‹ Du lavage de l'estomac et de l'alimentation artificielle dans quelques affections chroniques de l'estomacChapitre 3 sur 5 · POIDS · texte numérisé non relu

POIDS

1Q avril

mai .

h'- mai

Ainsi, le lavage de l'estomac donne des résultats des plus satisfaisants dans un grand nombre d'affections chroniques de cet organe. Nous ne prétendons pas faire ici l'étude du lavage et de son mode d'action. Le sujet est aujourd'hui bien connu, et aussi bien n'est-ce pas le but principal de ce mémoire. Nous avons seulement voulu donner un aperçu succinct des affections nombreuses où le lavage a donné des succès, et rapprocher de nos observations quelques-unes de celles que nous avons pu recueillir dans les auteurs. Nous signalerons cependant de nouveau et d'une manière spéciale la petite modification qui consiste à retirer avec la sonde le trop plein du repas antérieur, lorsqu'une pesanteur d'estomac se fait sentir. Ce procédé n'est pas encore passé dans la pratique courante, et nous avons vu que Hémerlin s'en est bien trouvé. Nous ferons une restriction à l'égard de Carjat. Ce malade a abusé de cette manœuvre. Voulant éviter toute souffrance, il était arrivé à extraire ses aliments à peine attaqués par le suc gastrique, et cela a évidemment contribué pour une bonne part à sa tuberculisation. C'est un danger sur lequel nous croyons utile d'attirer l'attention.

Comme nous l'avons dit en commençant, à la question

du lavage se joint celle de l'alimentation. Nous allons en dire quelques mots.

On a pu aisément se convaincre, par les doses de nourriture que nous avons rapportées dans nos observations, que M. Debove a joint non seulement Talimentation mais là suralimentation au lavage.- Il peut sembler imprudent au premier abord de mettre ainsi des quantités considérables d'aliments dans un estomac qui, quelques jours auparavant, semblait refi^ser toute nourriture. Il n'en est rien cependant. Si l'estomac ne digère plus dans les cas dont nous venons de nous occuper, c'est qu'il est encombré de produits nuisibles, résidus des repas antérieurs ; ces produits s'accumulent, se décomposent et entravent le fonctionnement de la mtiqueuse gastrique. Sans doute, quand cet état a duré pendant très longtemps, la muqueuse s'altère, dégénère et la guérison ne peut plus être obtenue; on^^arrive qu'à des améliorations passagères. Mais, si l'oti n'attend pas cette période ultime, la muqueuse une fois détergée reprend rapidement ses propriétés physiologiques et cela permet au malade de sortir dans un bref délai de ce marasme oii le défaut de nourriture l'avait jeté. Aussi, quand on veut pratiquer le- lavage dé l'estomac avec succès, il est important de faire-^uivre chaque lavage d'un repas composé de substances qui doivent à la fois être faciles à digérer et avoir' une valeur nutritive' considérable. C'est ainsi qu''on pourra arriver à la suralimentation, méthode précieuse, car elle permettra de hâter beaucoup là guérison. Beux questions se posent donc maintenant : quels aliniients 'ï'ëallsenf le but à atteindre; par quel procédé /âut-il faire prendre les aliments au malade ?

Il est d'abord un axiome^ banal qu'il ne faudra jamais oublier : .chaque estomac a ses préférence» et ses antipathies ; telle substance très facile à digérer pour un individu donne régulièrement des indigestions à tel autre,

Cela est vrai-, surtout pour le lait, et c'est important, car le lait est extrêniemént; utile dans les cas dont nous nous occupons,; :G'-eg^tlîn:alijnent, complet, riche en principes nutritifs ; il poiirra donc être uii excellent véhicule pour délayer les giibjstances, solides. dont on voudra composer L'alinaejijtation'l 'MaiisvSivaHtd-employeï" lé lait, il faut s'informer aye'c soin si le malade le supporte, et, dans le cas o{t:Ui réponse serait négative, Je. lait f^eta- remplacé par le l)ouUlofli Q'^st ^lorg qjue.Ie/B-qgufs'ppurrQnt être spéciale ment.indigués; Lie bouillon^ en effet, est à peine nutritif; mais,eTi y délayant des oeufs, on obtient ici encore un aliment çoimplet; facile à d|géirer,'touit4 fait apte à servir de yéhicule. Qna pu vair;pâr nos observations, que nos malades prenaient chaque jour trois litres de lait; que les Ge:ufp pejavent facilement être portée à la dose de dix par j'our, .et même chez Lacombe on mit un jour vingt œufs qui furent parfaitement digérés. Noiis citerons encore un de nos phthisiques qui, pendant plusieurs jours,.prit quotidiennement 24 œufs et trois litres de lait.

A-ces aliments- liquides, il est facile de joindre de la viande,- c'est-à-direun aliment azoté. Le procédé le plus simple consiste à délayer dans le lait ou le bouillon de la viande crue hachée. Mais, ici, surgissent des difficultés. Une des plus réelles, au .moins dans les hôpitaux, est d'obtenir une -viq,nde ass.ez bien hachée pour qu'elle passe dans le tube sans le boucher.' Aucun moulin ne permet d'arriver- à ce résultat; il faut absolument prendre de la viande râpée; or,- la confection de ce produit est longue et laborieuse. Aussi, quand on a dans un service plusieurs malades qui prennent journellement 600 grammes de viande crue chacun, on aura de la peine à avoir une quàntités.uffîsantè, de cet aliment, bien préparéau moins.

Si, maintenant, nous mettons de côté cette objection purement pratique, nous verrons que la viande crue, supposée parfaitement hachée, est loin de réaliser l'idéal de

Taliment. Elle a d'abord un inconvénient : elle expose au tœnia. Cependant, nous devons dire que les avantages qu'elle présente sont suffisants pour qu'on puisse négliger cette éventualité. Mais, quelles conditions doit remplir l'aliment digestible par excellence ? Une des principales est de le réduire en parcelles aussi ténues que possible. Il est facile de comprendre que plus la division sera fine et plus la surface de contact avec les sucs digestifs sera grande ; l'action de ces sucs se trouvera donc singulièrement facilitée. Cette condition est réalisée par la poudre de viande, telle que l'a inventée M. Deboveen partant de ces idées théoriques. Nous n'entrerons pas dans le détail de la fabrication de ce produit. M. Debove y a insisté dans la communication qu'il a faite sur la poudre de viande le 14 avril 1882 (1) à la Société médicale des hôpitaux, et, dans un article tout récent, M. Dujardin-Beaumetz reproduit et commente les idées de notre maître (2).

L'aliment qui nous occupe en ce moment a des avantages considérables. Soigneusement préparé, il est obtenu à un état de finesse qui ne laisse rien à désirer. Et l'expérimentation, tout aussi bien que la clinique, a confirmé la théorie. Les digestions artiflcielles, en effet, ont fait voir que la poudre de viande est, à poids égal, digérée cinq fois plus vite que la viande ordinaire.

Mais, ce n'est pas là son seul avantage. Quand on veut donner à un malade des doses considérables de nourriture, on est arrêté, à un moment donné, par le volume de l'aliment qu'on se propose d'introduire. Comme nous le verrons, à l'aide de l'alimentation artificielle, on obvie en partie à cet inconvénient. Cependant, on ne peut guère

(1) V. Union Médicale. 27 juillet 1882.

(2) Bulletin de thérapeutique, 30 mai 1882, T. C. II, p. 401.

verser en une fois dans restomac un repas de plus d'un litre, et il faut bien évidemment une quantité assez considérable de véhicule, lait ou bouillon, pour que le mélangée s'écoule bien. Aussi, est-il malaisé de donner plus de 200 gr. de viande crue à chaque repas ; et on ne peut guère faire faire à un malade plus de trois repas par jour en introduisant chaque fois, outre la viande, trois o\i quatre œufs et la quantité de bouillon ou de lait nécessaire pour parfaire le litre. Le malade boit directement, dans la journée, le reste de ses trois litres de lait. Sans doute, ce sont déjà là des doses assez respectables. Un individu qui prend chaque jour, et pendant longtemps, six cents grammes de viande crue, douze œufs, trois litres de lait peut, à juste titre, se dire suralimenté. Mais, la poudre de viande permet de pousser jusqu'à des quantités plus grandes encore.

Au point de vue chimique pur, la viande de bœuf contient environ le 4/5 de son poids d'eau. Par les procédés moins rigoureux employés pour confectionner la poudre de viande, on obtient une réduction d'environ les 3/4 du poids. Ainsi, pour avoir un kilogramme de poudre de viande, il faut employer quatre kilogrammes de viande crue. Or,Hémerlin, sans accident aucun, a pris journelnellement, pendant vingt-trois jours consécutifs, 360 grammes de poudre de viande et trois litres de lait. C'est comme s'il avait pris 1 k. 440 de viande crue. Et on peut dépasser cette dose. Ici, nous citerons quelques chiffres empruntés à des observations de phthisiques suralimentés. Un de nos malades prend chaque jour, dans trois litres de lait, 450 gr.de poudre de viande et 100 gr, de poudre de lentilles. Avant de prendre des lentilles, il est resté pendant longtemps à 600 gr. de poudre de viande, qu'il digérait parfaitement.

En présence de repas semblables, il est aisé de comprendre que l'état général du sujet ne tarde pas à s'améliorer.

Il est d'abord remarquable de^voir combien les digestions soni; faciles, combien rassimilation est complète. Nous rappellerons ce que nous avons dit des digestions in vitro. L'absence d'albuminurie nous' montre' d'autre part que l'albumine ingérée se fixe dans l'organisme; en outre, l'analyse de l'urée fait voir combien les combustions deviennent actives à l'aide de ce régime.

Prenons les chiffres que nous relevons sur la Quille d'Hémerlin. Nous ferons remarquer que ce malade urine l)eaucoup, comme d'ailleurs la plupart des mala-, des soumis à ralimentation artificielle. .Cela se cornprend/vu l'ingestion de trois litres de lait. ou de bouillon, par jour. La quantité d'urine évacuée- oscille de 2:,000..à 3, 000' grammes par jour. Quant ad taux- de l'urée, nous l'avons vu augmenter rapidement. L'analyse n'a pas été faite pendant les j ours qui "ont précédé le traitement . Mais , le 5 avril, au matin, nous avons trouvé, qu'Hémerlin, pendant la journée précédente, avait excrété 27 gr. 644 d'urée. ï/alimentation, composée de 1/2 litre, de lait, peut être considérée comme nulle, ou à peu près. Le 6 avril, le malade ingère 50 grammes de poudre de viande, et l'analyse, faite le lendemain matin, nous fait constater un total de42 gr.730pour la journée. Le 14 avril, la ration est portée à 200 grammes par jour ; l'.analyse n'a pas été faite avant le 18 avril; mais, à cette date, la quantité d'urée a été de 60 gr. 528 ; le lendemain, de 63 gr. 537.

Puis, à la lin du traitement, quand le malade prenait 360 gr. par jour, l'urée oscillait de 55 à 65 et même 70 grammes; voire 83 grammes que nous voyons inscrits sur notre tableau le 16 mai. Si cependant nous regardons l'ensemble de ce tableau, nous voyons des chiffres qui le déparent, pour ainsi dire. Mais ces jours on constate en même temps une diminution notable dans la quantité d'urine. Le 15 mai, par exemple, l'urée n'atteint que

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35,aT. 868: toutefois! il n'y aque 1.40Q. grammes d'urine, et il y a pai' litre 25 gr, 620, ce qui est le chiifre moyen trouvé chez Hémerlin. On peut donc conclure 4© là. que le malade ne s'est pas astreint à ne pisser que dans son bocal. C'est d'ailleurs une condition bien difficile à taire observer dtôt que les patients commencent à redevenir valides.

D'autre part, l'augment.ition de poids s'est manifestée peu de jours après le début du traitement. Le malade pesait 56 k. 900, le.5 avril. lia d'abord perdu et le 7 avril il ne pesait plus que 54 kil. 300. Tel a été son poids minimum. Nous ne dirons pas que, pendant ces trois jours, Hémerlin a perdu en moyenne plus de 0 k. 60,0 gramm. par jour. Bien évidemment on ne peut considérer les poids au point de vue absolu, et quand on les prend tous les jours, l'accumulation des inatieres ' fécales, par exemple, donne facilement des écarts de 1 kilog. enviaon, et c'est à une circonstance -de ce genre que nous devons attribuer le poids considérable du 5 avril. Mais Hémerlin, en somme, dépérissait. Deux jours après le début du traitement, l'engraissement a commencé. On peut le suivre pas à pas sur l'observation que .nous avons publiée plus haut m extenso. Le 14 avril, le poids a déjà augiïuàiàté de 2 k. 000. L'augmentation de poids ne s'est pas maintenue sur ce pied, et cela se comprend du reste; mais, pour s'être ralentie, elle n'a pas cessé. Du 14 au 22 avril, 2 kil. encore ont été gagnés. Finalement, au commencement du mois de mai (le 5 mai) le malade pesait 6 kilogr. de plus qu'au début du traitement (6 avril). Sur 30 jours, nous avons suffisamment de chiffres pour éta blir. une moyenne et nous pouvons dire qu'Hémorlin a gagné environ 200 grammes par jour. Puis, à partir de ce moment, son poids a varié entre 59 kil.. et 60 kilogr., tombant rarement au-dessous du premier chiffre, montant rarement au-dessus du second.

On remarquera encore que, lors de la petite aggravation causée par le léger excès auquel Hémerlin s'est livré quand il est sorti, le 25 avril, le poids a immédiatement baissé.

Le 27 avril, le malade avait perdu 700 grammes : il est resté sensiblement au même poids pendant deux jours, et c'est seulement le 29 avril que l'augmentation a repris son essor.

Nous pourrions commenter de la même manière les poids de Carjat. Mais ce serait en réalité une répétition^ Nous croyons seulement devoir indiquer quelques dosages d'urée, en raison des quantités colossales que Carjat en excrète chaque jour.

Le 12 mai, Carjat pisse 1600 gr. d'urine dans lesquels nous trouvons 25 gr. 812 d'urée. Du 15 au 20 mai, la quantité d'urine reste dans les environs de 1500 gr. l'urée oscille de 40 à 50 gr. par jour. Pais l'augmentation devient considérable. La quantité d'urine dépasse bientôt 2 litres et l'urée qui, du 24 au 27 mai, est de 50 à 60 gr. par jour, atteint le 29 mai 98 gr. 358 etles jours suivants,jusqu'au 4 juin, époque à laquelle nous quittons le service, se maintient aux environs de 100 gr. par 24 heures.

Ces deux observations démontrent donc d'une manière irréfutable que la poudre de viande est facilement tolérée à de très fortes doses et a une valeur nutritive considérable. Avant d'arriver à sa fabrication, M. Debove, arrêté d'abord par la graisse que contiennent les muscles, avait essayé de donner à ses malades du foie de bœuf pulvérisé. L'observation de Gometz nous fournit quelques renseignements sur la valeur de ce produit. Elle nous montre d'abord que c'est un bon aliment au point de vue de ses propriétés nutritives. Tant que Gometz a été à ce régime, il a augmenté de poids ; mais

c'est un aliment qui convenait mal à son estomac, la diarrhée a forcé d'y renoncer. Il est vrai que, sur un malade dont nous parlerons une autre fois, sur un phthisique suralimenté, la poudre de foie a fait merveille. Le rétablissement a été complet et ce malade, qui ne se levait plus qu'une heure par jour, est aujourd'hui infirmier dans le service et supporte aussi bien que qui que ce soit les fatigues du métier. Si nous avons fait cette petite digression, c'est uniquement pour dire que la poudre de foie a rendu des services. Elle est cependant inférieure à la poudre de viande. Un de ses principaux désavantages est la saveur désagréable qu'elle conserve. Peut-être avec du foie de veau, moins imprégné de bile que le foie de bœuf, n'aurait-on plus cet inconvénient. Mais alors le prix serait plus élevé que celui de la poudre de muscle.

Tout ce que nous venons de dire s'applique aux aliments azotés. Nous serons bref sur les hydrocarbonés qui, jusqu'ici, n'ont guère été employés par M. Debove dans les affections de l'estomac. Cependant^ sur un infirmier dont nous n'avons qu'une observation assez incomplète, la poudre de pain a été essayée et adonné un engraissement satisfaisant. M. Debove a imaginé ensuite de fabriquer de la poudre de lentilles que nous avons vue à l'œuvre sur un homme assez âgé, cachectisé par la misère. Le succès a couronné ce traitement, et, le 5 juin, le malade quittait le service après avoir engraissé de 5 kil. 300 du 27 mars au 5 juin.

Enfin, depuis quatre ou cinq jours, M. Debove met du sirop de glucose dans les repas d'un phthisique. Cette expérience est trop récente pour que nous puissions faire autre chose que la mentionner.

Nos observations nous autorisent donc à conclure que la suralimentation associée au lavage donne de forts bons résultats. Mais, pour pratiquer la suralimentation, il faut

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