CHAPITRE VIII
De l’aimant et des sourciers.
SECTION PREMIÈRE. — De Vaimatil.
Ce que le somnambule magnétique Victor m’avait appris, il y a près de vingt-cinq ans, ce que long-temps avant beaucoup de physiciens avaient entrevu et présumé, et ce qu’en 1786 l’académie de Munich avait hautement proclamé, savoir qu’/Z^y a pas de fluide magnétique ^ étant aujourd’hui complètement démontré et physiquement prouvé par les belles expériences du galvanisme, on peut, ce me semble, en conclure avec une sorte de certitude , que la cause des propriétés magnétiques de l’aimant dérive uniquement d’un mouvement tonique et intestin dans le fer, d'une nature à peu près semblable à celui reconnu exister dans la pile de Volta.
Quant à la tendance opiniâtre et constante du pôle attirant de l’aiguille de la boussole vers le
nord, elle ne doit être attribuée qu’à rattraclion exercée sur elle par un pôle également attirant et nécessairement existant à cette extrémité dû globe. On sait en effet que plus l’on s’avance vers le cercle arctique , et plus on y découvre des mines de fer très- abondantes en métal; celles de Danemora en Suède donnent, à l’extraction, soixante quinze livres de fer sur un quintal de minerai; selon toutes apparences, et l’aiguille de la boussole en est la preuve, toute la capacité intérieure dans cette partie du globe est remplie de semblables mines, et probablement de beaucoup plus riches encore.
L’on s’étonnera sûrement beaucoup par la suite, de ce que si long-temps l’on ait pu admettre l’existence d’un fluide dans le courant duquel rien n’ait été entraîné, et qu’à l’aide des lumières de la chimie, aujourd’hui si perfectionnée, on n’ait pas classé plutôt le phénomène de la boussole dans la loi générale des attractions chimiques ou des affinités.
SECTION II. — Des sourciers,
Lorsqu’en 1785 et 1786, on opposait aux rapports de M. Touvenel sur l’existence des sourciers, la meme incrédulité qu’aux effets du
magnétisme animal, je cherchai les moyens de pouvoir fixer mon opinion sur ce phénomène annoncé, et ne fus pas long-temps sans me convaincre qu’il existait en eflet des êtres susceptibles d’apercevoir, ou plutôt de ressentir des émotions à l’approche des fluides et des mélaux, tant dans l’intérieur qu’à la surface de la terre. Bletton avait fourni la preuve de ce fait par un si grand nombre d’expériences, qu’il me semblait qu’on ne pouvait plus le contester.
Comme cependant M. Touvenel, en soupçonnant et en annonçant dès cette époque une électricité souterraine , n’en pouvait fournir d’autres preuves que la sensibilité du sourcier Bletton, aux émanations de tous les corps du règne minéral, les sa vans ne crurent pas plus à sa découverte qu’à celle de son confrère le docteur Mesmer, et cela devait être, car, d’après ses propres sensations, ou le témoignage que l’on rendra de celles d’un autre, on ne parviendra jamais à persuader un fait, pas plus qu’on ne réussirait, d’après son sentiment, à prouver l’existence d’une réalité.
Quoi qu’il en soit, le galvanisme, en prouvant aussi évidemment aujourd’hui les effluves électriques, qu’il anéantit victorieusement l’existence des courans d’un fluide soi-disant magné-
tique, confirme et justifie pleinement tout ce que M. Touvenel avait annoncé.
Quant à l’égard des sourciers et à l’idée que l’on en doit prendre, je pense qu’ils ne doivent être considérés que comme des individus malades , ou tout au moins dans un état de susceptibilité habituelle très -pénible à éprouver» Conçoit-on rien de plus désagréable en effet que de ne pouvoir faire un pas sans risquer d’avoir la fièvre ou de prendre des étourdissemens?
La nature heureusement ne nous a point organisés de manière à ressentir de fâcheux effets des effluves électriques des corps sur lesquels nous marchons ou dont nous nous approchons; et aujourd’hui qu’une seule expérience de gal- •vanisme en apprend plus que tous les tremblemens des sourciers, il est à désirer pour eux que, tout en profitant de leur infirmité, on s’occupe en meme temps du moyen de les soulager et de les guérir.
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