ALLUSION AUX MESURES QUI POURRAIENT TENDRE A FIXER LA SUPRÉMATIE
d’une opinion sur l’autre ; si nous sommes parvenus à faire comprendre ce dnnger, ceux qui pensent de même ne sauraient point ue pas rejeter un tel principe. Or, toute la question est là.
Car, remarquous-le : il ne s’agit point de ne pas être libéral, quelque sens qu’on attache à ce mol ; il s’agit de n’étre point libéral exclusif; en d’autres termes, d’être libéral conciliateur, selon l'esprit du pacte fondamental.
Tout est dans ce principe, et nous avouons ne pas concevoir comment il pourrait ne pas être acclamé par la Belgique entière.
Sans doute, la puissance des positions prises est telle, qu’il se trouvera toujours des hommes qui ne démordront point de Vexclusivisme; mais leur nombre sera petit en comparaison de ceux qui doivent se ranger sous le drapeau de l’Esprit national et du Pacte constitutionnel.
Parlant de là , nous avons , tracée devant nous , la marche à suivre pour atteindre le but.
j„ LeMibéralisme exclusif s’est organisé sur une vaste échelle qui «.«(.î.™ embrasse le pays entier. Toute lutte avec lui est impossible à moins
d’une organisation semblable; mais, par contre, opposer aux associations libérales exclusives, de vraies associations libérales conslitulioonelles, ayant à côté d'elles, comme les premières, une presse dans le même esprit, c’est garantir le résultat, à moins de désespérer de la raison publique.
Certes, nous ne nous dissimulons point ce que la lutte demande d’énergie, de persévérance, de sacrifices mêmes; nous connaissons la force du Parti qu’il s’agit de combattre, mais nous savons mieux encore qu’en Belgique, jamais le patriotisme ne fera défaut à la cause nationale, et ce que le Libéralisme exclusif a réalisé pour la sienne, les libéraux conservateurs sauront l'accomplir dans l'intérét de celle qu'ils représentent, avec la conscience qu'elle est celle de la patrie.
Nous disons qu'à côté des associations libérales constitution- » nu tu,u n w celles doit exister une presse qui leur serve d’organe.
Déjà nous avons fait connaître combien est puissante l’organisa- uo "« 11 '
(ion de la presse libérale; quel immense réseau elle a étendu sur le pays; combien est redoutable son entrainement pour les populations, incapables de s'en défendre autrement qu’à l'aide d'une presse qui les éclaire.
Il est à ce sujet une vérité dont il faut qu’on se pénètre : en Belgique, doit-on dire, la liberté de la presse sauvegarde toutes les autres, mais à une condition : c'estqu'on en fasse usage ; sans cela il doit arriver ce qui adviendrait daus un combat, où celui qui ne se sert point de ses armes est un homme perdu.
C'est donc un devoir de conservation qu'opposer à la presse qui égare, la presse qui guide; à la presse qui pervertit le sens national, la presse qui le moralise ; à la presse anticonstitutionnelle, la presse qui rappelle à l'exécution du pacte fondamental; à la presse qui attaque le catholicisme, celle qui se voue à sa défense.
Cependant, si l’on compare l’importance des feuilles libérales à celle des journaux conservateurs, on remarque, au désavantage de ceux-ci, une différence bien faite pour attirer l’attention.
Quel en est le motif? Serait-ce insouciance de la part de l’opinion conservatrice? Nous croyons que c'est le contraire, et cette explication découle de la nature même des choses.
Il est, en effet, dans la nature d'une cause qui se croit bonne de se confier en elle-même en se reposant sur son droit, et c'est légitime : mais dans l’ordre politique d'aujourd'hui cela ne suffit point; ce n’est pas assez au milieu des luttes qui s'engagent de toutes
parts, et auxquelles il importe de ne pas rester étranger, sous ' peine de périr.
Aujourd’hui, pour avoir raison, ce n’est pas assez qu’on ait raison : il faut l’avoir les armes à la main.
Oui, les armes à la main, et ces armes, c’est la presse ; la presse, cette formidable Puissance, là où elle est libre ; Puissance qui appartient de plein droit à la bonne cause, pourvu qu'elle sache s’en servir, mais sous laquelle elle doit succomber si elle se retire dans sa lente; Puissance qui revient donc de droit aux associations constitutionnelles, organisées dans le sens de l’Esprit national, et à laquelle chacun doit donner son appui dans la mesure de ses moyens, certain qu’en le faisant, il pose un acte de civisme étroitement lié à ses propres intérêts.
Noble arène, dirons-nous, pour tout homme qui veut se préparer aux affaires publiques; il y apprend à se mêler aux débats que chaque jour voit surgir, et en attendant qu'il prenne lui-même sa place, il rend à la patrie d’éminents services. La presse est le champ-clos où se sont distingués les génies de premier ordre; les plus grands hotnmes d’État y ont fait leurs premières armes, et pendant qu'ils travaillaient à leur avenir, la presse moralisatrice trouvait en eux la plus précieuse des assistances.
Nous n’avons pas cru hors de propos cette digression sur la presse, comme élément indispensable des associations politiques. Toutes les luttes y sont aujourd’hui transportées; luttes acharnées qui ne respectent rien; où la loyauté et la morale font le plusnavrant des naufrages; devant lesquelles aucune réputation ne trouve grâce; où tout est immolé à l’esprit de Parti, et qui placent dans celte alternative : ou de protester contre la liberté de la presse, ou de tenir tête; or, la liberté de la presse est un principe constitutionnel, identifié de telle manière avec notre système politique, qu’il en est une conséquence de nécessité première.
Nous finissons par un point de haute importance.
Comme on l’a vu, le cheval de bataille de l 'exclusivisme, c’est le clérical; le clérical sur tous les tons, le clérical partout. orginiMtion Eh bien ! que la grande opinion nationale, à la fois libérale, df eonservalr j ce et repoussant \’ exclusivisme, s’établisse sur le prin-
cipe de l'Unité constitutionnelle, et plus de clérical possible; qu’ainsi constituée, elle s'organise, ni en défiance du clergé, ni jmr le clergé, mais de façon que celui-ci ne puisse point ne pas lui donner le concours sympathique de son patriotisme.
Une telle organisation de l’opinion nationale rendrait un service
immense : celui de placer le culte hors de toute lutte, d'une part , celui d’assurer toutes les libertés, de l’autre.
Nous résumant, nous concluons comme suit : c«hui...
Qu’en principe, l’entente règne parmi les Belges, puisqu’il y a accord sur toutes les bases constitutionnelles;
Que les dissidents ne sauraient être que des hommes à systèmes,
<ies hommes intolérants ou des hommes aux idées ambitieuses;
Qu’il existe ainsi.cn réalité, une grande opinion politique, représentant l’Esprit national ; de sorte que la lutte, telle qu’on la voit aujourd’hui, n'est, pour les uns, qu’une vaste déception; et de la part des autres, qu'une dissimulation profonde de passions de toute nature, ou le résultat de’ systèmes inconciliables avec notre pacte fondamental;
Qu’elle se trouve par conséquent engagée, non point entre les catholiques et les libéraux, considérés comme tels, et tous d'accord sur les grands principes; mais entre l’Esprit national et les passions systématiques ou ambitieuses de ceux, quels qu'ils soient, qui se sont faits hommes exclusifs et de Parti;
Que la grande opinion nationale n’a qu’à se compter, pour se voir à l’instant organisée d'elle-même, sur la base de l'unité constitutionnelle , réalisant ainsi le principe fondamental, proclamé par le Congrès : liberté en tout et pour tous, le même que conciliation ;
Que le moyen d'y parvenir sont les associations fondées en conformité de ce principe ;
Que cette organisation a pris toute l’importance d’une question <le salut public, et est devenue un devoir de premier ordre.
De telles associations, s’organisant dans tout le pays, auraient pour résultat :
Que la Belgique se verrait aussitôt en possession de Chambres législatives nationales, et n’aurait plus des Chambres fractionnées en Partis hostiles ;
Que dans des Chambres ainsi composées il se formerait des majorités et des minorités d’afTaires, à la place des luttes de Partis en permanence, paralysant toute la marche administrative;
Qu’il y aurait un ministère national et d’affaires, et non plus un ministère de passions politiques;
Qu’il en serait de même pour les conseils des provinces, pour les
administrations des communes, et pour toutes celles qui en dépendent ;
Que toute la machine gouvernementale deviendrait régulière e! vivace, et qu'à la presque unique question qui prévaut en ce moment, celle du c/érico/isme, se substitueraient les grandes questions d’intérêt général ;
Que là serait la véritable réalisation de l’indépendance du Pouvoir civil, c’est-à-dire, la reconstitution du gouvernement belge dans son état constitutionnel et normal ;
Que cette division, toujours s'aggravant, qui sépare les citoyens, désunit les familles, lèse les intérêts publics, opprime les uns au profit des autres, et plonge la Belgique entière comme dans un état de torpeur et de marasme, serait remplacée par l’entente constitutionnelle entre tous ;
El qu’olors, si des jours d'épreuve lui étaient réservés, elle se lèverait d’un bout du sol à l'autre, comme un seul homme, proclamant du haut de ses étendards l'impérissable devise : l’uuion fait la force, et montrant à tous ce dont est capable l’amour de la patrie sur une terre de liberté!
Peut-on hésiter, quand pour atteindre le but, il ne faut que le vouloir, et que, la main sur le cœur, il est permis de s’écrier :
Non, la division, l’hostilité et les haines ne sont point une nécessité en Belgique ! Non, ce n'est point là le lot fatal des Belges ! Le prétendre, c'est méconnaître le caractère loyal et généreux de la nation ; c’est outrager sa droiture et son bon sens héréditaires, au risque de porter une irréparable atteinte à ces précieux trésors. Si les divisions existent, c'est qu’on les a faites ; si elles existent, c’est parce qu'on a voulu qu’elles existassent ; dès lors il suffit de le vouloir aussi pour délivrer la palriedes liens qui l'étreignent! Et pourquoi balancer? S'il est des questions, n’importent lesquelles, qui donnent lieu à des opinions contraires, discutons-les, notre glorieux pacte fondamental sous les yeux, ce guide aussi inappréciable que sûr. Ne croyons pas, surtout, qu'il n'y ait point péril dans la demeure. La voix de la Patrie fait appel ; la parole auguste d’un Souverain, aimé, nous sollicite, en prévenant du DANGER...; une trop longue expérience fait entendre son pressant langage; et s’il était nécessaire de quelque sacrifice, quel qu’il fût, sur l'autel delà patrie, n'hésitons pas encore; ce serait le sacrifice noble du patriotisme, pour reprendre à jamais notre immortel drapeau, portant la sublime devise de salut et la seule beige : l’um'o» fait la force et assure la liberté!