‹ Du louage de services ou contrat de travail: étude sur les rapportsChapitre 3 sur 171 · AVANT-PROPOS VII · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS VII

•un trompe l'œil. En réalité Toiivrier est une victime que le patron peut exploiter à son gré.

)) Comment remédier à un pareil état de choses? Fautil compter sur les institutions patronales, sur les coalitions, les grèves, les syndicats ? M. Cornil ne le pense pas. Seule, l'intervention de la loi, de l'autorité, lui parait capable d'établir et de conserver l'équilibre entre le patron et l'ouvrier.

)> La Faculté, Messieurs, a rempli impartialement sa mission en retenant ces deux mémoires si dissemblables de ton et d'inspiration. Elle est heureuse de rendre hommage à leur mérite, en accordant à chacun d'eux la moitié du prix de 4000 fr. dont elle dispose cette année.

)) Mais, de même qu'elle n'impose pas d'opinion à ses tondidats, la Faculté aime à laisser la plus grande liberté à ceux qui parlent devant elle. Rendant compte de ce concours, il me parait bien difficile de rester spectateur indifférent du grand débat institué entre les partisans et les adversaires de la liberté dans le contrat de travail. Un débat de cette nature, dans les conditions où il est engagé aujourd'hui, est de ceux qui obligent à prendre parti et à ne laisser planer aucun doute sur la solution que l'on adopte.

» Aussi, dirons-nous très franchement qu'entre la doctrine libérale de M. Hubert-Valleroux et la doctrine interventionniste de M. Georges Cornil, nous n'hésitons point à nous prononcer en faveur de la première.

» La doctrine du mémoire de M. Cornil repose, en

vu AVANT-PROPOS

réalité, pour appeler les choses par leur nom, sur le prin-, cipe même de la doctrine socialiste. L'auteur du mémoire, nous le reconnaissons volontiers, est loin d'en accepter toutes les conséquences. Mais qu'il nous permette de le lui dire, ce qu'il ne fait pas, d'autres se chargeront de le faire pour lui. Il y a, dans les doctrines comme dans les événements, une logique inflexible. Elles forment un bloc , dont les fragments, disjoints un moment, finissent toujours par se rejoindre. Certains principes étant posés, il est impossible que toutes leurs conséquences ne finissent pas par se produire. Les traits caractéristiques du socialisme sont bien connus. Quoi qu'on en dise, ils n'ont pas varié depuis cinquante ans. Personne ne les a mieux saisis et marqués que de Tocqueville, dans l'admirable discours qu'il prononça à la Constituante, le 12 septembre 1848, sur la question du droit au travail. Je demande la permission de rappeler ici quelques-unes de ses paroles. « Le » premier trait caractéristique de tous les systèmes qui » portent le nom de socialistes, disait-il, est un appel » énergique, continu, immodéré aux passions matériel- » les de l'homme. Il y en a un second, c'est une atta- » que tantôt directe, tantôt indirecte, mais toujours conli-

» nue auxprincipes mômes de la propriété individuelle

Et plus loin, « voici le troisième et dernier trait, celui » qui caractérise surtout, à mes yeux, les socialistes de » toutes les couleurs, de toutes les écoles, c'est une dé- » fiance profonde de la liberté, de la raison humaine ; » c'est un profond mépris pour l'individu pris en lui-

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