PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE
Le hoquet, disons-nous, est dans la pneumonie, très probablement la manifestation d’une pleurésie diaphragmatique ou parfois médiastine. C’est, en effet, l'hypothèse la plus plausible, celle qui concorde le mieux avec les faits que nous avons observés.
Qu'est-ce donc que le hoquet? « Le hoquet est une contraction spasmodique du diaphragme déterminant une brusque secousse de la paroi abdominale et thoracique, et s’accompagnant d'un bruit rauque et inarticulé causé par le resserrement de la glotte. » Ch. Eloy. Le hoquet est un acte réflexe dont la voie centrifuge est le phrénique, la voie centripète, le pneumogastrique. Le hoquet peut donc être provoqué :
I. Par l'excitation du pneumogastrique ou des organes placés sous sa dépendance.
IL Par l'excitation du phrénique.
UT. Par l'excitation directe du diaphragme.
D'où trois ordres d'hypothèses que nous allons discuter.
1. — Aclion sur le preumogastlrique. — Le poumon et la plèvre reçoivent leurs nerfs sensitifs du pneumogastrique, et il est permis de se demander si la compression et lirritation des extrémités terminales du vague par linflammation pulmonaire n'est pas capable de pro-
voquer le hoquet. Nous ne le croyons pas, car alors le
hoquet serait un symptôme ordinaire de la pneumonie, au lieu d’être plutôt rare, les extrémités terminales du pneumogastrique étant toujours, en effet, plus ou moins dans des conditions anormales d'irritation, lorsque le poumon est le siège d'une pneumonie, quelle que soit la localisation du processus.
Le hoquet peut-il, dans la pneumonie, être d'origine digestive? Evidemment oui mais alors, on doit trouver dans l’histoire du malade quelque symptôme de troubles stomacaux, intestinaux. péritonéaux ou hépatiques. Rien de tout cela dans nos observations.
En conséquence, nous rejetons l'hypothèse de l'origine pneumogasirique du hoquet dans la pneumonie.
IT. — Aclion sur le phrénique. — Nous pouvons aussi incriminer le phrénique et nous pouvons en expliquer l'excitation de plusieurs façons.
Le poumon hépatisé, par exemple, n'est-il pas capable de comprimer le nerf sur le péricarde? Nous ne le croyons pas, car M. le professeur R. Tripier (1) a nettement démontré que, dans la pneumonie, le poumon n’auomente pas de volume, quelles que soient l’intensité et l'étendue de lhépatisation. Mais, par contre, l'existence d'une pleurésie médiastine expliquerait fort bien l'excitation de ce nerf; celte pleurésie médiastine est tantôt avec épanchement et enkystée: dans ce cas, ilest permis de parler de compression du phrénique sur le péricarde; tantôt cette pleurésie est sèche ou simple-
ment exsudalive et nous admettons, dans ce cas, que les
(x) Butlelin de la Société Médicale des hôpitaux de Lyon. — Séance du
10 janvier 1902.
adhérences en voie de formation enrobent le nerf, le tiraillent en tous sens, d’où son excitation et production du hoquet, bien que le phrénique lui-même soit sain comme l'a prouvé un examen histologique de M. le professeur Devic.
L'existence d'une pleurésie médiastrine permettrait aussi de comprendre comment se produisaient les battements dont il est fait mention dans l'observation HI, à propos de laquelle nous avons cité un cas analogue de Graves. Nous estimons que l'on pourrait admettre qu'une collection liquide médiastine enkystée, en eontact direct avec le cœur, transmettait les pulsations cardiaques à la paroi thoracique par l'intermédiaire du poumon fortement hépatisé, ayant pour ainsi dire perdu toute élasticité.
Néanmoins, celte pleurésie médiastine qui explique si clairement la production dn hoquet est une condition bien plus rare que la suivante.
IT. — Aclion directe sur le diaphragme. — Reste l'hypothèse de l'excitation directe du diaphragme. Voici, en effet, comment les choses se passeraient. La pneumonie ouvre la scène ; pendant son évolution se développe une pleurésie diaphragmatique, sèche ou avec épanchement. Par voisinage, le diaphragme est le siège d'une inflammation, d'une myosite plus ou moins intense, mais suffisante en tous cas, pour irriter le tissu musculaire qui réagit par des contractions brusques et convulsives.
C'est à celle hypothèse que nous rattachons, comme élant la plus vraisemblable, d'abord en raison de la confirmalion que lui donnent nos autopsies, et ensuite, en raison de la coïncidence de quelques autres signes de
pleurésie diaphragmatique chez nos malades.