‹ Du gouvernement considéré dans ses rapports avec le commerce, ou, De l'administration commerciale opposée à l'économie politiqueChapitre 43 sur 46 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

De ce que serait l'Europe sans le Système

commercial.

Quand le doute s'introduit dans les esprits et qu^il en devient la disposition habituelle, il les 4éQerve : il arrive alors qu'on ne croit plus îi rien , et que , <lans tout ce qui est de controverse, le motif qui fait , non pas adopter une opinion , mais pencher en sa faveur, n'est , le plus souvent , qu'une ^^rte dç transaction avecTopinion contraire. Con* céder un principe coûte peu quand on se croît autorisé à soutenir ensuite que l'application n'en est pas possible, et Ton crie victoire au moment précis où Ton a perdu ou du moins gâté une très-belle cause. Il Êiut du raisonnement et peut-être quelques connaissances positives, pour montrer en quoi les écrivains qui ont attaqué le syst^e commercial se sont trompés : il ne faut ni Tun ni l'autre pour soutenir que , puisque ce système est suivi par tous les peuples de l'Europe , chaque nation est maintenant dans l'obligation d'y persévérer; et j'avoue que je ne puis approuver cette manière de rt^udre le problème , quoique l'argument me paraisse de nature à entraîner les esprits paresseux

et la plupart des hommes qui n^ont pas fait de et sujet Tëtude de toute leur vie.

L'objet essentiel du système commeFcial est de compenser, pour chaque nation , le desavantage auquel la condamneraient sa |)ositioa » la nature de son sol ou de son industrie. Dans ce partage très-inégal d'éléments de richesses , il est évident que les barrières ne pourraient se rompra sans que les peuples qui ont le sol le plus fertile , les colonies les plus nombreuses et les plus productivesi les procédés de fabrication les plus économiques et les plus perfectionnés, n'arrivassent prochainement à subjuguer tous les autres .L'Europe offirirait alors , en grand , ce que chacun des Etats qui c(to^ posent l'Europe nous présente maintenant en petit, c'est-à-dire , d'immenses territoires sans industrie ni population. La population refliierait insensiblement vers les lieux où l'attireraient un sol plus fertile , de meilleurs procédés de travail, oupiatô^ la population et l'industrie périraient partout où elles ne trouveraient pas, dans la nature même des choses , cet appui qu'elles de vaient auparavant à de bienfaisantes institutions. Ainsi la France voit languir quelques-unes de ses provinces h côté de provinces très-florissantes , sans que d'ailleurs sa richesse en souffire, parce qu'il s'agit d'un tout homogène dont on doit considérer l'ensemble sans s'inquiéter de chacune de ses parties. Mais , si TEu-

IrQpé, divisée, comme elle Test au jourd'huf^ en vingt Etats indépendants dont les intérêts sont trèsdivers , adoptait cette liberté de commerce si indiscrètement réclamée , où serait , pour chaque pays, la compensation des sacrifices quil aurait à subir ? Sans doute la France , qui est très-riche par son sol , ne serait pas , dans ce bouleversement général, la nation qui perdrait le plus ; mais enfin elle perdrait, à coup sûr, une bonne partie de son industrie ; elle perdrait donc aussi de sa richesse. Cet effet serait bien plus prompt pour les autres peuples du continent. La tendance générale serait alors dé s'approvisionnei^ de tout chez les Anglais , qui fabriquent mieux et à meilleur marché; de sorte que la prospérité d'une nation entraînerait la ruine de presque toutes ^s autres.

Les barrières de provinœ à province qui existaient naguères en France / et dont nous avons va opérer la suppression , fajoient d'un seul État une multitude d'Etats; eU^s séparaient des intérêts qu'une même agrégation politique et que tant d'autres causes rendaient communs; elles empê* chaient surtout la France d'avoir un bon système commercial avec l'étranger , puisque la base d'un tel système est le sacrifice de tous les intérêts privés à l'intérêt général, et que les provinces, aussi bien que les villes, fières de ce qu'elles nommaient leurs droits , refiisaîent obstinément toute

espèce de concession » dès qu'il était questira de porter la moindre atteinte à leurs privil^es. Oo comprend tout ce qu il y avait d'avantages à re cueillir de Tabolition d'un régime que ^e ne qualifie pas trop durement en l'appelant manstraeox; mais ce que l'on ne concevra point , c'est qne les écrivains se soient prévalus du profit que la France a retiré de la suppression de ses douanes intérieures, pour soutenir que l'Europe entière gagnerait à supprimer aussi les barrières qui la divisenL M. Say ne dit même pas l'Europe , il dit /r monde; die mondfi gagnerait beaucoup plus encore à la sup^sion des barrières qui tendent à séparer les Étais (fi composent la république universelle (i). Le monde, la république universelle ne sont ici que des mots. Quand il est question d'une mesure commerciale assez grande pour exercer de l'influence sur tout l'univers , ce qui m'importe c'est de savoir cequ'eUe produira pour mon pays. Avant d'être ciioy&as du monde , avant d'être membres de la république universelle , soyons Français. Souvemm&Hnoos que le soin de concilier les intérêts qui divisent les peuples a fait naître une science , et même la plus difficile de toutes les sciences, la Dipl<nnatie, tant ces intérêts se compliquent de circonstances diverses, tant ils sont parfois opposés entre eux

(0 4.* Wit. , t, I.% p. aa4.

Ce n'était doac point de l'Europe prise en masse » et k bien plus forte raison du monde entier, que M. Say avait k s'occuper. C'était de tel ou tel pays ; et la spéculation, ainsi restreinte , était encore assez haute 9 elle offrait encore d'assez belles questions k traiter pour satisfaire un esprit aussi distingué que le sien. M. Say parle de l'accroissement de commerce auquel donna lieu la réunion successive à la France , des pays conquis , et il s'en fait une nouvelle arme contre les barrières fiscales. C'est toujours la même erreur. Puisque les Etats dont nous nous emparions devenaient aussitôt provinces françaises , puisqu'ils étaient régis par les mêmes codes , défendus par les mêmes capitaines , gouvernés par le même souverain, l'intérêt industriel de la France devenait aussi le leur propre. L'agrégation au système commercial découlait nécessairement de L'agrégation politique ; etquelsqu aient été ensuite les résultats de cette libre communi* cationr , sous les rapports du commerce , il n y a rien à en indaire pour ou contre les barrières qui divisent l'Europe , positivement parce que l'Europe est une collection de peuples qui se croisent, se traversent, s'entrechoquent, tandis que la France n'était alors, coi;nme ell^'T^st encore aujourd'hui, qu'une confédération de provinces , se devant et se prêtant un mutae\ appui.

Si I91 Bourgogne formait , comme dans l'origine

de la Monarchie, un royaume séparé; si la Guyenne appartenait encore à TAngleterre , il serait de ris* térét de la France de se contenter des vins de k Champagne , qui en récolterait alors de bien plos grandes quantités , et qui gagnerait elle-iaéme it ce nouvel ordre de choses » puisqu'elle aurait pins de consommateurs k pourvoir ; mais , dès qne h Bourgogne et la Guyenne fotit, avec la Cliampagne, partie d'un même Etat y qu'importe au him de Tensemble que ce soit telle ou telle province qai prospère? Il est évident que , dans ce cas , les locat* lités privilégiées ne peuvent profiter de leurs ayaib* tages naturels sans que la totalité dii pays n'en recueille le fruit , et que , par conséquent , il est sage de leur en abandonner la pleine jouissance. La France n'est pas riche en vins de liqueur ; elle le serait beaucoup moins si les vins d'Espagne n'étaient grevés, à l'entrée, d'un droit très -fort ( I fi:. 10 cent, le litre ) , qui laisse da moins à ceux de Lunel et de Frontignan l'avantage du bon marché. Admettons qu'Alicante, Malaga, Xères, soient tout à coup cédés à la France ; à l'instant , le but commercial du droit disparaît, et la barrière tombe. Ce que j e viens de dire de quelques provinces de la France s'applique à l'Europe , prise dans les relations réciproques des Etats qui la composent Ces Etats n'en forment-ils qu'un seul , il ne &ot pas de douanes ; restent - ils séparés , elles de* {

viennent ii^dispensables , à ipoins qu'épris de ce% Wiour du genre huDiain qui embrasse et confond tous les peuples , on ne soutienne qu'il faille sa-? çrifier nos. propriétaires de Lunel à ceux de Malaga ; phil^ntropie qui peut convenir à un éqriyain , mais que n'avouera jamais un adminisr trateur. j^n prenant des vins pour exemple, j'aji d'ailleurs fort affaibli mon raisonnement, ca^ cliaqpe espèce de vin ajant des qualités qui lui «ont propres , la liberté générale des commun nications nuir^t bien ^ipins > cette çorte de richesse agricole , qu'à tous |es produits de l'in-i dustrie. On conçoit parfaitement quç; les vins de Lunel trouvçnt dea consommateurs , même \ côté des vins de QUypre et de Madère , tandis qu'il est impossible d'^dpiettre que des mousse-, lines françaises se vendent qu^d on pourra libre-t ment leur préférer les tissus de l'Angleterre e% de rjnde , dont la qualité est oi^dinairenienlL (mpérieure et le prix moiss élevé.

IjCS résultats çonunerçiaux qu'a produits 1^ réunion dune partie de Tflurope a^. gigaptesqu^^ Empire, çt ceux qui ojat suivi s^ dislocation, son( très-dignes d'être o^s^rvés. Il y a là de grande^ leçons , et une expérience très-propre ^ répandre la lumière sur le sujet qui ijoug occupe. L^ Bçl^ gique, dont Tancienne prospérité industrielle avait depuis Ipng^tçmps disparu ^ n]était guère T^che quç-

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de son sol , lorsqu'on 1 795 , nous en fîmes une province française : dès qu elle put disposer dim marché dont les produits de l'industrie anglaise seraient exclus , des millier^ de fabriques s'y établirent et prospérèrent. Séparée de la France, exposée de nouveau h tous les dangers d'ime concurrence qu elle ne peut pas soutenir , la Belgique voit maintenant tomber une à une ces belles manufactures dont notre système commercial l'avait enrichie ; l'Angleterre est à ses portes et TAngleterre la tue , comme elle tae l'industrie de tous les pays qui salarient la sienne. L'Italie , placée sous la protection de nos lignes de douanes , sortit elle-même de sa torpeur. Saisie de cette émulation qui était alors gâiërale, etqoi de toutes parts tendait à produire , elle éleva des manufactures : il s'en forma jusque dans Rome , où l'administration française ne vit pas sans etonnement, je dirai niéme sans orgueil , fabriquer des cotonnades et des nankins qu'auparavant Rome tirait d'Angleterre ; et cependant les oisifs disparaissaient peu à peu des places publiques pour entrer dans les ateliers. Nous faisions , en Belgique et en Italie, ce que, i3o ans auparavant , Colbert avait fait en France , ce même Colbert dont tous les efforts tendirent à l'augmentation des produits du travail , et auquel on ose reprocher aujourd'hui de n'avoir pas su que le travail enrichit les États!

Mais ces fabriques qui s'élevèrent en Italie sous nos yeux 9 )1 ne faut plus les y chercher. Le système mercantile qai en avait favorisé rétablissement ) qui en aurait éternisé la durée , y est tombé ; elles sont tombées avec lui ; les fainéants ont repris leurs manteaux troués ^ aussi bien que leur place' au soleil , et TÂngleterre est là pour approvisionner le pays de nankins et de cotonnades y sans craindre , de la part des capitaUstes indigènes , des essais que îappui de nos lois tuté** laires pouvait seul rendre fructueux.

<c Dans un système d^entière liberté de corn-* *• merce (i) , chaque pays consacre son capital et » son industrie à tel emploi qui lui parait le plus >» utile. Les vues de l'intérêt individuel s'accor- }• dent parfaitement avec le bien universel de 1» toute la société. C'est ainsi qu'en encourageant » l'industrie , en récompensant le talent , et en n tirant tout le parti possible des bienfaits de la 1» nature, on parvient à une meilleure distribua » tion et à plus d'économie dans le travail : en 1» même temps , l'accroissement de la masse gêné* » raie des produits répand partout le bien-être ; » leur échange lie entre elles toutes les nations » du monde civilisé , par les nœuds communs de

(x) Principes de Téconomie politique, par M. Ricardo, t. I,*^', p. :*o3.

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» Tintérêt et des relatioais amicales , et en fait une » seule et grande sociëté. Cest ce principe qni » veut qu'on fasse du vin en France et en ?<»*" » tugal 9 qu on cultive du hlé en Pologne et aux » Etats-Unis , et qu'on fabrique de la quincaille-: » rie et d'autres articles en Angleterre, » .

Ce tableau que fait M. Ricardo des résultats de la liberté illimitée du commerce , n^e plaît infiniment » à cause du trait qui le termine ; car ce serait maintenant abuser de la patience du lecteur que de revenir sur Tintérét! ii^mduel iou/ours d accord açec r intérêt universel de la société , et sur ce louchant accord des nations gui ne formercdent plus gu*une famiUe ; peinture digne de TAstrée. A ces petits ornements . prèç > M. Hicardp va droit au but : il dit à la Pologne et aux Etats-Unis : Vous vendrez du grain , car votre sol étant beaucoup plus fertile que celui de l'Angleterre, nous ne pouvons produire le blé aussi facilement que vous ; il dit à la France et au Portugal : Nous n'avons point de vignobles; nous n'en pouvons point avoir; vous en ave? ! vous vendrez donc du vin ; et il ajoute : Quant à pous, nous fabriquerons la quîncad" lerie et d^ autres articles , c'est-àrdû^e , tout ce qui est du domaiqe de l'industrie* Vous produirez, vous , nations de l'Europe , tout ce que les avantages d'un meilleur sol, tout ce qu'une localité privilégiée ne permet qu'à vous de produire , c'est-

k-dire^ très-peu de choses; et nous, nous fabriquerons la çuincailUrie et et autres articles^ c'est-àdire^ la presque gënéraiité des produits indus^ triais que Funivers consomme, parce que nous &briquons mieux et à moindre prix. Il faut remercier M. Ricardo d'avoir parlé avec cette francliise. Je n'ai jamais dit plus, et je m'estimerais fort heureux d'avoir dit si bien.

Si Ton considère à quel poiot le besoin de certaines consommations est devenu impérieux pour les peuples modernes , à raison des progrès continuels de la civilisation , on reculera d'épouvante devant les résultats possibles d'un ordre de chos^s qui livrerait à l'intérêt individuel, toujours avide, toujours exclusif, les intérêts généraux de la sor oiété , si difficiles à préserver , même dans le système actuel. Quand nous pourrons librement com* raercer avec l'Inde , qui donne plutôt qu'elle ne vend ses tissus de coton, ^q^ soieries, ses nankins, et cela par des raisons de localité qui jamais ne seront vraies de nos. climats, que deviendra l'in-f dustrie européenne, privée d'ailleurs de son capital circulant, de ce capital réellement productif qu'il faudra porter aux Indiens , puisque rien de ce que créent notre industrie et notre /sol n'est à leur convenance ? Il existe sur un point du globe plusieurs nations où le goût des productions étrangères a pu s'introduire ainsi sans obstacle ; et ces

peuples, qui cherchent jusque dans les eaux de leurs rivières les parcelles d^or qu'elles roulent, ne trouvant point là de quoi payer Tindustrie de FEurope » ont été réduits k trafiquer de Tespèce humaine ! Eprise de nos fabrications les plus grossières , de verroteries, bonnes tout au plus pour amuser nos en&nts, T Afrique vend des hommes ! Exemple terrible que le ciel a permis àam sa colère , pour montrer aux nations qu'il jr a des besoins suborneurs , et qu'elles doivent apprendre à se su&e k elles-mêmes*

Le but auquel il faut ^ ce me semble , que les nations sages tendent désormais , c'est de ùhn^ quer chez elles la plus grande partie possible des choses qu'elles consomment. Elles ne renonceront pas pour cela au commerce extérieur , dont le véri«> table domaine est l'échange des producti<His que l'homme ne peut également Ëibriquer on récolter partout, soit parce que le sol ou le climat s'y t&< fuse , soit par tout autre motif; mais ces produc* tions seront du moins les seules dont elles auront à se pourvoir à Tétranger , et elles ne s'en pour* voiront que dans la juste proportion de l'excédant des produits qui leur appartiennent, et qu'dles donneront en retour, sans confondre avec ces produits, fruits du travail quotidien, la monnaie qui a servi à les créer et qui doit perpétuellement 3crvir à en créer d'autres. Ainsi réduit h l'échange

des productions que j^appelle privilégiées, parce qu^il n est pas au pouvoir des nations k qui elles manquent, de se les rendre propres, le commuée extérieur engendrera moins de rivalités ; il favorisera moins d'usurpations' ; surtout , il amèneni moins de ees splendeurs rapides et éphémères qui y n^ajant d^autre base q\ie la paresse et Timprévojrance des autres peuples, exposent le monde k changer perpétuellement de face. Que reste4-ii de Venise , des villes anséatiques, de la Hollande! Qui sait ce que deviendra l'Angleterre elle*mén|e? L'Angleterre n'est pas , k beaucoup près , un mo* dèle qu on puisse indistinctemeiit proposer k tous les peuples, non que je veuille blâmer ce que FAngleterre a fait pour étradre ses - débouchés ; il j allait de sa prospérité et peutrétre mâme de sa conservation , puisque son existence repose sur le commerce étranger, sans lequel elle n'aurait ni richesses au dedans, ni moyens de prépondérance au dehors : il faut que l'Angleterre cherche des consommateurs au loin ; tel est le malheur de sa position. Le système commercial de TAngleterre tend k l'envahissement de tous les marchés. Que la France , que les autres peuples de l'Europe cherchent k défendre, k conserver le leur. Cette politique , qui n'est point hostile , ïie portera jamais de fruits amers. Méfions-nous de tous ces éloges fastueusement donnés au commerce , qui

établit I <lit-on , de solides liens eatre les peaples. Le commerce divise plus de peuples qu^il n^en rapproche ; il excite plus de guerres qu^il n'en prévient : voilà la vëritë. S'il était possible que les nations n'eussent entre elles d'autres rapports qne ceux que les arts et les sciences peuvent former et entretenir , il y aurait plus de repos, plus de bont heur sur la terre, et sans doute aussi plus de cette vraie gloire que la raiscH^ avoue , parce qu'elle honore Thumanité et la console. La plaie de TEur rope aujourd'hui, c'est l'élévation de Timpot Toas les peuples plient sous le Ê^rdeau des contribua lions , résultat , pour la plupart , de la nécessité des emprunts : c'est là le mal auquel il &ut porter remède; et, quand vous aurez soustrait les dive^ «es classes de producteurs aux exigeances d^r-r données du fisc, vous aurez mieux servi la richesse que ne ferait la conquête de plusieurs provinces, et même la découverte d'un nouveau monde.

Je prie qu'on se rappelle ce que f ai dit asUeurs de l'état actuel du comn^erce de la France rela^tivement aux colonies. Le système colonial tire à sa fin. Cç n'était point un système injuste, comme on la prétendu malrà-rpropos ; mais c'est un système usé; il n'est plus selon les idées du siècle, bonnes ou mauvaises ; et c'est 1^ fait ménoie que i'établLs sfins m'inquiéter de ses causes , car ni moQ livre ni bien d'autres n'y feroi)t riep, L'Eturc^e

^perdra donc ses colonies : alors qui Tapproviaion-' nera de sucré et de Café ? TAngletef re sans aucun , doute, n j a pouf cela deux raisons. De tout temps FAngleterre a eu Tiûterlope des colonies : \ pendant la dernière guerre maritime, elle a achevé ^ de se Tapproprier , ou plutôt , à Finterlope clan-" destin ont succédé des relations publiques, avouées^ relations qui ne peuvent plus se rompre. H faut qti^elles ayent jeté de bien profondes racines , puisqu'elles o&t survécu à la reprise de possession de nos îles , que six années d'essais n ont point encore replacées sous le régime exclusif. On en doit couclure que , si les colonies étaient indé- ] pendantes, eUes ne commett^eraient qu avec FAn-^ gleterre , ce que l'Angleterre sait bien , témoin la protection qu^elle accorde secrètement aux insurgés de TAmérique espagnole. L'Angleterre servirait donc de premier débouché aux productions coloniales, dt^nt Londres deviendrait le grand marché européen ; mais l'Angleterre qui , en poli* tique commerciale, a toujours l'œil de l'aigle, et parfois la serre du vautour, s'est, dès long-*temps, précautionnée contre la chaiJce possible de la ruine des Antilles ; et c'est en effet une très-grande^ question que celle de savoir *si la culture s'y main* tiendra, et pourra prospérer partout, sans l'auxiliaire des nègres. Alors même l'Europe n'en tombera que plus infailliblement dans kdépendwice de l'Angle-

terre , qui tirera de ses eomptdirs de Vlnde tCttta les denrées coloniales nécessaires à notre cousomniation* Déjà le Bengale en récolté d'iinmeùseâ quaàjtités. On fait . grand brui( da bel exen^le qu a fourni T Angleterre au monde , en donnant le signal de l'abolition de la traite. Le soin avec leqtiefl ses b&timents de guerre gardent les abords de nos colonies pour empêcher qu'elles ne se . recrutent de nègres , en contrebande , prouve effectivement combien Tampur de rhumanité la domine. Cependant ^ cette pbiJâDtropie aurait à mes yeux un caractère plus auguste si, aa moment même ou les Anglais se produisaient ainsi à Tadmiration d^ Vunivepsy ils n^a valent trouvé dans leurs poâsiessions de Tlnde un dédommagement contre les pertes dont ils couraient la chaDcej et que dis-je , un dédommagement ? l'Inde sera pour eux une mine bien plus riche que les Antilles; car ils n'auroQlt pas dans Tlnde, comme anxkntilles V de rivalités' à craindre, de concurrence^ écarter. L'Eutop'e entière liguée contre eux , tenterait vaineméht de les déposséda* de ce commerce» le plus ava«|tageux qu'ils puissent faire dans Tiotérêtde leur maKÎneTDoinînateurs'des mers» pour voyeur^ exelusife de rEarope,dèsquilsle voudront, pour tout ce qui doit franchir la Ligne, riches enfin dfune irii^ttstiw 4<^ 1^ produits satisfont tous les

goûts et se pitQp^tioftûeitt à «oute^s le& fafcultés , les

DU SYSTÈME COMMERCIAL. SSg

Anglais auront prochainement un- autre signcd à donner : c est celui de la liberté illimitée da commerce. L'économie politique Tattend avec impa«tience comme Taurore d un nouveau pur qui fera de toutes les nations une famille ; TAdministration avec anxiété , payce qu elle ny peut voir qu uci appel à Timprévoyange et qu'un piçge tenda à. la bonne foi (i).

(i) Ce que je dis de l'Angleterre dans ce chapitre doit parti culièrements^entendre du gouvernement anglais ; et , depuis deux siècles, sapoUtique est assez i dëcourert pour qu'il soit permis de la juger. La qualifier n'est d'ailleurs pas la blâmer; car l'Angleterre ne pouvait grandir comme puissance qu'en sortant des voies communes. Se faire une existence politique est le premier besoin des peuples. Delà naissent les rivalités, que les bons esprits ne cherchent point à perpétuer y mais qu'ils signalent parce qu'elles existent, et aussi parce qu'elles sont inhérentes à la vie des nations , dont les seuls faiseurs d'utopies veulent que les intérêts soient pareils. Dans l'état actuel de l'industrie en Europe, l'Angleterre, forte de sa marine , riche des nombreux comptoirs qu'elle possède d'un pôle k l'autre, menace tous les marchés. Si ce n'était pas l'Angleterre , probablement ce serait la France , parce que la France est, immédiatement après l'Angleterre, le pays qui a le plus de moyens d'exportation. Énoncer de telles vérités , ce n'est pas écrire contre l'Angleterre, c'est montrer, pour tous les peuples , l'utilité des principes généraux de l'administration commerciale , principes mal connus et mal défendus

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MHMi

jnsqnUci. Quant aux haines nationales, je les déploie, qaoiquVUes nVmpéchent nullement les individus de s'e»* timer et de se rechercher. Les Français qui ^ dans ces derniers temps, ont voyagé en Angleterre se louent tous de Faccueil quHls y ont reçu ; et la France est maintenant remplie d* Anglais qui y prolongent leur se jour^ ou miax s'y établissent , uniquement parce qu'ils s'y sont &it des amis.

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