CINQUIÈME SÉANCE
Des sensations , de V instinct et de la
maladie^
La faculté de sentir est, dans la matière organisée, la faculté de recevoir des impressions. Les corps étant formés par la continuité de la matière , la sensation résulte de la continuité des impressions que reçoit la matière organisée.
De la combinaison des sensations naissent les idées.
De tout changement dans les impressions, et de toute combinaison que l’on fait des différentes sensations, résultent de nouvelles idées.
Les sens sont des espèces de portes par où
les nerfs reçoivent l’impression des objets extérieurs.
Les plus fortes impressions détruisent plus ou moins toutes les autres; de celles-là seulement naissent les sensations. Nous n’avons connaissance des choses que par les sensations qu’elles nous procurent.
De U instinct.
On nomme instinct la faculté qu’a un être de sentir dans Tharmonie universelle les rapports utiles ou nuisibles que les choses ont avec sa conservation , ou ses appétits : cette faculté est soumise aux lois des sen» salions.
De la maladie.
Nous avons défini la maladie un état dans lequel l’harmonie est troublée. Il faut distinguer dans les maladies deux symptômes, savoir : les symptômes symptomatiques produits par la cause de la maladie , et les symptômes critiques causés par l’action qui tend à la guérir. Toutes les causes de maladies changent la combinaison de la matière universelle dans les viscères, et le mouvement tonique dans les fluides et les solides; d’où résulte plus ou moins de
perturbalions dans les propriétés de la matière ou des organes.
Pour remédier à ces désordres^ il faut provoquer plus d’intensité dans le mouvement tonique, ce qui s’opère par l’action du rhagnétisme animal.
Tout corps en harmonie est insensible à l’effet de cette action.
Mécanisme de la guérison des maladies,
M. Mesmer compare les canaux de réconomîe animale à des canaux par oii Feau s’écoulerait; supposant qu’un de ces canaux soit obstrué, de façon que la force du courant ne puisse chasser l’obstacle , si , par une chute d’eau plus considérable, on augmente la force du courant, l’obstacle, en cédant à son impub sion, rétablit, ainsi que dans tous les canaux adjacens, la libre circulation qui y existait avant la naissance de l’obstruction : tel est , suivant lui, l’effet de l’agent magnétique. L’homme en santé est celui dont tous les canaux sont libres ; l’accélération de mouvement qu’on y détermine par le magnétisme animal n’y produit aucun effet.
Plus un corps est éloigné de l’état de l’harmonie, plus Faction magnétique a sur lui de quoi
s’exercer ; la lutte alors s’établit contre l’obstacle y et cette lutte existe jusqu a ce que l’obstacle ou l’obstruction ait cédé à l’effet du courant magnétique.
A l’application du magnétisme animal, les symptômes symptomatiques diminuent, et les symptômes critiques augmentent.
Le développement des symptôrnes se fait dans l’ordre inverse de la formation de la maladie; c’est comme un peloton de fil que l’on déploie dans le même ordre qu’il a été formé.
Aucune maladie ne se guérit sans une crise.
On distingue trois époques dans une crise, la perturbation ou le mouvement de la matière, la coction, qui est un commencement de guérison; et l’évacuation.
Voici, dis- je à mon auditoire, en achevant celte séance, un exposé très-succinct des cahiers et des leçons de M. Mesmer, auquel je n’ajouterai aucune réflexion , afin de ne point influer sur l’opinion que vous eu pouvez prendre.
Avant de nous séparer, chacun se demandait quel profit il avait retiré de ces enseigne-
mens, et tous se plaignaient de’ ne pas savoir encore comment sy prendre pour opérer des effets magnétiques. Ce système de matérialisme, me dirent -ils, est peut-être fort beau et fort ingénieusement imaginé ; mais vous ne pensez certainement pas à tout cela quand vous magnétisez , et votre valet de chambre Ribault n’a sûrement jamais, entendu parler ni de matière cahotique , ni d’^-
grégations (R atomes, etc Que faisait -il,
que pensait -il, lorsqu’à Buzancy il obtenait autant de somnambules que vous? Nous n’en
voulons pas savoir plus que lui Encore
quelques jours, non pas d’étude, messieurs, mais de patience , leur dis - je , ejt je vous amènerai, j’espère, au degré d’instruction de Ribault. Vous ne devez seulement plus vous étonner, leur ajoutai -je, que la plupart de ceux qui n’ont fait qu’assister aux cours de M. Mesmer, en soient sortis sans ajouter foi à la réalité de l’action magnétique. Continuons de donner nos soins à nos malades, ajoutoi s certitudes sur certitudes, avant deux ou trois jours vous aurez toutes les satisfactions que vous pouvez désirer.
On sera sans doute étonné de ce qu’après six semaines d’observations et de conférences
particulières avec moi, aii^n de mes observateurs n’eut ni deviné ni aperçu le moyen que j’employais pour opérer les effets dont ils avaient vu tous les résultats. Ce moyen , si simple en effet, échappera toujours à l’intelligence ; il n’y a qu’un seul homme à ma connaissance qui ait découvert le mécanisme des procédés de M. Mesmer, dès la troisième ou quatrième fois qu’il les lui avait vu em* ployer , et cet homme est mon frère , officier de marine, connu sous le nom de Chastenet. Cette perspicacité en lui est d’autant plus étonnante, que le genre de ses études et les utiles applications qu’il en faisait aux choses de 4 son métier, ne lui laissaient alors apercevoir de réalité que dans les résultats mathématiques : il découvrit donc, à travers le chaos- des premiers baquets, la cause-principe de leurs effets. Dès le lendemain , il alla en faire part à M. Mesmer; ce dernier, en s’efforçant de cacher sa surprise, lui témoigna beaucoup de déplaisance, et encore plus d’inquiétude des suites fâcheuses qui pourraient résulter, tant pour lui que pour sa doctrine, de la manifestation trop prématurée des interprétations que l’on pourrait en faire. Mon frère, en approuvant ses motifs, lui promit
de garder le secret le plus inviolable sur tout ce qu’il avait découvert et aperçu^ et sa parole fut par lui si religieusement gardée, que, mal?gré l’intimité de nos réciproques affections, il ne m’en avait même pas fait la confidence, lorsque, quinze mois après, il partit pour Saint- Domingue.
Quoique je lui eusse vu produire chez lui des effets en tout semblables à ceux de M. Mesmer, je restai donc, après son départ, ainsi que je l’ai dit précédemment, non seulement dans l’ignorance totale de ses moyens d’opérer, mais totalement incrédule sur la réalité de ses résultats. Mais revenons à l’éducation de mes élèves et amis de Strasbourg.