CHAPITRE XIV
Essai d’instruction pour apprendre à rnagne'tîser.
SECTION PREMIERE. — Z>e la manière cl* entendre et de
s* expliquer le me'canisme du magne'tisme animal.
D. Qu’entendez-vous par magnétiser?
Rn C’est toucher un malade à l’endroit de son mal, ou aux parties les plus sensibles de son corps, afin d’y occasionner de la chaleur.
D, Croyez-vous que celte chaleur puisse pénétrer dans le corps d’un malade?
R. Oui, et c’est à quoi l’on doit tendre; si celte chaleur n’était que superficielle, elle ne produirait pas beaucoup d’effet.
D, Comment considérez - vous cette chaleur?
R, Comme l’effet de l’accélération du mouvement tonique existant dans le corps du ma« lade.
D. Le magnétisme animal est donc l’art d’ac*?
célérer le mouvement lonic^ue des corps de nos semblables?
i?. Ce n’est point un art, c’est une faculté.
D. Tous les hommes ont-ils cette faculté?
R, Ils l’ont tous plus ou moins, selon le degré d’énergie de leur force et de leur santé.
D, Ils peuvent donc tous magnétiser?
R. Sans doute, lorsqu’ils en ont la volonté.
Z^. Pourquoi ajoutez - vous lorsqu’ils en ont la volonté?
R. C’est que les hommes ne se déterminent à faire un acte quelconque, que lorsqu’ils ont la volonté de le faire.
D. C’est donc une action, de magnétiser?
R. C’est un acte aussi physique que de battre, caresser, piler quelque chose dans un mortier, travailler à un métier difficile, ou à la composition d’ouvrages qui demandent de l’adresse, de la force et de l’application , enfin comme tous les actes que quelques motifs nous inspirent la volonté de produire.
D, Si tous les hommes ont la faculté de magnétiser, comment se fait- il qu’ils ne l’aient pas plutôt découverte en eux?
R, Tout atteste qu’autrefois les hommes ont joui pleinement de leur puissance magnétique. Les fables, les mystères, les cérémonies des peu-
pies anciens en laissent apercevoir des traces; mais probablement les formes, les procédés extérieurs pour magnétiser étouffèrent bientôt l’esprit qui les avait institués. L’usage de celte faculté une fois perdu, l’ignorance et les superstitions ont constamment persécuté les hommes qui, à différentes époques, ont annoncé l’avoir recouvré.
D, Une fois persuadé que l’on a en soi la puissance magnétique, ne s’agit-il plus que d’avoir la volonté de l’exercer pour produire des effets ?
i?. Oui, pour produire des effets quelconques, il ne faut pas davantage; mais pour n’en produire que d’utiles et jamais de nuisibles, il faut encore agir d’une manière constante et régulière.
D, Qu’entendez-vous par agir d’une manière constante et régulière?
/?. Une comparaison vous le fera comprendre. C’est par l’agitation de l’airsur les ailes d’un moulin , que son mécanisme se meut ; que cette agitation s’affaiblisse ou cesse, la meule du moulin se ralentit ou s’arréie à l’instant; que le vent change ou devienne trop violent, le mécanisme du moulin se désorganise aussitôt. Notre action magnétique, c’est le vent qui donne
OU plutôt accélère le mouvement tonique d’un malade; notre volonté, est ce qui donne à notre action sa direction convenable et nécessaire.
D. On pourrait donc faire du mal en magnétisant?
R, Sans doute. Si l’on touche un malade sans intention ou sans attention, on ne lui fait ni bien ni mal; mais lorsqu’après lui avoir fait effet, on contrarie la première impression donnée par une autre, on occasionne alors en lui, nécessairement, du trouble et du désordre. Si, par indifférence ensuite ou par crainte, on ne remédie pas à ce désordre, il peut s’ensuivre les plus fâcheux résultats. Il n’est qu’une manière de magnétiser toujours utilement, c’est de vouloir fortement et constamment le bien et l’avantage de son malade, et de ne jamais changer ni varier la direction de sa volonté.
D. Mais avec la volonté ferme et constante de procurer le plus de bien possible à un malade, ne pourrait-on pas quelquefois produire trop d’action en lui?
R. Jamais.
D. Comment jamais? Cependant les meilleurs médicamens nuisent souvent, lorsqu’ils sont administrés sans mesure et sans discernement»
i?. On ne doit jamais comparer l’effet des medicamens à Feffet de facuon magnétique, puisque Tes premiers agissent d’abord sur des or~ ganes , tandis que le deuxième agit toujours immédiatement sur le principe vital, auquel il communique l’impression d’un mouvement qui lui est analogue, et qui ne vient qu’ajouter aux efforts qu’il fait sans cesse de lui-même pour entretenir l’équilibre ou la santé.
D. Quoique tous les hommes aient plus ou moins la puissance magnétique , ne croyez-vous pas cependant que les médecins en feraient toujours usage avec plus de discernement que d’autres?
R, Cela serait vrai, si le magnétisme animal était une science ou un art; mais dès-lors que ce n’est qu’une faculté, tous les hommes, indistinctement, la peuvent exercer également bien.
D. Mais n’est- il pas des cas où il faut augmenter, et d’autres où il faut diminuer faction du principe vital dans un malade?
R. Oui, certainement.
D. Qui peut mieux donc qu’un médecin juger d’avance s’il faut augmenter ou tempérer faction du principe vital d’un malade?
R, La science de l’observation de Fétat du principe vital des malades, jointe à la connais-
êance des médicamens propres à lui procurer le ton du mouvement qui lui est nécessaire, est en effet fart de la médecine ordinaire ; aussi les mé~ decinsguérissent-ils beaucoup de maladies; mais les plus instruits et les plus expérimentés conviennent en même temps que la nature en sait encore plus qu’eux. Or, le magnétisme animal étant l’agent de la nature, il est tout naturel qu’il agisse toujours plus sciemment qu’eux.
D. Il n’est donc pas nécessaire de connaître ni l’espèce ni la cause des maladies pour -s’employer à les guérir par le magnétisme animal?
B., Nullement : l’action magnétique dirigée et soutenue par la volonté ferme de soulager les maux d’un malade, donnera toujours à son principe vital une action qui lui sera le plus favorable.
D. Et le fluide universel, vous n’en parler pas?
R, C’est que cela est inutile.
D. Est ’Ce que vous ne croyez pas qu’il y ait un fluide universel?
R, Je n’ai jamais dit qu’il y avait ou qu’il n’y avait pas de fluide universel; je ne sais pas davantage s’il y a des fluides magnétiques, électriques, lumineux, etc. Ce dont seulement je suis sûr et très-certain, c’est qu’il est absolu-
ment inutile de savoir s’il existe ou s’il n’existe pas un seul de ces fluides-îà pour bien magnétiser.
D, Comment admettre l’effet de l’action d’un corps sur un autre corps, sans l’intermédiaire d’un milieu qui lui communique et transmette son impulsion?
R. Le magnétisme animal n’est point l’action d’un corps sur un autre corps, mais l’action de la pensée sur le principe vital des corps»
/>. C’est justement cela qui peut encore le moins se comprendre.
R. J’en conviens, aussi ne doit-on pas chercher à se l’expliquer; cela est, parce que cela est : la pensée meut la matière. C’est cette vérité que Virgile a si bien rendue par ce beau vers de XÉnéidé y que vous avez adopté pour l’inscription de vos salles de traitement :
Mens agitai molem et magno se corpore miscet.
D. Si la pensée meut la matière, elle est donc d’une essence supérieure à la matière?
R, Je ne vous répondrai point à cette question, qui ne vous instruirait que de mon opinion particulière ; chacun doit être libre de la résoudre selon la mesure et les aperçus de son
intelligence- Pour terminer cette première par-» tie d’instruction aux nouveaux magnétiseurs, il suffit de leur répéter que n’importe la manière de se rendre raison du principe de toutes nos volontés et de nos actions, tout homme qui, avec l’esprit sage et le cœur compatissant, croira à sa puissance magnétique, et voudra l’exercer, se procurera les jouissances les plus douces qu’il soit possible de goûter.
SECTJON II. Mon opinion sur la cause de V action ' magnétique de V homme.
L’observation que j’ai faite qu’une boule ne roule que lorsqu’une main la détermine à ce mouvement, m’a porté à juger que, puisque la terre et les planètes roulent dans l’espace, il faut de même qu’un agent quelconque leur ait communiqué l’impulsion qui détermine leurs révolutions.
Mais une boule roulante s’arrête au moment où cesse Faction de la force d’impulsion qu’elle a reçue; donc, puisque les planètes ne s’arrêtent pas, c’est la preuve, à mon sens, que Fimpulsion de l’agent principe de leur mouvement ne discontinue pas.
Je vois, de plus, un mouvement tonique ou
intestin, tant dans la masse entière de la terre, que dans toutes les parties qui la composent; les vents, lejs orages, les marées, les intempéries, les feux souterrains, les météores, etc., d’une part; la cristallisation des minéraux, la végétation des plantes, la génération des êtres, de l’autre, en sont pour moi la manifestation; tout enfin m’annonce un mouvement imprimé à la matière, et la continuité de faction principe de ce mouvement.
Mais au lieu d’admettre un agent moteur du mouvement dans la matière, ne serait-ce pas la matière elle-même qui serait la cause et le principe de tous ses effets? Non, cela n^est pas possible; mon intelligence et mes sens me disent que rien ne se meut de soi-même. Dès-lors donc que la matière est en mouvement, elle est nécessairement soumise à faction d"un principe supérieur à elle, et ce principe supérieur à la matière, est Dieu , que je ne puis comprendre, il est vrai, n’étant qu’un des produits de sa toute-puissance, mais de l’existence duquel je suis certain.
Voici donc, jusqu’ici, deux réalités pour moi :
Dieu; 2® son action : Dieu, principe et cause; la vie de f univers, son action.
Voyons, à présent, ce qui se passe lorsque
je magnétise : la compassion que m’inspire un malade fait naître en moi le désir ou la pensée de lui être utile, et du moment que je me dé» termine à tenter de le soulager, son principe vital reçoit l’impression de faction de ma volonté. ^
N’apercevez-vous pas encore ici deux réalités?
Le principe de ma volonté; 2^ son action; le principe de ma volonté, autrement dit mon âme, cause de mon action ; l’effet ressenti par le malade, le résultat de cette action.
L^effet de faction de Dieu est le mouvement dans la matière indéfinie.
L’effet de faction de mon âme est le mouvement dans la matière finie.
De la similitude dans les effets, je conclus qu’il y a similitude dans les causes. -
Donc Dieu et mon âme sont de la même essence.
Or, Dieu est supérieur à la matière, par conséquent immatériel ; donc mon âme est de même immatérielle.
Dieu, cause première, dont l’essence immatérielle n’est point renfermée dans les limites des formes, de l’espace et du temps, ayant tout créé et tout formé, peut tout détruire et tout conserver.
Mon âme, cause seconde, dont Tesseuce immatérielle est renfermée dans les limites des formes, de l’espace et du temps, ne peut rien créer, rien former, et ne peut seulement qu’entretenir et restaurer.
Je m’arrête à ce dernier aperçu d’une théorie métaphysique, qui non seulement s’accorde avec celle que je vous ai précédemment donnée de Faction et des effets physiques du magnétisme animal, mais qui, de plus, en est véritablement la preuve et le complément.
Je laisse à des esprits plus éclairés que moi à déduire de la certitude de l’existence de Dieu et de celle de notre âme, les règles de nos devoirs moraux, politiques et religieux; mon but n’est que de prouver la réalité du magnétisme animal, et je ne sortirai pas des bornes que je me suis prescrites.
SECTION iii. — Des procédés que j'emploie pour
magnétiser.
D. Quelle est la manière de s’y prendre pour magnétiser?
Je vous ait dit, dans la première section de cette instruction, que, pour magnétiser, il n’était nullement nécessaire de savoir s’il exis-
tait ou non un fluide magnétique; je vous le ré-» pète encore , cela est parfaitement inutile; néanmoins, pour mieux fixer son attention en ma-^ gnétisant, on peut en admettre FhypotHèse.
D, Pourquoi dites-vous en admettre Fhypoihèse ?
i?. C’est que je ne suis pas aussi certain de l’existence du fluide magnétique, que je le suis de l’existence de Dieu et de celle de mon âme; dès-lors ce fluide n’est pour moi qu’une hypothèse, et non une réalité.
D. Cependant l’opinion générale est qu’il existe un fluide magnétique?
R. Vous pouvez y croire aussi, si bon vous semble; il n’y a aucun inconvénient à cela. Bien mieux, cette conviction pourra même vous servir à fixer votre attention, lorsque vous magnétiserez.
D, Comment cela?
R, Considérez-vous comme un aimant dont
vos bras et surtout vos mains sont les deux
pôles; touchez ensuite un malade, en lui posant
une main sur le dos , et l’autre en opposition sur l’estomac; figurez-vous ensuite qu’un fluide magnétique tend à circuler d’une main à Faulre, en traversant le corps du malade.
D. Ne peut-on pas varier cette position?
R. Oui, l’on peut porter une main sur la tête sans déranger l’autre main; et, continuant toujours, faire la même attention et avoir la même volonté de faire du bien. La circulation d’une main à l’autre continuera; la tête et le bas de l’estomac étant les parties du corps où il aboutit le plus de nerfs , ce sont les deux endroits où il faut porter le plus d’action.
D. Faut-il frotter fortement ces parties?
R, Cela n’est point nécessaire; il suffit de les toucher avec attention, en cherchant à reconnaître une impression de chaleur dans le creux des mains , ce qui, toujours, est la preuve qu’on produit un effet.
D. Quel est l’effet le plus désirable à obtenir en magnétisant?
R, Tous les effets sont également salutaires; un des plus satisfaisans est le somnambulisme; mais il n’est pas le plus fréquent , et les malades, sans entrer dans cet état, peuvent également guérir.
• D. Ne doit-on pas toujours avoir la volonté de produire le somnambulisme?
R, Non, car le désir de produire un effet quelconque est presque toujours une raison pour n’en produire aucun. Un magnétiseur doit aveuglément s’en reposer sur la nature , du
soin de régler et de diriger les effets de son action magnétique.
• D, A quelle indication peut-on reconnaître qu’un malade est susceptible d’entrer dans î’élat de somnambulisme.^
R. Lorsqu’on magnétisant un malade, l’on s’aperçoit qu’il éprouve de l’engourdissement ou de légers spasmes accompagnés de secousses nerveuses; si alors on lui voit fermer les yeux, il faut les lui frotter légèrement avec les pouces, de même que les deux sourcils, pour empêcher le clignotement. Quelquefois même il n’est pas nécessaire de toucher les yeux une petite distance , l’action pénètre avec autant d’ac*^ tivité.
D. Quoi , il n’y a pas autre chose à faire pour mettre un malade dans l’état de somnambulisme?
R Non. En touchant un malade de la façon
que je viens d’indiquer, avec beaucoup d’attention et avec une volonté bien ferme de lui faire du bien, vous obtiendrez souvent ce satisfaisant résultat*
Z). A quoi pourrai-je reconnaître qu’un malade est dans l’état magnétique?
R. Lorsque vous le verrez sensible, de loin, üà vos émanations, soit en présentant le pouce
devant le creux de son estomac , soit en le lui portant devant le nez.
D, N’y a-t-il pas encore d’indication plus forte ?
K, Un malade en crise magnétique ne doit répondre qu’à son magnétiseur, et ne doit pas souffrir qu’un autre le touche; l’approche des chiens et de tous les êtres animés doit lui être insupportable; et lorsque, par hasard, il en a été touché, le magnétiseur seul peut calmer la douleur que cela lui a occasionné.
D. Le magnétiseur a donc un empire absolu sur le malade qu’il a'mis en crise magnétique?
R. Cet empire est absolu en tout ce qui peut concerner le bien-être et la santé du malade ; il peut encore obtenir de lui des choses indifférentes en elles-mêmes, telles que de le faire marcher, boire et manger, écrire, etc., enfin tout ce que l’on pourrait obtenir de la complaisance d’une personne dans l’état naturel; mais si l’on voulait en exiger des choses faites pour lui déplaire, alors on le contrarierait beaucoup, et il n’obéirait pas.
D. Si l’on s’obstinait à lui vouloir faire exécuter des choses qui ne lui conviendraient pas, tju’en résulterait-il ?
R. Le malade, après beaucoup de souffrances,
sortirait subitement de Fétat magnétique, et le mal qui en résulterait pour lui aurait bien de la peine à être réparé par son magnétiseur.
état magnétique, autrement dit le somnamhulisme , est donc un état qui exige les plus grands ménagemens?
i?. Il faut considérer Fhomme en état magnétique comme Fêlre le plus intéressant qui existe par rapport à son magnétiseur; c’est la confiance qu’il a en vous qui l’a mis dans le cas de vous en rendre maître; ce n’est que pour^ son bien seul que vous pouvez jouir de votre pouvoir; le tromper dans cet état, vouloir abuser de sa confiance, c’est faire une action malhonnête ; c’est enfin agir en sens contraire à celui de son bien, d’où doit s’ensuivre par conséquent un effet contraire à celui que l’on a produit en lui.
D. Y a-t-il dilférens degrés de somnambulisme?
R» Oui; quelquefois l’on procure seulement à un malade un simple assoupissement ; à un autre, l’effet du magnétisme est de lui faire fermer les yeux sans qu’il puisse les ouvrir de luimême; alors il entend tout le monde, et n’est point complètement dans l’état magnétique. Cet état de demi-crise est très-commun.
D. Ces deux effets sont dis aussi salutaires que le somnambulisme complet?
/t. lis ne sont pas aussi satisfaisans pour le magnétiseur, parce qu’il ne peut rien appren» dre du malade; mais ils sont aussi Irès-salulaires.
D, \ a-t-il quelques précautions à prendre envers un malade qui entre dans l’état de somnambulisme magnétique ?
li. Sitôt que l’on s’aperçoit qu’un malade a fermé les yeux et a manifesté de la sensibilité à fémanation magnétique, il ne faut pas d’abord l’accabler de questions, encore moins vouloir le faire agir d’aucune manière. L’état où il se trouve est nouveau pour lui; il faut, pour ainsi dire, lui en laisser prendre connaissance. La première question doit être : Comment vous trouvez vous? ensuite : Sentez-vous si je vous fais du bien? Exprimez-lui ensuite le plaisir que vous ressentez à lui en procurer. De là, peu à peu, vous venez aux détails de sa maladie, et l’objet de vos premières questions ne doit pas s’étendre audelà de sa santé.
D, Pourquoi cela ?
i?. C’est que votre but étant, en magnétisant, de guérir, toutes les facultés du malade se tournent vers l’objet qui vous a intéressé en
le magnétisant. C’est donc de sa santé seule qu’il s’occupe; et en raison de sa plus ou moins grande sensibilité, il est plus ou moins clairvoyant sur son état présent, comme sur sa guérison future.
D, Quelle est la conduite qu’il faut tenir avec un somnambule magnétique?
B-, C’est de ne jamais lien faire qu’avec sûreté, de ne pas le contrarier; c’est, ensuite, de le consulter sur les heures où il veut être magnétisé, sur le. temps qu’il veut rester en crise, sur les médicamens dont il a besoin, et de suivre à la lettre ses indications, sans y jamais manquer d’une minute.
D. Est-ce qu’une personne en état magnétique ne peut pas s’ordonner des médicamens contraires à son état ?
R, Jamais cela ne peut être : quelqu’éloignée que soit l’ordonnance d’un somnambule des idées que l’on peut avoir prises en médecine, sa sensation est plus sûre que toutes les données résultantes de l’observation; la nature s’exprime, pour ainsi dire, par sa bouche; c’est un instinct lucide qui lui dicte ses demandes; n’y point obéir à la lettre, serait manquer le but qu’on se propose, qui est de le guérir.
D» Comment fait-on sortir un malade de l’état magnétique?
B., Lorsque vous l’avez magnétisé, votre but était de l’endormir, et -vous y avez réussi par le seul acte de votre volonté ; c’est de meme par un autre acte de volonté que vous le réveillez.
Q uoi, il n’est besoin que de vouloir qu’il ouvre les yeux pour opérer son réveil?
IL C’est la principale opération ; ensui te, pour mieux attacher votre idée à Tobjet qui vous occupe, vous pouvez lui frotter légèrement les yeux, en voulant qu’il les ouvre, et jamais cet effet ne manquera d’arriver.
D. Est-il d’autres renseignemens à prendre dans la conduite du magnétisme?
i?. Il peut arriver quelquefois qu’un malade prenne des tremblemens ou de légers raouvemens convulsifs, la première fois qu’il est ma-^ gnélisé : dans ce cas, il faut tout de suite cesser sa première action, pour ne plus s’occuper que de calmer ses souffrances.
D» Quel moyen employer pour cela?
R, D’abord la volonté que ses maux s’apaisent, et qu’il ne souffre plus; porter ensuite toute votre attention, vos attouchemens aux parties souffrantes: étendre pour ainsi dire le fluide
dans toute l’étendue de son corps, et ne jamais abandonner le malade qu’il ne soit dans un état calme et tranquille.
D. Est-on toujours le maître d’arrêter les convulsions ou les souffrances d’un malade?
R. Oui , lorsqu’elles sont causées par votre magnétisme, car vous devez vous rappeler que nous avons dit que le magnétisme animal prenant toujours le caractère de la volonté du magnétiseur, doit apaiser les maux accidentels provenans de la première impression que l’on a donnée.
D. Et les souffrances habituelles d’un malade sont-elles de même dans le cas d’être anéanties par l’influence du magnétisme?
R, .Non, parce que quelquefois le mal a fait de si grands progrès et a jeté de si profondes racines, que l’influence du magnétisme ne peut en détruire les symptômes qu’à force de temps et de soins.
D. Si, après avoir fait tous ses efforts pour arrêter les convulsions que le magnétisme a produites, on n’en vient point à bout, que faut-il faire?
R. Alors il faut ne pas s’en effrayer, et croire qu’apparemment la nature de la maladie exige une pareille crise pour débarrasser entièrement
( lyo )
le malade; mais cette tranquillité ne doit être entière qu’après que l’on se sera senti véritablement innocent sur la conduite que l’on a tenue. En générab, le cas où un malade conserve des impressions fâcheuses, malgré son magnétiseur, est très-rare; cela ne m’est jamais arrivé qu’une fois; et l’on sera toujours dans le cas de douter des bonnes dispositions d’un magnétiseur, quand plusieurs fois de suite on saura qu’il n’a pu empêcher les convulsions non prévues de se manifester.
D, N’avez-vous plus rien d’intéressant à m’apprendre sur la pratique du magnétisme?
i?. Non, si ce n’est de vous ressouvenir de la grande base sur laquelle est fondée la doctrine du magnétisme animal, telle que je l’ai conçue, et telle que je vous en ai fait part dans nos leçons. Souvenez-vous que l’homme n’agissant jamais que pour son plus grand intérêt, il fera rarement du bien, s’il ne trouve pas un grand intérêt à le faire ; et ce n’est qu’en reconnaissant en lui un principe spirituel émané immédiatement du principe créateur de tout l’univers, qu’il peut sentir la nécessité de satisfaire le besoin continuel de son âme , laquelle , de même que son principe , ne peut se plaire que dans le bien, l’ordre et la vérité. Rapprochez quelque-
fois votre âme de son principe , que votre pensée Je reconnaisse sans cesse, ce sera l’hommage le plus pur que vous puissiez lui rendre , et cette conviction intime augmentera beaucoup votre pouvoir de faire du bien.