BROCA
Du 10 au 18 msii. Régime : 3 litres de lait, 6 œufs, 180 gr. de poudre de viande.
Poids ■■ 10 mai 64 k. 300
Ainsi, pendant quelques jours, ramaigrissement a continué, et cela est naturel. Mais, à partir du 14 mai^ l'augmentation a commencé et ne s'est plus démentie.
Du 18 au 23 mai. Régime : 3 litres de lait, 6 cèufs., 200 gr. de poudre de viande.
Poids ■■ 18 mai 63 k.
Du 23 au 30 mai, la poudre de viande est portée à 210 gr. par jour.
Poids :|j24 mai 63.k.
Du 30 mai au i*^ juin. 240 gr. de poudre de viande.
^ Poids: 31 mai 64 k. 500
— 1"^' juin 64 k. 700
Enfin,! 1® deux juin, la ration est fportée à 300 gr.
de poudre de viande, toujours avec 6 œufs. Cette dose ne sera probablement pa« dépass^ée.
Poids : 2 juin 65 k. 500 , V- 3 — (35 k. lOO
Le minimum ayant été de 62 kil. Garjat est donc erl 15 jours arrivé à 65 kil, environ, et, depuis ifr 28 mai, il se maintient à peu près à ce poids (î). . ;; J ■ -l'r':! -•; - •
Nous pouvons dqduire de. cette observation que ,iia k ' lavage de l'estomac, ni même la. suralim&ntation ixèsoilt contre^ndiqués dans 'l'ulcère simple, du inoins à la^période où se trouvait ce malade, c'est-à-dire a la période de cicatrisation, les hématémèsès ne s'étant pas.produits depuis assez longtem.ps. Si, en. effet, on introduisait de fortes doses d'aliments pendant la période des hématémèsès, on ;pourrait provoquer des accidents sérieux.
Nous allons enfin terminer par l'etùde •d'une affection dans laquelle, dit M. Dujardin-Beaumet?;, le lavage est souverain iSoç. de Thérap. 13 octobre 1880). Nous voulons parler de.la gastrite alcoolique. M. 0. Paul a présenté à' la Société de thérapeutique^ le 27 octobre 1880, un malade ^u'il a guéri par le lavage, et nous même venons d'observer à Bicêtre. un malade dont le rétablissement a été prompt et complet.
Observation IIL — Hémerlin Jean, âgé de 37 ans, argi-
(1) Nous avons quitté le service de M. Debove le 4 juin. Mais, notre collègue, M. Lubet-Barbon, vient de nous communiquer une note sur l'état où se trouve actuellement Garjat. Le résultat continue k être excellent, comme les chiffres le démontrent. La dose de nourriture est restée la même, avec quelques modifications de temps à autre, et, le 22 juillet, le poids a atteint 67^500, chiffre autour duquel il oscille depuis une quinzaine de jours. L'état des poumons est aussi satisfaisant que possible et Carjal peut être considéré comme guéri simultanément de son ulcère sinijjle et de sa phthisie.
leur, entré le 30 mars 1882, salle Bichat, n° 21. Hémerlin a été fortement strumeux dans sa jeunesse, et cette affection lui a laissé de nombreuses marques. Etant jeune, il a eu beaucoup de gourme; pendant son enfance, il a été fréquemment atteint de maux d'yeux. A l'âge de 14 ans, ont débuté des accidents intenses ; le malade a eu toute une série de tumeurs blanches, d'abcès froids. Nous trouvons le cou couturé de cicatrices ; la hanche gauche et le coude droit sont ankylosés ; à la face interne du tibia gauche se voit une cicatrice brunâtre, adhérente à l'os. Ces suppurations multiples ont duré pendant environ quatre ans.
Les antécédents alcooliques sont forts nets. Hémerlin buvait environ trois litres de vin par jour, et, en outre, faisait des orgies fréquentes. Il y a longtemps déjà, il a eu des pituites le matin. Puis, il y a cinq ou six ans, il a eu pendant une semaine environ des douleurs gastralgiques intenses, sans vomissements, qui entassez bien guéri. Cependant, à partir de ce moment,quelques troubles digestifs ont persisté et en particulier le malade a gardé une tendance à la constipation.
Les accidents actuels remontent à quatorze mois environ. Quelques jours après un refroidissement et après une rixe où il reçut de nombreuses contusions, sans que les troubles digestifs antérieurs se fussent aggravés, Hémerlin s'est mis à avoir, après chaque repas, des douleurs gastriques intenses qui ne cessaientque par le vomissement. Lesdouleurs étaient atroces ; elles partaient de la région épigastrique et s'irradiaient en demi-ceinture, à droite, jusque dans le dos. Seul, le laitage était toléré, et encore pas toujours. Le vomissement était précédé de renvois acides ; les matières vomies, constituées par le repas non digéré, n'étaient pas amères, mais fortement acides et causaient une sensation de brûlure à leur passage dans l'œsophage et le pharynx. Ces accidents ont duré pendant six semaines environ, sans que le malade se soignât; au bout de ce temps, il s'est fait traiter,et, depuis lors, il a pris du bicarbonate de soude associé tour à tour à la rhubarbe, à la jusquiame, au chlorhydrate de morphine ; on a obtenu ainsi, de temps en temps, quelques jours de répit. En même temps, le malade s'était astreint à un régime assez régulier; le matin, il mangeait de la viande; mais, le soir, il ne prenait que du lait dans lequel il écrasait un peu de pain et quelques pommes de terre. H buvait environ 2 litres de lait par jour.
Enfin, dans ces derniers temps, tout est devenu inutile.
Les douleurs sont incessantes; les vomissements se répètent ; les ibrces s'épuisent, et, huit jours après avoir suspendu tout travail, le 30 mars 1882, le malade entre à l'hospice de Bicêtre.
Nous le trouvons, le 31 mars, faible, amaigri, ne pouvant prendre aucune nourriture sans souffrir horriblement. Deux heures après le repas du matin , il est pris de douleurs telles qu'il se roule par terre ; les douleurs, semblables à celles que nous avons déjà décrites, durent jus- ([u'au milieu de la nuit, accompagnées depyrosis, de nausées fréc[uentes. Puis, vers deux ou trois heures du matin, le malade vomit et se trouve alors soulagé.
La palpation de l'épigastre n'est pas douloureuse et ne* fait constater aucune tumeur. Langue blanche, bouche amère, perte d'appétit, constipation. Les palpitations de coeur sont fréquentes, mais l'auscultation ne révèle aucun souffle. Souvent le malade a des, céphalalgies occupant tout le côté gauche de la tète et coïncidant avec les crises gastriques.
Après quelques jours d'expectation, M. Debove met |ce malade au traitement par le lavage de l'estomac et l'alimentation artificielle. Le traitement a été commencé le 5 avril.
5 avril. Msitin. Le cathétérisme de l'œsophage se fait très facilement. Le lavage est pratiqué avec de l'eau tiède d'abord et est terminé par un pot d'eau de Vichy artificielle. Il sort ainsi de l'estomac une quantité assez considérable de détritus alimentaires à peine attaqués par le suc gastrique, exhalant une odeur acide très désagréable. On introduitensuileparla sonde un demi-litre de lait. P. 56k. 900.
Soir. Le lait pris ce matin a été parfaitement supporté. Mais, cette après-midi, le malade a bu du bouillon. Cette ingestion a été suivie d'une crise gastralgique, puis de vomissement. Lavage. Pas d'alimentation.
6 avril. Matin. L'eau du lavage sort propre après deux pots d'eau simple et un pot d'eau de Vichy. Introduction d'un demi-litre de lait et de 50 gr. de jjoudre de viande. Dans lajournée,le malade boira 2 litres de lait. P, 54 k. 900.
Soir. Le malade s'est bien porté jusqu'à 2 heures et demie. Alors, les douleurs ont commencé. Un lavage a été fait à 4 heures et a retiré de l'estomac un liquide très chargé de détritus. Introduction d'un demi-litre de lait.
Matin. Le malade s'est bien trouvé hier soir pendant une heure environ après le lavage. A 5 heures, il a eu une crise douloureuse intense, après laquelle il a vomi un peu.
Les douleurs, un peu diminuées, ont duré jusqu'à 9 heures du soir; à ce moment.le malade a vomi copieusement et a été soulagé pour le reste de la nuit. Oe matin, le lavage est assez propre. Poids 55 k. 300.
En présence de cette persistance des troubles gastriques, vu l'insuffisance du lavage fait selon la méthode ordinaire, M. Debove Changea le traitement. Au lieu de deux lavages suivis chacun d'un repas, il fut ordonné que- le -malade ne serait lavé ^t alimenté que le matin à la. visite. Le régime se composera de 1 litre de lait et 100 gr. de poudre; de viande. PuiSj comme les troubles de la digestion résultent de l'accumulation dans l'esto- , mac dés^jésidus -altérés des repas antérieurs, on devait vider restomac à l'aide de la sonde dès que les douleurs commenceraient. Ce mode de traitement n'est d'ailleurs pas; des plus récents-. S'il n'a pas été appliqué d'une façon régulière, ônjSeut trouver quelques malades qui s'en sont bien trouvés. Knssmaul cite un de ses piatients qui se soulageait ainsi de temps à autre à l'aide de la pompe stomacale; nous venons de voir que Carjat en faisait autant avec son siphon , Quant à Hémerlin, sa douloureuse expérience l'avait conduit, déjà depuis deux mois environ, à quelque chose d'analogue. Mais son procédé pour se vider l'estomac n'était pas plus perfectionné que celui des anciens Romains. Il se bornait à avaler un litre ou un litre et demi d'eau tiède, puis il se faisait vomir en s' introduisant deux doigts dans le pharynx : méthode primitive, mais efficace. Nous avons eu ces renseignements quelques jours après le début du nouveau traitement, car le malade eut recours une ou deux fois dans la suite à son ancien procédé, quand, au milieu de la nuit, il ne lui était guère possible de se faire laver méthodiquement l'estomac.
La légère modification que nous venons de signaler eut d'excellents effets, ainsi que va le démontrer la suite
do l'observation. L'i maladequi, jusque-là, avait diminué de poids, ne tarda pas à augmenter, et, en quelques jours, les douleurs disparurent presque complètement.
7 amHl. Soir. Les douleurs ont commencé à 6 heures du soir. L'eau du lavage sort très sale, verdâtre. Le lavage ne soulage guère le malade qui souffre jusqu'à 9 heures et demie du soir; à ce moment, il vomit et ne tarde pas à s'endormir.
8 avril. Matin. Lavage assez propre, mais un peu bilieux. P. 54 k. 400, — Soir. Pas de douleursjusqu'à 6 heures et demie. Lavageà 8 heures et soulagement immédiat. Une heure après, la douleur a reparu, mais fort légère; elle n'a aucunement empêché le sommeil.
9 avril. Matin. La nuit a été bonne. Ce matin, l'eau sort propre et n'est plus colorée en jaune. Elle contient seulement quelques caillots de caséine, le malade ayant bu du lait ce matin. — Soir. Douleurs vers 6 heures du soir. Le lavage n'a pas été fait. A 1 heure du matin, le malade se fait vomir comme il faisait autrefois et s'est trouvé soulagé.
10 avî'il. Journée identique à la précédente.
11 avril. Matin. Lavage propre. P. 54 k. 500. — Soir. Douleurs à ') heures du soir; lavage fait immédiatement, eau très sale, fortement colorée en jaune.
12 avril. Le malade se plaint de constipation. P. 54 k. 700.
13 auriL Le matin, l'eau est sortie claire, seulement un peu colorée en jaune. A 3 heures du soir, quelques douleurs, légères, qui n'ont duré qu'une demi-heure environ. De même à 1 heure du matin. Mais un second lavage n'a pas été nécessaire. P. 55 k. 700.
14 avril. A partir d'aujourd'hui, le malade fera par la sonde deux repas : à 10 heures du matin et à -3 heures de l'après-midi, chacun précédé de lavage. Il prendra ainsi dans sa journée 3 litres de lait et 200 gr. de poudre de viande. P. 56 k. 400.
15 avril. Aucune douleur de toute la journée, pas de lavage le soir. P. 57 k. bOO.
16 avril. Quelques douleurs depuis ce matin 2 heures. Mais le régime a été parfaitement supporté toute la journée. P. 58"k.
17 avril. P. 57 k. 700.
18 avril. P. 57 k. 100.
19auri/. Depuis trois jours, le malade va fort bien. Il supporte très facilement ses deux repas, le lavage qui les
précède ne ramène plus de résidus alimentaires. De temps en temps,, surviennent de légères douleurs, tout à fait passagères, ne nécessitant pas l'évacuation du contenu de l'estomac. Aujourd'hui, le malade se plaint de n'avoir pas été à la selle depuis 5 jours. Il prendra demain matin un verre d'eau de Sedlitz. P. 57 k. 900.
20 avril, La nuit dernière, à 11 heures du soir, crise gastrique suivie de pituite. La purgation, prise le matin, n'a produit aucun effet. Elle sera réitérée demain ^3 verres d'eau de Sedlitz). P. 57 k. 700.— Soir. Quelques petites douleurs, calmées par l'ingestion de deux verres d'eau de Vichy. A minuit, fortes douleurs qui durent jusqu'à 2 heures du matin. A ce moment, le malade prend trois verres d'eau de Sedlitz qui ne tardent pas à le purger, et, rapidement les douleurs cessent.
22 avril P. 58 k. 400.
23 avril. P. 58 k. 200,
24 avril. P. 57 k.300. Hémerlin demande à sortir pour aller chercher ses instruments de travail.
25 avril. Toute la nuit dernière et toute cette matinée, douleurs assez légères, mais continuelles; diarrhée, Lavage sale, violacé, contenant manifestement du vin. Le malade avoue en effet avoir bu deux verres de vin et un verre de bière. P. 57 k. 700.
26 avril P. 57 k.
27 avril, P. 57 k. 100. La diarrhée persiste, ainsi que quelques douleurs. Les lavages sont redevenus sales. Au repas de 3 heures, on introduit par le tube du sous-nitrate de bismuth et dix gouttes de laudanum.
28 avril. Diarrhée arrêtée. Lavage propre. P. 57 k. 100. On mettra dorénavant 125 gr. de i^oudre de viande par repas.
Tous les jours suivants, le malade a été de mieux en mieux. Bientôt le lavage a été supprimé avant le repas du soir. Puis, le 5 inai, les douleurs ayant totalement disparu, .tout lavage fut cessé. A cette même date, le nombre des repas fut porté à trois par jour et le malade prit dès lors chaque jour 3 litres de lait et 360 grammes de poudre de viande. A partir de ce moment, la guérison put être considérée comme obtenue; aucun accident ne l'a plus enferavée. Finalement, le 29 mai, le malade sortit.
Nous allons compléter cette observation par le tableau des poids à partir du 28 avril.