LÉOPOLD
Si maintenant, en regard du retrait de l’article 84 de la loi corn- „„ „ munale on place les faits qui, en 1837, ont accompagné la discus- du sion du projet de loi sur la chanté, et que de ces mêmes faits on rapproche ce qui va suivre; on voit se développer le système, et on acquiert la conviction que tous les efforts du libéralisme exclusif sont dirigés contre les influences religieuses, et que les mesures qu’il prend tendent à y soustraire les populations.
Point d’influences religieuses, fussent-élles celles de la bienfaisance, telle est sa pensée intime; pensée qui ressort de tous ses actes, mais non de son langage ; car, à l’entendre, il ne leur serait pas hostile. Mais que deviennent les paroles quand les faits leur donnent un démenti? que deviennent-elles surtout si l’on réfléchit qu’il ne se peut point qu’il en soit autrement, et c’est ce que nous allons faire voir, en attendant que nous produisions la preuve matérielle de ce que nous avançons.
En effet, résister aux influences religieuses, c’est la raison d’être de Y exclusivisme libéral ; c’est son principe et son but ; lutter con-
r Lf libéralisme txeluiif cal, 4e son euenet, la lutte systématique et nécessaire contre l'esprit religieux de la nation.
Quelles personnes le système de V exclu-
tre elles, est donc pour lui une nécessité d’origine; il ne lui est même point permis de s’abstenir, en gardant la neutralité, sous peine de se voir à l'instant menacé dans son existence.
Influences religieuses et libéralisme exclusif sont choses incompatibles, et mille fois prolesterait-il de sympathie, qu’il n’en resterait pas moins vrai que, pour lui, cesser la lutte serait cesser de vivre, et qu’ainsi, dans la lutte, il y a pour lui raison d’État.
Le libéralisme exclusif, considéré en lui- même, est donc la lutte organisée, la lutte systématique, la lutte nécessaire contre les influences religieuses, et, partant, contre l'esprit religieux de la nation ; on en trouve la preuve de fait dans ce qui s’est passé au sujet de la question de la charité, à quoi il faut ajouter tout ce qui se pratique en matière d'enseignement officiel, sans en excepter la loi sur l'Instruction primaire, de toutes parts battue en brèche, et comme administrativement transformée en loi nouvelle , autant qu’il a été possible de le faire.
Est-ce là, demanderons-nous de nouveau, de la Constitution belge? Ne sont-ce pas au contraire les exagérations et l’intolérance qui forment le cachet des chefs de Parti ? Et n’étions-nous pas dans la vérité lorsque nous avons fait observer, que la disposition comprise dans l’article 84 de la loi communale, autorisant les fondations charitables, ne renfermait pas en elle-inéme un motif de division, mais que c’est l’exagération de l’esprit de Parti qui l’a fait révoquer, comme c’est la même exagération qui, en matière d’enseignement religieux, a annihilé la convention d’Anvers, et cela en opposition avec les vues conciliatrices de la législature de 1854?
Or, la nation belge veut-elle qu’on altère son caractère religieux, et qu’atteinte y soit portée dans la génération qui s’élève? Si elle le veut, qu’elle acclame l'exclusivisme libéral, et satisfaction lui sera donnée au delà même de son gltente.
Mais si elle ne le veut point; si elle s’indigne à cette pensée ; si elle proteste; alors qu’elle déclare le libéralisme exclusif antinational, comme étant antireligieux ; qu'elle le déclare inconstitutionnel, comme violant le pacte fondamental, qui n’a pas infligé aux Beiges un adversaire de leur culte, mais leur a donné un Pouvoir neutre , et qui, en proclamant le principe de l'égalité entre tous, en a fait une garantie contre les exrfusùms du libéralisme au Pouvoir.
Et ce régime d’exclusion sait-on en quoi il consiste ? En conçoit-on la portée et quelles sont les personnes qu’il frapperait.
si le système devait prévaloir dans l’avenir! Sait-on que ce serait *«« rf»' l’cxclusion en fait de toutes les personnes réputées religieuses? * n ' que ce serait la proscription organisée des emplois de l’État pour les catholiques belges? Sait-on que dans ce système, il suffirait d’être regardé comme homme religieux pour se voir déclaré incapable de servir la patrie ? qu’il s'agit de tenir les catholiques éloignés des affaires, en appelant sur leur aptitude la défiance de leurs concitoyens; qu’il s’agit de les écarter des conseils du Roi, des Chambres législatives, des administrations générales, de la magistrature, des conseils des provinces, des administrations communales ; de les placer, en un mot, dans un état de prévention universelle, de ]>eur que n’apparaisse de nouveau la fameuse paretithèse vide, dont les a stigmatisés une plume libérale incroyable, rêvant les abus d’un autre âge?
El qu’on ne dise point que parler ainsi ce soit faire de l’absurde; qu’il ne saurait, en tous cas, être question que des cléricaux : ce sont là des mots mystificateurs, dignes du système qui les emploie.
Non, il ne suffirait point de ne pas être un clérical ; car comment distinguer celui qui l'est de celui qui ne l'est point? et celui qui ne l’est pas, ne craindrait-on point qu'il ne le devienne, et ne serait-ce pas mille fois assez pour l’exclure?
Quel est d’ailleurs le catholique, qui saurait ne pas être hostile à un système n’existant qu'en déGance de ses sentiments religieux ? L’exclusion les atteindrait donc tous; elle atteindrait tous ceux qui, considérant les influences religieuses comme la plus ferme base de l'ordre social, auraient à cœur, non de les briser, mais de les développer et de les étendre.
Ce système ne saurait point ne pas faire l’objet de la préoccupation des familles; elles ont à voir si elles entendent, qu'au sein de la patrie, leurs enfants puissent être regardés comme portant en eux-mémes le sceau de l'incapacité pour se montrer dévoués à la foi de leurs pères.
Mais c’est l'absurde de l’absurde, répète-t-on encore! Oqi, répondons- nous : c’est l’absurde de l’absurde; mais c'est précisément la brutalité des conséquences que, forcément, entraîne votre système, qui dénonce l’absurdité de votre doctrine!
On vient de voir ce que le libéralisme exclusif est en prin- »<»<«*« «• cipes ; quelle est sa nature ; ce qu’il doit être en tout et partout, et
»»(«• libéral«*m« t relatif, ci en solidarité am kik.
nous avons démontré, par les faits, comme par des considérations qui ne comportent point de réplique, que la lutte organisée contre les influences religieuses est-ce qui forme son essence. Il nous reste à faire connaître les doctrines qui, sous son patronage, se produisent au grand jour, mais auparavant il est bon d’étre fixé sur la valeur des paroles de sympathie que parfois l’intérêt religieux inspire à ses organes.
Un imprimé, répandu à foison, en 1859, parmi les populations flamandes, comme manifeste pour les préparer aux élections de cette année; imprimé qu'il est permis de regarder comme un cathéchisme politique sur la matière, et dont la contexture décèle une plume hautement exercée, fournit à ce sujet des spécimens qu’il nous répugne de retracer, mais, d’une autre part, trop instructifs pour les passer sous silence. On ne sait ce qui dans l'écrit se dispute la palme : ou l’insultante sollicitude qu’on y affecte pour l’intérêt religieux, ou le cynisme avec lequel est déversée la flétrissure sur ceux qui le représentent. On en va juger. Nous traduisons littéralement, demandant pardon à nos lecteurs de leur mettre sous les yeux de pareilles souillures. L’un chapitre traite de la charité, l’autre de l’enseignement. Voici le premier.
« En ce qui concerne la bienfaisance, s’il fallait en croire le « clergé sur parole, ses intentions sont pures et à l'abri de repro-
< che; à l’entendre, il n’aurait en vue que le sacrifice de lui-même,
« abstraction faite de toutes considérations humaines. »
« Mais si le clergé est si brûlant pour le pauvre ; s’il attache tant « de prix à lui faire l’aumône qui a pour objet les besoins du corps, « ne faudrait-il pas en conclure que l’empressement à lui distri-
< buer l’aumône spirituelle, dont seul il dispose, est bien plus
* ardent encore? Et cependant quelle est la part du pauvre dans
* l’aumône spirituelle? Qu’on se rende à l’église ; là, on verra que, « lui appliquant le proverbe banal : « Point d’argent, point de « Suisses! » on lui dit: « Point d’argent, point de prières! » Que le « pauvre naisse, qu’il se marie ou qu’il se meure, le pain de l’âme
* lui est donné avec tant de parcimonie, qu’on ferait tout aussi « bien de l’en priver totalement (1). »
« Et le clergé voudrait nous faire accroire que c’est par amour « des pauvres qu’il cherche à se rendre maître de la bienfaisance « publique! >
(I) Qpi ne sait qu'en cas de naissance, de mariage el de décès, les formulaires, invariablement les mômes pour tout le monde, ne connaissent ni rang ni distinction, et sont appliqués au plus pauvre de la môme manière et avec la même sollicitude qu'au plus riche.
•* Amis, ce que le clergé veut, c’est ressaisir son Pouvoir d’au-
* trefois ; il voudrait, à l'aide des grandes richesses, amassées au
< nom des pauvres, placer de nouveau son autorité au-dessus du « Pouvoir civil; il voudrait faire revivre le régime, par lui tant re-
* gretté, des couvents. Vous savez, d’ailleurs, que rien n’est plus « facile pour le prêtre que d’abuser de la défaillance de l'homme « qui se meurt. L'homme qui se meurt n’a plus ni jugement, ni
< volonté; alors rien de plus aisé que de s'emparer des héritages;
* la loi a beau être sévère, encore trouve-t-on des prêtres qui savent « l’éluder par leurs captations et leurs tromperies, pour spolier les « héritiers de leurs droits. A chaque inslaul les spoliations les plus « odieuses sont dévoilées devant les tribunaux, et ce qui doit faire
* gémir tout ce qui porte un cœur chrétien, c’est que bien souvent « les auteurs sont des prêtres appartenant au haut clergé. »
« Alors donc qu’une législation prévoyante ne suffit pas toujours « pour mettre un frein à la soifd’argent qui dévore le clergé, quels « ne seraient point les excès auxquels il se livrerait pour l’assou- « vir, si la société lui était abandonnée sans défense, et si on met- « tait entre ses mains la mine d’or de la bienfaisance publique!
• Les suites d’un tel abandon seraient effroyables; alors plus de « repos ni de sûreté pour les familles; alors les actes les plus hon- ■ teux seraient couverts par le manteau trompeur de la charité et « de la religion ; le-pauvre, si mal partagé quand il s'agit de secours
< spirituels, le serait encore bien davantage pour les besoins du « corps, et il ne lui resterait plus qu’à périr dans sa misère, comme « en Espagne et en Italie, ces deux pays catholiques par excel-
< lence. La Belgique serait mangée par des moines fainéants et « mendiants de toutes les couleurs; partout se multiplieraient les « propriétés de main-morte; les revenus publics s’en iraient, dirai-
< nuant de toutes parts, et nous, écrasés par les impôts, nous
* tomberions à rien. »
« Voilà, amis, où veut nous conduire la politique du clergé; voilà
< ce que nous promettait la loi des couvents, dont il a cherché à « doter la Belgique! Heureusement pour le bien-être de la patrie,
< ces projets honteux et insensés ont été déjoués par les libéraux,
< de qui l’énergie y a mis obstacle. »
On croit rêver quand on parcourt ces ignominies; on se demande si c'est en Belgique et pour la Belgique que de telles choses s'écrivent, et on demeure confondu, quand on doit se dire, que c'est le programme distribué partout pour appuyer la candidature d'élus de la nation, et que cela s’est fait en empruntant le ton de la soili-
citude pour la cause du christianisme, sur les intérêts duquel <m engage à gémir!
Mais, actons-le, et de même que l’homme se retrouve dans ses paroles, ainsi le libéralisme exclusif se peint-il lui-même par le langage que nous enregistrons ; le prenant sur le fait, actons qu'il est un ennemi juré, et que la mesure de sou acharnement est l’audace avec laquelle il calomnie et outrage ; constatons, sur pièces, qu’à travers l’adulation des paroles et l'affectation du sentiment chrétien, il distille au milieu des populations la haine du catholicisme, en jetant l’odieux sur ses ministres, auxquels il donne en partage tout ce que la passion est capable de suggérer de turpitudes et d’extravagances.
Le chapitre relatif à l’enseignement ne pouvait être que le pendant de celui sur la charité, le voici :
« Que veut le clergé en matière d’enseignement? Il veut le mono- « pôle, et partout se rendre maître. Or, comme il faut qu'il se * contente aujourd'hui de faire aux écoles du gouvernement la « guerre la plus scandaleuse, il n’est point de moyens devant les- « quels il recule, dès qu’il les considère comme propres à leur « nuire. En vain a-t-il cherché à prendre le couvert de la religion ; « des témoignages irrécusables fournissent la preuve que les prin- « cipes religieux sont ce qui le préoccupe le niQins ; et en effet, il « n’est rien que les libéraux n’aient tenté pour enlever au clergé « jusqu'au moindre prétexte d’un refus de concours. A cette fin, ils « ont adopté la convention d'Anvers, mais le clergé a persisté, et si « loin porte-t-il l’impudeur, qu’il ne craint point d’avouer, comme « motif de son refus, que son concours mettrait en relief l$> écoles •* de l’Etat au préjudice de ses propres collèges. »
«■ Est-ce là vouloir les libertés constitutionnelles? Est-ce là mei- « Ire en pratique la charité chrétienne? »
« Chose incroyable! le clergé s’acharne sur la tombe de ceux qui, *■ à leur dernière heure, n’acceptent point son ministère, et des « milliers d'enfants, il les prive d’instruction religieuse, sans avoir « l’air de s’en soucier le moins du monde! C’est le comble de l'hy- « pocrisie !!!... Non, le sentiment de ses devoirs n’est pas ici sou « mobile ; s’il était pénétré de ce sentiment, il irait lui-même au- « devant de ceux qu’il repousse aujourd'hui ; il se soumettrait aux « lois de l'État avec d'autant plus de raison, qu’il le peut faire « dans des conditions qu'il a proposées lui-même. Mais ce qu'il « écoule, c’est la passion ; le sentiment auquel il obéit, c’est la co-
— Zi —
• 1ère de n’avoir pu confisquer pour lui seul la liberté de l’ensei- « gnement. »
« Toutefois, le clergé a prêché dans le désert, et malgré toute la « fureur de ses déclamations, les écoles de l'Etat sont en pleine « prospérité, preuve évidente de la haute moralité de l'instruction « qui s’y donne. »
A cet effréné dévergondage répond la déclaration d’un document officiel du 18 septembre 1856, dans lequel on lit ce qui suit :
« Si nous avons le chagrin de voir encore dans notre diocèse des établissements d’instruction publique, administrés aux frais de l'Etat, se soustraire volontairement à l'influence salutaire du principe religieux, nous nourrissons au moins l'espoir qu'un jour viendra où cessera un état de choses que nous déplorons, mais auquel il ne nous est malheureusement pas donné de porter remède. >
Aussi longtemps que celte déclaration officielle n’aura pas été contredite, nous la tenons pour vraie, et comme calomniatrices les imputations odieuses du détracteur anonyme.
Mais vous, lui dirons-nous, qui que vous soyez, mais de qui le langage atteste que vous appartenez à cette école, l’Honneur et la Vedette (1) du libéralisme ,^cole qu’il a fondée sous le programme proclamé solennellement :
« La science pour la science, la raison par la raison, sans mandements, sans vieilles traditions, sans vieux dogmes, sans encycliqtus ;
• La liberté il'examen, pour qu'une foi aveugle et inintelligente, qui réclame une soumission absolue à des mystères, ne prenne point la place de la raison, et pour opposer à la religion du servilisme le culte de la dignité humaine (2) »
Pourquoi dissimuler? Pourquoi reculer devant votre profession * de foi, et ne pas faire comme le professeur, dont nous aimons la franchise, quand il développe (5) le programme que nous venons
(1) Parole* do président du Conseil d'administration de lToiversité de Bruxelles, 19 novembre 1859.
(2) Üi. 'cours de l'administrateur inspecteur de l'Université de Bruxelles, novembre 1859.
(3) Les doctrines qui suivent sont textuellement extraites d'un ouvrage publié en 1857, par le professeur de la chaire de pbilovopbie àt'Université de Bruxelles, sous le titre : Eiudea j«r la religion .
• Le catholicisme ne vit plus que sur des malentendus . la religion catholique, jadis
• en harmonie avec la société, est maintenant uoe contradiction avec tous les besoins
• de l'époque. *
• Aujourd'hui, pour connaître Dieu et la création, il faut consulter, non les révéla-
• lions, mais la raison. Autrefois, la raison chrrehail * justifier son audace devant la « foi -, à présent, c'est 1a foi qui vient excuser ses témérités devant la raison. •
de transcrire, et qu’il déclare nettement, lui, que le seul culte aujourd’hui compatible avec la raison, est celui dont la science doit formuler la théorie, pour la répandre par la parole et par la presse, après qu’elle en aura résolu le problème.
Mais alors aussi ne reprochez pas, comme vous le faites, qu’on vous refuse une instruction dont vous répudiez les dogmes, sans oser le dire, instruction qui dans votre école ferait triste figure; et si votre culte est celui de l’honnête homme, rappelez-vous que
• Les chefs de l'église ne s'obstinent pas moins à délier la raison, en proclamant un « dogme nouveau, sans se douter de l'anachronisme. »
« Le catholicisme n'a rien appris, rien oublié, et l'économie sociale ne peut le traiter « que comme un ennemi de la prospérité publique »
* Quand une idée est épuisée, il faut qu'elle tombe; quand une autre est mûre, il faut « qu'elle se réalise. Ainsi le paganisme s’en alla l-il expirer autrefois, dans les camo pagnes, loin des agitations de la vie intellectuelle. »
« La situation est la même aujourd'hui. La société moderne est rongée par un autre
• paganisme, plus vivace que le premier, parce qu’il a jeté des racines plus profondes " dans la conscience humaine, Mais les moyens de le combattre sont plus nombreux ,
€ grâce à la liberté de l’imprimerie; grâce aux distances qui disparaissent entre les
■ lettrés elles ignorants, entre les villes et les campagnes. La vapeur enlèvera â elle
• seule, chaque année, un grand nombre de préjugés et de superstitions locales; l’or-
« CASSATION SERIEUSE DE l'eSSEICREVERT FRIMAIRE CRATUT F.T OI’-LICATOIRE FERA LE RESTE. •
h La Papauté n'est plus qu'une lettre morte, unctormule, comme le fut la pluralité
• des dieux sous les Césars. *
« Le catholicisme étant incompatible avec la civilisation, faut-il une religion à « l'homme? Oui, et il ne peut être question de supprimer la religion, mais d'en régler
• le mode par la méthode. C'est à la science à exposer la théorie de la religion ; c'est à
• la science à la répandre par la parole et par la presse, et les solutions de la science « offrent cet avantage, que plus malléables que les inspirati-jus de la foi, elles se prêtent « mieux aux modifications suggérées pnr le progrès. »
« L'éducation catholique n'a point pour but de faire de l'enfant un homme, mais « un croyant, en jetant son esprit dans le moule du moyen âge. »
i L’éducation laïque nuit Ica progrès «le la civilisation et n’a pas < àn'lnqulctcr «le* conwrqucncc» qui résulteraient pour Icm croyances « du libre épanoul««ement de* faculté* humaine*, i Le 15 du mois de mars 1860, une médaille solennelle fut offerte en hommage à l'auteur de ces doctrines, par ses élèves, qui s'exprimèrent ainsi en In présentant :
« Nous avons entendu notre savant professeur examiner et discuter ces grands pro- « « blêmes dont l’objet est Dieu, la nature et l'homme. On a pu se convaincre avec quelle
■ sûreté de méthode, avec quelle exactitude de raisonnement, il est parvenu à subsli- « tuer des solutions rationnelles aux mystères et aux dogmes d'une théologie impuis- « santé. Répandre les idées nouvelles au sein de la jeunesse pour qu'elle les fasse rayon- « ner à son tour dans une sphère plus étendue, tel a été le but constant de ses efforts « dans son enseignement comme dans ses ouvrages. »
Les doctrines qu'on vient de lire donnent l’explication de tout ce qu'on voit, et sont le mot d'ordre de tout ce qui se passe. Certainement les doctrines sont libres, celles-ci aussi bien que les saints-simoniennes, dont la liberté fut si hautement réclamée par le Congrès national ; mais ici il ne s'agit point de doctrines, il s'agit de principes proclamés sous le patronage du libéralisme qui s'impose exclusivement comme Pouvoir, et dans une école qu'il a créée pour lui servir de fanal et de vedette. Dès lors la question cesse d’élre religieuse pour devenir politique.
l’honnête homme marche le front à découvert et que son type est l’horreur du mensonge.
« Mais nous vous bâtissons des temples, poursuj} l'organe libé- « ral; nous consacrons de fortes sommes à réparer vos églises; « nous pourvoyons largement aux frais du culte; que voulez-vous t davantage? Vous devriez l'apprécier. »
On l’apprécie en efTet et à sa juste valeur.
Vous bâtissez des temples, dites-vous! Mais votre professeur ne les abat-il pas pendant que vous les édifiez?
Vous bâtissez des temples! Mais votre professeur n’enseigne-t-il pas que vous les élevez à un paganisme moderne?
Vous bâtissez des temples! Mais ne livrez-vous pas au mépris et à la haine, par votre infâme libelle et les mille voix de votre presse, ceux qui les desservent.
Vous bâtissez des temples! Mais n’en barrez-vous pas le chemin à la nombreuse jeunesse de vos écoles, soustraite à l'instruction religieuse?
Vous bâtissez des temples, et vous enchaînez la charité sur laquelle ils se fondent !
Ah ! bâtissez moins de temples, et abstenez-vous d’avilir, ainsi que vous le faites, ceux qui doivent les transformer en autre chose qu'en un amas de pierres!
Après s’être attaché à souiller tout ce qui sert d’interprête au éih~.u<Mt sentiment religieux, l'auteur libéral proteste de sympathie pour r l r '."^7 1 u )^ l'admission, dans les bureaux de la bienfaisance, du prêtre qu’il vient p»* de rouler dans la fange!
C’était dans l'ordre... Mais qui déjà n’a compris, et c’est ici que le voile se lève, qui déjà, disons-nous, n’a compris qiï exclusivisme libéral et guerre au catholicisme, sont, au fond, une seule et même chose; que la différence n’est que dans les formes ; les unes occultes et détournées; les autres, professant ouvertement les doctrines; les premières ÿ la fois diffamatoires et adulatrices ; les secondes, démolissant à ciel ouvert. Tel venons-nous en effet de le voir, et dans le manifeste électoral dont nous avons donné des extraits, et dans l’enseignement du professeuroccupant la chaire, dont nous avons fait connaître les doctrines ; chaire qui a pour soutiens tous les organes de la presse libérale, et devant laquelle ne saurait point ne pas se
tenir incliné le libéralisme exclusif au Pouvoir, puisqu'il l’a créée afin qu’elle fût son pivot et sa vedette.
Ceux qui ng se doutaient point de cette vedette, si digne d'être mise en évidence, qu’ils l’interrogent, et si le mot d’ordre qu’elle répond est leur propre mot d’ordre, ils savent à quoi s’en tenir; mais s’il ne l'était point, ils ont pu s’assurer qu'elle est la vedette d’un adversaire qui s’est travesti pour les surprendre, suuoci ion, ra- Ici se manifeste, comme d’elle-même, la profonde démarcation
dfr«*r, t oire m q u j doit exister au sein du libéralisme, et persuadé, comme nous i*ut* le sommes, qu’une confusion entre choses, radicalement distinctes, niiuM'Kbutf a nécessairement dû exercer une considérable influence sur la composition des Partis, nous allons tâcher de l'éclaircir de manière à rendre tout mal entendu impossible, et cela au moyen d'une formule que nous appellerons arithmétique.
En Belgique, dirons-nous, les tendances universelles sont libérales, daos le sens constitutionnel du mot; d’un autre côté, presque tous les Belges sont catholiques ; d’où il suit, qu'à part les exceptions :
Tout catholique est libéral,
Et que tout libéral est catholique, voulant conséquemment ce qui par essence lient au catholicisme.
Nous n’avons point de données pour déterminer quels Catholiques ne seraient point constitutionnellement libéraux; s'il s’en trouve, le nombre doit être si minime qu’il permet de les considérer comme ne comptant pas au point de vue politique.
Mais nous sommes en possession de documents qu’on pourrait appeler officiels, et qui constatent, quels libéraux, proclamant l’exclusivisme, combattent les dogmes Catholiques; ils usent en cela de la liberté des cultes, et forment exception dans le parti libéral.
L’exception, faible par le nombre, est formidable par ce qui marche aujourd’hui sous la même bannière exclusive ; car elle comprend ainsi, non-seulement le libéralisme exclusif, fondateur de la chaire anticalholique, mais solidairement tous les adhérents au système de Y exclusivisme, devenu celui du Parti libéral entier. La prétention Or, Yexclusivisme libéral, ainsi que le mot l’indique, a la prétention
S’exercer à lui seul le Pouvoir ; mais comme il ne saurait y monter «r k-ui i. P»», sans que tout ce qu’il fonde, ne s'y élève aussi exclusivement avec lui, et par conséquent la chaire anticalholique; il en résulte qu’il doit ™r'« ,, ui l « s ’ 0 P® rericiunes ^P arationentreceux fl Q ' tiennent au catholicisme tend, »ous et ceux qui le proscrivent; il est évident que les premiers ne peuvent consentir à partager la solidarité d’un exclusivisme qui doit
transformer le Pouvoir en mandataire de ce qui repousse leurs croyances ; ils doivent vouloir un Pouvoir neutre ; un Pouvoir impartial ; un Pouvoir non exclusif; un Pouvoir constitutionnel ; un Pouvoir tel que des libéraux catholiques puissent l'admettre, et comme ils forment la très-grande masse, il faut en conclure que les libéraux, véritablement exclusif», n’existent qu'à l'état de petite minorité, et qu’ainsi le Pouvoir n’est entre leurs mains que par suited’une surprise.
Hépétons-le: les opinions elles cultes sont libres; à chacun donc le droit d'ouvrir des écoles; d’y professer telles doctrines qu’il adopte; de faire telle propagande qui lui convient ; d'élever temple contre temple; de vouloir les supprimer tous, si mieux il l’aime; à tout cela il n’y a rien à reprendre. Mais quand les doctrines se professent de par un Parti politique, qui s'en fait à la fois une gloire et un pivot, la question prend un autre caractère, et de privée qu’elle était, elle devient politique aussi. Quand doue le Parti qui en patronne le programme veut être exclusivement le gouvernement, la question se déplace pour s’identifier avec le gouvernement même, et c’est contre un tel gouvernement que doit protester la Belgique constitutionnelle entière, si, au lieu d'être une terre de liberté, elle ne veut point qu'on la change en pays d’oppression ; si, à la liberté des cultes, elle ne veut point voir substituer l’hostilité, et cette hostilité s'introduire partout, notamment dans toutesües branches de l’enseignement officiel, comme déjà l’enseignement supérieur en donne de sérieux et de trop mémorables exemples.
On entend souventdes personnes, accordant loyalement leur ap- lmxiwmc*. pui à lVxeiusmwne libéral, protester hautement de leurs sentiments D ° ctn ' catholiques ou de leur respect pour le catholicisme. Tel se présente le libéralisme doctrinaire, comprenant les adhérents à l'exclusivisme dont nous venons de parler, et duquel on de saurait se faire une idée assez précise, parce qu'il est, à lui seul, comme le noeud gordien de la situation.
Nous ne saurions, en politique, séparer le libéralisme exclusif, nommé doctrinaire, du libéralisme exclusif dont nous avons constaté les principes anticatholiques.
Car si chez les doctrinaires le point de départ n’est pas le même, les conséquences sont pareilles. Tous deux proclamant le même exclusivisme, il importe peu que ce soit pour des motifs différents, si tous deux, par suite du même principe d’exclusion, sont la lutte
organisée, la lutte nécessaire contre les influences religieuses, et ainsi contre le catholicisme même.
Il faut même affirmer que dans son système abstrait, le libéralisme exclusif doctrinaire, repoussant les influences religieuses, non pas sous le rapport du dogme, mais de la politique, est d’autant plus perfide qu'il inspire moins de défiance.
En fait, il est plus hostile que le libéralisme anti-catholique lui-même, parce que, n’attaquant point lesdoctrines, il leurfailune guerre politique dont les effets sont plus redoutables.
Nous irons plus loin et dirons que c’est à l’aide de l 'exclusivisme doctrinaire qu'arrive au Pouvoir le libéralisme anti-catholique, qui n’y parviendrait point s’il se montrait tel qu’il est. C’est le libéralisme doctrinaire qui, par son système d’exclusion, lui en ouvre la voie, sans qu’on le soupçonne, sans qu’on s’en méfie et sansque lui-même puisse s’y opposer.
C’est encore sous le manteau du libéralisme doctrinaire que la presse libérale, qui tout entière peut être considérée comme anticatholique, poursuit sa propagande par ses attaques systématiques contre le clergé.
Cela est si vrai, que nous ne craignons point d'avancer que, sans le libéralisme doctrinaire, il n’y aurait pas en Belgique de presse anti-catholique de quelque influence; car devant alors parler son propre langage, elle ne soulèverait que répulsion.
L'exclusivisme doctrinaire couvre également de son égide le radicalisme libéral, bien qu’il le combatte.
Tous ayant pour devise : point d’influences religieuses; exclusion des influences religieuses! à tous il sert de patronage, sous la maxime commune.
En veut-on la preuve de fait? Qu’on se rappelle ce qui s’est passé en Flandre, aux élections du mois de juin 1859.
C’est au libéralisme doctrinaire qu’appartiennent les candidats que recommandait le document électoral dont nous avons reproduit des passages; mais le document lui-même est, certes, le plus dévergondé libelle anti-catholique qui, sous une forme voilée, ait jamais été écrit.
Or, c’est grâce au libéralisme doctrinaire des candidats que le libelle a pu se distribuer; c'est à lui qu’il doit le jour, que, sanslui, on ne serait point parvenu à lui donner, comme c’est sous le couvert du doclrinarime qu’il y est tracé du clergé catholique un tableau, fait pour le vouer à l'exccration du monde.
Le libéralisme doctrinaire, pareil à un bon génie, fournit donc
au libéralisme anticatholique le moyên de réaliser ce qu’il serait impuissant à faire par lui-méme; s’il n’est point anticatholique en principe, il le devient en fait par une inséparable solidarité; il marche <lès lors de concert avec l’anticatholicisme, et pendant qu’il est forcé de l'admettre avec lui au Pouvoir, en lui frayant le chemin, il reste seul en cause, parce qu’insaisissable de sa nature, il se dérobe à la responsabilité, semblable à ces matières dont la puissance est d'autant plus foudroyante, qu’on ne sait ni les palper ni les voir.
Mais, comme toute Puissance extra légale, le libéralisme doctri- **'• vaire n’a qu’une pensée ; celle de grandir, de s’étendre, de tout litmr exclwif, ri absorber en lui-méme, en d'autres termes, la pensée de l'oranigé- <“** n,lu,e rance. De là le système centralisateur, ou le principe : tout par l'État, tout dans l'État, rien sans l’État.
Or, la centralisation du libéralisme exclusif "De pouvant être qu’une centralisation dans son sens, c'est-à-dire, dans le sens de l’exclusivisme libéral, elle tend nécessairement à un monopole universel dans le même système. *
Ainsi :
Monopole libéral pour l'enseignement ;
Monopole libéral pour la bienfaisance;
Afonopole libéral pour les fonctions publiques;
Monopole libéral pour les faveurs de l’État;
Monopole libéral pour les influences électorales par tous les moyens dont dispose le Pouvoir;
Monopole libéral partout où intervient le gouvernement, ou antithèse de tout ce qu’on entend par liberté dans la pensée constitutionnelle.
Les distinctions que nous venons de faire, et sur lesquelles nous Trois ctlAim. appuyonsparce quelles décomposent dans leur essence nosdivisions politiques, démontrent l'existence de trois grandes catégories deu««» libéralisme, bien caractérisées :
Le libéralisme exclusif aniicatholique ;
Le libéralisme exclusif doctrinaire;
Le libéralisme non exclut/' ou constitutionnel.
Les deux premiers s’identifient au point de vue du principe religieux, que l’un et l’autre excluent ; ils sont solidaires à cet égard.
La troisième catégorie de libéralisme n’est autre que le libérai
lisme fondé par notre pacte fondamental, ayant la conciliation à sa base, et à tous ceux qui le représentent, nous dirons :
■■mumm r*. point d’incertitude sur les résultats auxquels mène Y exclusivisme
Millau il« Ter-.., , , . . , ....
r.uiiiiime iibé- liberal , qui ne saurait pas même s eu défendre, puisqu il ne peut nier la chaire qu’il a placée près de lui comme une vedette; chaire battant en brèche le catholicisme en faveur de la religion de la science. Chaque jour de l’année, au cœur même du pays, cette chaire est ouverte pour démolir ce paganisme moderne, plus euraci né que le paganisme autique, mais vis-à-vis duquel, en revanche, on possède, assure-t-eile,des moyens d’action plus puissants et plus eflicaces.
Mais cela se peut-il? demandera-t-on; mais comment en douter? répondrons-nous; car nous n’inventons point, nous citons textuellement, et enco.re une fois, il n’y aurait pas à s’en enquérir, si ce n’était point là cequi s’acclame pour régner en Belgique, et ce qui, par un irrésistible progrès, y régnera à l’aide de Y exclusivisme, si on laisse prendre à l’adversaire, qui toujours avance, des propor- * tions qui le consolideront au Pouvoir. A cet égard pas d’illusions possibles, et l’heure est venue dene point aveugler; nous ajouterons, que rien n’est négligé pour entretenir la sécurité, en donnant le change, mais les faits doivent désabuser jusqu’aux plus robustes dans leur confiance.
fommcnt r«>- Voici de quelle manière on cherche à justifier le système.
Le libéralisme exclusif soutient que les seules influences reli— “> u gieuses qu’il combatte, sont celles qui, pouvant devenir politiques,
finiraient par dénaturer notre gouvernement.
Ce qui précède permet de se rendre compte de la valeur de l’assertion, mais la prenant dans les termes où elle se produit : qu’estce, demanderons-nous, que combattre les influences religieuses de crainte qu’elles ne deviennent politiques? N’est-ce pas* au fond, s’opposer au développement de l’esprit religieux même? N’est-ce point attaquer celui-ci à son origine et l’empêcher de naître, pour n’avoir pas à lutter contre lui, et, par suite, une profonde atteinte à la liberté des cultes, formellement garantie par le pacte constitutionnel?
Mais c’est, d’une autre part, une contradiction; car si ce que l’on combat n’étaient point les sentiments religieux mêmes, que pourrait-on avoir à craindre de leur influence politique? N’est-il
pas vrai que celle-ci ne saurait jamais être que la légitime expression des premiers? N’est-ce pas là un droit dans un pays de liberté comme le nôtre, et en le méconnaissant, n’y substitue-l-on pas son propre arbitraire?
Ce sont donc les influences religieuses, proprement dites, que l'on proscrit, et avec elles, les hommes qui en sont les organes; c’est, comme nous l’avons vu, la guerre au catholicisme, et ce qui a été constaté, les documents à l’appui, n’a pas besoin de démonstration ultérieure.
Cette guerre à outrance dirigée par l 'exclusivisme libéral contre lvk»™» les influences religieuses, et parlant contre tous ceux qui voient en ’ ffSjJÜ!” elles une des grandes bases de l’ordre social ; crime irrémissible cw. des Conservateurs, et pour cela désignés sous le nom de Parti clérical; cette guerre à outrance se poursuit au nom de l’ indépendance du Pouvoir civil. Il faudrait en conclure que le but est atteint par la présence du libéralisme exclusif au Pouvoir.
Or, c’est le contraire, la première condition du Pouvoir étant de cnmmmu«i ne se placer systématiquement en hostilité avec aucune opinion; de représenter l’Esprit national, et non l 'exclusivisme d’un Parti ; telle est son essence, parce que l’impartialité est sa mission. Le Pouvoir pour qui cette condition d’impartialité serait impossible, ne saurait être qu’un Pouvoir oppresseur, et bien loin que le libéralisme exclusif la réalise, son principe d’exclusion en est le contrepied; au lieu ainsi d’assurer l’indépendance du Pouvoir civil, son système n’est autre que l’asservissement du Pouvoir au principe de 1 "exclusivisme libéral.
Autre chose est l’indépendance du Pouvoir, et autre chose le système d’une lutte en permauence contre ce qui tient au culte, condition de l’existence au Pouvoir du libéralisme exclusif.
Et voyez l’inconséquence! L'exclusivisme libéral, qui possède son professeur en religion avec ses adeptes, au moment où il proclame la séparation absolue de l’Église et de l’État, et où il prétend assurer au Pouvoir 1 affranchissement de tout culte, le place sous la «u« d«i> «indépendance du sien ! «‘«Sut* 11 **
Nous insistons sur cette anomalie, qui est saillante. Le libéralisme a sa religion, puisqu’il en nomme le professeur; il n’y a pas à se préoccuper delà nature de cette religion; si elle est positive ou négative, rationaliste ou panthéiste, mais de son existence, qui est hors de doute. Dès lors, comme toutes les religions, elle tombe sous l’application du principe de la séparation, et comment concevoir cette séparation, quand le libéralisme, son fondateur.
occupe exclusivement le Pouvoir? N’est-ce point se placer dans la plus flagrante des oppositions avec ses propres principes?
En vain prétendrait-on que la chaire dont il s'agit, existant par elle-même, se meut en dehors d’un Pouvoir quelconque; qu’établie en vertu de la liberté des cultes et de l'enseignemeut, aucun Pouvoir ne l’a créée, pas plus qu’il ne saurait en décréter la suppression; que le Pouvoir n’a pas davantage à s’en mêler que de toute autre institution particulière, et qu’un ministère libéral se trouve à son égard dans les mêmes conditions qu’un cabinet conservateur, qui, lui aussi, doit y demeurer étranger, tout en garantissant la liberté d’action.
L’observation se réfute d’ elle-même. Il est exact qu’un ministère, quelqu'il soit, ne saurait point ne pas protéger la liberté d'action, et sous ce rapport les situations sont semblables ; mais il ne s'agit point de cela, ni de ce qu’un ministère doit ou ne doit pas faire ; il s’agit de savoir à quelle opinion le ministère appartient, et quelle opinion la chaire anticatholique représente; or, quand tous deux appartiennent à l’exclusivisme libéral, il en résulte un lien solidaire, qui ne saurait point ne pas s’étendre jusqu’au Pouvoir même; c’est, comme nous le disions, le professeur en religion du libéralisme régnant h côté de lui, en dépit de son propre principe: la séparation du culte et de l’État.
Oui, c’est au libéralisme exclusif, occupant aujourd’hui, seul, le Pouvoir, que revient l’honneur d’avoir doté la Belgique de la chaire ayant pour mission de saper dans sa base la croyance des populations ! c’est lui le père de la régénération qui doit les débarrasser de leur foi inintelligente! Nous n’avons aucune observation à y faire, mais à condition que ce ne soit pas le Pouvoir, personnifiant le libéralisme fondateur, qui se charge de la propagande, soit directe, soit indirecte.
Et qu’y a-t-il d’étonnant, après cela, qu’il s'arroge aussi, à lui seul, l’intelligence des intérêts du pays?
Qu'il ne conçoive de bien que celui dont il est l’auteur?
Que tout ce qui n’est pas lui ne soit qu’abus d’un autre âge? qu’ennemi du progrès?...
De le voir, en un mot, portant le défi jusqu’au vertige, qualifier, comme il l’a fait, toute une longue administration, dirigée par des hommes qui ne le représentaient point, de la lui voir, disons-nous, qualifier de parenthèse vide!
Certes, la parenthèse de f exclusivisme n’est pas vide; elle est pleine, trop pleine, car elle déborde!
Mais parler de la sorte, c’est de l’orgueil, et non du patriotisme ; c'est le cachet du despote, non celui de l'Esprit national, qui s'en indigne et s’en révolte.
Les conservateurs, avons-nous fait remarquer, sontdésignés par u«*i, ; les organes du libéralisme exclusif, sous le nom de Parti clérical.
Mais qu’est-ce cela, et que veut dire l'exclusivisme, lorsqu’il comprend ainsi toute une grande opinion sous celte burlesque dénomination? qu’entend-il dans sa pensée intime?
Sans aucun doute doit-il entendre ce qui n'est pas comme lui.
Mais, lui, qu’est-il et que signifie- t-il? Le programme de son école nous l’apprend :
« La science pour la science, la raison par la raison, sans mandements, sans vieilles traditions, sans vieux dogmes, sans encycliques? »
Tous ceux donc qui ne souscrivent point à ce programme, sont du clérical ;
Ceux qui ne rejettent pas les mandements, clérical ;
Ceux qui, dans les anciennes traditions, ne voient point des vieilleries, clérical ;
Ceux qui ont foi dans les dogmes, clérical;
Ceux qui regardent les encycliques comme la parole respectée du chef du catholicisme, clérical;
Ceux qui ne traitent point tout cela de friperies passées de mode, et qui tiennent à ces friperies plus qu’à la religion que doit façonner la science, clérical ;
Clérical, en un mot, celui dont l'intelligence n'est point à la hauteur du programme dont nous venons de reproduire la formule.
On le voit, la phalange cléricale est nombreuse, et il était nécessaire de savoir qui en fait partie et qui n’en est pas.
Beaucoup de personnes, aujourd'hui classées dans le libéralisme, ne se doutaient assurément point qu'elles étaient du clérical!
Celui donc assez confiant, pourse figurer que les organes du libéralisme ne comprennent par clérical, que les personnes disposées à seconder des tendances, n’ayant de réalité que dans l’imagination de ceux qui les rêvent, qu’il se détrompe.
Pour eux, on est clérical, quand on ne se range point aux doctrines qui sont les leurs.
Maison ne doit pas croire qu'ils en conviennent; non, ce n'est point de la sorte que Y exclusivisme procède; il pose les actes au
Le mot. Clérical, renferme tou tjj a système
Le libéralitme nee exclusif. o« lion ter valeur.
milieu de protestations contraires; ainsi a-t-il installé la chaire anlicalholique, se récriant bien haut, et au sein du Parlement, contre quiconque osait émettre des doutes à l’endroit de son orthodoxie.
De môme, la dénomination de clérical, bien que n’étant qu’un mot, renferme tout un système qu’il importait de dévoiler, et c’est un des organes les plus accrédités du libéralisme qui se charge de nous l’apprendre.
« Nous n’avons pas voulu permettre à nos adversaires, dit I7ndépendance du 15 octobre 1860, de prendre le titre de catholiques; on eût pu croire à une question religieuse. La presse libérale y a paré en adoptant un mot qui désigne exactement les tendances de ses contradicteurs: l’immixtion et la prépondérance du clergé dans le domaine du Pouvoir civil. »
Décelte manière, en effet, plus de questions religieuses possibles, fussent-elles les plus religieuses du monde ; l'escamotage en est assuré, comme avec des gobelets ; il ne reste plus que du clérical, et du clérical en tout et partout, et à l’aide de ce tour, la feuille qui le pourchasse, faisant chorus avec tous ses confrères, appelle clérical celui qui ne rend pas hommage au libéralisme anticatholique, comme elle appelle cléricale, la presse qui, révoltée des calomnies dirigées contre le clergé pour le signaler aux haines populaires, s’avise de les flétrir.
Quant à l’immixtion et à la prépondérance du clergé dans le domaine du Pouvoir civil, ce sont moulins à vent qui servent à la manœuvre, et les organes du libéralismesont passés maîtres toutes les fois qu’il s’agit de les mettre en mouvement.
On conçoit combien il était essentiel de bien déterminer ce que l'exclusivisme veut dire par clérical, puisqu’il y a là toute une tactique. Résumons-le, et répétons que pour lui on est clérical, quand, au lieu de flétrir ou d’enchaîner les influences religieuses, on prend fait et cause en faveur de la liberté à laquelle elles ont droit. Alors on est clérical, mais alors aussi on est conservateur, proclamant, à la différence du libéralisme, qui exclut :
Que les deux grands principes d’ordre civil et spirituel, marchant de concert, mais chacun restant renfermé dans la sphère qui lui est propre, forment cette solidarité indivisible, cette solidarité indissoluble qui est l'harmonie du monde.
El qu’est-ce, en effet, que eonnerfntenr, si ce n’est conservateur des principes sociaux immuables ; conservateur des bases sur lesquelles, dans leur marche progressive et civilisatrice, sont établies les sociétés humaines, et, comme nous l’avons fait remarquer, en dehors des personnes, en dehors des systèmes, en dehors des passions?
Oui, en dehors des passions, et pour celte raison l’intime expression de tout Esprit national, qui ne connaît, lui, que les grands principes d'où dépendent la paix, la prospérité et le bonheur des peuples !
Mais nous aussi, reprennent les libéraux, nous sommes des con- *,ur,.oi i« sénateurs, et la grandeur même de nos intérêts en donne la mesure! un >yt-m«
Certes, il n’est jamais venu à la pensée de personne de nier 1 " 0 '" ,1’existence de principes conservateurs au sein du libéralisme; mais ce qu’on soutient et ce qu’on ne saurait contester, c’est qu’à côté de ces principes et au-dessus d’eux se meuvent les passions qui, tyrans inexorables, font tout fléchir sous leur empire; ce qu’on soutient et ce qu’on ne saurait contester, c’est qu’au milieu des égoïsmes que les sociétés renferment en elles-mêmes, les principes conservateurs n’occupent que l’arrière-plan, là où les passions se présentent comme premiers mobiles.
N’avons-nous point démontré que c’est aux passions, et aux passions seules, que l'exclusivisme libéral doit son origine? qu’il n’a d’autre cause que l’exagération de ceux qu’elles entraînent?
C’est l’inverse, venons-nous de dire, dans le système conservateur, dont le programme, ayant l’élément religieux à sa base, est de faire prévaloir l’immuabilité des principes généraux, en combattant l’individualité des personnes.
Cette distinction est radicale, et en la soumettant aux méditations de tous les hommes sérieux, ndtis leur poserons une question dont nous laissons la solution à leurs lumières.
Loin de redouter les agitations, il entre dans la nature des tempéraments ambitieux de les désirer, parce qu’elles sont l’atmosphère où se trouve à l’aise, tout ce qui pour arriver n’a point de scrupule sur les moyens; tous portent le drapeau du progrès.
La destinée des sociétés humaines est de se voir en butte à leurs impatiences, et des faits qui ne datent que d’bier sont là pour at-
tester les succès que peuvent obtenir des principes, regardés comme dangereux par le doctrinarisme lui-mérae.
Personne n’ignore à propos de quelles dissidences, les hommes que, déjà, on est convenu d’appeler vieux, oui eu à se défendre contre les jeunes. Or, ont-ils été en mesure de tenir tête, et emportés par le mouvement, n'a-t-il pas fallu qu’ils cédassent dans un Parti qui représente les agitations de toute nature?
Là, en effet, où les passions sont les principaux moteurs, ne sont-ce pas les plus remuantes qui doivent laisser derrière elles celles qui le sont moins? Telle est l’irrésistible marche des choses, en suite de cette loi imprescriptible, que tout ce qui manque d’un point d’appui vrai, se précipite vers la chute.
Ces hommes vieux, puisque vieux il y a, se croient-ils assez forts pour arrêter un flot qui monterait, si le grand point d’appui conservateur, si ces influences religieuses, qu’ils repoussent avec tant de témérité, se trouvaient contraintes de les abandonner à leurs doctrines, tenues pour surannées?
Qu’ils veuillent descendre des hauteurs où ils-se tiennent et s’abaisser au prosaïsme des choses réelles.
Qu’ils voient là, terre à terre, les redoutables influences auxquelles sont exposées les masses; qu’ils disent, et c’est la question que nous leur posons, qu’ils disent, si ces influences ne présentent pas plus de périls, mille fois, que des influences religieuses?
Qu’ils disent si, en présence des brigues de toute espèce à l’adresse de ces masses, et sur elles d’autant plus puissantes qu’elles sont moins capables de s’en rendre compte, il est d’une saine politique d’étouffer et de laisser flétrir, comme on le fait, des influences qui ne sauraient être que morales? Si, en présence d’une ébullition de passions comme celle qui nait d’une liberté sans bornes, surexcitée par une presse sans frein, c’est trop que le contrepoids d’influences religieuses, dans la limite que leur nature comporte, et si un gouvernement, assez mal inspiré pour ne pas les attirer à lui, chose si facile quand ce n’est point l'exclusivisme qui règne en dominateur, ne prouve point par cela seul qu’il n’est pas celui de l’Esprit national, qui, avant tout, veut l’ordre et la stabilité?