‹ Du laryngoscope et de son emploi dans les maladies de la gorge [electronic resource]Chapitre 36 sur 51 · TREIZIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

TREIZIÈME OBSERVATION

Perte de la voix datant de neuf ans ^ causée par une petite excroissance siégeant sur la corde vocale gauche ; la tumeur verruqueuse fut enlevée avec le forceps, et la voix revint complètement au bout d'un mois.

Henry R..., âgé de quarante-cinq ans, employé du gaz, se présenta à l'hôpital le 1" mai 1865 pour une aphonie datant de neuf ans. 11 avait été soigné dans

plusieurs hôpitaux de la capitale, et, en dernier lieu, à Brompton Hospital. En examinant sa gorge au laryngoscope, on distinguait une petite excroissance arrondie, de la grosseur d'un pois, sur la corde vocale gauche. Cette excroissance verruqueuse était implantée exactement au milieu du bord libre de la corde vocale, et dans les efforts de la phonation on voyait qu'elle empêchait par sa saillie le rapprochement des cordes vocales. Sur la corde droite, exactement sur le point opposé à la tumeur de la corde gauche, il y avait un enfoncement arrondi bien prononcé. La figure 35 montre l'aspect laryngoscopique de ce cas. J'eus l'oc-

Fig. ô3. — Petite tumeur sur la corde vocale gauche.

vh. Bande ventriculaire droite.

vc. Corde vocale droite.

W. Tumeur sur la corde vocale gauche.

casion de montrer ce malade aux docteurs Czermak, Wahltuch et autres. J'éprouvai beaucoup de difficultés pour enlever cette tumeur, à cause de son petit volume, et de la maladresse peu commune du malade, et ce ne fut qu'à la quatrième séance que je parvins à la saisir et à l'enlever. Le docteur Andrew Clark examina au microscope la partie enlevée avec le forceps, et voici la note qu'il m'a communiquée : « La tumeur est formée de deux sortes de tissus, l'un membraneux, l'au-

EXTIRPATION ET EXTRACTION DES CORPS ÉTRANGERS. H!i

tre verruqueux ou vaguement papilliforme. Les portions membraneuses sont formées de vingt à trente couches d'épithrliiim écaillcux, et sont entourées et pénétrées par une production confervoïde. Les cellules épithéliales composant les couches sont polygonales, aplaties, nucléolées et facilement attaquées par les alcalis faibles et les acides. Le nucléole de chaque cellule est ovale, nettement limité et très-large, eu égard aux dimensions de la cellule. Dans la plupart des cas, il est entouré par une auréole claire, dans d'autres, il présente des traces de division. Les portions papillaires sont formées simplement de prolongements de tissu connectif à nucléole et de vaisseaux sanguins en voie de formation, et elles sont entourées de nombreuses couches d'épithélium écailleux semblable à celui déjà décrit. Quelques papilles offraient de larges espaces remplis de matière colloïde, laquelle, une ou deux fois, s'est fait jour à travers le revêtement épithélial. » Le docteur Clark considère la tumeur comme une véritable verrue.

Immédiatement après l'opération, le malade rendit quelques cuillerées de sang, et le même jour il put faire entendre sa voix. Le lendemain, il se plaignit d'une grande douleur, ce qui m'empêcha de faire un examen laryngoscopique, qui m'aurait permis de voir l'état de la plaie. Neuf jours après, la membrane muqueuse de la corde vocale gauche, où avait été implantée la tumeur, paraissait comme plissée, et la dépression de la corde vocale droite était encore visible. A la fin du mois, la voix était parfaite et toutes les apparen-

ces morbides du larynx, et même le petit creux du bord de la corde vocale droite, avaient complètement disparu.

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