CHAPITRE SECOND
VH. Le lait est le premier aliment de touslesjeunes mammifères; aucune espèce de cette classe n’en est privée , pas même , quoi qu’on en ait dit, les cétacés et les monolrèmes. C’est donc une loi générale que la vie d’allaitement succède à la vie intra-utérine; la lactation remplace la fonction placentaire à laquelle elle fait suite. Ainsi, c’est d’abord dans le sang maternel , puis dans le lait maternel et dans l’air, enfin dans l’air et dans des substances végétales et animales que nous voyons successivement le nouvel être prendre la matière nutritive, suivant les divers degrés de son développement, depuis la conception jusqu’à la vie complètement indépendante et isolée.
Ces changements merveilleux sont tout- à -fait appropriés aux besoins de Y être , ainsi qu’aux conditions dans lesquelles il se trouve placé. Par cet arrangement , la fonction nutritive est protégée contre toute transition trop subite et par conséquent dangereuse. Le premier aliment dans la vie extrautérine est le lait , c’est-à-dire un liquide préparé, élaboré sous les mêmes influences physiologiques qui ont présidé à la formation du fœtus , et dont l’assimilation sera presque aussi facile que celle du
sang maternel, avec lequel il offre les plus notables ressemblances. L’enfant ne reçoit pas comme le fœtus, d’une manière en quelque sorte passive , sa nourriture ; mais son activité est encore extrêmement réduite. Plus tard , lorsque la respiration aura pris de l’énergie , lorsque la locomotion s’exercera, lorsque l’enfant s’éloignera du sein qui le réchauffe ; alors , pour suffire à ses nouveaux besoins , pour remplacer l’incubation maternelle , pour réparer ses pertes, il demandera une alimentation graduellement plus puissante , telle qu’elle convient aux âges subséquents. Ici encore la transition sera ménagée comme dans tous les actes de la nature.
ïl n’entre point dans notre plan de poursuivre eette étude physiologique. Nous devons seulement constater la convenance parfaite entre la nature de la matière alimentaire qui est donnée à l’enfant et les besoins qu'elle doit satisfaire. Dans l’utérus, le sang maternel , cette chair coulante dont la gestation augmente la plasticité , doit fournir les matériaux nécessaires à la création et à l’évolution rapide du fœtus ; après l’accouchement , le nouveauné possède tous ses organes et ceux-ci n’ont plus qu’à s’accroître, mais leur accroissement est encore très-rapide et l’élaboration de l’aliment doit être prompte et facile. Le lait , qui n’est en quelque sorte qu’un sang décoloré (1) , remplit ces con-
(I) Le sang et le lait ont une analogie de composition et une
ditions; son premier contact avec le système digestif devant aider la mise enjeu de ce système, il possède d’abord une propriété provocatrice , une vertu laxative, temporaire et appropriée à ce but spécial.
VIII. Abordons maintenant l'étude de la fonction dont nous venons de faire connaître le produit.
La lactation consiste dans la sécrétion et l’excrétion du lait. L'allaitement est la transmission de cette liqueur au nouveau-né , il est le complément ordinaire de la lactation : celle-ci complète à son tour le rôle générateur de la femme et est la dernière
analogie de propriétés remarquables. Dans ces deux liquides sont des globules , différents il est vrai , mais que l’on rapproche sans peine lorsque l’on se rappelle que les globules du lait sont presque identiques aux globulins du chyle qui sont les matériaux des globules sanguins. Ils présentent une malière animale, spéciale, azotée, caractéristique de chacun des deux fluides, la fibrine et le caséum , matières chimiquement analogues et se coagulant spontanément; enfin, ils contiennent en dissolution les sels et les divers matériaux nécessaires à la constitution des organes et aux fonctions de l’économie. Pour avoir une idée complète des connexions de ces liquides, il faut ajouter qu’après une injection de lait dans les veines de certains animaux, il a été possible de saisir la transformation des globules laiteux en globules sanguius (Donné, ibid. , p. 96-365). Quant au chyle, il présente aussi à l’analyse une constitution analogue: abandonné à lui-méme, il se sépare en trois parties; l’une liquide, sérum ; l’autre demi-solide, coagulum ; la troisième, qui forme une couche mince à la surface , est une matière grasse.
dans la série des œuvres par lesquelles, depuis le moment de la conception, elle contribue à la formation d’un nouvel être. On peut donc dire avec Burdach que cette fonction continue l’unité entre la mère et son enfant.
Pour étudier la lactation avec fruit , il faut la considérer dans les divers phénomènes qui lui sont propres, c’est-à-dire dans ses éléments constitutifs et dans ses résultats. Cette sécrétion , comme toute fonction de ce genre , suppose la création ou l’existence dans l’économie d’une matière première qui doit être l’objet d’une élaboration et d’une élimination. Ici , plus qu’en toute autre circonstance , il est aisé de comprendre le rôle respectif du système général du corps et d’un organe glandulaire en particulier dans une fonction sécrétoire. Si , à l’égard des sécrétions ordinaires et qui s’exécutent avec calme et continuité , on a pu méconnaître la participation de l’ensemble à un acte dont la manifestation définitive est localisée dans quelque appareil glandulaire , une semblable erreur n’est plus possible au sujet de la lactation dont tous les phénomènes apparaissent avec des caractères évidents et spéciaux.
La lactation n’est pas une fonction instituée pour le profit de l’individu chez lequel elle s’accomplit ; elle est éventuelle et temporaire. Aussi les principales conditions qu’elle réclame sont- elles excep-
tionnelles et de circonstance. Occupant un rang élevé dans la classe des sécrétions, et par son importance, et par le caractère particulier et éminemment organique de son produit , elle révèle toute la puissance des synergies mises en jeu pour sa réalisation.
Nous devons d’abord rechercher quelles sont les conditions de la lactation ; nous l’étudierons ensuite dans son exercice , et nous tracerons enfin l’histoire des maladies qui s’y rapportent.
IX. I ,es conditions peuvent être distinguées en physiologiques et anatomiques.
A. Conditions physiologiques. — Si Ton veut indiquer le phénomène initial de la lactation , on peut dire qu’elle commence avec la conception. Alors, en effet , apparaissent des actions vitales et organiques, qui sont toutes instituées dans un même but, la nutrition du produit. La gestation et la lactation qui la continue sous un mode nouveau , sont l’occasion de changements remarquables dans l’économie de la femme. Ceux que nous avons particulièrement en vue, sont une exaltation vitale prononcée, une véritable pléthore avec prédominance des sucs blancs et lymphatiques , et enfin une propriété plastique plus énergique. La grossesse étant une fonction hygide, et ces sortes de fonctions n’ayant point de symptômes , la grossesse parfaite-
ment régulière ne manifeste point ces états vitaux, insolites, qui restent latents; mais Texagération morbide de chacun de ces derniers s’annonce par des symptômes ; il survient des maladies qui leur correspondent. Ainsi , il y a tendance soit à des inflammations ou à des hémorrhagies, soit à des troubles nerveux, soit enfin à des fluxions séreuses, à des hydropisies, des infiltrations dans l’appréciation desquelles on tiendra compte des effets mécaniques liés à l’accroissement de l’utérus. Des états morbides complexes accusent souvent une origine multiple, et, dans ces cas embarrassants, le praticien aura besoin de recourir à une information analytique très-sévère.
Pendant la gestation , le pouls prend de la vitesse et de la force , et revêt , dit Bordeu , les caractères du pouls fiévreux. Le sang que l’on tire des veines présente le plus souvent une couenne semblable à celle que l’on observe dans les maladies inflammatoires ; le caillot qu’il forme est volumineux et consistant ; la quantité de fibrine dépasse la moyenne normale(l). Quelquefois cependant le sérumdomine, mais il est riche en matière albumineuse. L’appréciation de la quantité d’hématosine, ou de matière colorante , n’a point encore donné de résultats que
(I) Quelques expériences faites sur les animaux par MM. Andral , Gavarret et Delafond , tendraient à établir que la quantité de fibrine du sang; s’élève encore après la parturition.
je doive citer. Quant aux solides , ils s'infiltrent , se ramollissent , se relâchent , ainsi qu'on le voit principalement dans les symphyses du bassin. A tous ces phénomènes qui signalent l’activité créatrice du système entier, si l’on ajoute les caractères que revêlent les états morbides pendant la grossesse , on sera forcément conduit à reconnaître une surabondance d’humeurs , ayant des qualités particulières tout-à-fait en rapport avec la fonction plastique et nutritive qui succède à la fécondation. Celle-ci provoque le commencement d’une pléthore qui acquiert son maximum d’intensité pendant la parturition ; la sécrétion du lait la diminue ensuite, et ramène peu à peu à son rhy thme habituel la force plastique que la fécondation avait tant exaltée.
En même temps que se manifeste cette vie physiologique nouvelle, les mamelles se préparent à leur tour à remplir un rôle d’élaboration et d’excrétion. Intimement unies à l’utérus par des liens sympathiques , elles étaient sorties en même temps que lui du calme des fonctions végétatives à l’époque de la puberté ; aujourd’hui, elles subissent en même temps l’excitation vitale et entrent en jeu dès l’instant même de la conception. La tension , les élancements, le gonflement dont elles sont le siège, l’injection et la coloration de leur auréole , l'hypertrophie de leurs vaisseaux, la sécrétion plus ou moins imparfaite à laquelle elles semblent s’essayer
et qui n’est que le prélude de la lactation , tout indique une nouvelle activité.
Ainsi, la grossesse et le mode d’être spécial qu’elle imprime à l’organisme, tels sont les phénomènes préparatoires, les conditions préalables de la lactation. En conséquence, la modification physiologique qui préside à la formation du lait, est effectuée chez la femme avant l’exercice de la lactation. C’est une habitude nouvelle contractée par l’économie , et dont la considération est du plus grand intérêt au point de vue pathologique.
En outre , ce mode physiologique particulier que nous nommerons puerpéral, peut, par un effort d’abstraction, être considéré comme offrant dans son développement une série de périodes en rapport avec les besoins de la fonction procréatrice. La succession de ces périodes pendant tout le temps de la grossesse prépare de mieux en mieux l’économie à la lactation. Il y a , comme l’a dit Bordeu (1), un organisme tendant graduellement à son objet. Il faut que cette préparation soit complète; il faut, qu’on me permette cette expression , que l’état puerpéral devienne adulte , pour que la lactation s’accomplisse normalement. C’est pour ces motifs que la lactaliou qui succède à l’avortement ou à un accouchement prématuré, est moins parfaite en
(1) Analys. méd. du sang , p. 397.
général que celle qu’a précédée une grossesse régulière. Les causes pathologiques qui s’opposent à cette préparation compromettent l’intégrité de la sécrétion définitive, et c’est ainsi que peut être expliqué le rapport que M. Donné a établi entre les rudiments de cette sécrétion pendant la grossesse et les qualités du lait qui doit servir à l’allaitement.
X. Après avoir formulé ces lois générales, il faut bien signaler les exceptions dont elles sont passibles. La contingence des actes du système vivant sert à nous faire comprendre ces dernières. La satisfaction des besoins particuliers du système , l’appropriation de ses fonctions et de ses organes à cette satisfaction, sont des faits que la physiologie et la pathologie viennent tous les jours mettre en lumière. Ainsi, la lactation pourra s’effectuer alors même que les conditions préalables n’auront pas été exactement remplies. Bien plus, sous certaines influences étiologiques, la lactation peut, en quelque sorte , ne paraître qu’un phénomène local , propre à l’appareil mammaire, ou du moins un acte ne se rattachant à aucune grossesse antérieure , à aucun état puerpéral. Baudelocque (1) raconte qu’une petite fille de huit ans, sourde et muette , ayant appliqué souvent à son sein la bouche d’un enfant
(1) Art des accouch., T, I, pag. 199.
de quelques mois que sa mère allaitait, il lui vint assez de lait pour le nourrir elle-même pendant un mois, la mère n’ayant pu continuer l’allaitement pour cause de maladie. Le lait de cette fille fut examiné par Baudelocque lui-même et par les membres de l’Académie de chirurgie. Bordeu mentionne des faits semblables (1). Une lactation de même nature a été observée chez les femmes adultes (Richer, Chaussier) , comme chez cette vierge romaine qui allaita son père condamné à mourir de faim dans un cachot. On l’a trouvé pareillement chez des femmes très-avancées en âge et même octogénaires (Murat , Pâtissier).
Le journal de la Société de médecine-pratique de Montpellier (2) contient la relation d’un fait remarquable observé par le Dr Audubert , notre ancien condisciple. Une femme de 62 ans, qui depuis 27 ans n'avait pas été mère, amusait sa petite-fille âgée de six mois et qui se trouvait condamnée à une nourriture artificielle , en lui présentant de temps àautre le bout des seins. La succion amena dans les deux mamelles une sécrétion laiteuse riche et abondante, dont le nourrisson profita pendant un an. Deux mois de sevrage s’écoulèrent, et , au bout de ce temps, la succion d’un second enfant rétablit et maintint la fonction comme à l’état normal.
(1) Analyse médicinale du sang, p. 397.
(2) Tom. II, pag. 107 , 1840. r :
Enfin » des observations authentiques prouvent la possibilité de cette sécrétion chez les mâles de différentes espèces animales , et la production chez ces individus d’un lait bien élaboré et nutritif. On connaît le fait incontestable raconté par de Humboldt , d’un laboureur âgé de 32 ans qui , pendant cinq mois, nourrit son fils de son propre lait à l'exclusion de tout autre aliment. Ce célèbre naturaliste constata, plusieurs années après le sevrage , que les mamelles du père avaient le volume et l’aspect des mamelles des femmes qui ont déjà nourri. Burdach a cité plusieurs faits analogues. Parmi les animaux mâles, on a observé de véritables sécrétions laiteuses chez le bouc (Bechstein.) Un bœuf acquit après la castration la même faculté (Stark.) Home cite des cas de moutons allaitant des agneaux , et des taureaux à testicules avortés qui avaient une sécrétion lactée complète (î).
La possibilité de ces dérogations aux lois ordinaires pouvait être rationnellement acceptée avant qu’elle eût été démontrée par l’expérience. La formation des éléments qui constituent le lait est alors provoquée par une cause suppléant la puerpéralité; mais le plus souvent la provocation vient du dehors , c'est l’excitation de l’appareil sécréteur, dont l’action mise en jeu prend sa place dans les
(1) Burdach, Physiol. traduit par Jourdan; T. IV, p. 382.
fonctions de l’économie et suscite un nouveau mode de tous les actes vitaux , d’où résulte la création des produits nécessaires à la lactation , sans que l’harmonie générale du système soit troublée. On observe aussi quelquefois des tendances à une lactation spontanée sous l’influence de causes internes, constitutionnelles , dyscrasiques. Chez les enfants en bas âge dont la constitution se rapproche de celle de la femme et qui possèdent encore, jusqu’à un certain point , les modifications physiologiques qu’ils partageaient pendant la vie intra-utérine, on trouve fréquemment des sécrétions lactiformes des mamelles.
Doit-on admettre des sécrétions d'un véritable lait en dehors de la mamelle ? Haller a dit : que chaque sécrétion spéciale pouvait s’accomplir dans un autre organe quelconque , soit lorsque son organe propre est devenu incapable d’agir, soit quand les matériaux destinés à la produire sont trop abondants dans le sang (I). Burdach admet ce phénomène dans toute son extension (2). En ce qui touche la lactation , si cette question n’est pas résolue d’une manière générale, il paraît néanmoins démontré par plusieurs observations et entre autres par celles dues à MM. Velpeau , V. Siebold et H. Moore, que la sécrétion laiteuse peut avoir lieu dans les tissus voisins de la glande mammaire , et
(1) Eléments physiol. T. VU , p. 17.
(2) Physiol. traduit par Jourdan, T. VIII, p. 243.
situés dans la sphère d’action de cet organe. Du reste, des anomalies analogues s’observent pour d’autres sécrélions spéciales ; la bile s’est trouvée dans un kyste que logeait le médiaslin. Comment comprendre autrement que par une sécrétion locale une semblable production ? Quoi qu’il en soit , s’il se présente des faits nouveaux de sécrétion laiteuse en dehors de la glande mammaire , il est à désirer qu’une démonstration physique et chimique en accompagne l’énoncé.
XL B. Conditions anatomiques de la lactation . — L’appareil mammaire reçoit avec le sang les éléments primitifs du lait ; il exerce sur eux un travail vital , spécifique 9 qui échappe à notre observation comme tous les actes moléculaires effectués sous l’empire de la vie , et qui ne nous sont manifestés que par leur résultat. Pour accomplir cette tâche , l’appareil offre une structure matérielle déterminée , dont les altérations troublent la fonction laiteuse ou même la rendent impossible.
La mamelle est un corps glanduleux , enseveli dans une atmosphère graisseuse, et essentiellement composé de lobules granuleux, blanchâtres, conglomérés et réunis entre eux par un tissu cellulaire dense, membraniforme , et de canaux ou vaisseaux excréteurs, ayant leurs racines dans les lobules et convergeant, en se réunissant par groupes , pour
aboutir à l’extrémité d’une petite éminence spongieuse , érectile, appelée mamelon. Un riche plexus vasculaire appartient à cet organe : des branches des artères thoraciques , des axillaires, des intercostales et des mammaires internes, lui apportent le sang artériel ; les veines profondes accompagnent les artères qu’elles dépassent en volume; il existe aussi de nombreuses veines sous-cutanées qui forment un réseau marqué sous l’auréole. Tous ces vaisseaux acquièrent un accroissement considérable quand la fonction est en exercice. Les lymphatiques disposés en deux couches communiquent avec ceux de l’abdomen, du thorax et du cou, et se rendent dans les ganglions axillaires.
Une juste proportion dans le développement des diverses parties qui entrent dans la composition de la mamelle , ainsi que leur intégrité , sont nécessaires à la lactation. En conséquence , toutes les maladies congénitales ou acquises qui ont eu pour effet d’empêcher l’accroissement convenable de la glande et de l’atrophier , ou d'en altérer trop profondément la structure moléculaire, enlèvent à la lactation une des conditions de son établissement. Il est rare de voir manquer entièrement les mamelles dans l’espèce humaine ; cependant on cite des cas où il n’y avait pas trace de ces organes (Ollivier). On a observé l’absence d’un seul d’entre eux , et celte anomalie a pu se transmettre par héré-
dité (Lousier). Plus souvent il y a une augmentation dans le nombre des mamelles ; et Percy , dans son Mémoire sur les multimammes , en cite des exemples nombreux. On a observé des anomalies de position ou même l’implantation d’une mamelle dans des lieux tout à-fait insolites : tel est le cas rapporté par M. Robert, d’une mamelle surnuméraire située dans la région inguinale d’une femme de Marseille. Un mamelon s’élevant de la partie supérieure de la cuisse a permis l’allaitement du nourrisson (I). En général, ces mamelles surnuméraires , lorsqu’elles ont acquis un certain degré de volume, peuvent donner un lait nutritif et suppléer ou aider les mamelles normales. C’est tout ce qu’il nous importe de constater dans notre travail.
L’absence , l’atrophie ou la destruction du mamelon sont un obstacle à l’allaitement régulier , contre lequel notre art est impuissant. Il en est de même de l’oblitération des conduits galactophores qui parfois est congénitale , mais qui le plus ordinairement est due à une phlegmasie de ces canaux, à la suite de laquelle est survenue la destruction ou l’agglutination de leurs parois. Ces diverses lésions ont été observées, quoique la mamelle eût une conformation parfaite , et alors la fluxion laiteuse s’est portée sur les seins comme à l’ordinaire, la
(1) Physiol. de Blaimille , T. II , et Report, généf. des sciences médicales , T. XIX , p. 6.
sécrétion s’est établie , mais la non-évacuation du produit a provoqué ou favorisé la naissance d’états pathologiques dont il sera question par la suite.
XIL Nous avons fait connaître les changements physiologiques par lesquels la femme se prépare à la lactation , ainsi que l’appareil anatomique qui doit réaliser cette œuvre : nous serait-il permis maintenant de pénétrer d’une manière plus intime au cœur de la fonction , d’expliquer comment la glande emploie à son profit l’état général du système , quel est son rôle rigoureusement déterminé ? Beaucoup de physiologistes ont cherché vainement à préciser la réponse à cette question , et toutes les théories émises sur les sécrétions en général ont été appliquées au fait particulier qui nous occupe. Leur discussion serait oiseuse. Aujourd'hui nous ne voyons point dans la glande un simple filtre destiné à opérer une séparation , comme l’entendaient Descartes et la secte des médecins mécaniciens ; nous n'y voyons pas non plus un acte chimique ordinaire : c’est une action propre, vitale, une œuvre de chimie vivante que nous reconnaissons dans tous ces faits et que la glande opère sur le sang.
Le sang , en effet , est la source de tous les matériaux de sécrétion ; là sont les éléments primitifs dont chaque glande s’emparera suivant la spécialité de son rôle. Il y a donc à la fois dans la
sécrétion un travail d’ensemble préliminaire , interne , plus ou moins latent , et un travail définitif localisé et plus appréciable. L’action synergique de la glande et de l’organisme est indispensable, et l’on n’exprime qu’une vérité en disant que le système entier sécrète le lait par îa mamelle.
Le lait ne se trouve point en nature dans le sang ; mais il nous a été facile de démontrer la grande analogie qui existe entre ces deux fluides. Quelle conclusion physiologique est-il permis d’en déduire ? Nous n oserions certes pas faire rigoureusement l’appréciation quantitative du travail exécuté par chaque glande pour mener sa fonction à bonne fin , et pourtant nous n’avons aucune peine à regarder la sécrétion laiteuse dans îa mamelle comme relativement plus facile et plus prompte. En faveur de cette manière de voir , nous invoquons la similitude et nous dirons presque l’identité de composition du lait et du sang , considérés dans leur analyse élémentaire aussi bien que dans la disposition respective de leurs principes immédiats.
En comparant , sous le triple point de vue physique , chimique et vital , le chyle , le sang et le lait, on est frappé de leurs ressemblances, et l’on comprend l’entraînement de ceux qui , avec l’accoucheur Mauriceau (i) , n’ont vu dans la
(1) Traité des maladies des (ermites grosses, T. 1 , p. 437 , 1 7-1.
lactation qu'une séparation de la partie chyleuse <!u sang (1).
XIII. C. Phénomènes de la lactation. — Deux périodes bien distinctes doivent être envisagées dans cette fonction : la première est celle de son
(I) Richerand est un des physiologistes qui, en raison de l’analogie qui existe entre le lait et le chyle , ont pensé que le premier n’était que le dernier modifié ; ils admettent, en conséquence, que le chyle , au lieu de se rendre dans le torrent de la circulation , remonte dans les lymphatiques des aisselles , puis dans ceux des mamelles , et arrive ainsi dans les vaisseaux excréteurs de la glande. Quelques interprétations forcées ont donné à cette opinion une apparence de vraisemblance qu’il est facile de renverser, en rappelant que cette interversion du cours du chyle et de la lymphe n’a jamais été démontrée , et qu’elle est contraire auv lois de la nature. D’ailleurs, des expériences ont démontré péremptoirement ia fausseté de semblables théories ; je me contente de rapporter celle que MM. Brachet et Fouilhoux de Lyon ont consignée dans leur Physiologie *. Après avoir fait jeûner pendant dix heures une chienne qui avait mis bas depuis quatre jours, on lui fit avaler une grande jatte de lait, demi-heuFe après on fil téter ses huit petits à la fois, afin de produire vers les mamelles une forte direction fluxionnaire , et au bout d’une demi-heure la chienne fut ouverte. Les vaisseaux lymphatiques intestinaux et mésentériques étaient gorgés de chyle ; ils se vidaient tous dans le canal thoracique ou dans les veines, après avoir traversé un plus ou moins grand nombre de ganglions lymphatiques, mais aucun ne se rendait vers les mamelles. Cette expérience, variée et répétée plusieurs fois , amena les mêmes résultats. On ne conservera aucun doute , si l’on réfléchit que tous les jours on voit la fluxion laiteuse la plus intense avoir lieu , malgré la diète la plus rigoureuse imposée aux nouvelles accouchées.
* Physiologie élémentaire , ail. 7, ÿ. 81.
établissement , de son institution ; la seconde est la période d 'état qui succède à la première.
lre Période. — Dans les derniers temps de la grossesse , l’activité de la glande mammaire se manifeste déjà par une véritable sécrétion. Mais ce n’est qu'après l’accouchement que, sous l'influence d’un stimulus nouveau, ces organes deviennent le siège d’un travail énergique. La parturition a détourné le mouvement lluxionnaire qui se portait vers les organes pelviens , et où il n’aurait plus d’effet utile. Les mamelles l’attirent à elles, le reçoivent , et , à leur tour, elles vont jouer le premier rôle. Ces changements se révèlent par un ensemble de phénomènes décrits sous le nom de fièvre de lait.
Vers la lin du troisième jour, après la parturition, il se manifeste des lassitudes, des frissons vagues et légers auxquels succède une chaleur halitueuse ; la réaction fébrile se prononce ; la face est rouge et animée ; il y a céphalalgie, perte d’appétit et constipation ; le pouls , d’abord petit et serré , devient large et souple ; les lochies diminuent ; en même temps les seins se tuméfient , et éprouvent une tension douloureuse qui se propage jusque sous les aisselles et gêne les mouvements des bras et la respiration. Telle est la marche habituelle de la fièvre de lait , dont des sueurs abondantes ou l’écoulement
du lait par les mamelons favorisent la prompte terminaison.
Cette fièvre présente un grand nombre de variétés ; assez souvent tous les phénomènes sont moins sensibles , et l’on ne remarque quelquefois qu’un gonflement modéré des seins avec un peu de réaction; d’autres fois, enfin, il n’existe aucun symptôme perceptible, et cette circonstance se lie généralement à une lactation insuffisante. La durée de la fièvre est de 24 à 48 heures; mais ce terme, non plus que l’époque de son apparition , n’a rien de limité. Il n’est pas rare de voir la fièvre se calmer pour se réveiller ensuite avec plus d’intensité, sans que , dans ce mouvement fébrile , on puisse reconnaître un état morbide différent (Desormeaux). Elle est ordinairement moins intense chez les primipares, ainsi que chez les femmes qui , peu de temps après la délivrance , commencent l’allaitement. La continuité de la fièvre pendant plusieurs jours est une circonstance fâcheuse. Il en est de même de l’intensité du frisson initial qui mérite une égale attention, et qui peut annoncer l’invasion de quelque grave maladie.
On a longuement discuté sur la nature et l’étiologie de cette fièvre. Certains auteurs , la réduisant aux mesquines proportions du retentissement d’une lésion locale, l’ont appelée symptomatique d’une distension du tissu des mamelles ( febris à disiensione
mamrnarum , Monteggia) ; d’autres en ont fait une fièvre traumatique, en assimilant la surface interne de l’ utérus après la délivrance à celle d’une vaste plaie (Van-Swieten , Visenmann). Levret , plus sage , n’a voulu y voir que la manifestation d’un changement dans les mouvements de la nature qui de l’utérus se portent sur les seins. Pour nous, en nous rapprochant des idées de ce praticien célèbre , et sans entrer dans toutes les discussions qu’a soulevées ce point de doctrine, nous dirons seulement que la fièvre de lait est , à nos yeux , la manifestation des actes synergiques du système , ayant pour but de porter sur les mamelles les mouvements fluxionnaires qui, jusqu’alors, étaient restés fixés sur l’utérus , et de concentrer sur ces glandes les éléments de leur sécrétion. Les diverses circonstances qui se rattachent à la parturition , les conditions individuelles du sujet, et enfin les influences extérieures qui agissent sur lui, peuvent imprimer à cette fièvre des caractères particuliers qui seront pris en sérieuse considération.
Lorsque le calme a succédé à l’agitation , la sécrétion est définitivement établie. Le premier produit est le colostrum , dont nous avons déjà décrit les caractères appropriés à l’état des voies digestives de l’enfant; bientôt il est remplacé par le lait qui doit servir à l’alimentation de ce dernier.
XIV. 2e Période. — Après les circonstances propres à la mère et en vertu desquelles la sécrétion laiteuse s’est opérée, il faut placer celles qui se rattachent à l’action du nourrisson sur le sein maternel. L’allaitement est une condition du maintien de la lactation , et , lorsqu’il n’a point lieu , il doit être suppléé par un moyen d’extraction artificiel. Nous avons déjà démontré que le lait s’appauvrissait par un long séjour dans la mamelle ; nous ajouterons ici qu’il disparaît entièrement , si son émission n’a pas lieu au fur et à mesure de sa production. Lorsque la mère présente le sein à l’enfant , celui-ci embrasse exactement le mamelon avec la langue et les lèvres, et prend le fluide nutritif. La plupart des physiologistes (1) n’ont vu dans cet acte du nourrisson qu’une aspiration pulmonaire, et ont comparé la bouche de l’enfant à une ventouse dans laquelle l’inspiration opérerait le vide. Pour cela, ils supposent que le voile du palais se relève et s’applique exactement contre le pharynx, de manière à fermer l’ouverture postérieure des fosses nasales. Cette opinion est contraire à la vérité , et , pour la réfuter, il suffit d’étudier attentivement le phénomène. En effet , les fosses nasales restent ouvertes , puisque l’enfant respire au moment même de la
(I) Àlibert, Brachet et Fouilhoux, etc.
succion ; celle-ci se passe dans la bouche, et la pression des lèvres se joint à un véritable mouvement péristaltique de la langue qui embrasse circulairement le mamelon. C’est sans doute pour ces motifs qu’il y a ordinairement chez l’adulte inaptitude à exécuter la série d’actes qui constituent la succion , et qui chez l’enfant sont purement instinctifs.
La sortie du lait n’est pas non plus chez la mère un effet exclusivement mécanique. La chaleur et le contact de la bouche, la titillation exercée par la langue déterminent une véritable érection du mamelon. Dans cet état de turgescence, les canaux lactifères s’allongent , se déplissent , et c’est en vertu de leur contractilité que le lait est lancé à distance par une véritable éjaculation. Cet état d’orgasme, auquel la glande participe et qui n’est pas sans quelque volupté pour la mère , peut survenir à l’occasion d’une simple impression morale, et la vue ou le souvenir du nourrisson suffisent pour le produire. Les passions tristes peuvent , au contraire, empêcher l’excrétion en provoquant un véritable spasme des vaisseaux lactifères ; et même , quand elles sont violentes , elles suppriment brusquement la sécrétion.
Le développement lent et graduel des mamelles, dans les intervalles d’allaitement , indique que la fonction sécrétoire est uniforme et continue; néanmoins , sous l’empire de causes diverses , et surtout
sous les premiers efforts de succion , cette fonction prend inopinément une plus grande activité. Une sensation particulière, qui varie depuis le fourmillement jusqu'à la douleur et l’élancement, révèle ce surcroît d’énergie. La femme semble tracer la direction du mouvement fluxionnaire, en disant que le lait monte de la région hypogastrique.
La durée de la lactation ne peut être précisée.
Chez quelques femmes , la fonction s’établit normalement; mais elle s’éteint au bout de quelques semaines , sans qu’aucun moyen , aucune excitation puisse la rendre plus durable. Chez d’autres , au contraire , elle n’a réellement pas de limites , elle suffit à plusieurs nourrissons qui se succèdent , elle atteint l’àge de plusieurs années. Desormeaux mentionne des lactations de cinq et même de sept années. Entre ces deux extrêmes sont des degrés intermédiaires , mais il est impossible d’établir un moyen terme, parce qu'une multitude d’influences des plus diverses concourent à rendre cette question exclusivement individuelle. Cependant il est généralement vrai qu’au bout d’un certain temps le lait diminue et s’appauvrit , et cela doit arriver lorsque les derniers effets de la puerpéralité se sont effacés dans l’organisme.
L’abondance et la qualité du lait sont également soumises à des variations infinies, non-seulement
d’une nourrice à une autre , mais encore dans le lait de la même femme, examiné à des heures différentes.
En général , la perfection du lait se lie à une bonne constitution, à un tempérament vigoureux, à un développement convenable des seins, à l’absence de tout état pathologique et à l’observation des lois de l’hygiène. Les femmes fécondes sécrètent, ordinairement, un lait plus abondant et de meilleure qualité.
XV. Lorsque la sécrétion laiteuse ne s'effectue pas ou se supprime prématurément , on dit qu’il y a agalaccie ou ablactation. Cet état peut être hygide ou pathologique , et se rattache indifféremment à l’histoire de la lactation régulière ou morbide.
Chez quelques sujets, il y a manque des conditions nécessaires à l’exercice de cette fonction , le système n’est pas modiûé dans ce but, et , par conséquent , la lactation est un résultat impossible. La notion de cette idiosyncrasie se tire de l’absence de tout désordre appréciable , ainsi que du maintien constant de la santé. Quelquefois l’économie est disposée pour la fonction sécrétoire, mais la glande lui fait défaut; la condition anatomique déjà signalée n’est point ou est incomplètement remplie; en sorte que le travail intérieur de la préparation laiteuse n’ayant plus de but , cesse ou se transforme en provoquant d’autres manifestations physiolo-
giques ou morbides. Alors des sécrétions d’une autre nature suppléent la sécrétion mammaire, et la peau, les reins, les muqueuses, etc., sont lesémonctoires où aboutit l’effort dépurateur, à moins que , vicieusement dirigé, il ne réalise quelque état pathologique.
Le plus ordinairement c’est un défaut d’énergie vitale de la mamelle , et surtout de l’ensemble du système qu’accuse l’agalaxie. Les causes débilitantes de toute nature peuvent le produire : telles sont les évacuations excessives , les hémorrhagies , la privation d’aliments substantiels , etc . Le défaut
d’harmonie dans toutes les parties vivantes, l’exagération d’un tempérament nerveux, sanguin, etc., et l’apparition d une nouvelle fonction morbide ou physiologique plus puissante , ont aussi le même résultat. — Il est des causes particulières qui troublent, diminuent l’action de l’appareil glandulaire et qui méritent notre attention. Je me contenterai de citer l’effet stupéfiant des applications opiacées , celui de la compression , des astringents et du camphre. L’influence de ce dernier médicament , sanctionnée par l’expérience, est telle, qu’on doit ne l’employer qu’avec réserve, même sur le nourrisson. Dans des cas semblables , on a observé la suspension delà sécrétion laiteuse (Ilœre, P. Dubois). E. Siebold cite un exemple très-remarquable de cet accident.
XVI. L'état opposé à l’agalaxie est la galaclirrhée, ou la sécrétion surabondante de lait. L’organe mammaire jouit de trop d’activité, soit naturellement et par l’effet de dispositions internes , soit parce qu’une succion trop irritante surexcite la fonction. Le lait s’écoule au -dehors avec facilité, même pendant l’intervalle de l’aliaitement. — * La galactirrhée n’est point un état morbide d’une manière absolue, et cela justifie la place que nous lui donnons dans ce chapitre. Il est des femmes qui fournissent évidemment des quantités de lait extraordinaires , et qui peuvent élever plusieurs nourrissons à la fois sans détriment pour leur santé.
Une femme, âgée de 23 ans et accouchée depuis quatre mois, nourrissait son enfant et fournissait, en outre, un kilogramme de son lait en vingt-quatre heures (Parmentier et Deyeux). Nous trouvons dans Puzos qu’une femme a présenté le même fait huit mois après son accouchement (1). Weinreich parle d’une femme qui , dans l’espace de deux à trois jours, sécrétait la quantité de douze pintes de lait. Borelly et Itidley rapportent des faits encore plus extraordinaires , que Puzos (2) joint à ses propres observations, et qui semblent dépasser les limites du vraisemblable.
D’autres femmes, au contraire, ne suffisent point
(1) Eph. des cur. de la nat.
(2) Traité d’accouchemenis , p. 34V. I75(J.
à une déperdition trop considérable et tombent dans un état de marasme. C'est cette affection , sorte de diabètes mammaire, dont Morlon nous a tracé le rapide tableau sous le titre de : Tabes nutricum à lactatione nimiâ (1).
La galactirrhée véritablement morbide offre, suivant les sujets, des caractères différents qui n’ont pas encore été nettement dessinés. Il me semble que l’on pourrait jeter quelque jour sur son étude, parla comparaison de cette affection avec leshémorrhagies.
En effet , comme dans ces dernières , on doit distinguer les cas de galactirrhée, où la participation active de tout le système est , en quelque sorte , élevée à l’état d’orgasme , et où la supersécrétion trouve son impulsion première dans la disposition générale , pléthorique, de l’économie. D’autres fois le travail physiologique local est dominant : c’est la glande surexcitée qui appelle les mouvements fluxionnaires ; les symptômes généraux qui peuvent survenir sont postérieurs à l’action de l’appareil mammaire. Une succion irritante provoque cet ordre de phénomènes. Enfin , il est des cas où l’effort vital expulsif n’est appréciable ni dans la glande , ni dans le système entier ; c’est un véritable état adynamique que caractérisent le relâchement , la faiblesse et le défaut de cohésion des solides , l’état séreux, l’excessive fluidité du sang.
(1) Phthisiologia , pag. 13, 1737.
Indiquer ces natures diverses de galactirrhée, c’est énoncer implicitement les moyens thérapeutiques qu’elles réclament; il sera donc aisé de leur faire l’application des préceptes exposés en d’autres lieux.
XVII. Il est des conditions physiologiques et pathologiques qui influencent la lactation ; celle-ci , à son tour , imprime des modifications à d’autres états du système.
Le retour de la menstruation altère la sécrétion laiteuse. Le liquide devient plus séreux, perd ses principes solides et revêt quelques-uns des caractères du colostrum ; l’altération de ses qualités se révèle, en outre, par les accidents qu’il peut déterminer chez le nourrisson. La grossesse produit des changements analogues et enlève au lait ses principes nutritifs. Ce sont là les effets du déplacement de la fluxion , et d’une manière plus générale , des sympathies qui unissent les seins à la matrice. Néanmoins , les exceptions à ces règles sont trop nombreuses pour ne pas être signalées ; nous avons tous les jours sous les yeux des nourrices menstruées sans aucun inconvénient pour la santé de leur élève. La grossesse elle-même peut arriver à son terme, concurremment avec une lactation régulière , et les faits cités par de nombreux auteurs ne laissent aucun doute à cet égard. Van-Swieten raconte qu’une femme, lors de sou accouchement ,