XXII
Envisageant la question sous un autre point de vue, nous ferons observer, qu’en effet, la Constitution, comme conséquence de la liberté des cultes, des opinions et de l'enseignement, a garanti au clergé une liberté et une indépendance entières.
La conclusion à en tirer, c'est que cette liberté et cette indépendance lui ont été départies pour qu’il en jouisse avec plénitude, en harmonie, comme elles sont, avec l'ensemble du pacte fondamental.
Apparemment ne les a-t-il pas reçues, d'une part, pour qu’elles lui fussent disputées de l'autre ; et lui ont-elles été données dans l’intérêt du grand principe dont il est le symbole, comme dans celui de la dignité et du respect, qui, pour l'exercice de-son ministère, sont une condition d’existence.
Et, non, pour dégénérer en ce qui leur porte atteinte ; en un système de défiance, de récriminations et de déboires de tous les jours.
La Centtita- Hua o'a point garanti la liberté au Clergé pour qu'on la fournit contre lui.
Parallèle rnlr« le libéralisme * relut if el le libéralisme non ejre/r uif, ou Consenateur.
Non, pour se voir en butle à toutes les imputations que peuvent suggérer l’hostilité et la haine; pour devenir un éternel sujet d’attaques; en un mot, non, pour qu'on tournât cette indépendance et cette liberté contre lui de la manière qu’on le fait.
Non, ce n’est point à de telles fins que le clergé a été mis en possession de la liberté ; ce n’est pas au prix de son honneur ; pas pour se voir enlever la confiance, la considération et la justice !
La belle liberté, peut-on dire aujourd’hui, que celle qui n’est qu’une source d’avanies pareilles à celles dont l’abreuve le libéralisme !
Quand le Congrès lui marqua sa haute confiance, il la lui a témoignée en connaissance de cause; elle est, pour lui, chose constitutionnellement acquise, et il n’est pas plus permis de le suspecter, que de mettre en suspicion les autres Pouvoirs nationaux ; car, comme tous les Pouvoirs, il a droit à ce qu’on l’honore.
C’est donc calomnier le clergé que lui attribuer des tendances envahissantes, el lui supposer la pensée de faire servir sa liberté et son indépendance à des empiétements, qui le placeraient en dehors de la Constitution, comme au-dessus du Pouvoir et des institutions du pays.
Mais le clergé voulut-il empiéter, que la chose serait impossible; car s’il est en possession de ses libertés, la nation a aussi les siennes, et qu’au moins on lui accorde assez de sens pour le comprendre.
L’opinion catholique, comme telle, ne se préoccupe point de la possession du Pouvoir; peu lui importent les hommes; peu lui importe l’origine; elle ne voit que les principes, ne recherche que l'esprit qui dirige, et si ['exclusivisme libéral n’était point de sa nature un système hostile, dont la politique ne peut être qu’hostile, contre les personnes, contre les choses, contre tout ce qui a un caractère religieux, peu importerait aux catholiques qu’il occupât le Pouvoir.
A la différence des libéraux, les catholiques et les conservateurs ne réclament aucune exclusion, aucun privilège; ils demandent qu’il soit fait abstraction politique d’opinion religieuse; ils demandent qu’on en finisse avec la plus niaise des distinctions, qui pousse le pays à sa perte, et qu’un génie de discorde a inventée pour son malheur.
Mais il D'est pas dans la puissance du libéralisme exclusif de faire droit à cette demande; car pour lui ce serait renoncer à l’exclusion, qui est sa raison d’étre, ainsi que nous l’avons démontré.
Nous avons également démontré qu’entre les principes conservateurs et ceux de l ’ exclusivisme il y a celte différence essentielle :
Que les premiers étant ceux de l’ordre général, sont par cela même la raison d’être du Pouvoir; tandis que les seconds donneut plus de prise à l’intérêt des personnes.
Que l'un système, est celui des exagérations qu’engendrent les passions de toute nature, en plaçant hors de la Constitution, ou le système jter sonnet ;
Que l’autre, est celui de la raison universelle, en d’autres termes, la raison publique, résumée dans le pacte fondamental que la nation belge s’est donné, et l’interprète de l’Esprit national.
C’est cet Esprit national, envisagé au point de vue du pacte constitutionnel, dont nous nous étions proposé de faire ressortir le caractère pour l’opposer à V exclusivisme, et si nous avons réussi à présenter l’un et l’antre sons leur véritable aspect, nous aurons rempli notre tâche. Nous ajouterons une considération qui, résumant le tout, pourrait être appelée de loyauté nationale. La voici.
Les libéraux exclusifs disent :
Point de système qui , devenant, en fait, la personnification du catholicisme au Pouvoir, dégénérerait en théocratie ; et c’est fort juste, répondons-nous; mais, par contre et pour la même raison, nous disons à notre tour :
Pas de Pouvoir qui personnifie, en fait, l’amicatholicisme, et de la part du libéralisme il n’y a point de réplique possible; car il ne peut pas plus désavouer la chaire anti-catholique qu'il a fondée, et dont les doctrines ne sauraient être différentes de ce qu’elles sont, sans qu’on l’anéantisse dans sa raison d’être; que ne point s'identifier avec elle, puisqu’elle est son pivot et sa lumière. Qu’il suffise donc au libéralisme de la posséder, et loin de vouloir qu’à laide du principe d'exclusion, elle se pose à côté de lui au Pouvoir, il évite tout ce qui pourrait lui en donner l’accès, en renonçant au principe de ['exclusivisme.
Ce serait là delà loyauté; ce seraitdelaConstitution;ce serait de la liberté ; de la liberté en tout et pour tous ; de la liberté des cultes dans le vrai sens politique du mot; chacun faisant de la propagande pour soi, mais en dehors de l'État; celui-ci demeurant neutre et impartial vis-à-vis de tout le monde. A l'instant les hostilités
Considérai ios de Loyauté Nationale
disparaîtraient comme d’elles-mêmes ; l’accord entre tous remplacerait la division ; il n’y aurait plus que l’Esprit national.
c« qu'u yak En commençant ces Études, nous avons exprimé l'espoir de démontrer la possibilité de sortir d'une situation que nous avons appelée, une calamité et un non sens.
Or, saurait-on produire de cette possibilité une preuve plus décisive, que d’avoir démontré le non sens de l'exclusivisme, se mettant en lieu et place de l'Esprit uational, de sorte que toute la questiou se réduit à substituer l’Esprit national à son usurpateur ?
A ceux qui demanderaient si cela est praticable, nous demanderions comment il se pourrait que cela ne le Tût pas, alors que les moyens s'offrent d’eux-mêmes, et qu’il suffit d’y recourir pour assurer le succès î
En effet, si nous sommes parvenus à faire comprendre que l’exclusivisme est un principe arbitraire, violent, de discorde civile, anticatholique et anticonstitutionnel; que c'est à ce même principe que,