CHAPITRE V
Qualités générale» exigée» de l'élrt.
Un bon esprit.
Si cette qualité est rigoureusement exigée pour l'admission, combien plus pour la supériorité !
Qu'est-ce donc que le bon esprit? C'est celui qui voit et qui traite les choses sous leur vrai point de vue , sans les exagérer ni les atténuer 5 qui saisit d'abord le pour et le contre, le fort et le faible 5 qui ne donne pas aux choses plus d'importance qu'elles n'en méritent, et leur donne toute celle qu'elles méritent ; dont l'œil est parfaitement sain , dont le poids est parfaitement juste. Il résulte presque autant de la droiture de la volonté que de l'étendue de l'intelligence ; car, si rintelligence distingue et apprécie les choses dans la spéculation , la volonté se soumet et se détermine dans la pratique.
Le bon esprit est opposé au mauvais esprit et à Tesprit faux. Le mauvais esprit , alors même qu'il verrait la vérité et la justice , ne voudrait pas s'y conformer ; l'esprit faux , quelque bon que soit son vouloir, n'a pas même la faculté de discerner la vérité de Terreur, la justice de l'iniquité.
Tout bon esprit est plus ou moins bon ; il peut faillir quelquefois, sans pour cela cesser d'être bon. Bien qu'il soit, engrande partie du moins , un don de la nature , il est cependant susceptible d'être perfectionné , d'un côté par le déve
ïoppement progressif de rintelligence , de l'autre par Timpulsion toujours plus droite donnée à la volonté. Le mauvais esprit n'est pas non plus constamment mauvais, comme l'esprit faux n*est pas universellement faux. Le mauvais esprit n'est tel que quand il cède aux caprices du moment ou à la pente de la nature 5 et l'esprit faux ne trébuche , le plus ordinairement du moins, que sur certains points et dans certaines circonstances 5 mais alors , comme le vice n'est pas dans le cœur, mais dans la tête, il trébuche inévitablement, et , dans les mêmes circonstances , sur les mêmes points , les mêmes bévues se reproduiront toujours. Sous ce rapport , il est irréformable , et l'on ne peut jamais compter sur lui. Dans une machine , s'il manque une roue ou seulement une dent à une roue , les ressorts crient , et le jeu devient impossible ou irrégulier. Ainsi en est-il des esprits faux : sur ,les autres points tout marche, tout fonctionne ; mais touchezvous à ce rouage ^ f?'t' -vous partir cette délente , le mécanisme se déconcerte, et vous constatez pour la centième fois que vos efforts pour le redresser sont vains et inutiles.
Un Supérieur à esprit faux serait le pire des Supérieurs ; il ne verrait que d'un œil , n'entendrait que d'une oreille , ne pousserait que d'un côté , et entraînerait tôt ou tard la communauté dans l'abîme.
Or le bon esprit se reconnaît à ces traits généraux :
Dans ses jugements, il n'est point téméraire , il sait douter, consulter, avouer son insuffisance.
Dans ses sentiments, il est modéré, égal, positif; il se conserve dans la paix , ne se passionne pas pour des futilités , ne s*adore pas lui-même.
Dans ses discours , il est réservé , discret, précis ; il pense comme il parle , et parle comme il pense 5 il sait garder un secret, et rarement on le surprend manquant de tact.
Dans ses démarches, il est prudent , circonspect ; il examine, pèse, discute, combine les moyens, prévoit les difficultés *, il domine les événement H demeure aioître de luimême, rr^
Dans ses torts, il n*estime point honteux de dire : Je me trompais , je fais mes excuses ; et dans les torts d'aïUnii , il sait excuser, pardonner, laisser tomber une parole offensante, et passer inaperçu un mauvais procédé.
Dans son emploi, il est exact, fidèle, dévoué, désintéressé; il saisit l'étendue de ses obligations, et met tous ses soins à les remplir.
Dans ses rapports avec la communauté, il ne se distingue point de l'esprit de famille; il vit avec tous, comme tous el pour tous.
Une vertu solide.
Rempli des plus belles maximes , et avec le talent d'en remplir les autres , on peut aisémen' «>/êt''e rien moins que ce qu'on fait profession d'être. Le plus digne n'est donc pas celui qui raisonne le mieux sur les vertus et les règles , mais celui qui les a écrites dans le fond de son cœur , s'il a d'ailleurs la prudence et le sens pratique.
Le premier de tous les empires est celui qu'on a sur ses désirs : « Ta cupidité te sera soumise , et tu la domineras. » (Ge7i, iv). Qui a l'autorité sur soi-même, mérite de l'avoir sur les autres 5 qui n'est pas maître de ses passions , n'a rien de fort , car il est faible dans le principe. 11 faut donc que le Supérieur soit un homme habitué à résister à ses passions et à se vaincre. Il n'y a point de puissance , si l'on n'est premièrement puissant sur soi-même; ni de fermeté véritable, si Ton n'est premièrement ferme contre ses propres passions. «. Il faut souhaiter , dit saint Augustin , d'avoir une volonté « droite , avant de souhaiter d'avoir une grande puissance. » (DôTrin. lib. xiii, num. 5 et 6.)
Combien dc't être saint celui dont la fonction est de rendre ies autres saiiV^ I Le sel e« ès-salé, le feu très -chaud , le miel très -doux; sans i-i ^^hi *^"^ ^^ ^^^ pourmit-il assai-
sonner , le feu réchauffer , le miei adoucir ? Le peintre instruit et foime le peintre , le musicien le musicien , le philosophe le philosophe , et le saint le saint. Et comme la vertu des effets est contenue dans leur cause d'une manière plus énergique et plus éminente , il ne faut pas dans le Supérieur une sainteté commune et médiocre , mais très-grande et trèsélevée. Qu'il soit assez riche en grâce pour pouvoir donner à tous sans s'appauvrir , assez solidement établi dans la vertu pour soutenir tous les autres sans avoir besoin d'être lutmême soutenu , assez fervent pour réchauffer les plus froids sans s'attiédir. « Le Prélat , dit saint Bonaventure , doit être « tellement rempli de l'esprit de dévotion, qu'il s'exerce à la « pratique de toutes 1§€ vertus , sans le secours d'autrui (De « sex alis , cap. 2) , par une continuelle vigilance sur lui- « même , attendu que personne n'est là pour l'instruire , l'a- « vertir, le relever. »
Qui ne sait d'ailleurs que la supériorité est comme certains verres qui grossissent tous les objets ? Tous les défauts paraissent croître dans les hautes places, où les moindres choses ont de grandes conséquences , et où les plus légères fautes ont de violents contre-coups. La communauté entière est occupée à observer un seul homme , non pas toujours pour imiter ses vertus , quoiqu'elles soient en grand nombre, parce qu'elles sont une condamnation et un reproche ; mais quelquefois pour copier ses imperfections, quoiqu'elles soient légères , parce qu'elles sont une justification du relâchement.
« Aussi saint Jean-Chrysostôme , après avoir examiné les trois chances qu'on peut courir, ou de ne point avoir de Supérieur , ou d'en avoir un à qui l'on n'obéit pas , ou d'en avoir un mauvais à qui l'on obéisse , n'hésite-t-il pas à conclure que la chance la plus désastreuse est la dernière. Car, quoiqu'il soit extrêmement périlleux de vivre sans guide , on se tient toutefois sur ses gardes quand on sait que nul n'est là pour signaler le danger. De/ lême, quand on a un Supérieur à qui l'on n'obéit pas, il j' pourtant lieu d'espérer que
les corrections et les avis finiront par ramener au devoir. Mais , quand un Supérieur est mauvais et qu'on lui obéit , qui peut calculer la profondeur de l'abime où le Supérieur et les inférieurs vont se précipiter les uns à la suite des autres?» (Nom. 34, ad Hebr. —Ûodesie de Saint-Amable, Parf^ Sup» liv. 1, chap. 16.)
La science compétente.
Vcgcce a dit : « Nul ne doit savoir plus et de meilleures choses que le prince , dont la doctrine peut cire profitable à tous ses sujets. »(De re milit.). « Un prince, dit Saavedra Faxardo, qui aurait besoin qu'un autre parlât pour lui, serait moins un prince qu'une statue. » {Idea principis politico-chnstiani , cap. 4). « Il ne faut pas considérer dans le prince, dit un poète païen, la beauté du visage et la régularité des membres, car cet avantage lui est commun avec les femmes; ni l'éloquence, car c'est un art qu'il partage avec les orateurs et les sophistes ; ni les richesses , car les marchands en peuvent faire des amas ; mais le privilège d'avoir des yeux devant et derrière , c'està-dire la sagesse et la science, qui lui rendent présents le passé et l'avenir, pour régler sa conduite et celle de ses sujets, M (Homère). « Ceux qui ont étudié, dit encore un sage de l'antiquité, voient deux fois plus de choses et deux fois plus loin que les autres : science et prudence, tels sont les flambeaux, ou plutôt, les yeux de la vie humaine. » « Les lettres, disait le pape Jules II , sont de l'argent dans les roturiers , de l'or dans les nobles, et des diamants dans les princes. » « Le plus grand bonheur qui puisse arriver aux hommes et aux empires , dit saint Augustin , est d'être gouvernés par des princes qui joignent à une solide piété une grande capacité pour les conduire. » (De Civit, Dei, lib. v, cap. 19). Avant lui, Platon avait dit : « Heureuse la république où régnent les philosophes » ! Or la philosophie chrétienne se résume en ces deux
mots : science et vertu 3 la science apprend ce qu*il faut faire, la vertu le fait faire ; Tune sans l'autre ne fait rien.
Ecoutons l'Esprit-Saint: « A peine installé, le roi prendra « copie du volume où est écrite la loi de Dieu, et il se servira « pour cela de l'exemplaire fidèle que les prêtres de la tribu « de Lévi lui donneront. Il aura avec lui cette loi, et il la lira « tous les jours de sa vie, afin qu'il apprenne à craindre le « Seigneur son Dieu , qu'il garde ses préceptes, ses cérémo- « nies et tout ce qui est ordonné dans sa loi ; que son cœur « ne s*élève point avec orgueil au-dessus de ses frères, et qu'il « ne se détourne pas du sentier de la justice, ni à droite ni à « gauche, et qu'il règne ainsi longtemps, lui et sa postérité, « sur Israël. » {Deut, xvii). Lire la loi, l'étudier tous les jours, la graver dans son esprit et dans son cœur, pour en faire la règle de sa conduite et de son gouvernement : telle est la condition et le secret pour devenir un bon et grand prince. Aussf le Seigneur veut-il faire miséricorde à son peuple : « Je vous « donnerai , dit-il , des pasteurs selon mon cœur, et ils vous « nourriront de science et de doctrine. » {Jei^em, m). Veut-il appesantir sur lui sa colère : « Je vous livrerai aux mains « d'hommes insensés. » (Ezech, xxi). Et encore : « Le roi in- « sensé perdra son peuple. » (Eccli. x). Et encore : « Le peu- « pie d'Israël passera plusieurs jours sans Dieu, sans loi, sans ft prêtre et sans docteur. » (Parai, lib. 11, cap. 15). Dans Amos, il le menace de l'affamer, en lui ôtant non le pain qui nourrit le corps, mais la parole de Dieu qui nourrit Fâme. (Cap. 8.)
Changeons seulement les termes, et appliquons aux Supérieurs et aux communautés ce qui est dit ici du prince et du peuple. Les inférieurs se dépouillant non-seulement de leur volonté, mais encore de leur prudence, pour se laisser conduire, ce qui peut leur arriver de plus avantageux, est de rencontrer un Supérieur plein de la science spirituelle, qui la fasse descendre sur eux comme le soleil fait descendre la lumière sur ses satellites, car il est dans Tordre que les choses les plus élevées impriment la direction aux plus basses , et co
qui pourrait leur arriver de plus funeste , serait de tomber entre les mains d'un Supérieur inexpérimenté dans les voies de Dieu , qui recevrait les honneurs , la soumission , la déférence , et dont on ne recevrait en échange ni les exhortations célestes, ni les salutaires conseils, ni les divins enseignements de l'Ecriture ; car c'est alors que, punie d'avoir préféré l'insensé au sage, la communauté réaliserait ce proverbe de Salomon : m Celui qui honore un fou, est comme celui qui , passant dece vant la statue de Mercure, augmente par un culte ridicule « le tas de pierres qui lui est dédié. » (Cap. 26). Nommer le Supérieur , c'est nommer l'homme de la science , de toute la science religieuse; il ne doit pas moins briller par cette science que par la sainteté : car si la science sans la sainteté rend arrogant , la sainteté sans la science , fruit de l'étude et de la méditation, rend inutile. Du Supérieur comme de l'évéque, on peut dire avec le concile de Trente, citant la constitution d'Alexandre III : « 11 lui faut la science de ce qui concerne « son office. » (Sess. 24). Est-ce que le Supérieur, lui aussi, n'est pas, au langage de saint Paul , ambassadeur de Jésus- Christ, chargé de déclarer ses ordres, d'interpréter ses volontés, et de négocier les intérêts éternels de ses inférieurs? Mais l'ambassadeur n'est que le porteur de la pensée de son prince : il doit donc avoir le secret de cette pensée, de toute cette pensée 5 faute de quoi, il s'exposerait à contrarier les desseins du prince , à substituer aux idées du prince ses propres idées.
Que le Supérieur connaisse bien l'état religieux en général , ce qui est de l'essence et de la perfection des vœux , les constitutions, règles, décrets et coutumes de son Ordre ; les fonctions de tous les officiers et principalement les siennes ; quelles sont les bornes de son autorité, ce qu'il peut seul, ce qu'il peut avec son conseil. Qu'il connaisse le cœur humain, les divers caractères, les maladies de l'àme et leurs remèdes, les vertus elles moyens de les acquérir. Et afin que, déjà habile et expérimenté, il le devienne plus encore, de peur aussi que le temps et les affaires n'effacent insensiblement ses connaissances, qu'il profite de tous ses moments de loisir pour étudier la rel igion
Tascélisme et son institut. C'est là qu'il doit chercher, démêler , approfondir la pensée et les desseins de Jésus-Christ> dont il est l'ambassadeur ; là qu'il puisera ces traits divins , ces illuminations toutes célestes qui le transformeront en flambeau éclatant et en phare lumineux au milieu de sa communauté , là qu'il composera son miel , comme dit saint Ambroise , du suc le plus exquis des fleurs ; qu'il formera ce riche et précieux trésor d'où il tirera , comme porte la Règle de saint Benoît, des choses anciennes et nouvelles ; qu'il fera de son cœur une bibliothèque vivante , ainsi que s'exprime saint Jérôme , parlant de Népotien ; qu'il remplira son àme de tout ce qu'il y a de plus pur et de plus substantiel , pour donner à propos le lait aux enfants et le pain aux forts , selon cette parole de Malachie ; « Les lèvres du prêtre seront les dépositaires de la science , et « on ira chercher la loi de sa bouche. » (Cap. 2.)
Au reste , la science compétente et nécessaire étant pour le Supérieur religieux, comme pour l'évêque, la science de ce qui concerne son ofîice , varie selon le degré qu'il occupe dans l'échelle hiérarchique. Le premier degré, où se trouve le Général, demande la science éminente qui consiste à pouvoir résoudre les questions les plus épineuses relatives à l'institut en particulier et à la vie religieuse en généraL Le second degré , qui est celui du Provincial , exige la science moyenne qui démêle et éclaircit les difficultés communes , renvoyant à un tribunal suprême ce qui excède son pouvoir et ses lumières. Le troisième degré , celui des simples Supérieurs , se contente de la science suflîsante au moyen de laquelle on satisfait aux obligations ordinaires de sa charge , sachant douter et au besoin consulter. Inutile de dire que telle maison plus nombreuse , ou composée de jeunes religieux , réclame un Supérieur dont la capacité cî rexpérience soient à la hauteur de sa mission.
L*âge canonique.
« La sagesse et la prudence, au dire de Job, sont l'apanage a des vieillards. » (Cap. 12). Et le Sage ajoute : « Le plus beau fleuron des dignités, c'est la vieillesse, parce qu'on la voit marcher dans les voies de la justice. » (Prov, xvi). De là vient que, pour punir Jérusalem, Dieu ne trouva pas de meilleur moyen que d'enlever l'empire aux vieillards : « Je vous donnerai des enfants pour princes » (/s. in) ; et il arriva ce qu'avait prédit Salomon : « Malheur à toi, ô terre, dont le roi est un enfant I » (Ecole, x). Jésus-Christ avait U-ente ans lorsqu'il inaugura sa vie publique; son précurseur avait le même âge lorsqu'il commença sa mission ; et saint Jérôme pense que la primauté de l'apostolat fut confiée à Pierre plutôt qu'à Jean, à cause de sa maturité et de son expérience.
Averrhoës ne fait pas difficulté d'affirmer que les charges sont le lot des vieillards, attendu que leurs connaissances sont plus vastes et plus solides. Platon, dans sa République , défend avant tout d'élever les jeunes gens aux fonctions civiles, tant à cause de leur inexpérience que de la turbulence de leurs passions. Mieux vaut, dit Sénèque, l'ombre d'un vieillard, que l'épéeou l'éloquence du jeune homme. (Ep. 90). Cicéron assigne trois causes de la décadence des plus fermes empires : l'égoïsme , les sourdes inimitiés, et le gouvernement des imberbes. {In Catone). Saint Augustin a remarqué que l'empire romain fut florissant tant qu'il eut des vieillards pour modérateurs, mais qu'à dater du jour où il passa aux mains des jeunes hommes, il pencha vers sa ruine et finit par s'écrouler. Platon, Àristote, Philostrate affirment que l'âge de la prudence consommée est de cinquante à soixante ans.
Toutefois, si la prudence dépend beaucoup de l'âge, elle dépend beaucoup aussi de la maturité du jugement : la vieillesse se mesure moins à la blancheur des cheveux qu'à la sagesse ^ on
peut vivre longtemps, c'est-à-dire acquérir une rare prudence, en quelques années , et vivre peu , c'est-à-dire ne point se former à la connaissance des hommes et au maniement des affaires, en vivant deux tiers de siècle. Ne voit-on pas quelquefois de jeunes hommes presque au sortir de l'adolescence, et des vieillards plus que septuagénaires, ne le céder à personne pour la présence d'esprit, la perspicacité du sens, la fermeté du conseil, la hardiesse dans le dessein et l'activité dans l'exécution?
Basé sur ces considérations, le concile de Trente a porté ce décret : « Qu'aucune Âbbesse, Prieure ou Supérieure, de quel- « que nom qu'on la désigne, ne soit élue, si elle n'a au moins « quarante ans, et si elle n'a vécu régulièrement huit ans de- « puis sa profession. Dans le cas où le monastère n'offrirait « aucun sujet réunissant ces conditions, on en pourrait choi- « sir d'un autre qui toutefois fût du même Ordre. Que si le « Supérieur qui préside à l'élection juge que cela est peu « avantageux à la maison, on sera libre d'élire du monastère « même un sujet qui ait trente ans accomplis et cinq au « moins de profession, du consentement de l'Evêque ou de « quelque autre Supérieur. » (Sess. 25, cap. 7.)
Pour les Ordres d'hommes, d'après le Droit canon, nul ne peut être élu Supérieur d'une maison particulière qu'il n'ait vingt-cinq ans commencés , et Général qu'il n'en ait trente. Quelques Ordres exigent trente ans, même pour les maisons particulières.
Un mot, en terminant, de la santé et des forces de l'élu.
Si le sujet, habituellement malade, est dans l'impuissance de suivre la règle et de présider les exercices ; s'il est obligé de suivre un régime particulier ; s'il est atteint d'une infirmité ou d'une difformité qui inspire le mépris ou le dégoût ; le Droit canon, dans ces trois cas, frappe l'élection de nullité. Il n'est pas ici question d'indispositions légères ou passagères.
Une fois en charge, si le Supérieur contracte des infirmités incompatibles avec ses fonctions, on doit lui conseiller de se démettre; et, en cas de refus, les Supérieurs majeurs sont obligés de le révoquer ou de lui donner un coadjuteur.