DU LAIT ARTIFICIEL LE LIEBIG
Liebig, — l’un des savants les plus illustres de l’Allemagne, mais que la France peut revendiquer puisque c'est dans ses laboratoires, et auprès de son Université, qu’il était venu recevoir les savantes leçons de nos maîtres et y puiser ces idées théoriques qui lui ont permis de doter son pays et la science de travaux immortels, — Liebig a proposé dans ces derniers temps ce qu’il appelait un lait artificiel, et qui, suivant lui, constitue un moyen parfait d'alimentation, capable de remplacer le lait maternel, à l’exclusion des laits de vache, de chèvre et d'anesse. s
Présenté au public sous un nom aussi illustre et aussi digne de confiance, l'emploi de cet aliment du jeune âge a pris immédiatement une extension consi-
dérable, heureusement plus à l'étranger qu'en France. Pour s’en convaincre, il suffit de lire le prospectus d’une sociélé qui s’est fondée en Angleterre, sous les auspices du marquis de Townsheud, et dont le comité comprend ou plutôt comprenait huit des plus éminents médecins des hôpitaux de Londres.
La préparation recommandée est bien loin cependant de mériter un pareil succès : d’abord parce qu’elle est mal conçue qu’elle ne ressemble en rien au lait de femme, auquel inventeur, dans un esprit de mercantilisme déplorable, proposait de le substituer.
Une semblable prétention aurait pu être justifiée, si Liebig avait pris pour type du lait normal le lait normal lui-même; mais — chose étrange de la part d'un savant aussi éminent — il basait sa formule sur les résultats de l'analyse d’un lait de femme malide, et chose plus étrange, il le faisait sciemment, puisque lui-même a signalé, dans son Traité de chimie organique, le caractère et l’origine du fluide examiné par Haïdlen.
Mais si le point de comparaison était vicieux, ce produit proposé l’élait plus encore, et il souleva immédiatement en France, surtout au sein de l’Académie de médecine, les protestations les plus énergiques de la part des hommes les plus compétents : MM. Guibouri, Depaul, Larret, Boudel, Vulpian, Bouley, Poggiale, etc.
Il ne suffit pas en effet, pour qu’ils soient acceptables et bons, que äeux aliments soient semblables quand on les compare au point de vue chimique, et qu'ils contiennent des quantités semblables de matières pouvant remplir le rôle d'aliments plastiques et d'aliments respiraloires ; 11 faut encore qu'ils possèdent les mêmes degrés de digestibihté et d'assimilabilité.