‹ Du gouvernement des communautés religieusesChapitre 30 sur 58 · CHAPITRE in · texte numérisé non relu

CHAPITRE in

L« correction doit être réglée par la discrétion.

La discrétion apprend au Supérieur trois choses : 1° à choisir le momeal opportun pour la correction, 2^ à s'accommoder aux personnes, 3" 3 procéder avec gradation et mesure dans l'application des remèdes.

ARTICLE PREMIER

LA DISCRÉTION APPREND AU SUPÉRIEUR A CIIOISIR LE MOMENT OPPORTUN POUR LA CORRECTION.

Signalons d'abord les écueils contre lesquels vient le plus souvent échouer la correction , nous tracerons ensuite les règles propres à en assurer le succès.

PARAGRAPHE fer.

Ecueils contre lesquels vient le plus souvent échouer la correction»

1er ÉCUEIL.

Etre trop lent à corriger.

« Avant la maladie , nous dit FEsprit-Saint , appliquez le « remède » (Ecclî. xvni) ; comme s'il tenait aux Supérieurs ce langage : « Vous tous qui avez la conduite de vos frères, soyez attentifs aux premiers symptômes du mal. Votre sollicitude n*a pas seulement pour o])jet. les malades , mais aussi ceux

qui sont en santé. Si vous devez travailler à guérir les un», vous ne devez pas moins travailler à prémunir les autres. Pour remplir dignement son oflice, le médecin s'applique avec un soin égal à donner à propos l'antidote et à mettre l'appareil sur la plaie : voilà le modèle qu'il vous faut imiter. »

« Celui , dit saint Augustin, qui , ayant péehc , est aussitôt « repris, ressuscite promptement et~ facilement, parce qu'il « n'a pas eu le temps de se rouler et de s'ensevelir dans l'ha- « bitude comme dans un linceul. » (Tract. 49, in Joan,). a 11 en coûte bien moins, disait saint Grégoire de Nazianze, « de faire face au désordre et de le mettre en fuite , quand il « s'achemine timidement, que de l'attaquer et de le vaincre j « lorsqu'il s'avance avec audace et qu'il menace de tout en- « vahir. » (Orat. 26). Le simple bon sens ne dit-il pas qu'il est plus aisé d'empêcher un rocher de tomber, que de l'arrêter dans sa chute ou de le reporter sur la montagne quand il a roulé au milieu de la plaine?

Ce religieux néglige les petites choses , recherche les tièdes , va de cellule en cellule et ne parle point de choses spirituelles 5 celui-là perd le temps, attire les étrangers au parloir, multiplie les visites au dehors et commence à se trouver bien avec les personnes de qualité ou d'un sexe différent j cet autre est tenté contre sa vocation, son institut ne lui paraît plus mériter la même estime , il raisonne sur la légitimité ou l'opportunité de tel commandement ou même de telle règle , il n'obéit plus qu'à regret et avec lenteur : il est temps, il est temps de s'opposer au progrès du mal. Hâtez-vous d'appliquer le fer à la blessure , de peur que la gangrène ne s'y mette. Un peu d'ouverture , un peu de fermeté ou de condescendance arrêtera , dès le commencement , une passion qui plus tard se porterait aux dernières extrémités. En différant, en temporisant , on se préparerait pour l'avenir des difficultés peut-être insurmontables, et, sous le spécieux prétexte de ménager un sujet, on le pousserait cruellement à sa ruine. « Il n'y a pas moins de cruauté, dit Sénèque, à par- « donner toutes les fautes qu'à n'en pardonner aucune. »

— 446 -~ Puisque le Supérieur est père, au lieu de concentrer en luimême la peine que lui font éprouver ses enfants , il doit avoir assez d'empire sur son émotion et assez de confiance en leur docilité pour les avertir à temps. Il y a deux sortes de Supérieurs dont il faut prier Dieu de préserver les communautés : ceux qui, sans avertissement préalable, porteraient tout chaud au Supérieur majeur un fait blâmable, puis continueraient au coupable leurs bonnes grâces ^ et ceux qui , pendant des semaines entières, vous feraient sentir leur froideur, sans vous en dire le sujet ou Foccasion. Les derniers seraient aussi inutiles que fâcheux ; pour les autres , s'ils voulaient s'examiner sérieusement, ils seraient contraints de reconnaître qu'il y a plus de politique et de flatterie que de zèle et de charité dans leura démarches.

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