‹ Du Hile Pulmonaire Dans La TuberculoseChapitre 35 sur 41 · A4 RS · texte numérisé non relu

A4 RS

elle ne s'oppose à aucune des lois de la physiologie.

Mais la notion de lymphangite rétrograde se réclame d'autres expériences encore.

M. Rouvière nous rapporte dans les Annales d'Anatomie pathologique de 1930 des expériences d'auteurs anglais : Lee, Gabrielle et Braitwaite. Gabrielle lie un canal thoracique ; cette ligature entraîne une dilatation sous-jacente et l’auteur peut ainsi injecter par voie rétrograde les lymphatiques de certains organes. Braitwaite met à nu un ganglion mésentérique, lie sa base, puis il injecte un ganglion sous-jacent. L'injection n’envahit pas le ganglion lié, mais chemine plus haut, grâce à des anastomoses du système lymphatique. De plus, dans quelques cas, l’auteur a pu voir l'injection s’écouler en sens rétrograde vers un ganglion sous-jacent.

Ces expériences ont conduit M. Rouvière à ce raisonnement : « Si l’adénite, à un certain stade de son évolution, produit plus ou moins l'effet d’une ligature, une injection faite dans le ganglion malade peut ou doit se propager en sens rétrograde. » M. Rouvière vérifie ainsi son raisonnement. Il tuberculise des cobayes, puis, après un temps variable, il injecte du liquide de Gerota dans les ganglions de leur pédicule pulmonaire. Chez deux cobayessur trois, il a noté une injection rétrograde des vaisseaux lymphatiques des poumons tributaires du ganglion infecté, en avant du pédicule pulmonaire.

Cette expérience a donc pleinement confirmé les prévisions de l’auteur. Au laboratoire, grâce à de cer-

Ie ea tains artifices, il a pu saisir un phénomène de courant rétrograde lymphatique.

Est-ce à dire que cette expérience, physico-mécanique, pourrait-on dire, peut être entièrement comparée aux phénomènes physio-pathologiques qui se passent normalement dans l’organisme ?

Il est certain qu'une coque scléreuse périganglionnaire peut réaliser une véritable ligature des voies efférentes ganglionnaires. Dans ces cas il est normal d'imaginer comme l’a fait M. Rouvière que la lymphe ne peut plus s'écouler normalement. Mais pourquoi s écoulerait-elle en amont ? Si la voie efférente est fermée, la voie afférente l’est forcément aussi et la lymphe ne saurait l’'emprunter. D'autre part, si l’on admet que cette dernière voie est libre, il faut l’admettre aussi pour la voie efférente et, dès lors, il est inutile d’invoquer une voie anormale rétrograde.

Dans les expériences de M. Rouvière, on peut admettre que dans le cas du cobaye, où l'injection s’est écoulée normalement dans le sens aval, les voies Iymphatiques étaient libres. Dans les deux autres cas où l’auteur put noter une ‘évolution rétrograde il est normal de penser que les voies lymphatiques étaient complètement bloquées et qu'aucun courant normalement ne pouvait y passer. C’est seulement lorsque la pression artificielle fut devenue trop grande qu’elle put rompre tous les barrages en aval comme en amont.

Nous verrons plus loin comment certains auteurs ont réussi à identifier une voie nouvelle possible de dérivation ganglionnaire en cas de coque

EP AE périganglionnaire entravant la circulation normale. Pour l'instant nous retenons que les expériences tentées pour démontrer la « lymphangite rétrograde » ne sont pas entièrement convaincantes. Et si M. Sergent s’y est rallié, il semble finalement que ce soit surtout pour renforcerses interprétations de certaines images radiographiques. Car, écrit-il, les « caractères des images radiologiques ne semblent guère s’accorder avec d’autres interprétations ». |

Reprenons ces images.

PREUVES RADIOLOGIQUES.

Certaines ombres sont, on le sait, pour de nombreux auteurs, les témoins irréfutables de lymphangite rétrograde.

Ces ombres rayonnent du hile dans toutes les directions des champs pulmonaires. Léon Bernard les a décrites avec soin. Elles « tracent des lignes plus ou moins entrecroisées ou séparées, plus ou moins longues, droites ou incurvées, plus ou moins épaisses et régulières » (réseaux linéaires) ou bien encore elles « dessinent par leur entrecroisement comme un filet à mailles vaguement circulaires et plus ou moins larges » (réseaux aréolaires). Les réseaux linéaires représenteraient le reliquat anatomique de la lymphangite rétrograde et de la périlymphangite de la période dite secondaire de la primo-infection. Les réseaux aréolaires représenteraient une « lésion initiale de lymphangite » ou encore un « état-séquelle ».

NT

M. Sergent décrit des ombres quelque peu semblables. Qu’on nous permette de réproduire quelquesunes de ses observations ; elle traduisent mieux que n'importe quelle explication sa pensée.

Dans un cas, M. Sergent note « un empâtement des deux régions hilaires à contours flous, poussant de fins prolongements chevelus, irradiant dans les deux champs et dessinant nettement des espaces interlobulaires ». Dans un autre cas, il constate «un foyer de condensation partant du bhile et se prolongeant jusqu’au grill costal en forme de cône à base interne ; à la limite supérieure du foyer se voit un petit territoire de périlobulite qui se prolonge jusqu'à la clavicule en amincissant progressivement les mailles de son réseau ». Dans un autre cas encore, M. Sergent a remarqué « sous la partie externe de la clavicule gauche un petit nid de périlobulite à l'extrémité d’une traînée linéaire qui part du hile gauche, où se voient quelques taches nodulaires sombres, dont quelquesunes sont noyées dans une sorte de halo ou de brouillard ».

La littérature médicale est riche en descriptions de ces ombres. On regrette de ne pouvoir, faute d'espace, . produire des extraits d'articles, thèses, signés de Mile Renard, de MM. Wignolle, Crouzet, Chabaud. On doit en particulier à ce dernier une forme de tuberculose dite « ganglio-trabéculo-bronchio-alvéolaire ».

Parcourant nos dossiers radiologiques, nous pour: rions, nous aussi, un moment, être {entée d'ajouter des témoignages éloquents à l'actif de la lymphangite

ER

rétrograde. Ces images si spéciales, rayonnant à partir du hile, sont d’autant plus suggestives qu'elles sont plus fréquentes. Mais nous savons combien comporte d'erreurs la lecture des radiographies. L'étude des pseudo-hilites et périhilites fut pour nous une leçon de doute.

Ce doute, M. Bezancçon l’a exprimé avec force dans une page de sagesse. Ayant assisté à la présentation: de la tuberculose « ganglio-trabéculo-bronchio-alvéolaire » de M. Chabaud, il juge ainsi ses postulats radiologiques :

« … L'interprétation des ombres ganglio-trabéculobronchio-alvéolaires donnée par Chabaud nous paraît discutable. M. Chabaud pense que ce sont des images de formations lymphatiques parties des ganglions hilaires. Cela est possible, mais non démontré. Ce sont à notre avis des images qui ont la topographie des ombres vasculaires que l’on voit à l'état normal partir des hiles, qui ont l'air de rayonner à partir des hiles et qui dans ces cas ont une importance plus grande que d’habitude. On ne peut dire qu'une chose dans ces cas : il y a des travées qui ont l'air de partir du hile comme le font à l’état normal les ombres vasculaires, mais pas plus. Il faut éviter de traduire trop facilement en langage anatomique les aspects observés et de croire en particulier que ces images correspondent à des travées de sclérose. Dans un cas où il existait des foyers de tuberculose osseuse multiples et où nous cherchions à nous rendre compte-

par la radiographie de l'état du poumon, nous avions:

AMEN) Le

observé ces ombres dans un des lobes supérieurs ; or le malade mourut et à l’autopsie nous ne constatâmes “aucune lésion scléreuse du poumon; il s'agissait d'ombres vasculaires observées sur un territoire où la circulation pulmonaire avait été anormale. »

On voit que M. Bezançon croit nécessaire de contrôler à l’amphithéâtre l'interprétation radiologique. “Ce contrôle, seul, en effet, peut valider les interprétations radiologiques. C’en est la contre-preuve.

« Le sentiment de la contre-preuve, lisons-nous dans l'Introduction à la médecine expérimentale, constitue le sentiment scientifique par excellence. » « La contrepreuve à en vue, lisons-nous encore, de montrer si la relation établie entre un phénomène et sa cause pro- “chaine est exacte et rationnelle. »

Notre contre-preuve en l'espèce, avons-nous dit, doit -se trouver dans l'étude des pièces post mortem.

Page 1