I. Revue sociale et politiqne, 1S91. p
t. Reakin, op. cit., p. li et li; Senior, Lêttert oit factory acl, p. tt- 13; Karl Marx, Le capital, p. 176; Kabatm, Proleclion mUrnatitmaU de* IravailUuri, Rev. d'économie politique, 1888, p. 53t.
de travail dépassant ses forces en échange d*un minimum de subsistances souvent insuffisant pour les réparer ^ »
Qu*un législateur isolé s'avise donc de restreindre la durée du travail journalier; par le fait môme, il rend impossible la concurrence avec les nations étrangères restées sous le régime de la liberté absolue des contrats.
Pour écarter cet obstacle résultant des nécessités de la concurrence, on a songé de bonne heure à soumettre le travail à une réglementation internationale. Cette idée fut formulée, pour la première fois en 1841 par un Français, nommé Daniel Legrand, dans une pétition soumise à la Chambre des Pairs ».
En 1881, la Confédération suisse tenta de provoquer un accord international sur la réglementation légale du travail. Neuf ans après, l'empereur d'Allemagne reprit l'idée de la Suisse et convoqua à Berlin au mois de mars 1890, une conférence internationale, qui n'aboutit pas à une entente internationale assurément fort désirable, mais hérissée de difficultés de tout genre. Car qui dit réglementation internationale ne dit pas, pour cela, réglementation uniforme. Ce serait une profonde erreur de croire que, dans la matière de la réglementation du travail, l'uniformité réaliserait l'idéal. Le principe môme de la réglementation, s'il importe qu'il soit proclamé dans tous les pays industriels, doit subir, dans son application, Tinfluence de la race, du tempérament, du milieu, du climat et des habitudes sociales : les
adaptations de ce principe doivent varier de peuple à peuple 3.
Serait-Il téméraire d'espérer que l'accord international, s'il ne s'établit pas par la voie diplomatique, s'établira de lui-môme en fait? Les exigences de l'hygiène et del'humanité
i. De MoIiDari, Evolution économique, p. 355.
2. Michel, Les rescrits de l'Empereur d'Allemagne^ dans rEconomiste français du 22 février 1890-
3. Voir sur les travaux de la Conférence internationale de Berlin du mois de mars 1890, le rapport de M. Jules Simon, et aussi le Nouveau Dictionnaire d'économie politique, v» Travail {Réglemention du).
DU LOUAOB DE SBRVICBS
ne sont-elles pas également impérieuses chez tous les peuples civilisés ? N*en résultera -t-il pas que les différents législateurs, amenés à réglementer le travail, adopteront des so* lutions sinon identiques, du moins analogues, et qu'ainsi la question de la concurrence internationale se résoudra par l'amélioration simultanée des législations nationales '?
Qu*on ne fasse donc pas de Faccord international, la condition préalable de la limitation de la journée de travail : la réglementation du travail des femmes et des enfants s'est faite dans tous les pays industriels sans accord préalable; il en sera de môme, croyons-nous, de la réglementation du travail des adultes «.
Ajoutons enfin qu'il faut se garder d'exagérer la portée de l'objection à la réduction des heures.de travail, tirée des nécessités de la concurrence internationale. L'expérience démontre que la réduction de la journée de travail n'entraîne pas nécessairement l'abaissemeot des salaires et une diminution de la productivité de l'industrie '. N'arrive-t-fl pas fréquemment que ce que le travail perd en durée, il tend à le regagner en intensité? Lorsque le travail se prolonge trop longtemps, la fatigue qu'il produit diminue sensiblement TefTet utile de l'ouvrier. La productivité du travail n'est donc pas en corrélation uniquement avec sa durée : si celle-ci est réduite, il se peut que la productivité reste la même, grâce à l'intensité compensatrice du travail moins prolongé *.