SIÈGE ET DIVISION
Le lipome, étant une tumeur développée aux dépens du tissu adipeux normal , devra reconnaître pour siège toutes les parties de l’or* ganisme où ce tissu se rencontrera; disons cependant qu’il n’existe pas encore dans la science d’exemples de tumeurs de cette nature qui aient été observées à la région palmaire ni à la région plantaire. Invoquerons-nous, pour expliquer ce fait, la constitution anatomique de ces parties, la présence de nombreuses cloisons et filaments tîbreux jetés entre la peau et l’aponévrose, et trop consistants pour
permettre aux cellules adipeuses qu’ils entourent de prendre un développement considérable. D’autre part, il existe des exemples de lipomes dans certaines régions où la graisse a été niée ; M. Fol lin en a rapporté un cas observé dans l’épaisseur de la lèvre inférieure, cas unique dans la science. Mais l’examen anatomique démontre que si l’on ne rencontre point dans la lèvre un tissu graisseux , analogue à celui que l’on trouve dans le tissu cellulaire sous-cutané, c’est-à-dire un tissu formé par des lobules, on rencontre des cellules graisseuses isolées, en nombre assez considérable, éparpillées autour des fibres musculaires du sphincter labial. Nous voyons donc que, reconnaissant pour origine un sol toujours identique, son développement sera subordonné cependant à certaines conditions anatomiques des parlies au milieu desquelles il se développera, à certaines conditions anatomiques du tissu duquel il dérivera. Un tissu cellulaire à mailles fines et délicates, à aréoles larges et communiquant librement les unes avec les autres, des cellules graisseuses réunies en lobes et en lobules au milieu de ces aréoles: telles seront les conditions les plus favorables pour la production du lipome. Par contre, un tissu cellulaire laminé ou ne contenant que des cellules, graisseuses isolées, bridées par des prolongements fibreux ou aponévrotiques , sera un tissu peu propre à donner naissance à ces sortes de tumeurs.
Or les premières conditions se rencontrent dans presque tout le
tissu cellulaire sous -cutané, dans tout le tissu cellulaire profond, soit qu’il appartienne aux membres ou aux grandes cavités splanchniques; aussi les lipomes ont -ils été rencontrés dans ces parties. Les plus fréquents ont été cependant observés au cou, à la surface du thorax, aux épaules, au dos, aux cuisses, aux bras, etc.
Notre intention, au commencement de ce travail, était de proposer une division des lipomes fondée sur le siège anatomique variable qu’ils peuvent occuper; mais, dans nos recherches nécessitées pour ce travail , nous avons pu nous assurer que cette distinction avait été faite par M. Cruveilhier, dans son admirable ouvrage d’anatomie pathologique. Nous nous consolerons volontiers de cette priorité, qui nous fournira du reste, pour notre thèse, d’utiles matériaux. Nous diviserons donc les lipomes en sus-aponévrotiques et sous- aponévrotiques; nous dirons un mot seulement des lipomes sous-muqueux, sous-séreux et glandulaires.
Lipomes sus-aponévrotMjues ou sous-eutanés.
Siège. Leur siège serait l'espace compris entre la face profonde et la face superficielle de l’aponévrose; l’anatomie nous apprend que le tissu cellulaire qui comble cet espace paraît être une dépendance des fibres de la face profonde du derme, duquel il semble se détacher. A leur origine, ces fifres sont encore si rapprochées, qu’elles s’entre-croisent dans tous les sens, en formant une sorte de lame que les anatomistes modernes désignent sous le nom de feuillet externe du fascia super jicialis ; plus loin ces fibres s’écartent davantage, pour recevoir, dans leurs intervalles, des pelotons adipeux; enfin, au niveau des aponévroses, elles s’entre-croisent de nouveau, pour former une seconde lame, que l’on nomme le feuillet interne du fascia super ficialis. Le plus souvent , le lipome se développe entre les deux lames du fascia, quelquefois entre lui et la peau, quelquefois dans les aréoles les plus profondes du derme, rarement entre les aponévroses et le feuillet profond du fascia.
Nombre . Généralement on n’en trouve qu'un seu1 ; mais on en «a rencontré deux, trois, quatre, et mêm ■ un nombre très-considérab’e : toute la surface du corps peut en être couverte. Marjolin , Àlibert, ont rapporté de ces exemples, et l’observation que nous relaterons plus loin démontrera jusqu’à quel point peut être prononcée cette tendance à la multiplicité.
Volume. Extrêmement variable, du volume d’une lentille, d’un haricot, à celui de la tête et au delà, le lipome est susceptible d’acquérir des dimensions plus considérables qu’aucune autre tumeur solide. Chopart rapporte l’observation d’un indigent qui excitait la | commisération publique en exposant une tumeur de cette nature qu’il portait sur le dos, et tellement volumineuse, qu’il était obligé de la soutenir par un lien. Benivenius, dans son livre de Âbditis rcrum caasis, rapporte un exemple d’un lipome de la fesse pesant 60 livres, et qu’il ne se décida à enlever que sur les instances du malade.
Pesanteur spécifique. Moins considérable que la pesanteur spéci- 1 tique de la graisse.
Forme. Elle est ovoïde ou sphérique, tantôt lisse à sa surface et ne présentant aucun prolongement, tantôt, au contraire, offrant des expansions plus ou moins nombreuses, qui la rendent très-irrégulière. Ces prolongements peuvent exister sur la face superficielle ; lmais, le plus fréquemment, on les trouve sur la face profonde, et «quelquefois ils ressemblent à des racines rampantes, allant recueilllir au loin les sucs nécessaires au développement de la tumeur prinicipale. Ainsi on a trouvé un lipome développé à la région sternale, || qui envoyait à travers les espaces intercostaux des prolongements Ivers les médiastins. Quand ils émanent de la face superficielle, ils jsont coniques, aplatis, arrondis, et soulèvent la peau d'une façon Rvariable.
1857. — Per roue.
I\e confondons pas ces pro'ongements avec ceux qu’il nous reste à décrire, et qui appartiennent à la forme pédiculée du lipome; cétte forme est due principalement au développement de la graisse dans les parties les plus superficielles. A peine la tumeur a-t-elie acquis un volume même très-faible, qu’elle tend à se porter à l’extérieur, et se coiffe de la peau qui la recouvre comme d’une espèce
de sac. A mesure que son volume augmente, elle exerce sur le point
par lequel elle se détache de la peau une traction, un tiraillement qui a pour effet de rétrécir le calibre de la tumeur à sa base, et de le transformer en un véritable pédicule; cette forme pédiculée se rencontre surtout dans les régions où la peau est fine et délicate, à la partie interne de la cuisse, par exemple.