‹ Du lait, de la lactation, et des maladies qui s'y rapportent. ThèseChapitre 5 sur 8 · CO · texte numérisé non relu

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avertissait l'enfant qu’elle allaitait de céder sa place au nouvel arrivant.

L’établissement de la lactation hâte la diminution et la suppression des lochies. Il exerce aussi sur les fonctions génitales une influence qui s’annonce par la suspension de la menstruation et la diminution de l’aptitude à concevoir. Le degré de

cette influence paraît généralement proportionné à l’énergie de la sécrétion laiteuse , et M. Jaequemier a pu dire , avec quelque raison , que chez les nourrices menstruées l’utérus reprend ses fonctions et les règles reparaissent, parce que la sécrétion du lait est peu active et peu abondante ; en sorte que , dans l’appréciation de ces changements , on a pu prendre l’effet pour la cause.

Ainsi , nous voyons après la fécondation la vitalité des glandes mammaires s’exalter par sympathie avec celle de la matrice ; après l’accouchement , elle s’exalte par antagonisme.

XVIII. Les maladies empêchent ou troublent la lactation à des degrés et suivant des modes qui sont eu rapport avec leur nature et leur gravité. Cet énoncé n’a pas besoin de plus amples développements ; néanmoins , en se plaçant au point de vue le plus général , on peut établir des différences entre les effets des maladies suivant leur acuité et leur chronicité.

( Cl )

Les maladies aiguës qui surviennent pendant la lactation privent le lait de ses éléments nutritifs , et le plus souvent suppriment la sécrétion ellemême.

Les maladies chroniques n'ont pas une égale puissance pour arrêter la fonction de la glande ; quelques-unes même permettent une lactation trèsactive , mais elles altèrent sinon les caractères chimiques ou physiques, du moins les qualités du produit.

L'effet de la première espèce de maladie est plutôt un effet dérivatif ou révulsif ; la fluxion est appelée par le stimulus morbide ailleurs que dans l’appareil mammaire, ainsi qu’on le voit dans une phlegmasie viscérale. Quant aux maladies chroniques qui accusent une affection générale constitutionnelle , elles altèrent la sécrétion laiteuse d’une manière en quelque sorte médiate, après avoir vicié la fonction première de l’assimilation et de la nutrition : telles sont les affections psoriques , scrofuleuses , tuberculeuses , etc. Dans le premier cas , l’aliment manque au nourrisson ; dans le second , il n’est fourni à ce dernier qu’un aliment délétère.

Le procédé différent , suivant lequel s’accomplit dans cette double série de faits le trouble que nous signalons, permet de comprendre comment ce trouble peut n’être que passager dans les maladies aiguës , tandis qu’il est généralement irrémédiable dans les affections chroniques.

XIX. L’influence des affections morales sur la lactation mérite une mention particulière. Elle s’exerce quelquefois avec l’énergie la plus manifeste ; les émotions de la mère , si elles ne suppriment pas la sécrétion , impriment du moins au produit des

qualités nuisibles. On a vu des accidents graves, des convulsions et même la mort de l’enfant , se rattacher au trouble introduit chez la nourrice par l’effroi , la colère ou toute autre passion (1). Berlyn cité par Burdach (2) rapporte qu’un enfant de trois mois , à qui sa mère avait donné le sein aussitôt après avoir éprouvé une vive contrariété, présenta, au bout de quelques heures, des convulsions et une hémiplégie. Peut-on nier que, suivant l’expression hardie de Bordeu, le lait ne soit empreint des passions de l’individu d’où il sort pour les porter dans celui qu’il va nourrir (3) ? On sait que des influences analogues s’exercent même parmi les animaux. Levret rapporte qu’un jeune chien par lequel une femme se fit sucer le sein à la suite d’une colère violente, fut atteint de mouvements épileptiques.

On a exagéré la portée de semblables influences lorsqu’on en a déduit une assimilation nécessaire entre les qualités morales de l’enfant et celles de sa

(1) Pelit-Radel , Esquirol , Parmentier et Deyeux.

(2) Ibid. T. IV, p. 383.

(3) Analys. médic. , p. 398.

nourrice. Il faut reconnaître que l’organisme de l’enfant ne se comporte pas d’une manière passive à l’égard des impressions qui agissent sur lui ; il se développe dans le sens de sa direction primordiale , et ce n’est guère qu’au figuré qu’il est permis de dire d’un homme cruel qu’il a sucé le lait d’une tigresse.

Tous les ébranlements du système nerveux de la femme retentissent sur celui de l’enfant. L’ivresse de la première a occasionné des convulsions chez le nouveau-né (Boerhaave). L’usage des jouissances vénériennes a été signalé de temps immémorial , comme déterminant des effets analogues ; et s’il est vrai que la généralisation trop absolue d’observations particulières ait mérité de justes critiques , il serait irrationnel de tomber dans la négation formelle de ces influences en présence des faits nombreux qui les démontrent. D’une part, les relations sympathiques de l’utérus et des mamelles, et d’autre part, la participation active de toute l’économie à l’acte du rapprochement des sexes , facilitent la compréhension de tous ces résultats.

XX. La lactation peut être favorable à l’organisme , en devenant l’occasion d’un surcroît d’énergie vitale qui retentit sur toutes'les fonctions et favorise leur accomplissement. Chez certaines femmes , où

dominent la langueur et l’inertie , on voit, comme pendant la gestation , la nutrition devenir plus active, et le retour des forces et de l’embonpoint annoncer le raffermissement de la santé.

Une modification heureuse des plus remarquables, entre celles qui sont dues à la lactation , est la suspension ou la guérison de certaines névroses. L’antagonisme que l’observation permet d’établir entreles forces plastiques et les forces nerveuses, explique les faits de cette nature. L’activité plus énergique des premières fixe , réfrène les mouvements désordonnés des secondes ; et l’on voit des femmes ordinairement vaporeuses et inquiétées par des malaises variables sans cesse renaissants , retrouver le calme etla santé pendant toute la durée de l’allaitement.

Chez d’autres femmes, au contraire , l’excitation qui se rattache à la sécrétion laiteuse hâte la réalisation de prédispositions morbides , ou imprime une marche plus rapide à certaines lésions organiques déjà existantes, telles que le tubercule. Ces diverses circonstances sont souvent très-difficiles à déterminer ; et quand l’analyse du lait sécrété, mais, par-dessus tout , l’étude approfondie du sujet considéré dans son état actuel aussi bien que dans ses prédispositions héréditaires ou acquises , ne fournissent point assez de lumières , il faut expérimenter avec prudence et surveiller les essais d’allaitement.

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