‹ Du magnétisme animal, considéré dans ses rapports avec diverses branches de la physique généraleChapitre 11 sur 36 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

De la pile de Volta et du galvanisme.

Peu de temps après la découverte qu’avait faite Galvani de l’effet électrique que causait l’approche des métaux aux nerfs d’une grenouille nouvellement disséquée, j’eus l’occasion de faire connaissance avec M. le commandeur. Dolomieu : cet homme intéressant, dont la modestie ornait beaucoup de mérite et de vastes connaissances , arrivait alors d’Italie ; il ne croyait point au magnétisme animal, parce qu’il n’en avait vu aucun effet satisfaisant, mais il ne niait cependant pas la possibilité de son existence. Comme je recherchais alors tout ce qui pouvait servir à communiquer ma certitude à des hommes aussi instruits que lui, je le priai de me rendre témoin de expériences de galvanisme, dont il rapportait les procédés, d'après celui même qui, le premier, les avait fait connaître. S’il allait arriver, pensai-je en moi même, que j’empêchasse ou que j’augmentasse , par mon

action électro-magnétique , les effets de Télectricilé galvanique, ce serait un belle preuve à donner à M. Dolomieu de la réalité de cette action. Plein de cette espérance, je ne songeai plus qu’aux moyens de l’effectuer. Après avoir dépecé une grenouille, nous armâmes les nerfs d’une de ses cuisses d’une bande de plomb ou de zinc, et après en avoir mis le corps dans un verre rempli d’eau, nous eûmes le plaisir, avec les deux pointes d’une paire de ciseaux, de le faire sauter plusieurs fois hors du verre; nous mettant ensuite en chaîne, nous obtînmes les mêmes résultats : un bâton de cire d’Espagne, tenu par les deux bouts, arrêtait la communication galvanique. Je me rappelle même avoir observé qu’une personne dont les nerfs étaient affectés, n’interceptait pas absolument, mais diminuait beaucoup l’intensité de l’effet produit sur la grenouille. Tout enfin me confirma dans l’idée que cette découverte n’était qu’une application nouvelle des effets de l’électricité. Quant à ceux que j’espérais obtenir de mon action électro-magnétique , ils furent à peu près nuis : je dis à peu près, par la raison qu’ils ne furent point aperçus de M. Dolomieu, car je n’affirmerais pas qu’ils n’eussent eu aucune efficacité; et comme depuis lors je n’ai point eu l’occasion

d’en répéter la tentative, je ne puis, sur cela, manifester aucune opinion.

Quoi qu’il en soit, dès lors que le galvanisme est de Félectricité, tout ce que j’ai dit au cha» pitre de la machine électrique doit s’appliquer à rappareil galvanique : tous ces résultats ne sont de même que des effets de transmission de mouvement communiqué, lesquels n’étant modifiés par aucune filière analogue à celle de notre organisation, ne peuvent qu’être nuisibles, ou tout au plus indifférons à notre système.

Mais de ce que le galvanisme ne peut être utilement appliqué au traitement des maladies, il n’en résulte pas moins que c’est une des plus belles découvertes qu’ait obtenues depuis longtemps la physique expérimentale, et que rien n’est plus digne d’observation et d’attirer l’attention des savans, que la pile de Volta.

En effet, supposons que l’on ne sache pas, GU plutôt que l’on n’ait admis aucune hypothèse sur la nature de l’aimant et de l’électricité, et examinons les effets produits par la pile de Volta.

Si l’on place plusieurs disques de métal les uns sur les autres, tant que les pièces de cet assemblage demeureront sèches, il ne s’y manifestera que peu ou point d’effets sensibles;

mais si Ton ajoute entre chaque disque de métal un disque de carton mouillé , et que Ton isole Fappareil , alors tous les phénomènes de Taimant et de lelectricité se manifesteront instantanément , et leur développement sera toujours en raison composée du diamètre de ces disques (tant de carton que de métal), de leur épaisseur partielle , et du nombre successivement appliqué des uns sur les autres dont on aura composé la pile; l’eau, dans la pile de Volta, joue absolument le rôle du plateau de verre dans la machine électrique; en se décomposant, elle y opère un mouvement tonique ou intestin, lequel s’y per ’ pétue et s’y manifeste par les phénomènes galvanique , tant qu’il se conserve de l’humidité dans l’appareil.

Que l’eau, en se décomposant, oxide plus ou moins les métaux qui l’avoisinent, que ces métaux eux-mêmes, par leur électricité particulière, ajoutent ou participent à la manifestation des effets galvaniques, c’est ce que je n’examine pas; je ne considère que le fait, et je conclus des effets de la pile galvanique de V olta : I® que les phénomènes de l’aimant et de l’électricité s’y manifestent sans l’intervention d’aucun fluide particulier; 2® que ces deux phénomènes ne sont que des modifications différentes

d’une même cause , laquelle est toujours la.transmission, avec plus ou moins d’intensité, d’un mouvement tonique existant ou occasionné dans les corps. Jamais certes aucune expérience de physique n’avait jusqu’ici démontré cette vérité d’une manière aussi victorieuse.

Mais ce qui, dans la pile de Yolta, est plus admirable encore , c’est l’image qu’elle nous présente de la vie dans le règne végétal, et même dans le règne animal ; dans l’un comme dans l’autre règne, en effet, n’est-ce pas toujours l’espèce et la somme du mouvement, dans la combinaison des solides et des fluides composant chaque être, qui développe et entretient en eux l’existence; et cette sève, dans les végétaux, qui, s’élevant et s’évaporant dans leurs filières, en étend les parties et parvient à en opérer tout le développement, n’est-elle pas la manifestation du phénomène observé dans la pile galvanique de Volta ? Lorsque le soleil, par l’ardeur de ses rayons, tend à priver une plante de son humidité radicale, si avant son dessèchement complet vous l’arrosez, ne reprend-t-elle pas à l’instant sa fraîcheur avec une vigueur nouvelle ? L’eau se décompose, l’oxygène s’élève dans les branches, l’hydrogène descend aux racines; si vous noyez la plante, l’évaporation ne pouvant

plus se faire à travers ses filières , vous la verrez périr encore.

Il en est de même, quoiqu’avec plus de variétés , dans le développement et la vie des corps du règne animal : c’est toujours de l’équilibre entre les solides et les liquides, que dépendent leur conservation et leur existence.

Je n’étendrai pas plus loin mes observations sur le principe de la vie dans le règne animal et dans le règne végétal : c’est aux savans de toutes classes à en faire les applications aux objets de leurs sciences et de leus études : ce qui seul entre dans le plan que je me suis tracé, et ce qui, je l’avoue, me fait un plaisir extrême, c’est de pouvoir offrir les expériences du galva-nisme comme une nouvelle preuve des vérités que le magnétisme animal m’avait fait entrevoir. Cela confirme bien l’opinion que j’avais, dès Forigine de cette dernière découverte , qu’il fallait, pour qu’elle existât, que non seulement elle eût des rapports directs avec toutes les sciences acquises, mais qu’elle servît encore à les rallier toutes, malgré la différence apparente de leur résultat, à un seul et unique principe, source de tous les phénomènes de la nature et de tous les produits de nos humaines facultés.

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