je répéter, après tous les écrivains qui ont traité de la balance , qu'elle est , pour chaque nation, le résultat de ses relations commerciales avec tous les peuples , et qu'ainsi une balance défavorable avec un pays peut être un bien, si çUe procure une balance favorable avec un autre ? Notre commerce au Levant nous coûtait annuellement ^ avant la Révolution, suivant les relevés de Rolland, environ 19 millions, et cq commerce était l'un des plus avantageux k la France/ C'est qu'avec les matières premières qui composaient les retours, elle occupait une foule d'ouvriers et de manufactures dont les productions , envoyées ensuite à l'étranger , faisaient rentrer avec de gros bénéfices les 19 millions qu'elle avait d'abord avancés.
Les écrivains qui ont le plus cherché à déprécier la balance du commerce , ont fait une peinture effrayante des guerres auxquelles eiJe avait donné lieu. Il est certain que la guerre se?ait bien déraisonnable si elle n'avait d'autre objet que la conquête annuelle de quelques sommes d'argent Mais écoutons Forbonnais ( i ) : « Ceux - là se » trompent , qui ne voient dans ces guerres qu'un ^ calcul aveugle de l'argent. Ce n'est pas autant
(i) Principes et observations économiques, t. L^, p. 118.
n les iûétau:( pfécieax qu'on envie , çu^ les efféù » tésiébani de leur ûtcrùUsement continuel ^ ^esi-à-^ » ""dite , t ùtigmentatîùn à laquelle ils donnent néces^ i> sairemeni lieu dans la production et la population. »> C'é«t paf là (j&e la balance da commerce tient » à la balance des pouvoirs , et que l'équilibre 1* niaritime est la base réelle de Féquilibre de » rEuré^é ; * observaticwis aussi justes que profondes , et qui achèvent de montrer ce qu on doit de confiance aux écrivains éconoraisfes, quand îfe reprochent à TÂdministration de faire consister lîà ricliesse d'un pay s tmiquemènt dans les métaux. Je terminerais ici ce chapitre , si fe ne croyais tiéeessaire- de rappeler très * sommairement quel* cfuei^una des principaux points de la doctrine dô Smith sur la balance du commerce.
Loraqtfk la fin de Fannée , nous avons acquis là certtttide que' notre numéraire a diminué de 5o tnitllons plus otx mcÂns, Smith, son traducteur et M. Say né veulent point que oe soiï un mal. Si le GouvcrnèhÈèenf en conclut que le commerce extérieur n«m^ devient défavorable , cette induction est uite sottise {i). Il ue faut p0inl,selon eux, empêcher que la natictti Consomme des mousselines , des nan^ IdûS et àa thé, quoiqu'elle achète ces divers objets enûuméraire,;^ar^^y2^'z;^ capital en thé et en maus-^ selke y dont quelques mois achèvent la destruction,
(i) Je cite textuellement.
tst évidemment tout aussi utile au pays qu'un capital en numéraire , qui dure des siècles et reproduit an? Iiuellement trenle fois sa valeur. U attention du Gmh çemement ne saurait donc jamais être plus malemr ployée que quand il s* occupe de surçeiller la conserçation ou r accroissement du numéraire dans le pays* JT ailleurs , on cLchète du numéraire quand on en manque , tout aussi aisément que d'autres marchant dises. Il est \Tai que quand on n a poiot assez de inarchandises indigènes pour acheter les productions exotiques dont on s'est fait un besoin > il doit être quelquefois assez difficile d'en trouver pour acheter de Tor ; mais alors on s'en passe : Fessentiel est qu'on ne manque ni de thé , ni de café, m de marchandises de goût. Une i^ation ne peut donc mieux employer ^on numéraire, qu'en faisant venir de telles marchandises, à grands frais, des contrées lointaines. En définitif, les objets qu'elle importa ainsi ne lui coûtent même rieUf parce que, quand un peuple quia trois milliards de numéraire ^ en ençoîe la moitié au dehors, les quinze cent millions qui restent ça-^ lent tout autant queles trois milliards ifalaieni. Lorsque tout le numéraire du pays aura été dépensé en acquisitions de cette utilité , il sera .toujours assez temps de renoncer à uncommcrce aussi avantageux y et que chacun des peuples qui s'y livrent a un égal intérêt à maintenir. Quant aux échanges de rintér rieur 7 ils se feront très-bien en nature ^ comme aii
temps des patriarches^ ou bien en papier-monnaie y ce qui offre encore moins d^incons^énients , ainsi que Font prouve les biUets de Law , ceux des. États- Unis et nos assignats. Alors le pays aura atteint le piaximum de la prospëritë. La balance du commerce, qui a pour objet de retarder ce fortuné moment, est donc évidemment une institution déplorable. La balance de commerce est la chose la plus absurde qui soit au, monde.
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438 J.ÏVHË IV,