CHAPITRE PREMIER
Ce çue c'est que ta Richesse pour les Nations*
Lin ne peut rien écrire dutile sur radminis*^ tration financière et commerciale des peuples, si Ton n a d'abord bien établi ce qui constitue leur richesse et de quelles sources elle découle. Tel «st Tobjet de ce premier livre.
Une nation ne peut être heureuse si elle n'est indépendante des autres nations. L'indépendance d une nation tient principalement à sa force , et sa force à sa richesse. La ricbesse ^ la force et le bonlieur des peuples sont donc trois choses qui s'enchaînent.
Chez les anciens , U en était autrement. C'est qu'alors on ne faisait la guerre qu'avec des bras. Les peuples qui avaient le moins de besoins devaient subjuguer tous les autres. Aujourd'hui la guerre entraîne k des dépenses énormes. On ne la fait avec avantage que quand on peut la
faire long-temps. Les nations les plus riches sont ainsi devenues les nations les plus fortes.
On cite la Suisse qui a long-temps étë pauvre et heureuse. La Suisse n'est point un modèle à proposer aux grandes nations continentales, dont Texistence politique reconnaît d'autres lois. Les Suisses ont conservé leur indépendance , parce qu aucun peuple n'avait intérétkla troubler. Ont-ils jamais eu des colonies à défendre, une marine à entretenir ? Ont-ils jamais exercé la moindre prépondérance en Europe ? Qu est-ce qu un peuple qui, ne sachant même pas occuper sa population, n a rien imaginé de mieux que d'en mettre une partie aux gages des nations rivales? L'exemple de la Suisse n'empêche donc pas que les nations h grand territoire ne doivent tendre à la richesse , qui fidt aujourd'hui la force des peuples.
La Pologne était restée pauvre : elle avait même conservé ces vieilles moeurs de l'Em^ope auxquelles se rattachent tant de souvenirs. Entourée de voisins forts et avides, la Pologne a cessé d'exister comme nation ; sort que doivent craindre aujourd'hui tous les peuples k qui une grande richesse ne donne pas une grande puissance.
Un homme d'un beau talent et d'un beau caractère exprimait , il y a quelques années , ses regrets de voir les écrivains placer la richesse
des peuples ailleurs que dans les mœurs et dans les lois. Cest qu'il confondait la richesse matérielle avec la richesse morale , deux choses qu il faut f s'il est possible , faire, marcher de front désormais. Un particulier qui a peu de besoins, est très-riche moralement. Mais dira-t-on aux nations de n avoir pas de besoins et de ne pas créer de richesses matérielles , quand on les voit vider leurs démêlés avec des armées î de 5oo,ooo honmies ? N'imiton^ . pas Mably , qui , portant dans ses jugements Tâpreté chagrine de son caractère , conseillait aux nations modernes de se gouverner d'après If^s lois de Lacédémone, et prenons la civilisatioix dans Tétat où elle se trouve , pi,ii$qu aussi bien , nos eJBbrts pour lui donner uac autrç direction s^^ent inipuissants.
Qu est-ce qu'un peuple . ^che ? En d'autres termes , que signifie le mot Richesse , appliqué aux nations 1
Le mot Richesse n'a point de sens absolu; il exclut toute définition rigoureuse.
La richesse est l'abondance des biens. Un homme est riche quand il penit se procurer abondamment tout ce qui est nécessaire aux besoins de la vie.
A la vérité ces besoins varient selon les lieux , et, dans le- même lieu, selon les habitudes, \q rang, la ccmdition.
Aussi la richesse n'est-eUe jamais que relative.
La richesse est pour les nations ce qu elle est pour les individus , Tabondance des choses aux^r quelles le travail de Thomme donne de la valeur. Un peuple bien nourri , bien vêtu , bien entretenu , est un peuple riche ; et le plus riche sera évidemment celui qui sera le mieux nourri, le mieux vêtu , le mieux entretenu.
D'où il suit que plus une nation crëe annuellement de choses consommables , plus elle est riche.
L'abondance toujours croissante des choses nécessaires k la vie , c^est - à - dire , des choses devenues telles par ï'eflfet des progrès de la civilisation , constituant la richesse des peuples , nous avons à rechercher de quelle manière rhomme se les procure et les multiplie.