‹ Du gouvernement considéré dans ses rapports avec le commerce, ou, De l'administration commerciale opposée à l'économie politiqueChapitre 42 sur 46 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

De la France et de l'Angleterre comparées dans leur esprit commercial.

On a mille fois comparé TAngleterre et la France dans leur esprit commercial ; et presque toujours ce parallèle , quoique fait par des Français , n à conduit qu'à des conséquences désavantageuses pour la France. Que dit-on en faveur de l'Angleterre î D'abçrd on trouve étonnant qu'elle ait des exportations annuelles qui passent un milliard en valeur , tandis que la France , dont le territoire est quadruple et la population triple , n'a ]amaî9 exporté au-défh de 3 à 400 millions ; et on fait honneur de cette différence à l'administration britannique.

Il est impossible de juger plus mal. C'est précisément parce que la France est trois fois plus peuplée que l'Angleterre , c'est parce que son territoire est beaucoup plus étendu que son commerce extérieur est si peu considérable. La France a chez elle les consommateurs que l'Angleterre est obligée d'aller chercher bien loin ; et , tandis que le commerce de la Grande-Bretagne est sans cesse menacé de révolutions qui feraient perdre à l'Angleterre sa prépondérance politique , la

France , livrée à elle - même , trouverait encore dans son industrie , ses capitaux et sa population, les moyens de conserver le rang qu'elle occupe. Comment ne pas voir que , dans cette comparaisoD) tout Tavantage est pour nous ?

Les Anglais , nous dit-on ensuite , ODt le géoie du commerce dans la plus grande acception du mot : le commerce est le sujet de toutes leurs méditations , le but de toutes leurs entreprises : chez eux , tout se rapporte au commerce , la politique , les arts, les sciences, la guerre, jusqu'à la religion ; et en effet , on se rappelle ce que disait un de leurs hommes d'Etat , à propos des missionnaires de rAmérique : « quand ils ne réussiraient ^ qu'à faire habiller les sauvages , ils auront toup jours servi très^utilement nos manufactures. »

Je ne nie point que Tesprit commercial ne soit r esprit prédominant d'un pays qui n'a d'existence politique que par le commerce ; et je n'en suis pas plus disposé k approuver un mot inconvenant, dont la France ne revendique point l'honneur. La question n'est d'ailleurs pas de savoir si TAii'* gleterre a éminemment l'esprit commercial , mais bien si cet esprit suppose chez les Anglais plus de vrai patriotisme qu'il n'y en a chez nous. Or , c'est Ik ce que beaucoup d'écrivains ont soutenu. Ainsi la manie d'établir des comparaisons conduit aux rapprochements les plus faux et les plus disparates.

DU SYSTÈME COÎMMERCIAL. 62^

A une nation insulaire , qui ne peut avoir d'existence politique que par sa marine , on oppose une nation continentale, pour laquelle la marine ne doit être qu'un objet secondaire ; ensuite on reproche à celle-ci de n'avoir point une marine aussi formidable que Tautre : n est-ce pas absolument .comme si on reprenait celle-là de ne point entretenir des armées de trois ou quatre cent mille hommes?

Les nations ont toutes des moyens particuliers de prospérité , vers lesquels elles sont entraînées par la nature même des choses et la force des évé* nements : ces moyens de richesse et de puissance tiennent au sol , à Tindustrie , à la constitution politique, au caractère national, et surtout h la situation du pays» On peut , avec beaucoup de persévérance, d'art et de génie, entraîner une nation dans une route différente de celle qui lui est naturellement tracée ; mais c'est la dernière qu'elle préférera d'abord , jusqu'à ce que sa propre expérience , ou Texemple de nations rivales , lui aient fait sentir la nécessité d'en changer , ou d'en parcourir deux à la fois*

Il n'y a pas de nation à laquelle on ne puisse faire l'application de ces vérités : on va voir quelle force elles reçoivent de l'exemple de la France icomparée à l'Angleterre.

D'abord, il suffit de savoir que l'Angleterre est une île , pour concevoir que le soin de se créer

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une marine imposante lait occupée en tout temps. Ainsi y rAngleterre a dû se livrer au commerce exlérieur , puisqu'il n y a que le commerce extérieur qui fournisse les moyens de fomier des matelots. De cet endiaînement de vérités est née Topinion générale en Angleterre, que le conifiiercé seul fait la splendeur de TEtat ; et cpueoB^e,e& Angleterre , aurait écrit pour décrier soit le commerce ) soit la marine , aui^t nécessairement passé pour un fou , parce qu en effet il n^y anndt eu qu un fou capable de se laisser entraloer , ches un peuple insulaire, à un semblable écart

Il est donc tout naturel qu^en Angleterre^Vesprit public se soit , de préférence , tourné vers Iç com* mei^ce et la marine : cela ne prouve ni pour rAngleterre , ni contre nous. Et voyez à quel poîet la prospérité de la Grande^retagne teuut k celle de sa marine : Textension de acm couunerce et de sa puissance se lie précisément à Vépoqae où elle a cessé d avoir des possessions sur le continent

La nécessité d'une marine pour la France ri étant point le résultat de sa position, mais bien la conséquence des progrès d'une nation rivale qui menace de tout envahir, n'a pu être aussi généralement sentie. Immédiate pour TAngletare , cette nécessité n'était pour nous que.de simple raisonnement: il fallait un homm>e comme Colbert pour deviner à quel point elle serait un jour impérieuse. Ainsi, lorsqu en Angleterre il n y avait qu une seule voix

DU SYSTÈME COMMERCUL. 53i flur Timportance de la^ lûarine et du commerce , nous étions y jusqu^à un certain point, excusables de prêter Toreille aux déclamations des écrivains , qui nous parlaient de l'agriculture, et voulaient tout sacrifier k Tagriculture. Voilà comment les esprits ise partagèrent , comment les mauvais raisomiements se répandirent; et cependant nous augmentions notre puissance continentale en reculant nos limites , parce que , de même que TÂngleterre était naturellement appelée à devenir puissante par sa marine, nous étions, nous, appelés h nous agrandir par la force de nos armées , résultat nécessaire de la différence de situation des deux pays.

Mais , si Ton peut reprocher , avec raiison , aux écrivains d'avoir égaré Topinion publique pendant le dernier siècle , au point que le GouverneiAent et la natiofi avaient fini par ne plus attacher d'importance h la marine , leur influence dans les matières commerciales a été bien plus grande encore: je n'en veux d autre preuve que le fameux traité de 1786 ; que ce traité, qui fiit rédigé a Tinsçu du commer<?e et contre le<;ommerce, par quelques hommes k systèmes , dont le Gouvernement eut Tinconcevable faiblesse d'adopter les idées. <Ju'arriva-t-il ? Nous continuâmes de veç^re aux Anglais les m9S'<^iandi ses' qu'il leur était inipossible de se procurer ailleurs ; il BÎius vendirent , eux ,

ce que jusque-là nous avions fabriqué cbez nous, ou ce dont nous pouvions très-bien nous passer. Nous perdîmes ainsi de l'argent et du travail* i* Angleterre , au contraire , gagna du travail et d« Targent.

De 1781 à 1787, les manufactures de coton de TAngleterre avaient employé ^ année commune t seize millions de matières brutes»

De 1787 à Î792, elles en employèrent vingthuit!

Cest précisément à cette époque que le goM des marchandises anglaises s'accrut si rapidement en France. Les femmes mirent en vogue le basin, le piqué , la mousseline : les ouvriers anglais se multipliaient, s'enrichissaient; les nôtres allaient mourir à Thôpital.

Cette anglomanie fut poussée si loin que des ouvriers français , ne trouvant plus à placer les produits de leur travail , se virent contraints de les revêtir du nom de fabricants de Londres ; et c'est un fait constant que les Anglais, ne pouvant suffire aux demandes , se procurèrent en France de la coutellerie 9 de la fourbisserie» etc.,. qu'ils nous rei^voyaient ensuite avec les noms de leurs ouvriers.

On se rappelle encore ce qui arriva au duc d'Orléans, après un de ses. voyages à Londres. D avait rapporté de cette tille une épée dont la poi-

-gaée excitait Fadmiratioa générale : on n'avait rien fait de plus fini ; c'était un chef-d'œuvre. Toutefois il avait payé ce chefrd'œuvre fort cher, et il s'en dédommageait en le produisant partout. JJépée arrive dans les mains d'un étourdi; l'arme glissé , elle tombe, et voilà la poignée brisée : le duo d'0rléan3 témoigne beaucoup d'humeur : Touvrier anglais n'avait réussi au même degré que cette seule fois ! Quelqu'un propose d'appeler un ouvrier de Paris dont l'habileté était connue : l'ouvrier est mandé ; il examine l'arme, la tourne, la retourne , et déclare qu'il la réparera très-biea, parce que c'est lui qui l'a faite. En effet, il la dérmonte , et , sur la principale pièce de l'ouvrage, il nK)ntre son nom qu'il avait eu la précaution d'y graver.

Lorsqu'une nation est indifférente sur ses vraisi

ÎBtéréts au point de préférer, à qualité inférieure,

les pro<kictions de industrie étrangère^ unique-^

waeût parce qu'elles sont étrangères , il n'est pas

très^étonnant que oette nation ne se soit jamais

beaucoup ocoupée du- soin d'étendre son propre

commerce; mais on ne comprend point que- des

écrivains blâment le Gouvernement de s'opposer

à ce que des goûts aussi anti-nationaux se propa^

gent; et je ne me lasse point de le dire, quoique

probablement le lecteur se lasse de nie l'entect^

dre répéter* .

Il ne but pas croire que le goût des marclïagh dises anglaises n'ait duré quun moment; il eûste encore: il est peut-être un peu moins areugle; mais il est tout aussi général ; et si demain nous avions avec FAngleterre. un traité de conunerce dontrune des conditions fût Tadmission des ëtoffîs de laine et de coton, des faïences, de la quiur caillerie, de la sellerie, de la bonneterie, etc., toutes ces parties de notre industrie seraient à jamais ruinéea.

Il est digne de remarque que le Français , en préférant pour son usage, desmarchandises éXxzsïr gères, nç diminue, point La production intérieure seulemelit de ce qu il aurait oonsonmié , mais encore d'une grande partie de ce qui aurait été vendu au dehors : c'est que le Français ùlt loi dan/s tout ce qui tient à la mode et au ^oât. Lors donc qu'il s'hàhille avec du basin, du piqué et du Casimir , il faut que toute l'Europe s^habiUe avec du basin, du piqué et du Casimir. K'est-îl|^ désolant qu'iin moyen aussi simple de faire prospérer notre industrie soit précisément , dans nos mains, un instrument favorable à l'industrie étrange i

C'est une vérité reconnue 'que , pendant tout le dernier siècle, l'opinion publique en France a été égarée dans tout ce qui a rapport au commerce et à la marine :. c'en est une paiement iocontes* table que , si l'on avait suivi avec perséyârahce le

DU SYSTÈME COMMERCIAL. 555 ^stémé <f àdiHicB^tration de Colbert , la France ^ iOgmeMànt progressivement sa puissance maritime» Bei^t devenue souveraine des mers et la première Mtioii côTumerçante du mondé. Je ferai remar-< qi^ér y à cette occasion, que la France est , de tous les pays de FÊurope, celui qui a le plus de moyens de prospérité ;- le^ pf'oductions de son territoire sont recherchées dans les deux mondes ] son in^ dustrie ne redoute qu une seule concurrence ^ et , dans pkis d'une sorte de fabrication , elle la bràVe ; sa sitoiation enti^^les deux mers facilite ses rdiations ate<} tbôt le céniinent ; il n y a point dé commercé lointain âitt^èl elle ne puisse de liWer avec suéOcfe. Qu'on juge pM làdu rôle qu'elle aurait été appelée k jouer, si ^Administration avait été secOàdéè- par les écrivain» i qui , depuis Colbert, l*ont\ au contraire , toujours entravée dans sa niareh^. -Sous de rapport , la Résolution: nOùs a été f(M utile; lés expéWences qu'on à fidties ont ' refroîdî"ies^ ptte inli^piies^^ novateurs ; et nous ne flbmimés*'pliië eu tèmj^s tfîi la' France en-r tière prenait pai^ti p^iir lé produit net. Smîth et Mi Saysonfe venus cinquante arts ffdp tard.'

Il es^isté- aujourd'hui cont!*e le système com*^ meroial deux oppositions qu'il- ne faut pas confondre..L'une est oelle des écrivains de Técol© éisdnomique ; elle fait beaucoi^ de bruit , parce qu'elle dispose des trompettes de la renommée .^

c est ainsi qu'elle remplit les joui^naaK du réoit de ses découvertes. Tout cela se borne, pQur TEurope entière , à vingt-cinq écrivains qui se copient, se contredisent , se réfutent , et toutefois se proclament réciproquement immortels , et à quatre, cents lecteurs dont le nombre diminue tous les jours, p^rce quo Ton commence à s'apercevoir que des écrivains qui ne prennent la plume que pour se con^battre , n'ont encore rien de bien utile k offrir au public. L autre apposition est ceU.e d un très-petit nombre de négqcijamts de nos ports , qui croient nqjal-àTprôposTsquç la prospérité du pays repose entièrement sur, le conamerce extérieur , et qui supportent avec ,qu^i|u,e impatience Ipf gênes d'ui^^ T^gimé dont Ifi prin/i^ipiç est le' sacrificei des intérêts loqs^ux, toutes Jies fois qu'ils sont en ppp^ition avec Tinter^); général. On ae p§ut nier qup si le commerce . étj^nger était libre, 4'immense5 prçffîts- ne vinsseut enricbir nos ar» raateurs , par rintermédiaire; d$$quels la France entière aurait prochainement à s'approvisionner, etTpn a ainsi lejsecret de la fameuse maodmelais^ sâz faire el laissez passer (fjLimai^mjd. M. dq Qourna/, fils d'un négociant maritime, .et long-temps négociant maritimelui-même.Avouens-le cependant: nos ports, toujours assez peu épris du sjstëme commercial, dont, en réalité ils. recueillent le«[ fruits bien moins que les fabricai:^;s 4^ Fintéri^u^i

ont encore plus de motifs aujourd^ui pqur ea méconnaître les avantages. La guerre les a tellement maltraites, leur détresse est si grande , et , 'dans Tétat actuel du commerce de l'Europe , ils ont si peu de moyens de recouvrer leur splendeur, que beaucoup de regrets leur sont permis. Cette légère dissidence des négociants maritimes fran* çais tient, comme on le voit, k des causes qui> n^existent point en Angleterre, où elle n^a pas: lieu , non pas parce que Tesprit public y est. meilleur , mais parce que Tintérêt privé s'y trouve mieux d'accord avec l'intérêt général. En effet, sur quoi portent les spéculations des négociants maritimes anglais ? sur les produits, de l'industrie indigène qu'ils envoyent au loin. Il est naturel qu'ils; favorisent cette industrie par une entière soumission : aux règlements commerciaux. En France, au con<* traire, nos négociants maritimes spéculent généralement sur des marchandises étrangères qu'ils livrent àla consommation intérieure. Ce qui favorise Tindustrie nationale diminue donc leurs bénéfices; et cela est tellement vrai que, si l'industrie indigène venait à bout de suffire aux besoins intérieurs , ou bien que , d'un commun accord, on consentît à se passer de denrées coloniales, de tabac, etc., nos* villes maritimes seraient ruinées pour la plupart ; maUieur affi^eux , sans doute , mais qui: n'empê-» elxerait pas que le pays ne pût encore prospérer*

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JTai dit que ce n'était pas absolument sans msoày du moins par rapport à . eux , que nos négociants maritimes réclamaient contre les entrares dont on charge le commerce d'impcurtation. En eSiet» le commerce des colonies leur procmil nagu^es des bénéfices énormes , soit par une réexportation, à l'étranger, de sucre et de ca£é| déplus de loo millions en valeur , soit par Fenvoi annuel t aux colonies , de 70 millions de marchandises. Ce commerce ji'existe plus; nos expor** tations sont diminuées par Teffet de la guerre , qtà a changé les relations de peuple à peupk; enfin on à prohibé beaucoup de produits étrangers. Le commerce de nos ports ne trouve donc même pas un dédommagement à ses pertes dans la coq* sonmiatitHi intérieure^ que le Gouvernement, a^ec beaucoup de raison» réserve k Vindustrie nationale. Fffiitil ^'étoimer qu'il se plaigne I

Mais ces plaintes, - et Toppositioii qu'eUes mani-* festent, ne prouvent absolument rien. C'eait la lutte de rintérêt privé contre Vintërét géaéral: Aucune sorte d'écrit publione saurait la prévenir; et si elle nk pas lien en Angleterre, c'est, je le répète, qu'en Angleterre Fintérét du commerce extérieur se confond avec celui du commerce intérieur , tandis qu en France , ils restent presque toujours distincts.

Un négociant français qui fait le commerce de

DU SYSTEME COMMERCIAL. 539 sucre , supporte impatiemment de gros droits qui diminuent la consommation de cette denrée et, par conséquent^ ses bénéfices* Ainsi ^ de concert avec, les écrivains , il demande qu on supprime ou qu on laodère ces droits, sans pensar qu'une grande consommation de sucre est an malheur quand il faut le tirer de l'étranger , et donner en échange un capital circulant servant à former et à entretenir des capitaux productifs , c^est-à-dire , payer en argent. L'opposition qu éprouve en France le système commercial vient donc , d'une part , de quelques négociants maritimes , dont Tintërét privé détermine seul les réclamations , et cette opposition est elle-même peu considérable ; de Tautre , des écrivains, que de fausses idées ont séduits, et qui veulent substituer aux leçons de Texpérience les théories qu il leur a plu d'imaginer dans le calûnet. De tels écrivains ne peuvent faire beaucoup de mal sous un Gouvernement où tous les intérêts «ont représentés : aussi n'amèneront- ils aucun changement dans TAdmini^tration. Leur influence sur le public est sans doute plus dangereuse. Cepondant la plupart des individus qui raisonnent 9Uf ces-matÂères , sont ;encore ii concevoir la posr sibîlité de soutenir qu'il est utile au pays de sa-^ larier Tindustrie étrangère de préférence à Tindustrîe nationale ; car c'est toujours à cela que se réduit la question , qui se trouve ainsi résolue en

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faveur du système commercial par rimmense ma-

|orité deoeuxqui s'en occupent (i).

(x) tJn négociant de Nantes , homme de savoir et d^esprit, M. deTolienare, vient de publier un ouvrage où il justifie I par de tfès-bonnes raisons , les principales dispositions de notre système commercial. (£s«s sur, les entraves que le commerce éprouve en Europe^ • I vol. 1/1-8.** ). « Les entraves qu'éprouve le commerce, » comparées aux chaînes que reçoivent tous les autres » emplois de la société, sont les moindres de tontes: » elles ne se manifestent presque par aucun impôt 5pé- » cial; elles ne comportent ni exclusion des personnes, 9 ni règlements dans les méthodes de travail ^ ni hi^^ » . rarcbie de pouvoirs, ni discipline incommode. Le com- » merce est essentiellement libre aux yeux de la poli- » tique ; il n'est captivé qu'accidentellement par les » mesurés qui maintiennent la nationalité , et qui le » protègent en cela même. » Ce morceau , qu^on peut considérer comme. le résumé du livre, est bien pensé et bien écrit; mais M. de ToUenare , qui cratmt de 80 commettre avec l'économie politique, se prosterne devant les écrivains de la nouvelle école : il les appelle illustres; il ^es croit au-dessus de Vhomma^ qu^il leur adresserait I il les associe à Montesquieu / Tout cela n'empêchera pas les écrivains de l'école économique de regarder en pitié un livre où ils ne trouveront de bon que leur éloge. C'est, du reste, avec des louanges ainsi prodiguées qu'on accoutume le public à prendre des pygmées pour des' géants ; car il suffit d'imprimer qu'un écrivain, est illustre pour iju'i l'instant , bon nombre de lecteurs If

DU SYSTEME COMMERCIAL. 54 1 Il est vrai que ce n'est point assez. Il impor4;e que des hommes, encore plus recommandables parleurs intentions que par leur talent , ne croient pas bien mériter de leur pays en se mettant en opposition avec le Gouvernement. Et n'est-il pas triste que les nations étrangères, qui ne peuvent juger de notre esprit public que par nos livres et par nos journaux, trouvent, dans nos livres et dans nos journaux, la satire constante des principes que professe la très-grande majorité des Français ? L'influence des livres est d'ailleurs incalculable ; ce qu'ils n'ont point encore fait , ils peuvent le faire avec le temps; et, quand ils seront parvenus à rompre tout accord entre l'opinion publique et l'Administration , quel moyen restera-t-il à l'Administration d'opérer le bien? Faudra-t-il alors tenter l'épreuve de la liberté illimitée du commerce, pour en apprécier tous les fâcheux résultats, comme il a fallu traverser la Révolution , pour nous faire revenir , en matière de Gouvernement , à des idées d'ordre et au principe éternel de toute stabilité ?

Je finis ce chapitre par une observation qui frappera les bons esprits. Avant la Révolution , les écrivains pouvaient attaquer justement les douanes

croient te] ; ce qui .mène loin dans un siècle où personne ne meurt sans se donner le plaisir de corriger une épreuve , et de faire au moins une réputation.

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de province à province , que rAdtnimstratîon blâmait autant qu'eux , et quelques abus qui tenaient k l'exigence des grandes compagnies finaocières. Toutes ces choses ont disparu. Le système commercial , épuré , perfectionné , n*a donc plus que des bienfiiits à répandre. Telle est certainement Topinion de la France entière ; et conoment le révoquer en doute, quandon voitlesdeux Chambres voter les lois de douanes à lunanimitë ? A quel point la conviction des services qu'elles rendent doit être profionde ! car Thabileté très-remargnaUe avec laqu^le on les défend h la tribune , n amènerait pas seule ce concert d'assentiments : et plût au ciel que , sur les intérêts qui sont encore en discussion , toute la France s'^iteodk ausn bîei !

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