CHAPITRE IV
IK LARYNX A L'ÉTAT NORMAL, TEL QU'O.N LE VOIT AVrC LE LAllYNGOSCOPE
Nous ne nous proposons pas d'entreprendre l'anatomie des différentes parties du larynx, telle que la montre la dissection. Ce sujet est traité dans les différents ouvrages d'anatomie. Nous ne donnerons que la description de la surface interne du larynx, sans nous occuper des autres parties que l'on ne peut pas observer avec le miroir. L'analyse raisonnée de la for mation de l'image a déjà été faite (page 42). Nous traiterons maintenant de la description spéciale de ces différentes parties. Dans quelques cas, en introduisant le miroir laryngien, on ne voit que l'épiglotte et la pointe des cartilages de Santorini ; dans d'autres, on distingue très-nettement les cordes vocales dans toute leur longueur, les bandes ventriculaires (fausses cordes vocales), les petits cartilages de Wrisberg et de Santorini, une portion du cartilage cricoïde, les anneaux de la trachée, et quelquefois même la bifurca-
tion des bronches. L'image varie ordinairêment entre ces deux extrêmes. ^ > V.
Fig. 13. — Dessin laryngoscopique montrant les cordes vocales largement séparées, et la position des différentes parties au-dessus et au-dessous de la glotte, pendant la respiration tranquille.
ne. Replis glosso-épiglotliques.
u. Face supérieure de l'épiglotle.
/. Lèvre de l'épiglotte.
c. Coussinet de l'épigloUe.
r. Ventricule du larynx.
ae. riepli ary-épigiottique.
clK. Cartilage de Wrisberg.
cS. Cartilage de Sanlorini.
corn. Commissure aryténoïdienne.
vc. Corde vocale.
vb- liande veiilriculaire.
pv. Apophyse vocale.
cr. Cartilage cricoïde.
l. Anneau do la trachée.
Fig. 14. — Dessin laryngoscopique montrant les cordes vocales rapprochées et la position des diverses parties pendant la vocalisation.
fi. Fosse innominée.
lif. Fosse Hyoïdienne.
ch. Corne de l'os hyoïde.
cW. Cartilage de Wrisberg.
(S. C^rlilage de Santorini.
a. Cartilages aryténoïdes.
com. Commissure aryténoïdienne.
pv. Apophyse vocale.
Épiglotte. L'aspectde l'épiglotte varie beaucoup d'une personne à l'autre ; elle peut être large ou étroite, grande ou petite, longue ou courte. Dans la plupart des cas on voit, r une partie de sa surface supérieure de chaque côté («) ; 2" son bord libre et une petite portion de sa surface inférieure, se repliant vers le centre et formant une sorte de lèvre (/); et 5" une autre portion de sa surface inférieure, puis, au-dessous et à l'arrière de la
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lèvre, se projetant en une saillie arrondie, — le coussinet (c). La surface supérieure de l'épiglotte présente une couleur rose terne ; la lèvre est d'une couleur jaune bien marquéGïf^quoiqu'elle présente une nuance légèrement rosée; -le coussinet est d'un rouge vif. Dans quelques cas on disturgue toute la surlace inférieure de l'épiglotte, dont Idf ceuleur est d'un rouge vif. Cette coloration normale dé la surface inférieure de l'épiglotte peut être prise (po'ur. ceux qui ne sont pas habitués à l'emploi^^u larylîgoscope) pour une congestion de la membrapê^SilLiqu^Sse;
Dans quelque^ ç^s,' l'épiglotte est large [voir fig. 31), tandis que dans' d'autrçs elle est excessivement étroite (fig. 56) ; chez^uelqiifis personnes on ne peut voir que sa surface supérieure (lig. 54); chez^jj^res l'épiglotte est fortement redressée vers la lan^^Kt toute sa surface inférieure est parfaitement 'visibM (fig. 31). Au centre du bord libre se trouve une légère échancrure (fig, 31) qui donne à l'épiglotte, lorsqu'on la voit dans son ensemble, l'apparence d'une feuille. Mais le bord libre de la valve est plus souvent retourné sur luimême, de sorte que dans la réflexion l'échancrure est perdue de vue et le bord apparait arrondi (figures 15, 14 et autres).
Dans quelques cas, à cause de l'inclinaison de l'épiglotte, on ne voit dans le miroir que le profil de son bord libre (fig. 35). Dans ces cas, la valve est représentée seulement par une ligne mince. Au-dessus de l'épiglotte on voit les replis glosso-épiglottiques [ge) se dirigeant en haut et en arrière vers la langue ; le
profil de cet organe, c'est-à-dire son bord supérieur et postérieur, apparaît comme une ligne horizontale qui, à cause de la projection des papilles, est inégale.
Replis ary-épiglottiques. Les réélis ary-épiglottiques {ae) (1), qui forment les limites latérales de l'ouverture supérieure du larynx, se montrent dans le miroir, s'étendant obliquement en bas et en arrière de l'épiglotte, vers les cartilages aryténoïdes. Près de ces derniers se trouvent les sommets légèrement rosés des cartilages de Wrisberg {cW), et, un peu au delà des cartilages de Wrisberg, dans le même repîi de membrane muqueuse, se trouvent deux autres petites proéminences, les cartilages de Santorini {cS), surmontant les cartilages aryténoïdes. , ,
Cartilages deJ|^berg. Les ca^ilages^de Wrisberg se présentent sou^^p apparence arrondie, mais quelquefois, surtouf chez les personnes maigres, ils ont une forme triangulaire, — le sommet du triangle étant dirigé en dehors. Les cartilages de Santorini ont une forme arrondie dans les larynx parfaitement sains. Ces deux cartilages sont beaucoup plus distincts lorsque les cordes vocales sont rapprochées. Mais la netteté avec laquelle on voit ces petits cartilages laryngiens dépend de leur degré de développement et surtout de la quantité de tissus aréoUaires sous-muqueux qui les entourent. Quelquefois le cartilage de Wrisberg n'est pas entièrement apparent et quelquefois il se développe acciden-
(1) A cause de l'extrême longueur du mot anjténo-épigloUique, à l'exem" pie des Allemands j'ai supprimé les troisième et quatrième syllabes de ce mot trop long.
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tellement quelques petits cartilages entre lui et celui de Santorini. La largeur des replis ary-épiglottiques varie d'un individu à l'autre et, suivant les différents états du larynx, ils apparaissent larges, lorsqu'ils sont relâchés, comme dans l'inspiration, et étroits lorsqu'ils sont tendus, comme dans le rapprochement des cordes vocales, — surtout dans la production des notes élevées. Les replis ary-épiglottiques ont été bien décrits par Stœrck comme ayant presque la même couleur que les gencives. Les cartilages de Wrisberg et de Santorini ont une couleur plus foncée et plus éclatante que les autres parties de la membrane muqueuse.
Cartilages aryténoïdes. Les cartilages aryténoïdes {a) sont facilement reconnus à cause des petits cartilages de Santorini qui les surmontent. C'esU^rsque les cordes vocales sont rapprochées, qu'on les oM^guele mieux. La membrane muqueuse qui les recouvre a généralement une teinte plus rouge que celle qui forme les replis ary-épiglottiques. Entre les cartilages aryténoïdes se trouve un pli de la membrane muqueuse, commissure inter-aryténoïdienne, qui est surtout apparente lorsque la glotte est largement ouverte (lig. 15, corn) ; lorsque les cartilages aryténoïdes sont rapprochés, la commissure se replie et est portée en arrière (fig. 14, corn). Cette partie est d'une couleur jaune rosée.
Bandes ventriculaires. Les bandes ventriculaires [vb), que l'on appelle communément fausses cordes vocales (1), sont les replis de la membrane muqueuse que
(1) Note sur la nomenclature. L'emploi de cette dénomination « fausses
l'on voit au-dessous des replis ary-épigloltiques. Elles se dirigent obliquement dans le diamètre antéro-postérieurdu larynx, des cartilages aryténoïdes àl'épiglotte. Elles sont épaisses, plus proéminentes et d'une couleur rouge plus prononcée que les replis ary-épiglottiques. Elles sont plus minces, plus saillantes et moins colorées sous l'éclairage à leur bord inférieur, par lequel est limité le ventricule que dans le reste de leur étendue.
Fosses innominées. Lorsque les cordes vocales sont rapprochées, on voit une petite dépression près de l'épiglotte, entre les bandes ventriculaires au-dessous et les replis ary-épiglottiques au-dessus, que je propose d'appeler fosses innominées [fi).
Ventricules dujlarynx. Les ouvertures des ventricules apparaisse!]! Tonime des lignes foncées entre les bandes ventriculaires et les cordes vocales. On les distingue très-bien dans les larynx, sains d'ailleurs, des sujets maigres prédisposés aux affections spasmodiques.
Cordes VOCALES. Les cordes vocales [vc), lorsqu'elles
cordes vocales » non-seulemenl consacre une erreur physiologique, mais oblige à qualifier les cordes vocales véritables du mot « vraie. » Lorsqu'un sujet est de peu d'importance, sa nomenclature demande moins d'attention; mais lorsqu'il excite un grand intérêt, on doit éviter avec soin tous les termes incorrects et défectueux. Les ligaments supérieurs du larynx, dans l'état normal, n'ont aucune influence directe sur la vocalisation, ils bordent simplement l'orifice ventriculaire. En appelant ces ligaments « bandes ventriculaires, » je ferai observer que l'expression correspondante « tascbenbander, » commence à être employée en Allemagne. Je ferai encore observer que si l'on appelait les bandes ventriculaires ligaments supérieurs du larynx, les cordes vocales deviendraient les ligaments inférieurs du larynx. On comprendra parfaitement l'inconvénient de tels noms donnés à des parties si importantes
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sont visibles, ne peuvent tromper. Elles se présentent sous l'aspect de deux cordes d'un blanc nacré allant de la base des cartilages aryténoïdes à l'angle du cartilage thyroïde. Pendant l'inspiration, on les voit se toucher vers leur insertion antérieure, mais elles sont séparées d'un quart ou d'un demi-pouce en arrière. Pendant la phonation, elles deviennent parallèles et paraissent se rapprocher. On voit chaque corde vocale se terminer à l'angle de la base des cartilages aryténoïdes, appelé apophyse vocale [vp). Pendant l'inspiration, cet angle est dirigé en dehors, et la glotte présente une forme lozangique ; mais, lorsque les cordes vocales se rapprochent l'une de l'autre, cet angle est dirigé en dedans. Cet apophyse divise la glotte en portions inter-cartilagineuse et inter-ligamenteuse.
Aspect sous-glottique. Au-dessous des cordes vocales, on distingue le cartilage cricoïde à sa couleur jaune (cr); au-dessous de ce cartilage, on voit les anneaux de la trachée [l) qui soulèvent la membrane muqueuse et entre lesquels celle-ci est d'une couleur rose pâle. Quelquefois, deux anneaux foncés, peu distincts (les ouvertures des bronches), apparaissent de chaque côté d'une ligne brillante (l'angle de division des bronches), qui indique la bifurcation de la trachée. Dans quelques cas très-rares, un rayon de lumière peut être projeté dans la bronche droite.
Fosses hyoïdiennes. Quoique la fosse hyoïdieene [hf] soit située en dehors du larynx, il est cependant nécessaire de la mentionner ici, parce que des corps étrangers peuvent venir s'y loger. Elle est limitée,
vers son côté interne, par les replis ary-épiglottiques, et vers son côté externe, par la surface interne du cartilage thyroïde. Partant de la paroi externe et formant quelquefois le plancher de la fosse hyoïdienne, on voit la grande corne de l'os hyoïde faisant saillie sous la membrane muqueuse.