‹ Du gouvernement des communautés religieusesChapitre 6 sur 58 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

DeToirs du Supérieur à Tépoqae des élections»

Qu'il soit disposé à quitter la Supériorité avec plus de joie qu'il ne l'a acceptée.

Quand on voit approcher le terme , chercher à rendre sa prorogation ou sa réélection nécessaire par des emprunts, des constructions inachevées , ou même en se conciliant personnellement la faveur des bienfaiteurs ou la confiance de la communauté, au préjudice ou à l'exclusion de tout autre, et, après la déposition , vouloir se mêler encore du gouvernement, ou du moins l'entraver secrètement; critiquer et contrôler tout ce qui se fait , comparer sans cesse le passé avec le présent, et faire naître des regrets et des murmures; former un parti et retenir la confiance , ne pouvoir se résoudre à demander les permissions et à rendre le compte de conscience ; se croire et se dire disgracié , se livrer à la tristesse et se concentrer en soi-même des années entières : ne seraitce pas montrer que la vertu dont on faisait parade n'était ni solide ni sincère , et que l'erreur ou l'injustice n'a pas été dans îa déposition , mais dans l'élection ? « Si les Supérieures , dit « sainte Chantai , sont aussi mortifiées et aussi humbles « qu'elles doivent l'être dans des maisons consacrées à Dieu , « où l'on fait une profession si particulière de mortification et « d'humilité, elles ne croiront point avoir sujet de se plaindre a quand on les déposera. Et si , au contraire, elles en ont de « la peine , il ^raîtra clairement , par ce désir d'être Supé-

« rieures , qu'elles n'étaient pas capables de conduire des « âmes qui aspiraient à une si haute perfection. Quelque « grande que soit la peine qu'ait le Supérieur à déposer une « Prieure , parce qu'elle lui paraît une sainte et qu'elle n'a « que de bonnes intentions , il faut qu'il se fasse violence * « pour remédier à un si grand mal , et je l'en conjure au nom « de Notre-Seigneur. Il ne saurait trop rejeter celte fausse « compassion dont le démon est Fauteur, puisque ce serait « la plus grande cruauté dont il pourrait user envers des « âmes confiées à sa conduite. » (Rép, sur les Conslit.)

Le Supérieur doit donc se tenir toujours prêt à se démettre de sa charge au premier signal de l'obéissance. Nous voyons que saint François d'Assise , saint Dominique , saint Ignace et la plupart des Saints, Fondateurs ou Supérieurs d'Ordres religieux, ont voulu abdiquer la supériorité, tant parce qu'ils ne se croyaient pas dignes de l'exercer, que parce qu'ils étaient persuadés qu'on court beaucoup plus de risques pour le salut en commandant qu'en obéissant. Plus un Supérieur est saint, plus il est disposé à redescendre au dernier rang, non-seulement avec résignation, mais encore avec joie. A l'exemple de saint Paul , il s'estime le plus misérable entre ses frères , et justifie cette maxime , que nul n'est digne de la supériorité que celui qui s'en croit indigne. Le Père Lainez donne trois caractères d'une élection divine : P si l'élu n'a contribué au choix qui a été fait de lui ni directement ni indirectement, s'opposant, au contraire, à ce choix de tout son pouvoir; 2" si l'élection s'est faite canoniquement, dans la paix, sans cabale et sans tumulte, sous l'empire de la raison, et comme sous l'inspiration de Dieu ; 3^ si le Supérieur, loin de se complaire dans son élévation , en éprouve une comusion telle , qu'il n'aspire qu'à reprendre son ancienne place.

Un ange se croit assez chargé du soin d'une seule âme , et un homme faible et pécheur désirerait et se croirait capable d'en conduire un grand nombre I Où prendra-t-il ta grâce, s'il veut s*ingérer lui-même , ou se continuer, en dépit des règles , dans la supériorité ?

Cependant, soit par Tattrait inséparable du pouvoir, soît par l'effet du long exercice du commandement, quelquesuns, rares sans doute, ont bien de la peine à résigner leurs fonctions. On ne descend pas volontiers dans les rangs de la foule quand , par les charges honorables qu*on a remplies , on a été élevé au-dessus d'elle , et la tranquillité que procure la vie privée ne dédommage pas des honneurs dont on jouissait dans la vie publique. Sans doute on répète avec uue affectation mal déguisée qu'on tient un rang dont on est indigne 5 on se plaint du lourd fardeau qu'on est condamné à porter ; on se dit attaché à la croix ; au moment où l'on sort de charge , on annonce que l'on va enûn respirer et goûter quelque repos ; mais , hélas ! ce langage est à la mode ^ on veut se faire honneur des sentiments des Saints, et, en même temps qu'on s'efforce de produire une joie inaccoutumée , on sent au fond de l'âme une plaie douloureuse qui sera peut-être longtemps à se fermer. Bientôt la tristesse prend visiblement la place de cette joie prétendue ; l'embarras succède à cet épanouissement de commande ; on mène une vie insignifiante , peu propre à soutenir les leçons de vertu qu'on avait si libéralement données , et Dieu veuille qu'on ne détruise pas en peu de jours tout le bien qu'on avait fait !

Serait-ce un cas chimérique , dans les congrégations modernes , que celui d'une maison particulière se détachant de la maison-mère, sous le prétexte apparent d'une nécessité locale ou d'un désir impérieux , mais au fond pour satisfaire l'ambition cachée d'une Supérieure intrigante qui , pour avoir commandé trop longtemps, aime mieux rompre avec sa congrégation et en fonder une nouvelle , où elle occupera le premier rang . que de redescendre au rang d'inférieure ?

Qu'il rappelle ei explique au besoin l'obligation d'élire le plus digne. Entre les devoirs que riûslitut et la conscience imposent

dans cette circonstance solennelle, le premier et le plus grave sans contredit est celui-ci. Ce n'est ni aux sollicitations, ni a la faveur, ni à l'amitié, mais au seul mérite qu'on doit accorder son suffrage , agir autrement, c'est se rendre coupable, et envers le sujet indigne ou incapable qu'on élève , et envers la communauté dont on compromet l'avenir.

Les Théologiens, saint Thomas à leur tête, traitant des pasteurs de l'Eglise, établissent qu'il ne suffit pas d'être un sujet digne, mais qu'il faut être le plus digne. Jésus-Christ dit à Pierre : M'aimez -vous plus que ceux-ci? pour montrer que, pour paître ses brebis, il exige une charité supérieure à celle des autres. La nature elle-même avertit que l'élévation du rang emporte l'excellence de la vie : un berger est plus raisour nable que son troupeau, un général plus habile que le simple soldat, un roi plus puissant que ses sujets. « Puis-je croire que vous avez grâce pour me diriger, dit saint Ambroise, si votre vie est encore plus déréglée que la mienne? »

« Ce n'est qu'au plus vertueux et au plus juste, dit Saavedra K Faxardo, que les peuples ont de tout temps accordé le pouvoir « souverain, dans cette double persuasion, qu'ils révéreraient « plus volontiers un prince recommandable par ses vertus, et « que Dieu de son côté serait plus propice à ce prince et face voriserait son gouvernement d'une particulière et visible as- « sistance. Cyrus, au rapport de Xénophon, ne trouvait point « digne de l'empire un homme qui n'était pas meilleur que tous « les autres. » {Op. cit., cap. 18.)

Dès là que j'ai mission de nommer à une charge, je dois nommer le plus digne. Deux choses, en effet, recommandent au dépositaire le soin de l'objet confié : le prix du dépôt et le danger de le perdre; mais quoi de plus précieux et de plus exposé que le salut des âmes? Pour prendre soin de ce dépôt, il est donc nécessaire de choisir celui qui offre le plus de garanties. Le roi est malade, le vaisseau est battu par la tempête, l'armée est en présence de l'ennemi : entre deux médecins, deux pilotes, deux capitaines, choisirez-vous le moins expérimenté? Or le pasteur, lui aussi, est médecin, pilote, capitaine;

VOUS n*élisez pas le plus capable, n'est-ce pas vous rendre responsable, en cas de malheur, de la mort spirituelle des âmes, du naufrage des âmes, de la défaite des âmes? et de quelles âmes !

Donc 1** ne pas élire pour les Eglises les pasteurs les plus dignes, au dire du concile de Trente , c'est un péché mortel. (Sess. 24, c. 1). Donc T élire un sujet indigne, qui n'a ni l'âge requis, ni l'honnêteté des moeurs, ni la science, ni la prudence nécessaire, c'est toujours un péché d'autant plus grave que l'indignité ou l'incapacité du sujet entraînera des conséquences plus désastreuses. C'est ce qu'on peut conclure de plusieurs passages du Droit canon, et d'une foule de bulles et de réponses des Souverains Pontifes.

Qui ne voit que ce qui est dit] des pasteurs de l'Eglise, s'applique du plus au moins aux Supérieurs des communautés?

Toutefois, le plus digne, dit saint Thomas, n'est pas toujours le meilleur en soi, mais le meilleur par rapport à l'emploi. La régularité, la charité, la grâce, les vertus, font sans doute le mérite de l'inférieur et contribuent à sa sanctification personnelle; mais la prudence, la fermeté, le talent, la science, le crédit, voilà ce qui fait le mérite du Supérieur et contribue au bien général ; et non-seulement il n'y a pas acception de personnes à considérer ces dernières qualités et à les préférer aux premières , mais c'est un trait de sagesse et une obligation" pour tout électeur.

Il est même des cas où l'on peut élire un moins digne, sous îe double rapport de la sainteté et de l'habileté, en concurrence d'un plus digne; c'est : 1" lorsque le plus digne est un prédicateur, un professeur, etc., employé plus utilement ailleurs; 2** lorsque cela est nécessaire pour empêcher une faction d'élire un indigne ; 3" lorsque la différence de mérite est de peu d'importance ; 4** lorsqu'une raison grave, dans l'intérêt de l'Eglise ou de la communauté, semble le demander : car il ne faut jamais perdre de vue le plus grand bien et l'utilité commune.

Qu'il prémunisse contre la brigue et la coalition.

Lee statuts de certains Ordres défendent absolument aui religieux, sous peine d'excommunication, de solliciter le» suffrages pour eux-mêmes ou pour autrui, directement ou indirectement ; ils ne laissent pas toutefois de permettre aux électeurs de s'informer des qualités de ceux qu'ils ont dessein d'élire , et aux religieux qu'on interroge de répondre simplement, sans vouloir, comme le porte le texte, ni peisuader fd induire.

En général et sauf les dispositions particulières d'un institut, on peut, d'une part, manifester aux électeurs le mérite d'un sujet pour leur suggérer la pensée de lui donner leur suffrage, ide l'autre découvrir les imperfections d'un sujet pour lequel ils penchaient, afin de les détourner de lelire. Ces sortes d'entretiens et d'informations sont licites : car comment faire un bon choix sans la connaissance des sujets?

« Quand on achète un esclave, dit saint Jean-Chrysoslôme, « on le fait visiter par un médecin, on s'informe auprès des voi- « sins, on le prend d'abord à l'épreuve , on demande toutes « sortes de garanties ; et pour élire un Prélat on donnera sa « voix au premier venu, sans considérer les qualités qu'il « possède? N'est-ce pas se rendre responsable de tout le mal tt qu'il pourra faire? » « L'examen qui précède l'élection du Prélat doit être d'autant plus sévère, dit saint Grégoire, qu'une fois élu il ne peut plus être jugé par personne, attendu qu'il ne relève que de Dieu. » (L. 2 Reg,, ind. 11, Ep. 29.)

Mais il faut : V que celui qui éclaire les autres ne soit pas un homme de parti, qui cherche à faire triompher sa faction ; 2° qu'il ne se soit pas entendu avec le religieux en faveur duquel il parle 5 S** qu'après les données reçues sur le mérite de tel sujet , les électeurs ne délibèrent pas entre eux à l'effel de réunir sur lui leurs voix, parce que, si la consultation

est permise , la convention ne Test pas et ne peut jamais letre.

Dans les communautés de femmes, le délégué de l'évêque doit laisser la plus entière liberté, afin que l'obéissance soit d'autant plus spontanée que le choix de la Supérieure l'a été davantage. Qu'il se garde d'imposer son opinion personnelle, et évite de rien dire et de rien faire qui gêne la liberté des votes; qu'il prémunisse les religieuses contre le respect humain et la timidité; quil s'assure qu'aucune pression n'a été exercée sur elles. Combien , hélas ! rencontre-t-on de communautés où les cœurs sont à la gêne, où tout se traîne dans la même ornière, où les officières indéfiniment maintenues et laissées à elles-mêmes deviennent de petits tyrans, parce qu'une Supé^ rieure a trouvé le secret de s'éterniser dans sa charge, soit en circonvenant l'autorité à qui elle en impose, soit en disposant si bien les choses qu'on ne puisse se passer d'elle, soit en ôtant à ses inférieures la pensée ou le moyen de faire l'élection autrement que pour la forme î Si le délégué est consulté, et qu'on lui nomme un sujet qu'il juge moins capable, il peut, sans parler des défauts de celui-ci, composer avec les qualités du sujet qu'il a en vue un portrait du bon Supérieur si ressemblant que chacun l'y reconnaisse sans peine.

« L'élection de la Supérieure générale, disent les Jnalecta , « doit être faite en Chapitre général. Le concile de Trente « suppose clairement que l'élection des Supérieures a lieu ca- « pitulairement , puisqu'il défend de suppléer les votes des « absentes. On ne permet donc l'élection par billets que dans « les cas extraordinaires, et il est nécessaire de consulter la a Sacrée Congrégation. A plus forte raison, ne permet-on pas « de confirmer la Supérieure générale dans sa charge sans « convoquer le Chapitre. C'est gêner la liberté de l'élection K que de communiquer aux électrices une liste de noms sur « lesquels elles peuvent porter leur choix; cette liste n'est «t donc pas autorisée. L'évêque du diocèse où le Chapitre gé- « néral a lieu, le préside en qualité de délégué du Saint-Siège. » {^nal. livr, 45). « Dans les Ordres contemplatifs, le Supérieur

« général exerçant une action assez restreinte sur les maisons « de l'institut, le Chapitre de la maison -mère élit : ainsi les « Chartreux, Cîteaux, Prémontré. Les choses se passent au- K irement dans les instituts voués aux œuvres de la vie active. K C'est pourquoi la Sacrée Congrégation exige que l'élection « du Supérieur général ait lieu en Chapitre général. Comme il « ne faut pas que le pouvoir du Général soit absolu et sans « frein, de peur qu'il ne tourne au caprice et à l'oppression, « les principales affaires sont soumises au vote délibératif du ce Conseil supérieur. » (Ihid. livr. 54.)

L'élection faite, que le Supérieur déposé soit le premier à faire publiquement sa soumission humble et filiale à son successeur; et, rendu à lui-même, sous les yeux de Dieu, les Règles à la main, qu'il examine sérieusement s'il a conservé à la discipline sa vigueur, s'il a fait acquérir à chaque religieux la sainteté que Dieu exigeait de lui, s'il est devenu lui-même plus mortifié, plus humble, plus uni à Dieu, plus charitable envers ses frères, et plus amateur de l'obéissance.

Avis de sainte Chantai aux Supérieures élues et aux Supérieures déposées, sur les rapports qu'elles doivent avoir entre elles. j

a La Supérieure élue doit porter un cordial respect, qui « paraisse devant toutes les soeurs , à celles qui sont déposées, « quelles qu'elles soient, se servant de leurs avis et conseils, « comme dit la Règle. Mais tout particulièrement il faut « traiter de cette sorte celles qui ont été des premières à la fon- « dation et qui en ont porté le faix et le soin principal, ne les « maîtrisant , ni humiliant et mortifiant comme l'on fait des « autres sœurs, surtout en public, sinon qu'elles y fissent des a choses extravagantes. Elle doit tâcher de suivre, autant qu'il « lui sera possible, le train de celle qui l'a précédée, honorant « et approuvant son gouvernement, sans jamais le censurer « ni picoter, bien que peut-èti'e elle en pût avoir quelque

« sujet. Car ce serait présomption, de penser mieux faire (fue « les autres; et un défaut de chanté, de se vouloir exalter et « faire connaiire meilleure que celle qui nous a précédée, « Une âme humble , sincère et droite , pour ne point blesser « la charité due à celle qui l'a devancée, couvrirait avec toutes « sor(es de soins les fautes qu'elle pourrait avoir commises , et «f ne les réparerait qu'insensiblement et avec une si prudente « charité, que personne ne s'en apercevrait. Enfin, il faut tenir « en main notre grande Règle, ne faisant à autrui que ce que « nous voudrions qui nous fût fait. Elle ne doit aussi témoi- « gner aucune aversion ni jalousie, si elle voit que les sœurs « la respectent comme elles doivent. Si elles désirent lui « parler quelquefois , elle doit leur donner congé avec une « grande franchise et charité, afin que les sœurs ni la déposée « ne soient point gênées pour cela. Que si les sœurs mante quent à lui rendre leur devoir, elle les doit redresser. Car, « croyez moi , que rien ne déplaît tant à Dieu que le péché « d'ingratitude, et l'oubli des biens et bénédictions que l'on tt reçoit d'une bonne et charitable Supérieure.

« Celles qui sont déposées de la c' arge de Supérieure se « doivent rendre exemplaires en toutes vertus et faire paraîtra a qu'elles ont appris en commandant la bonne leçon de « l'obéissance et soumission qu'elles ont enseignée aux autres. « Par le rang dernier que la Hègle leur marque , elles sont « averties de se tenir en grande humilité, mais humilité suave « et douce, sans gène ni contrainte, se maintenant dans une « sainte liberté parmi les sœurs, et même avec la Supérieure, « quoique avec très-grand respect ; en quoi elles doivent servir « d'exemple aux sœurs, de toutes autres vertus. Elles feront fort « bien de vider leur esprit du soin du gouvernement, et de le laisser, comme elles y sont obligées, à celle à qui Dieu l'a « remis, ne désirant ni procurant de savoir ni plus ni moins des affaires que ce que la Supérieure leur en voudra communiquer ; cl que jamais , ni par un biais ni par un autre, elles ne désapprouvent ni censurent sa conduite. Dans les choses « où elles verront que la Suoéricure aura besoin d'avis, elles

« le lui doivent donner avec franchise. Elles se doivent bien (c garder d'aitirer les filles à elles, mais elles les doivent con- « tin uellemenl porter à leur Mère, ne témoignant aucun désir K de leur parler, au contraire, elles les doivent détourner <c d'en demander le congé, sinon que la Supérieure leur eût « témoigné qu'elle le désirât pour l'ulilité de quelques-unes* <( Elles doivent avoir grand soin de faire profit du temps que ce Dieu leur donne pour vaquer à elles seules et à leur perce feciion. Que si la Supérieure élue et la déposée se comporte tent avec esprit de sincère charité, tel qu'il doit être entre « les vraies filies de la Sainte Vierge et de notre bienheureux « Père, mon Dieu, que de bénédictions sa bonté répandra et (c sur elles et sur toute leur communauté , laquelle recevra « une admirable édi(icalion, de voir cet esprit d'union parfait ce entre elles! » {Lelir es secrète.^,)

Dans ses réponses sur les Constitutions, la Sainte parle du respect qui doit être rendu à la déposée par la communauté : c( Les sœurs lui doivent porter beaucoup d'honneur, ce comme dit la Règle, lui témoignant de la gratitude de la ee peine qu'elle a eue après elles, se gardant bien de jamais « rien dire ou faire qui montre qu'elles désapprouvent son ee gouvernement, ni en générai ni en particulier. Elles ne doice vent pas aussi la ramener par exemple à l'autre, en conee frontant son gouvernement avec celui de la Supérieure élue, ce et exprimant des regrets; car elles doivent transférer de tout ee leur cœur l'honneur, l'obéissance, l'amour et confiance à ce celle que Dieu leur a donnée présentement. »

ce II serait extrêmement à désirer, dit-elle encore, que les Suce périeures aimassent fort à demeurer après leur déposition aux ee maisons qu'elles ont gouvernées, afin qu'elles enseignassent ce dans la soumission, par l'exemple de leur profonde humi- <e lité et exacte observance, ce qu'elles ont fait de parole. Il n'est ce pas croynhls combien cela leur serait utile et à la maison. <e Je sais les grands fruits que quelques-unes en ont tirés. Car <i nul ne sait ce que c'est de la vraie soumission, qui ne l'a pratl- « quée après avoir longuement gouverné» Je fais tant d'état de

— Bill celles qui se comporlenî comme il faut en cette occasion, « que j'estime que c'est une des bonnes preuves qu'elles puis- « sent donner de leur vertu. Ce point me semble important, a pour nous maintenir dans l'humilité et simplicité de notre ce esprit ; bien que, si nos Supérieurs nous voulaient employer « ou rappeler, nous devons obéir. » (Ibid.)

Elle répondit à une déposée qui s'était plainte amèrement de la Supérieure élue : « J'ai reconnu dans votre lettre un « esprit trop ardent et sévère à l'endroit de la Mère Supérieure, « et que vous manquez au l'espect et à la soumission que vous « devez à Dieu dans sa personne. Vous le faites sous le prête texte de zèle, ma chère fille ; mais c'est un faux zèle, qui ne « procède pas de la cliarité qui nous fait agir en toute chose « avec humilité et douceur; mais il procède de votre esprit « naturel, qui est impérieux, sensible, peu compatissant et « peu endurant. En ce que vous reprocnez à la Mère, il y a plus « de faiblesse que de malice; elle doit être excusée, supportée « et soulagée: car la supériorité ne donne pas la capacité et « la perfection. Je vous conjure de vous comporter désormais « envers la Supérieure , comme il était raisonnable qu'elle « se- comportât envers vous , quand vous portiez la change. « Quand nous avons des supériorités, exerçons-les selon l'es- « prit de Jésus-Christ qui est humble et doux •, quand nous ne « les avons plus, soyons bonnes inférieures, comme nous vou- « drions que fussent les sœurs , si nous étions Supérieures : « car autrement la balance ne serait pas juste. » ( Ibid.)

Qu'ajouter à ces magnifiques paroles de sainte Chantai , sinon ce quelle ajoutait si souvent à ses réponses sur les Constitutions ? « Mes sœurs, il n'y manque que la pratique. »

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