‹ Du gouvernement des communautés religieusesChapitre 11 sur 58 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Kécessiité de la prudence pour bien gouverner*

Définition de la prudence.

Selon saint Basile, la prudence n'est autre chose que le dis^ cernement exact de ce qu'il faut faire ou ne pas faire.

Au dire de saint Bernard , c'est la connaissance du bien et du mal, qui nous apprend comment nous devons nous comporter elles moyens qu'il faut mettre en œuvre pour atteindre le but. Il appelle la prudence l'Abbesse des autres vertus, attendu qu elle les dirige toutes, les retient dans le juste milieu et les empêche de dégénérer , et comme Dieu a donné des yeux aux animaux poui les conduire, ainsi, ajoute ce docteur. Dieu a-t-il donné la prudence aux Supérieurs pour mener sûrement leurs communautés, à travers les écueils et parmi les ténèbres, au terme désiré de la perfection.

Le bienheureux Léonard de Port-Maurice défînii'la prudence, cette vertu qui enseigne à l'homme à tout faire de la manière, dans le temps et le lieu convenables. Ses qualités essentielles sont la circonspection et la réserve, et ses effets précieux, savoir bien consulter et bien juger.

Saint Thomas complète ces définitions en exigeant, de plus, la docilité pour profiter des lumières étrangères , l'habileté pour faciliter l'exécution des projets, l'art de raisonner juste pour se garantir des erreurs et des mécomptes, la circonspection pour soumettre à l'examen une entreprise qu'on a conçue, l'adresse pour aplanir les difficultés et éloigner les dangers qui pourraient surgir.

D'où l'on voit que la prudence est une effusion de la lumière divine qui nous éclaire pratiquement dans nos démarches et nos desseins , nous aide à discerner le vrai du faux et le bien du mal, nous propose les moyens et nous ouvre les voies qui conduisent heureusement au but, nous découvre l'avenir dans le passé et nous fait tirer de celui-ci des inductions et des conjectures pour sonder les abîmes et les ténèbres de celui-là. Elle a son siège dans l'entendement, tandis que les autres vertus ont le leur dans la volonté, parce que de là, comme une reine, elle les règle et les préside toutes. Ses trois parties principales sont : la mémoire du passé, la connaissance du présent, et la prévoyance de l'avenir.

Un hiéroglyphe des anciens renrésente la prudence sous Temblème d'une main semée d'yeux. Les cinq doigts de cette main sont : l'' La mémoire : elle apporte pour son contingent le fruit de ses lectures, les observations faites sur la conduite des autres, les expériences fournies par ses propres démarches. 2" LHnlelligence : elle apprécie les procédés, les intentions, l'humeur et le caractère, la capacité et les aptitudes des personnes avec lesquelles on traite •, elle approfondit les affaires, au lieu de les efileurer et de s'arrêter à la superficie ; elle sait prendre conseil des plus entendus, des plus désintéressés, des plus fidèles-, elle condescend par docilité, après un mûr examen , à l'avis où se trouve plus de probité ,

d'honnêteté, de sûreté. 3** La circonspection , qui épie Foccasion et le moment opportun, démasque les pièges et l'imposture, se tient sans cesse sur ses gardes, et ne s'expose qu'à propos et à coup sûr. 4° La prévoyance , dont l'office est de faire au loin et tout autour des excursions, de pressentir et d'augurer à l'aide d'analogies les événements et les accidents , d'inventer des expédients et d'imaginer des industries pour déterminer le succès. 5** V exécution : c'est à elle qu'il appartient de mettre la main à l'œuvre dès que le projet est résolu , d'user de dextérité et de diligence, d'avancer ou de reculer, d'affronter ou de tourner les difficultés, selon les circonstances, en demeurant toujours ferme et inébranlable dans la poursuite du but.

La prudence fut toujours regardée comme Tapanage des chefs des sociéléfc

« Maintenant, ô rois, entendez. Soyez instruits, juges delà « terre. » {Ps, n). « Tous les hommes, ajoute Bossuetsurce « texte, sont faits pour entendre, mais un roi principalement, « sur qui tout un état repose, en qui doit se trouver la raison « première de tous ses mouvements : moins il a de raison à a rendre aux autres , plus il doit avoir de raison et d'intelli- « gence en lui-même. Le contraire d'agir par raison , c'est « d'agir par passion ou par humeur ; ce qui entraîne « toute sorte d'irrégularité , d'inconstance , d'inégalité , d'in- « justice. N'eût-on qu'un cheval à gouverner et des troupeaux « à conduire, on ne le peut faire sans raison : combien plus en « a-t-on besoin pour mener les hommes et un troupeau rai- « sonnable ? » (Polit, sacr., livre v. )

« La fonction des rois étant de diriger et d'ordonner, dît « Âristote, la sagesse est en eux comme dans son trône, d'oii « elle donne ses ordres et répand sa lumière. » ( Ellu). « Celuî- « là semble né pour commander, dit-il ailleurs, qui a le plus a d'intelligence et de bon sens. » (Polit, lib, i , cap, 4). Jean d'Avila, s'appuyant sur ces paroles de iésus-Clhrist à ses Apô-

très : « Vous êtes le sel de la terre, » déclare que la prudence est la principale vertu qui doit embellir et soutenir l'autorité.

Saint Thomas appelle la prudence la propre vertu des rois et de tous ceux qui gouvernent. (2. 2. q. 5, a. 5 ad 1). Jérémie la place en première ligne entre les qualités du prince : « Le « roi régnera et il sera sage, et il rendra la justice et le jugece ment sur la terre. » (Cap. xxni). Et le Sage dit au jeune prince qu'il s'applic|ue à former, que la sagesse lui est plus avantageuse que la force, qu'elle seule peut le garantir de l'abaissement qui menace les princes, qu'elle est en possession d'adoucir les travaux du roi et de donner satisfaction aux sujets, qu'elle est son légitime héritage, qu'il doit la préférer à tout autre bien. (t9«/9. V.)

On demandait un jour, en présence d'Alphonse-le-Grand, roi d'Aragon , si un prince comme lui pouvait jamais devenir pauvre : « Oui, dit-il, si la sagesse était quelque part en vente,» donnant à entendre qu'à l'exemple de Salomon il l'achèterait au prix de tout le reste. « C'est la sagesse, disait-il, qui fait « voir aux rois les choses comme elles sont et juger de ce « qu'elles peuvent devenir, qui les empêche d'agir inconsidé- « rément et avec précipitation. »

Tout prospère parmi les hommes par l'intelligence et lecon- « seil : « Les maisons se bâtissent par la sagesse, et s'affermis- « sent par la prudence. L'habileté remplit les greniers, et « amasse les richesses. L'homme sage est vaillant, l'homme « habile est fort et résolu, parce que la guerre se conduit par « la prudence , et le salut se trouvera où il y a beaucoup de « conseil.» (Prov. xxivj. Un fait plus de conquêtes avec la tête qu'avec les mains, et parla prudence des ministres que par la valeur des soldats.

La Sagesse dit elle-même : « C'est par moi que les rois « régnent; par moi les législateurs prescrivent ce qui est « juste. » ( Ibid. viii ). Elle est tellement née pour commander , qu'elle donne l'empire à ce qui est né dans la servitude. « Le sage serviteur commandera aux enfants de la maison m qui ne sont pas sages, et il partagera l'héritage entre les

Il frères » ou comme leur tuteur ou comme leur cohéritier. (^Jbid. xvn, )

« Considérez ce qui est droit -, dressez-vous un chemin, et « toutes vos démarches seront fermes. » (Ibid. iv). Qui voit devant soi, marche sûrement; autant donc la fermeté est nécessaire au gouvernement, autant la sagesse lui est indispensable : la véritable fermeté est le fruit de rintelligence , le caractère de la sagesse est d'avoir une conduite suivie. « L'hom- « me sage est permanent comme le soleil , le fou change « comme la lune. » ( EcciL xxvn). Le plus sage de tous les rois fait dire ces paroles à la sagesse : « A moi appartient le « conseil et l'équité , à moi la prudence , à moi la force, » {Prov. vin). Ces choses, à le bien prendre, sont inséparables. L'homme sage sait craindre où il faut, et prendre à propos les salutaires conseils.

Le bon gouvernement s'appuie sur les lois. Maïs qui donnera l'intelligence des lois et dirigera dans leur application? la sagesse. En installant Josué, Dieu lui ordonne d'étudier la loi de Moise, qui était la loi du royaume, « afin, dit-il, que vous « entendiez tout ce que vous faites. » (Jos, i). David en dit autant à Salomon dans les dernières instructions qu'il lui donne en mourant; «Ayez soin d'observer la loi de Dieu, afin « que vous entendiez tout ce que vous faites, et de quel côté « vous aurez à vous tourner, » ( ///. Reg, u ). « Qu*on ne « vous tourne point, dit Bossuet commentant ce texte, tour- « nez-vous vous-même avec connaissance ; que la raison di- « rige tous vos mouvements , sachez ce que vous faites et « pourquoi vous le faites. » (Polit, sacr., livre v, )

Rien ne manque aux chefs des sociétés quand ils ont la sagesse; elle attire sur eux et sur leurs sujets l'universalité des biens j c'est Tancre des états et la boussole des princes.

Sans la prudence le Supérieur ne saurait remplir les fonctions de sa charge.

La prudence est la vertu essentielle du Supérieur, que rien ne peut suppléer. Sans elle, on peut être un saint, mais on ne sera jamais un homme propre à gouverner ; on fera rarement le bien, on le fera à contre-temps , on en fera peu, et celui qu'on fera restera imparfait. S'il faut, selon l'opinion de quelques Pères, des intelligences célestes pour diriger dans leurs révolutions des astres destinés seulement à produire la diversité des saisons ; s'il fut nécessaire de communiquer à Béséléel un surcroît de capacité, et de le remplir, comme disent les Ecritures, de sagesse et de science, pour ajuster les pièces de l'Arche d'alliance, si Salomon, appelé à la construction du Temple, conjura le Seigneur de lui prêter le concours de cette même main qui a dessiné et créé l'univers ; quelle science et quelle sagesse ne faudra-t-il pas pour conduire des âmes trèsnobles à la plus noble fin qui fut jamais? La grandeur du péril qu'on leur ferait courir sans la prudence , ne serait-elle pas égale à la sublimité de la fonction dont on est investi?

Aussi les Docteurs s'accordent-ils à reconnaître, et l'expérience est là pour le démontrer, que, dans les communautés comme dans l'Eglise, l'autorité est mieux placée entre les mains d'un homme moins saint et plus prudent, qu'entre les mains d'un homme plus saint et moins prudent , et que , dans la concurrence, il faudrait préférer le premier au second. On connaît cette maxime de saint Ignace, si compétent en cette matière : « J'avoue que les moins sages selon le monde conduisent « quelquefois mieux les affaires de Dieu, parce qu'ils prennent « conseil de lui et en reçoivent des lumières que l'humaine m prudence ne fournit pas. Néanmoins, à parler en général, « la sainteté ne sulïlt pas pour bien conduire les autres : un « bon Supérieur doit être tout ensemble un homme d'une •c grande vertu et d'un grand sens ; et mieux vaut, en ce point,

« une prudence exquise avec une sainteté médiocre, qu'une « sainteté éminente avec une prudence moindre.» La perfection dans le gouvernement serait, sans doute, de joindre une grande sainteté à une rare prudence; mais, puisque la perfection, ici comme en tout le reste, est rare et difiicile à rencontrer, on ne devrait pas hésiter, le cas échéant, à préférer les qualités de la tète à celles du cœur, attendu que la sainteté est pour Tindividu et la prudence pour la communauté. Qu'on remarque, en effet, que le Supérieur doit posséder la prudence pour soi d'abord et pour les autres ; car, puisqu'il n'est pas permis aux inférieurs de se conduire eux-mêmes dans les routes périlleuses de la perfection , leur partage étant d'obéir aveuglément, il faut, par une conséquence nécessaire, que le Supérieur soit sage et prudent pour lui-même et pour ses inférieurs.

Nous l'avons déjà dit au chapitre I"*" du premier livre , en parlant des difficultés que rencontre la supériorité : tant d'humeurs et d'intérêts à ménager, tant de passions et de surprises à craindre, tant de choses à considérer et à prévoir : comment sans prudence suffire à cette tâche? Il y a des religieux que Ton conduit par la parole, d'autres par l'exemple. A quelques" uns il faut l'éperon pour les faire avancer, le frein est nécessaire aux autres pour les retenir. La louange fait du bien à celui-ci et lui donne une vigueur nouvelle, celui-là en concevrait de l'orgueil et deviendrait intraitable. Tels demandent à être encouragés, tels veulent être repris. On doit avertir les uns en particulier, et les autres en public. Vive et forte, la correction sera profitable à ceux-ci, mais elle sera nuisible à ceux-là. Ce qui convenait liier ne convient plus aujourd'hui, parce que l'humeur et les dispositions ont changé. Il en est qu'il faut suivre jusque dans leurs plus petites actions, d'autres qu'il ne faut pa.s éclairer de trop près, de peur que le grand jour ne les blesse. Enfin il existe une telle variété entre les religieux d'une même communauté , qu'il faut à un Supérieur un discerne-' ment exquis et une rare capacité pour connaître ce qui convient à chacun et le diriger selon son caractère et la trempe de

son humeur. Il est déjà si difficile de discerner et de modérer les sentiments intimes de son propre cœur ; que sera-ce de discerner et de modérer les sentiments intimes des autres?

C'est à la prudence qu'il appartient de lempérer le zèle, de tracer des bornes à la vigilance, de marquer en toute chose ce juste milieu où réside la sagesse, lequel, pour n'être pas assez connu, laisse souvent les vertus dégénérer en vices. C'est à la prudence de suggérer les légitimes exceptions qu'il faut mettre aux règles générales, de distinguer dans la loi l'esprit qui vivifie de la lettre qui tue, de balancer les intérêts de Dieu et les intérêts des hommes , et , en les accordant quand cela est possible , de sauvegarder les premiers sans sacrifier les seconds. C'est la prudence qui apprend à concilier les choses en apparence opposées, comme l'indulgence avec la sévérité, la bienveillance avec la rigueur, la simplicité avec la défiance, la diligence avec la lenteur, et fait disparaître l'incompatibilité qui paraissait exister entre deux devoirs contraires. C'est elle qui, comparant les avantages avec les inconvénients, ce qu'on peut raisonnablement craindre et raisonnablement espérer, adopte ou rejette un projet, et, quand il faut mettre la main à l'œuvre, s'insinue dans les esprits , tourne les volontés , lève les obstacles, et trouve une issue aux affaires les plus désespérées, La prudence, en un mot , se mêle à tout, règle tout, décide de tout dans le gouvernement ; et, dès qu'il abandonne son flambeau et ferme l'oreille à sa voix , un Supérieur s'expose à autant d'erreurs et de bévues qu'il fait de démarches.

Le Supérieur doit demander instamment à Dieu la prudence.

Dieu seul est sage ; en lui est la source de la sagesse, et c*est lui qui la donne. « Toute sagesse vient du Seigneur ; elle a « été avec lui avant tous les siècles, et y sera à jamais. » {Ecclu i). D'où saint Jacques conclut: « Si quelqu'un a besoin « de la sagesse, qu'il en demande à Dieu, qui en donne à tous

« abondamment. » (Cap. i). « J'aime ceux qui m'aiment, dit « la Sagesse, et qui me cherche dès îe matin me trouve. » (Prov. vui). « Le commencement de la sagesse est un véritable « désir de la savoir. » (Sap. vi). « Aimez mes discours, dit « elle , et désirez de les entendre , et vous aurez la science. » (Ibid, vi). « La sagesse se laisse voir facilement à ceux qui « l'aiment, et se laisse trouver à ceux qui la cherchent; elle « prévient ceux qui la désirent, et se montre la première à « eux; qui s'éveille dès le matin pour pensera elle ne sera « pas rebuté , il la trouvera à sa porte. » (Ibid. vi.)

Salomon la demanda en ces termes : « Dieu de mes pères , « Dieu de miséricorde, qui avez tout fait par voire parole, qui « avez formé l'homme par votre sagesse, afin qu'il eût la domi- « nation sur les créatures que vous avez faites , afin qu'il gou- « vernàt le monde dans l'équité et la justice, et qu'il prononçât « les jugements avec un cœur droit , donnez-moi celte sagesse « qui est assise auprès de vous dans votre trône , et ne me « rejetez pas du nombre de vos enfants , parce que je suis « votre serviteur et le fils de votre servante ; je suis un homme • faible, qui dois vivre peu , et qui suis peu capable d'entendre « les lois et de bien juger. Car encore que quelqu'un paraisse « consommé parmi les enfants des hommes, il sera néanmoins « considéré comme rien si votre sagesse n'est point en lui. Or « vous m'avez choisi pour être le roi de votre peuple elle juge « de vos fils et de vos filles. Et vous m'avez commandé de « bâtir un temple sur votre montagne sainte, et un autel dans « la cité où vous habitez , qui fût fait sur le modèle de ce taberc< naele saint que vous avez préparé dès le commencement du « monde pour y habiter éternellement. Et votre sagesse, qui est « avec vous, est celle qui connaît vos ouvrages, qui était pré- « sente lorsque vous formiez le monde , et qui sait ce qui est « agréable à vos yeux, et quelle est la rectitude de vos précep- « tes. Envoyez-la donc du ciel , votre sanctuaire, et du trône « de voire grandeur, afin qu'elle soit et travaille avec moi , ci « que je sache ce qui vous est agréable : car elle a la sciencv^ a et l'inteUigence de toutes choses ; elle me conduira dans

« toutes mes œuvres avec circonspection , et me protégera « par sa puissance. Ainsi mes actions vous seront agréables ; « je gouvernerai votre peuple avec justice, et je serai digne du « trône de mon père. Car qui est l'homme qui puisse conte naître les desseins de Dieu ? ou qui pourra pénétrer ses « volontés ? Les pensées des hommes sont timides et nos prête voyances sont incertaines, parce que le corps qui se cor- « rompt appesantit l'àme , et cette demeure terrestre abat « l'esprit par la multiplicité des soins qui l'agitent sans cesse. « Nous ne comprenons que difficilement ce qui se passe sur la « terre, et nous ne discernons qu'avec peine ce qui est devant « nos yeux. Mais qui pourra découvrir ce qui se passe dans le « ciel? et qui pourra connaître votre pensée, ô mon Dieu ! si « vous ne donnez vous-même la sagesse et si vous n'envoyez « votre Esprit-Saint du plus haut des cieux , afin qu'il redresse « les sentiers de ceux qui sont sur la terre , et que les hommes « apprennent de lui ce qui vous est agréable ? » {Ibid. ix.)

Tout est remarquable dans cette prière. Il y est clairement établi qu'aucune prudence, aucune expérience, aucun travail, Be peuvent mettre un Supérieur en état de bien gouverner ses inférieurs , s'il n'est lui-même gouverné par la Sagesse éternelle ; et la raison qu'on en donne, c'est que tout est l'ouvrage de cette divine Sagesse, et qu'elle connaît, elle seule, ce qu'elle a mis dans les créatures ; que c'est elle qui a créé l'homme en particulier, qui lui a marqué sa destination , en lui donnant tout ce qu'il a , et qu'elle est seule bien instruite de ce qu'il est et de la manière dont il doit être conduit par les lieutenants de Dieu.

Cette prière fut exaucée. « La sagesse, est-il écrit au livre des Rois , élargit le cœur de Salomon , le rendit plus spacieux et plus étendu que le sable de la mer. » (///. Reg, iv). C'est-àdire qu'elle lui donna une capacité presque immense pour embrasser, comme d'une seule vue, tout ce qui était utile aux hommes, tout ce qui pouvait concourir au bien de l'Etat, tout ce qui était caché dans les replis du cœur, tout ce qui convenait à chaque dessein et à chaque affaire.

« Non que nous puissions obtenir toujours une sagesse înft fuse , il y aurait de la témérité à la demander et à y préten- « dre; la Providence semble être avare de ce don : elle a « départi un grand esprit et une grande mémoire à beaucoup « de gens, mais une grande prudence à bien peu. Toutefois « nous pouvons obtenir des secours suffisants pour nous servir (( avec utilité des dons naturels d'intelligence et de discerne- (( ment dont Dieu a pourvu plus ou moins tous les hommes , « et qu'on exige , dans une certaine mesure , de quiconque « frappe à la porte de l'état religieux : car nous avons tous , à « quelque différence près, tout ce qu'il faut pour être prudents i< et sages autant qu'il est nécessaire que nous le soyons, à la « condition néanmoins de ne pas pervertir l'usage des lu- « mières que nous tenons de la nature. Il n'est pas question « pour cela d'avoir un génie éminent ni une profonde doctrine, (c Combien a-t-on vu de personnes gouverner très-sagement , « quoique assez bornées du côté de l'esprit et du savoir? Con- « naîire les choses les plus communes, en porter un jugement a sain , posséder médiocrement l'art de raisonner, savoir douce ter €t consulter dans les cas difficiles : voilà le suffisant pour « la prudence dans le gouvernement ordinaire des commu- « nautés. » (Beaufils.)

0 vous que le ciel appelle à diriger vos frères! demandez avant tout, demandez toujours, demandez instamment la sagesse , de peur que l'esprit d'incertitude et de doute ne vous égare tantôt en des conseils extrêmes qui découragent la vertu, tantôt en des conseils lâches qui détruisent la discipline , et qu'on ne voie se réaliser la parole de Jérémie : « Les pasteurs « ont agi d'une manière insensée j ils n'ont point cherché le « Seigneur : voilà pourquoi ils ont été sans intelligencei et « tout leur troupeau a été dispersé, n (Cap. x.)

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