‹ Du gouvernement des communautés religieusesChapitre 14 sur 58 · IC'J · texte numérisé non relu

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Les conseillers doivent ^'ro peu nombreux, mais recommandables par l'âge et l'expérience.

11 laut, sans doute, plusieurs conseillers, car ils seclairent mutuellement et un seul ne peut pas tout voir. Toutefois demander conseil à trop d'individus ou permettre à tous de donner leur avis, ce serait pour le Supérieur s'exposer h Tincertitude d'abord , puis à une sorte d'esclavage : car, si ceux que l'on interroge en dehors du conseil d'office sont d'une grande autorité, leur opinion devient une espèce d'ordre. Mieux vaut peser les suffrages que de les compter.

Le destin des esprits faibles, quand ils sont élevés à la supériorité, est de périr par les conseils. La multitude des conseillers fait auprès d'eux ce que fait la multitude des médecins auprès d'un riche malade. « Ne découvrez pas votre cœur à « tout le monde, dit l'Esprit-Saint. » (Eccli, vni). « Que plusieurs « personnes soient bien avec vous, mais choisissez pour con- « seiller un homme entre mille. >* (Jhid, vi). Le secret étant une condition essentielle des conseils, et rien n'étant plus rare que l'inviolabilité du secret, il sera infiniment plus facile de choisir au Supérieur quelques hommes discrets que de lui en choisir un grand nombre.

Autres, d'ailleurs, les religieux qu'il faut ordinairement consulter, parce qu'ils composent le conseil du Supéiieur; autres ceux qu'on peut écouter, et dont il convient quelquefois de connaître la pensée. Le Supérieur, il est vrai, tient son conseil habituel avec le nombre très-restreint de religieux que la Règle lui assigne, mais il ne renfçrme pas là tous ceux à qui il ouvre son oreille: car, s'il arrivait qu'il y eut de justes plaintes contre ses conseillers, ou des choses qu'ils ne sussent pas ou qu'ils résolussent de lui taire, il n'en saurait jamais rien.

Rappelons, en le développant, le texte de saint Bonaventure cité plus haut : « Si le Supérieur veut éclaircir des doutes,

« qu'il prenne conseil des plus habiles , » des plus entendus dans la spécialité. Qu'il ne rougisse pas de s'adresser aux frères convers pour ce qui concerne le temporel. Dieu bénit cette manière de faire. La sagesse du Supérieur consiste à faire jaillir des moindres esprits quelque étincelle dont il composera ensuite un faisceau de lumières pour se déterminer et se diriger. « Quand vous devez consulter quelqu'un sur vos affaires, « disait Isocrate à Démonicus , examinez d'abord de quelle « manière il a conduit les siennes; celui qui n'a pas su « trouver de bons conseils pour lui-même, n'en trouvera « jamais pour les autres. »

« Si le Supérieur veut doancr du poids à ses entreprises, « qu'il obtienne l'assentiment des plus importants, » surtout des conseillers d'office , fussent-ils réputés moins expérimentés au jugement de la communauté. Quelque petite que soit une affaire, dès qu'elle sort du train ordinaire, on gagne de la soumettre aux conseillers, tant afin de prévenir leurs murmures que pour leur fournir les moyens de prendre au besoin la défense du Supérieur. Pour le même motif, lorsque l'affaire est difficile et grave, il est expédient d'interroger les plus influents delà communauté, et particulièrement les conseillers et les amis du Supérieur déposé. On peut, par ce procédé bienveillant, chercher à les gagner. « C'est une grande habileté, dit « Gracian, de faire son conndent de celui qu'on eût eu pour m adversaire, de transformer en arcs-boutants de son dessein « ou de sa réputation ceux qui menaçaient de les détruire. « On coupe passage à la contradiction et à l'injure par une « civilité ou une confidence. »

« Si le Supérieur veut fermer la bouche aux contradic- « leurs, qu'il consulte tous ceux que la décision intéresse. » Il arrivera de trois choses l'une : ou les suffrages seront unanimes, et, en conséquence, nul n'aura lieu de se plaindre ; ou il y aura majorité sur un point, et le Supérieur montrera sa sagesse en se rangeant du côté de la majorité ; ou il y aura partage égal, et dès lors qui pourra contester au Supérieur le droit de faire pencher la balance? C'est pour connaître, autant que

possible, la pensée de la communauté sur ce qui la toucha, et tarir la principale source du murmure, que, dans les maisons où un Provincial ne désigne pas les conseillers, le Chapitre doit nommer non ceux qui son* plus souples et plus enclins à flatter, mais ceux que la communauté elle-même choisirait , si la faculté lui en était laissée.

Règle générale, l'expérience étant la mère et la nourrice de la prudence, il faut préférer les anciens aux jeunes. « Allez « volontiers dans l'assemblée des vieillards, dit l'Esprit-Saint, « et unissez-vous de cœur à leur sagesse. » (Eccli. vi). « Ecou- « tez ce qu'ils vous racontent , car ils Font appris de leurs «. pères. Vous trouverez Tintelligence dans leurs conseils , et « vous apprendrez à répondre comme le besoin des affaires le « demandera. » {IbicL vin). « La sagesse est dans les vieilli lards, et la prudence vient avec le temps. » (Job, xii). Saint Rémi écrivait à Clovis : Montrez-vous affable aux jeunes gens, mais ne traitez les affaires qu'avec les vieillards. On doit pren-» dre garde aux simples propositions des vieillards non moins qu'à des démonstrations , dit Âristote , parce que l'expérience leur fait découvrir de loin les causes d'où dérivent les conséquences. Les vieillards d'ailleurs étant plus maîtres de leurs passions, leurs conseils éclairent sans échauffer, comme le soleil d'hiver.

Bacon toutefois était d'avis d'admettre les jeunes avec les vieillards, attendu que si les premiers volent au terme sans vouloir ni s'arrêter, ni tourner les obstacles, ni mesurer les degrés et les intervalles, les seconds craignent trop les dangers, délibèrent sans fin et poussent rarement les affaires jusqu'à leur dernier période. Pour obtenir le même tempérament et le même mélange. Bacon eût pu demander également qu'on joignît dans le conseil les caractères hardis aux timides, les doux aux sévères, ceux qui sont trop circonspects à ceux qui ne le sont pas assez.

Les r niseillcrs d'office une fois nommés , que le Supérieur puise la lumière à la source qui lui est ouverte. Dieu pourrait-il le bénir, et la communauté l'approuver, s'il se livrait à un confident subalterne ou étranger?

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