SIXIEME SÉANCE
Cette séance fut employée à passer en revue les différons systèmes des spiritualistes, dont plusieurs sociétés avaient adopté les opinions; n’étant agrégé à aucune, je n’en connaissais que superficiellement les principes. Je prévins donc mes auditeurs de ne pas juger de la valeur et du mérite de ces systèmes, d’après l’imparfaite conception que très -probablement j’en avais acquise.
M. de Barberin, officier d’artillerie, bommêi d’un mérite et d’une réputation distingués dans son corps, a fait à Lyon l’établissement d’une société qui, m’a-t on dit, se règle et se conduit d’après ses enseignemens. M. de Barberin admet deux principes dans l’homme, l’un spirituel et l’autre physique.
Tous deux ont leur centre d’action.
Le centre d’action spirituel de l’homme est son âme, d’où naît la pensée, et de cette dernière naît la volonté. v
L’âme dérive nécessairement du centre d’action de tout l’univers, qui est Dieu.
De cette persuasion , il conclut que l’âme, en réagissant vers son principe, doit en recueillir de nouvelles forces, et d’encore en encore peut parvenir, par cette réaction continue, à acquérir une très-grande puissance.
Dieu, pur esprit, ayant formé la matière, Tâme de l’homme, qui est une émanation de Dieu, doit pouvoir rectifier les aberrations de la matière.
Les filières physiques, conducteurs du mouvement dans la matière, ne sont point, suivant lui, nécessaires aux hommes pour agir les uns sur les autres.
Une continuelle et constante réaction de l’âme
vers Dieu, donne à la pensée les moyens d’agir sur la matière , et de l’actionner sans l’aide et le secours des filières physiques.
D’après cette croyance, il ne considère le magnétisme animal que comme une manifestation du pouvoir de l’âme sur la matière; en conséquence de quoi, il trouve inutile de toucher les malades, la pensée fortement dirigée sur eux devant suffire.
De l’âme considérée comme centre d’action, dans l’homme, et pouvant, en se réactionnant vers son principe, acquérir une grande extension de puissance, il en déduit la possibilité qu’ont deux âmes, ainsi réactionnées, de communiquer ensemble par la pensée.
Le centre d’action de la nature physique de l’homme est le principe matériel dans lequel l’âme est enveloppée.
Les inclinations, les penchans, les déterminations du principe matériel, sont subordonnés à la volonté, dérivant par la pensée du principe d’action spirituel. ^ ,
De cette base de deux principes dans l’homme, M. de Barberin en tire la conséquence d’une morale écrite dans le cœur de tous les hommes, laquelle dérive, physiquement parlant, si l’on peut s’exprimer ainsi.
de la supériorité de lacfion du principe spl-* rituel sur le principe matériel, de telle sorte qu’il ne peut y avoir d’équilibre entr’eux , que lorsque le second est subordonné au premier.
Admettant et reconnaissant la divinité de J. -C. , M. de Barberin revêt et pare cette morale platonicienne de tous les mérites et de toutes les observances dont sa foi lui lait découvrir l’esprit dans le texte de l’E-
Quelques spiritualistes se rapprochent des opinions de M. de Barberin, en ce qu’ils font dériver, de même que lui , la direction et l’énergie de nos déterminations d’un centre d’action spirituel, lequel, en réagissant vers son principe, peut acquérir une "très-grande puissance; mais ils en diffèrent, en ce qu’ils regardent Pusage de l’action magnétique comme devant être presque toujours dangereuse , tant pour le magnétiseur que pour le magnétisé, vu l’influence presqu’inévitable d’un agent actil de désordre, dont ils admettent l’existence dans l’univers.
M. de Barberin, ainsi que tous les spiritualistes , admet bien de même l’existence de cet agent actif de désordre , mais il croit que
f homme dont Tintenlion çst pure et droite, est suffisamment garanti de toutes ses mauvaises influences par faction du bon principe auquel îa direction de sa pensée le réunit ; en conséquence, il ne voit clans faction magnétique qu’un moyen de plus d’être utile à l’humanité , tandis que les Swedenborgistes , et surtout les Martinistes, arrêtés par les dangers auxquels on s’exposerait, désapprouvent f usage du magnétisme, et ne le pratiquent pas.
Quoiqu’à cette époque ( 1786 ) Cagliostro eut beaucoup de partisans , notamment à Strasbourg, et que j’en connusse même plu* sieurs parmi mes auditeurs , cela ne nf empêcha pas de rendre également compte, dans cette séance, de tout ce qu’indirectement (car Je ne favais jamais vu ) j’avais appris des fantastiques visions de cet hommes extraordinaire. L’opinion publique ayant fait depuis long -temps justice de la renommée de cet évocateur, je ne perdrai ni mon temps ni ne le ferai perdre à mes lecteurs , en m’occupant plus long -temps de lui. Tout ce que j’avais débité jusqu’à ce moment n’ayant point encore fait apercevoir à mes auditeurs le but auquel ils désiraient arriver, qui était d’ap-
prendre à magnétiser, chacun d'eux était fort impatient de recevoir enfin de moi les communications de mes procédés; mais la séance s’étant fort prolongée, et plusieurs de ces messieurs y ayant manqué, il fut convenu qu’ils se réuniraient tous le lendemain pour recevoir leurs dernières instructions.