CHAPITRE PREMIER
Om r«sprit d'oraUton nécessaire au âupérieur*
L'esprit d'oraison est nécessaire au Supérieur pour ne point tomber dins la dissipalion et la dureté de cœur.
Bien que toutes saintes, les occupations du Supérieur sont néanmoins accompagnées de beaucoup d'agitation et d'embarras ; et saint Grégoire, après les avoir appelées une tempête de lesprit, avoue que, dans ce trouble et ce tourbillon, l'àme inquiète et distraite peut aisément s'oublier elle-même, fermer les yeux sur les pertes qu'elle fait et les fautes qu'elle commet, demeurer stalionnaire en poussant les autres, et même s'égarer du droit chemin en y faisant rentrer ceux qui s'en détournent. (PasU, P. I, cap. 4 et 9). On doit craindre d'être courbé et appesanti par les actions extérieures, dit saint Augustin, si l'on se soulève l'àme en l'appliquant à la douce et céleste contem-
plation de la vérité. (De Civil, Dei, lib. xix, cap. 19). Sainte Thérèse écrivait à l'évêque d'Osma : « Notre-Seigneur m'a fait « connaître qu'il vous manquait ce qu'il y a de plus fondamen- « tal , l'oraison et la persévérance dans l'oraison : de celte « omission naît l'aridité dont lame souffre. Quand la base « manque , tout l'édifice s'écroule. »
Mais il Faut entendre saint Bernard s'adressant au pape Eugène : « Que votre considération commence par vous, de peur «c que vous ne la portiez inutilement sur le reste , vous étant « négligé vous-même. A quoi vous servirait de gagner le « monde entier, si vous vous perdiez vous-même? Quel- « que sage que vous soyez, si vous ne l'êtes pas pour vous, il « manque quelque chose à votre sagesse : quoi donc? à mon « sens, tout. Quand votre savoir embrasserait l'étendue de la « terre, et la hauteur des cieux, et la profondeur des mers, et « les plus sublimes mystères ; si vous vous ignorez vous-même, « vous ressemblez à un homme qui bâtit sans fondement, et « qui, au lieu d'un édifice, n'entasse que des ruines. Tout ce « que vous construirez hors de vous-même, sera, comme le « tas de poussière, le jouet des vents. Non, celui-là n'est point « sage, qui ne l'est point pour lui-même. Le sage le sera « d'abord pour lui, et il boira tout le premier de l'eau de son « puits. Le premier objet de votre considération, quel est-il? « vous. Et le dernier? vous encore. Ne remarquez-vous pas V que Dieu envoie à la fois et retient son Verbe? Eh bien! « votre verbe, à vous, c'est la considération. Qu'elle s'élance « donc en avant, mais sans vous perdre de vue ; qu'elle parte « sans vous quitter; qu'elle fasse çà et là des excursions sans « vous abandonner. Toute pensée, je ne dis pas contraire, mais « seulement étrangère à votre salut, repoussez-la. Dans l'af- « faire du salut, nul ne vous touche de plus près que le fils « unique de voti'e mère. »
« Eh quoi i dit toujours le même Docteur à ce Pontife, qui « avait été autrefois son disciple , tout le monde vient à vous , « et vous n'y venez point vous-même ! Vous vous donnez à « tous , et vous vous refusez à vous seul ! Chacun a la liberté
« de puiser dans votre sein comme dans une source inlaris- « sable, et vous vous laissez mourir de soif l »
Puis il ajoute cette réflexion frappante de vérité pour quiconque en a fait l'expérience : « Celte dissipation où vous « vivez , cet accablement d'affaires, peut vous avoir été d'a- « bord insupportable ; mais peu à peu on s'y accoutume , on « ne trouve plus ce joug aussi pesant \ bientôt il paraît léger ; « ensuite on ne le sent plus du tout ; enfin on en vient jusqu'à « l'aimer et à s'y complaire. C'est ainsi que , par des degrés « insensibles, on tombe dans l'endurcissement de cœur, et de a ce profond abîme dans celui du dégoût et de l'aversion des a choses saintes. Il est donc de la prudence devons retirer par a intervalles de vos occupations , avant qu'elles ne vous entraî- « nent où vous ne voudriez pas aller. Eh ! où m'entraîneraient- « elles, dites-vous? Je réponds: dans l'endurcissement de « cœur. Qu'est-ce donc que l'endurcissement de cœur? Si « vous me faites cette question , et que vous ne soyez pas saisi « de frayeur en entendant seulement nommer cet état funeste, « je dis que vous y êtes déjà. » {De Comid.^Yih. i, cap. 5 ; lib. II, cap 3.)
Un disciple de saint Bernard , Gilbert , ajoute de nouveaux traits à la peinture de cette dureté esquissée par son maître : « Le dégoût des choses de Dieu entraîne toujours le trouble « de i'àme , le chagrin de l'esprit, la fierté dans les paroles, « fimmodesiie dans la tenue *, un visage morne et sévère , un « geste dissolu 5 nulle inclination à obliger, point de cœur, à « peine le sens commun dans les jugements portés sur autrui. « La vertu est bannie , la dévotion éteinte \ nul accès aux bons « religieux , moins encore au divin Epoux et à ses grâces ; a fégoïsme et les pensées du siècle ont tout envahi. » {Serm, 29, inCanU)
Que le Supérieur se prémunisse donc, par l'oraison du matin , contre la dissipation inséparable de sa charge ^ qu'il se bâtisse une solitude intérieure pour s*y recueillir au plus fort de ses occupations , et qu'il ait soin , le soir, de réparer, dans de nouvelles communications avec Dieu , les pertes de la jowî>
née : sans cela , il court risque, en s'employant au secours de ses frères, de ressembler à ces bâtons desséchés qui soutiennent les ceps de vignes , et laissent ceux-ci porter des fruits, tout en demeurant eux-mêmes stériles et sans vie.
L'esprit d'oraison est nécessaire au Supérieur pour agir constamment sous la dépendance et dans l'esprit de Dieu.
Ce qu*est Dieu dans l'univers , le Supérieur l'est à un certain degré dans sa communauté. Lieutenant de Dieu et dépositaire de son autorité , il doit, autant qu'il est en lui , parler et agir comme Dieu agirait et parlerait à sa place , et gouverner ses religieux comme Dieu gouverne ses créatures.
Dieu est partout; il voit et examine tout sans se montrer; il se fait entendre sans parler sensiblement ; il pourvoit à tout sans oublier ou négliger une seule de ses créatures *, son empire est marqué au sceau de la prudence et de la sagesse, de la force et de la constance ; les fins qu'il se propose sont toujours dignes de lui ; les moyens qu'il emploie ne sauraient être plus saints ni plus sûrs ; Dieu punit et récompense avec équité et sans acception de personnes •, il s'accommode aux caractères et attend, pour agir, les moments favorables : les faibles, il les encourage; les affligés, il les console ; les bons, il les rend meilleurs ; les méchants , il s'efforce de les gagner par les prévenances de la grâce; s'il faut châlier, il châtie en père, au-dessous du mérite et toujours en vue de l'amendement ; au milieu d'une si prodigieuse multitude d'affaires à traiter, de personnes à entendre, d'événements à conduire, Dieu conscve une paix inaltérable , soit qu'il écoute ou réponde, qu'il reçoive des louanges ou des outrages, qu'il décerne des récompenses ou inflige des châtiments; il reste inumement recueilli en lui-même, sans jamais suspendre ses opérations intérieures.
Tel est le mudcle que le Supérieur doit contempler et élu-
dier sans cesse , afin de retracer dans son couvemeTTïcnl les pcrfeclions divines : la majesté, par sa gravité et sa modestie ; la puissance, par son énergie et son courage ; la sagesse , par ^a prudence ; la bonté , par sa douceur et son affabilité ; l'imirensité, par sa vigilance ; la providence , par ses soins assidus ; la libéralité, par sa bienfaisance; la charité, par sa paternelle tendresse; la justice, par son impartialité; la miséricorde, par sa compassion et son indulgence; le calme, par sa Iranquilli:é ; son immutabilité, par sa fermeté ; leterniié même, par son invincible persévérance dans raccomplissement de ses devoirs. [La Guide des Supérieures Avis v. )
Quiconque, dans la supérioriié, se montre un peu attentif à la marche de la Providence , découvre bientôt qu'il n'est pas seulement le vicaire de Jésus-Christ, mais Tinstrument dont Jésus-Christ veut se servir et dont il se sert, pour ainsi dire, bon gré mal gré. On a beau compasser dans son esprit tous ses discours et tous ses desseins , loccasion apporte toujours je ne sais quoi dimprévu , de sorte qu'on dit et qu'on fait toujours plus ou moins qu'on ne pensait ; et cet endroit inconnu à riiomme dans ses propres démarches , c'est l'endroit secret par où Dieu agit et le ressort qu'il remue. S'il gouverne de cetlc façon les hommes en particulier, à plus forte raison les gouverne-t-il en société. Il agit surtout sur le mouvement principal, par lequel il donne le branle à chaque membre de la société: « L'homme dispose ses voies, mais Dieu conduit ses « pus. » (Prov, \yi). Plus l'ouvrage du Supérieur est grand, sublime, divin; plus Dieu se Test réservé, et plus le Supérieur doit s'abandonner à ses conseils. En vain le Supérieur s'imaginerait être Farbître de son sort à cause qu'il l'est de celui des autres , il est plus gouverné qu'il ne gouverne : « 11 n'y a « point de sagesse, il n'y a point de prudence, il n'y a point « de conseil contre le Seigneur. » (^Prov. xxi.)
Fénelon , qni écrivait ces lignes a une Supérieure , ajoute : « Tenez donc votre esprit continuellement uni à Dieu ; laissezvous diriger par lui en toutes choses ; entretenez avec lui un commerce fréquent et cordial ; dites-lui confidcmmenî tout ce
que vous savez ; demandez tout ce que vous ne savez et ne pouvez pas, et que vous avez besoin de savoir et de faire. Sans cette union , vous ne manqueriez pas de suivre vos vues et vos idées plutôt que les vues et les idées de Dieu , et de faire fond sur ces petites industries qui périssent et que Dieu ne bénit pas. Avec cette union , vous connaîtrez les voies de Dieu dans les âmes, et les besoins des âmes, et les moyens de les aider ; Dieu vous ôtera votre esprit pour vous donner le sien , car il faut qu'il soit lui seul en toutes choses ; et quand Dieu sera tout en vous, il atteindra d'un bout à l'autre avec force et douceur, et vous ferez par la ferveur ce que vous n'auriez jamais fait avec toute la sagesse humaine. »
« Trois choses , dit Modeste de Saint-Amable , nous font réussir dans nos desseins : l'humble défiance de nous-mêmes, la droiture de nos intentions, et la prudente circonspection ; or l'oraison n'est qu'un sincère aveu de notre insuffisance , qu'un témoignage éclatant de la pureté de nos motifs , et qu'une attention sérieuse à nos démarches. » {Parf Sup., liv. ii, chap. 2). Dieu ne peut donc manquer de bénir celui qui , pour agir constamment sous sa dépendance et dans son esprit, le prie constamment.
L'esprit d'oraison est nécessaire au Supérieur pour se démêler des difficultés et aider efficacement ses inférieurs.
L'oraîson fut toujours regardée comme la mère de la prudence et l'oracle de quiconque exerce raulorité. Celui qui juge et décide à chaque instant, doit à chaque instant recourir à Celui au nom duquel il juge et décide. « Moïse entrait dans le « tabernacle et en sortait fréquemment , dit saint Grégoire, a Dans les affaires douteuses , il alla toujours auprès de a l'Arche où reposait la loi, pour consulter le Seigneur ; ensei- « gnant aux pasteurs, par son exemple , que, si les affaires « qu'ils règlent au dehors deviennent embarrassantes, ils
« doivent rentrer en eux-mêmes et consulter en quelque sorte « le Seigneur devant TArche où repose sa loi , en rappelant « à leur souvenir les paroles de TEcriture qui peuvent avoir « rapport aux difficultés qui les occupent. » {Past, P. il , cap. 4.)
Qu'un homme inconnu à la cour, rencontrant par hasard les portes du palais ouvertes , pénètre jusqu'au roi et lui présente sa requête; au lieu d'être écouté, ne sera-t-il pas chassé ignominieusement ? « C'est ainsi , dit saint Pierre Damien , qu'un Supérieur, peu familiarisé avec Dieu par Voraison , qui ne l'aborde que rarement et seulement dans les besoins extrêmes , au lieu de recevoir un favorable accueil lorsqu'il viendra implorer son secours dans une nécessité pressante , se verra éconduit sans avoir obtenu ce qu'il demandait. » (Ep 15, ac/ Jlex. p;/p.), « Ce serait bien pis encore, dit saint Grégoire, si cet intercesseur avait justement provoqué par sa conduite le courroux du prince ; sa seule présence ne porterait-elle pas jusqu'au comble l'exaspération dans l'àme de celui qu'il voulait fléchir? » {PasL?. I, cap. 2.)
« Lisez , mais préférez l'oraison à la lecture des livres de « science, écrivait encore Fénelon à la même Supérieure, C'est « dans la prière seule que vous trouviez le conseil, le courage, « la patience, la douceur, la fermeté, le ménagement des « esprits. C'est là que vous apprendrez à gouverner sans trou- « ble. Si vous décidez et si vous agissez sans prière, votre « propre esprit vous agitera beaucoup, vous attirera bien des « contradictions, vous causera des doutes et des incertitudes « très-pénibles -, mais, si vous êles fidèle à la prière, votre pur- « gatoire se changera bientôt en paradis terrestre , et vous « ferez plus de bien en un jour que vous n'en faites en un mois « dans le trouble. »
Nous ajouterons : tendez toujours à calmer votre esprit en l'unissant à l'esprit de INotre-Seigneur. Quand vous aurez besoin de conseil , et que les affaires se présenteront à temps et à contre-temps et en tumulte, recommandez-lui la chose dont il s'agit. Un regard tranquille sur votre Maître fera plu?
— eo —
que cette ardear excessive à chercher des expédients. On s'épargnerait bien de la peine, si Ton savait s'abandonner à Dieu» Ne vous empressez point trop pour quoi que ce soit : vous n'avez rien de plus pressant que de vous maintenir en paix ei parfaitement libre devant Dieu.
« Nous semons et nous arrosons, dit le grand Apôtre, mais « Dieu seul donne Taccroissement. » (Corinth, I, cap. 3). « Si le Seigneur lui-même ne travaille à la construction de « l'édifice, dit le Psalmiste, l'homme ne peut faire que d'inu- « tiles efforts. Si Dieu ne veille au salut de la cité, c'est en « vain que veille la sentinelle. » (Ps, cx\y\). Or comment Dieu donnera-t-il l'accroissement aux plantes, comment travaillera-l-il à la construction de l'édifice, comment veiliera-t~il au salut de la cité , si le Supérieur , qui doit arroser, construire, protéger sous îa dépendance et pour la gloire de Dieu , vil par rapport à Dieu dans une perpétuelle indifférence , et s'il ne sait tellement tempérer l'action par loraison, et l'oraison par l'action, que l'une serve à l'autre, sans lui préjudieier jamais ?
« L'oraison du Supérieur, dit saint Jean Climaque, est le casque qui couvre la tête du solitaire » (Grad. 4, num. 2). « Que le Supérieur, dit XInslùut de saint Ignace, soit un « homme d'oraison, et qu'il porte la maison sur les ailes de ses <c saints désirs. » (P. IV, cap. 10.)
Saint Bernard faisait cette recommandation à Beaudoin, abbé de Riéti : « Nourrissez vos Religieux de la parole, nourrissez- « les de l'exemple, nourrissez-les du fruit de vos oraisons. « Voilà bien trois choses distinctes : la parole, l'exemple, To- « raison ; mais celle qui l'emporte sur les autres, c'est l'oraî- « son.» (Ep. 201). Saint Hilaire, archevêque d'Arles, après avoir dit de saint Honorât, son maître, que l'oraison était son refuge et sa ressource lorsqu'il ne pouvait se faire obéir de ses religieux , ajoute : « C'est ainsi que l'oraison d'un « saint ramène les fugitifs, subjugue les rebelles, porte la « conviction au cœur des opiniâtres.» (Jpud Surium , 16 ian.)
« Il faut aux Pasteurs , dit saint Ligori , une double nour- « riture spirituelle, comme aux nourrices, qui doivent se nour» « rir elles-mêmes cl nourrir aussi leurs enfants. Une i^arole, « sortie d'un cœur embrasé de l'amour divin, produira plus « de fruit que mille exhortations sorties d'un cœur froid et « glacé. Or cette flamme de la charité, c'est l'oraison qui la « communique. On apprendra souvent plus en un moment « par l'oraison, que par dix ans d'étude dans les livres.» (Selv. de Oral. ment. ). Saint Grégoire, dans son Pastoral, veut que le Pasteur se conduise de manière à pouvoir arroser de l'eau spirituelle de la dcrfrine les cœurs arides de ses frères; qu'il soit si familiarisé avec la prière, qu'il puisse obtenir promptement du Seign^Mi- ce qu'il lui demandera ; car c'est de lui que le Prophète a di* plus particulièrement : « Tu n'auras « pas encore cessé de parler que je te répondrai : Me voici. » (P. I, cap. 10). « Que le Pasteur, dit-il encore, se rapproche de chaque fidèle par sa bonté compatissante, et soit avancé plus qu'aucun d'eux dans la vie contemplative: de sorte que la méditation élève son âme, ^.t lui inspire le goût des choses célestes , pendant qu'il se charge par commisération des infirmités des autres; ayant également soin que le désir de la perfection ne lui rende point insupportables les faiblesses de son prochain, et que son attention à soulager ses infirmités ne lui fasse pas perdre de vue les choses célestes.» (Ibid. P. Il, cap. 4. )
Concluons. Que le Supérieur se dise souvent à lui-même:
— j'ai les mêmes motifs de vaquer à l'oraison que les autres religieux : comme eux je suis obligé de tendre à la perfection, comme eux j'ai des passions à combattre, comme eux j'ai des devoirs à remplir.
— J'ai, pour y vaquer, des motifs particuliers : je suis tenu à une sainteté plus émincntc, le démon est intéressé à me livrer des assauts plus violents, mes obligations sont plus graves et plus délicates, l'embarras des aHaires me rend le recueillement plus dilïicile.
— Je devrais jaéme, si cela était possible, consacrer d'autant
plus de temps à l'oraison que mes affaires sont plus accablantes : comment, sans l'oraison, découvrir les desseins de Dieu, prendre le meilleur parti, éviter les écueils? comment faire un juste tempérament de douceur et de fermeté, de simplicité et de prudence, de condescendance et de zèle ? Oîi trouver ailleurs que dans l'oraison, la consolation, le calme, la patience, le courage? A quelle autre source puiser, pour faire descendre sur la communauté dont je suis chargé, les grâces, les lumières, les bénédictions célestes?
Au reste, si le Supérieur veut persévérer dansToraison, trois choses lui sont nécessaires : un règlement particulier, la fidélité à l'examen, et la mortification.
Un règlement particulier. Qu'il en concerte les articles avec tant de sagesse, qu'il ne soit pas obligé d'y faire des changements essentiels. Tout doit y trouver sa place : les devoirs publics et les devoirs pariiculiers \ ce qui est dû à Dieu, à la communauté, à soi-même; le temps de la prière et des affaires; ce qu'il faut faire chaque jour, chaque semaine, chaque mois, ou plus rarement. Et cet ordre une fois arrêté et reconnu sage par l'expérience, qu'il ne s*en dispense que pour des raisons de nécessité ou de charité.
La ^délité à Cexamen, C*est là que, recommençant sans cesse à être Supérieur et ne s'accoulumant jamais à l'être, il s'interrogera non-seulement sur ses obligations journalières, mais encore sur ses dispositions et le goût qu'il trouve à commander ; là qu'il observera si les respects diminuent en lui la modestie, si la vérité lui paraît toujours aussi précieuse, si l'esprit particulier ne se substitue pas insensiblement à l'esprit de Tinstitut; là enfin qu'il travaillera à devenir tous les jours plus digne de la supériorité, et en même temps plus indifférent à la gloire d'y être élevé.
La mortification, « L'oraison et la mortification, dit Modeste de Saint-Amable, se sont prêté un serment de fidélité inviolable, à savoir, que l'une n'entrerait jamais dans un cœur sans y introduire l'autre, et n'en sortirait jamais sans elle. C'est, comme l'explique Trithèmc, Marie qui ne peut vivre sans
Marthe, non plus que Marthe sans Marie : il faut les accueillir ou les disgracier ensemble; quand Tune est malade, i autre ne saurait se bien porter. Et parce nue l'oraison, dans les prélats, doit l'emporter sur celle des inférieurs, leur mortification, par concomitance, doit s'élever au même degré.» (Par/*. Sup,, Hy. II, chap. 4).