‹ Du magnétisme animal, considéré dans ses rapports avec diverses branches de la physique généraleChapitre 13 sur 36 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Des liommes qui , à difFerenles e'poques, ont eu la certitude de l’existence de l’agent moteur de la nature, et du principe de nos facultés.

J’ai déjà parlé de Pytliagore; mais n’ayant plus ses idées aussi présentes à la mémoire que je les avais il y a vingt ans, je craindrais, en les citant, de les affaiblir ou de les dénaturer. J’engage mes lecteurs à se procurer le plaisir d’en prendre connaissance dans ce que ses disciples ou ses commentateurs nous ont transmis de ses opinions.

Celles de Platon ne sont pas moins recommandables et satisfaisantes.

Lorsque l’on réfléchit sur la sévérité des principes de toutes les sectes auxquelles les opinions de ces grands philosophes ont donné naissance, on ne peut s’empêcher d’en conclure qu’il fallait que la base sur laquelle elles étaient fondées, dérivât elle-même d’une source bien pure.

En effet, si l’on peut juger de la croyance des hommes ( j’entends ceux qui se conduisent

conséquemment à leurs opinions); si, dis-je^ on peut juger de leur croyance d’après leurs actes et leurs déterminations , quelle grande idée > ne doit-on pas avoir de celle de ces deux sages^ dont tous les préceptes et les enseignemens n’avaient pour but que d’amener les hommes à l’état de perfection dans lequel ils existaient eux-mémes?

Sans doute il dut se glisser parmi leurs disciples des erreurs et des exagérations, tant par les^ fausses conséquences tirées de leurs principes, que par les diverses interprétations qu’ils durent nécessairement en faire. Les épicuriens et les stoïciens en ont offert l’exemple. Quoique ces deux sectes s’honorassent également de pro» venir de l’école de Pythagore et de Platon, elles en différaient essentiellement par les applications erronées qu’elles faisaient de leur doctrine; les épicuriens , ne remontant qu’à la cause organique de nos actes et de nos déterminations, ne voyaient, comme perfection, que l’équilibre à conserver dans l’économie purement animale; la sobriété et la tempérance n’étaient point pour eux des vertus, mais des obligations nécessaires à l’entretien de leur existence. Il en était de même de leur exactitude à remplir tous les devoirs sociaux, tels que ceux de la probité, de la fidélité

dans les engagemens, de la vérité dans les discours, etc. Comme ils étaient persuadés que les peines de l’âme affectent la santé, ils croyaient se les éviter par la pratique austère de toutes les vertus ; et le précepte de ne faire jamais â autrui que ce que l’on voudrait qui fût fait à soi-méme , n’était véritablement pour eux qu’une ordonnance de médecins : du reste, toutes les fois qu’en s’abandonnant à l’impulsion de leurs goûts et de leurs pencbans, ils se pouvaient procurer des jouissances, sans nuire à celles des autres, pourvu que cela ne dérangeât pas l’équilibre de leur santé, ils croyaient en les goûtant obéir aux lois de la nature : leurs idées ne s’élevaient point au-delà.

Les stoïciens, au contraire, exagérant tous les principes de leurs fondateurs, ne faisaient consister la vertu que dans les privations et le détachement de toutes les choses et de tous les intérêts de la terre.

Pylha gore et Platon , en admettant l’existence d’un premier principe , ou d’un dieu créateur et moteur de l’univers, n’en avaient tiré que la conséquence d’ennoblir toutes nos actions par l’amour et la reconnaissance. Les stoïciens ne se contenant point dans ces bornes si judicieusement placées, imaginèrent se rapproclier da-

vantage du premier principe, en concentrant exclusivement en lui toutes leurs affections. Les liens du sang, Famitîé, les devoirs sociaux, la nécessité de veiller à ses intérêts, de bien ordonner sa fortune, et de prendre soin de sa santé, tous les sentimens naturels leur paraissaient des faiblesses. Exagérant Tamour enfin , ils négligeaient la reconnaissance; car dès-lors qu’ils croyaient tenir de Dieu la composition de leur être, il était de leur devoir de ne point diviser ce que, dans sa sagesse, il avait uni. Telle est et telle sera toujours la marche de l’esprit humain , toutes les fois qu’on ne bornera pas ses jouissances au sentiment de la vérité; ne pouvant qu’être aperçue, c’est déjà s’en écarter que de la vouloir soumettre au raisonnement; et l’on ne s’écarte pas de la vérité, sans nécessairement prendre la route des erreurs, ou celle des exagérations.

Parmi les hommes les plus savans de l'antiquité, après Pythagore et Platon, on doit citer Hippocrate, dont les préceptes manifestent emb nemment les grandes lumières qui les lui durent dicter. Qu’il ait été de la secte des stoïciens, ou des épicuriens, peu m’importe ; ce que j’admire en lui , c’est le médecin qui , assuré de cette action première et sans cesse agissant en nous,

part de cette vérité pour établir sa doctrine conservatrice de la santé des hommes. LorS'» qu’avec la certitude acquise de la réalité du magnétisme animal, on lit les aphorismes d’Hippocrate, on serait tenté de croire qu’il en avait ou vu ou deviné tous les effets. Mais qu’avaitil besoin de les connaître, puisqu’il avait aperçu la source qui les produit? La preuve de la supériorité de ses connaissances et de la profondeur de ses pensées, est le respect, pour ainsi dire religieux, que ses successeurs dans tous les temps lui ont rendu, malgré les différens sys** ternes qui, depuis lui, ont pu s’élever sur l’art de guérir : tant les conséquences d’une vérité ont de force sur l’esprit de ceux qui,fdésiranl sincèrement la connaître, ne l’auraient pas meme encore aperçue !

Si d’Athènes je passe à Rome, je vois le plus grand poète latin pénétré de l’existence de cette action principe, et toujours agissante en nous, dérivée elle-même d’un mouvement communiqué par intelligence suprême , dont le premier résultat en nous est la pensée, qui nous la fait reconnaître, en même temps qu’elle devient principe de tous nos actes et de toutes nos déterminations.

Virgile n’était-il pas persuadé de cette grande

vérité, lorsque, dans son Enéide, il traçait ces vers qui la renferment si énergiquement?

Spirifus intus alit totamque infusa per artus ,

JHens agitai molem et magno se corpore miscet.

Cicéron de meme dit :

Jupiter est quodcumque vides , quocUmque moveris.

Mais* ce qui est la preuve la plus frappante d'une vérité, c’est lorsqu’indépendàmment des positions, des intérêts, des opinions diverses, des dogmes religieux même , on s’accorde à la reconnaître et à la manifester presque dans les mêmes termes. Je crois bien que les premiers pères de FEgîise étaient un peu imbus des principes de^a philosophie d’Aristote, au milieu de laquelle la religion chrétienne avait pris naissance; mais quand cela serait, il n’en résulterait pas moins que nous devons être persuadés qu’ils n’annonçaientquece dontils étaient convaincus.

Rapprochez donc ce que j’ai cité de Cicéron, de ce qu’a dit saint Paul, et jugez vous mêmes.

Si l’pn a dit :

Jupiter est quodcumque vides y quocumque moveris y

Saint Paul a dit, en parlant de Dieu :

In ipso vivimus f movemur et sumus.

Ils avaient donc tous deux la meme pensée; tous deux avaient la certitude de l’action dans l’homme, dérivant d’un mouvement communiqué par le grand moteur de l’univers.

Je ne ferai point parade d’une érudition que je n’ai pas, en poussant plus loin sur cet objet mes citations. J’avais fait ces notes il y a longtemps ; et les trouvant applicables à mon sujet , je ne les présente ici que comme l’appui que je crois le plus respectable de toutes les idées qu’a fait naître en moi la certitude d’une action magnétique dans l’homme. Heureux si ces étonnans effets , après tant d’erreurs et de fausses philosophies, nous peuvent conduire à des cer« mudes que, sans ce moyen secondaire, les iiommes les plus sages ét les plus éclairés des temps anciens avaient acquises, tant sur l’existence d’un premier principe que sur les dérivés de son action toute puissante!

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