‹ Du gouvernement considéré dans ses rapports avec le commerce, ou, De l'administration commerciale opposée à l'économie politiqueChapitre 9 sur 46 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De la Terre ^premier Élément de la Richesse

des Peuples.

Les besoins les plus impérieux de rhomme sont ceux qui tiennent k sa conservation. Il faut qu'il soit nourri , vêtu , abrité. Or les objets qu'il peut approprier k ces divers usages y c'est la terre qui les lui donne , soit directement par les pro* ductions qui sortent de son sein, soit indirectement en nourrissant par d'autres productions des animaux dont l'homme se sert ou se nourrit k son tour.

La terre qui porte l'homme et le nourrit , est sa première richesse. Jeté , au moment de la création^ sur un sol absolument stérile , il y serait péri de misère. Que devient, même aujourd'hui, le voyageur égaré dans les sables de l'Afrique \ Cette terre ingrate , qu'il foulera quelques heures , n'a rien k lui offiir que le désespoir et la mort.

Bien d'autres contrées sont fatales k l'homme. Ici , des eaux qui croupissent rendent l'air pestilentiel. Lk, constamment couverte de neige ou de glacç, la terre se refuse k toute culture. Ailleurs^

des torrens la sillonnent , des feux souterrains la bouleversent. Heureux les peuples a Tabri de ces causes de destruction ! L'homme ne s'élève jamais plus haut par son industrie que quand il triomphe des éléments ; mais cette lutte , trop inégale , ne sert le plus souvent qu'à lui révéler sa faiblesse. -. La terre ne se borne point à nourrir l'homme. Elle lui fournit avec une prodigalité inépuisable les objets sans nombre qu'il approprie à ses besoins, devenus sans nombre aussi. Elle ne les lui fournit pas tous dans l'état où il les consomme , et c'est un nouveau bienfait, puisqu'elle laisse à son génie la plus grande latitude possible d'invention. Ainsi l'homme > à qui la puissance suprême n'amrait pu donner le don de créer sans l'élever jusqu'à elle , est , par la faculté de tout modifier, associé, autant que sa nature le comporte, à l'œuvre même du Créa« teur ; distinctions qui se rattachent aux idées les plus sublimes , puisqu'en montrant l'homme sous le joug d'une autorité qu'il ne peut méconnaître,

elles le placent cependant à une hauteur incom^ mensurable au-dessus de tout ce qui existe.

Cette puissance de tout modifier » d'enter , si j'ose m'exprimer ainsi , une seconde création sur une première , a successivement porté les arts au degré de perfection où nous les voyons. Dans nos vêtements les plus usuels, comment retrouver le lin de nos champs , la toison de nos troupeaux ?

En quoi nos porcelaines , nos glaces ressemblent* elles au sable qu'on a vitrifié pour les produire ? Ces transformations sans nombre, d'où naissent tant de choses utiles et magnifiques , sont de vrais prodiges , que nous n'apprécions point assez , parce qu ils frappent nos yeux dès le berceau. L'boiume en jouit comme il jouit de Tastre qui Téclaire , sans le remarquer ni le comprendre. Telle est aujourd'hui Thabileté de la main de riiomme, que la matière première sur laquelle elle s'exerce , est très-souvent un secret pour le consommateur. Mais cette matière primitive vient toujours de la terre , origine commune à tout ce que l'industrie façonne pour notre usage.

La terre est riche des productions quelle crée annuellement à sa surface , et de celles qu'eUe élabore' lentement dans son sein. Les premières, qui concourent le plus immédiatement à la conservation de l'homme , sufiiraient aux besoins qu'il tient de la nature. Il n'en tire pas moins une grande utilité des autres , qui l'aident même à les multiplier toutes. Ainsi , sans parler des métaux précieux , que la faculté de pouvoir servir de monnaie élève au premier rang parmi les agents de la production , quels progrès auraient faits les arts industriels et l'agriculture elle-même si le cuivre et le fer étaient restés inconnus ? La pierre , le marbre contribuent puissamment à

lo LIVRE L

rembeUissement de nos cités, k la solidité, à Télégance de nos demeures; et sans le charbon de terre qui alimente de combustible la plupart de nos usines , il y a long-temps que rSurope aurait vu disparaître ses forêts.

L'homme ne pouvant rien consommer qui n'ait été primitivement extrait de la terre ou nourri par ses productions , la terre est le premier élément de la richesse des peuples. Mais sur ce sol abandonné à lui-même je vois croître la cigiie , et Fivraie étouffer le bon grain. La production , sans la main qui la règle > n'est qu'un afireux cahos. Tout- à- coup l'honmie paraît, l'honmie travaille , et tout change de face dans lunivers.

DE LA RICHESSE. u

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