EXTRAIT
De ma correspondance sur le magnétisme
animal.
Les lettres dont je ne vais que' rapporter les
extraits, font partie d’une correspondance très-
volumineuse, dont les pièces originales seront
déposées dans un meme carlon, avec l’écrit de
Viélet, chez M. de Lachaume, notaire y rue
d' Antiriy n^^ y. Ceux qui voudront en prendre connaissance et en vérifier les signatures, pourront lui en demander la communication! Dans le nombre de ces lettres déposées, sont com«' prises toutes celles qui m’ont été adressées par les membres de la société de l’harmonie de Strasbourg, et que je ne rapporterai pas ici, vu que tous les faits dont ils voulaient bien successivement me faire part, ont été consignés dans les procès-verbaux imprimés des travaux et des expériences de cette société, et publiés par elle pendant les années 1786, 1787 et 1788.
Je supprimerai de même toutes les lettres
qui, n’offrant que des répétitions de faits ou des observations de peu d’importance, ne feraient que grossir inutilement le volume de ces Mémoires. Comme il se pourrait faire néanmoins que quelques personnes eussent la curiosité de les lire, je les liasserai toutes selon leurs- dates, et les comprendrai dans le dépôt que j’ai précédemment indiqué.
CORRESPONDANCE
PENDANT l’année lySS.
PREMIÈRE LETTRE
De M. Se grenier J propriétaire à Nantes.
Dti i5 mars i^85.
Monsieur,
Je voudrais pouvoir vous exprimer tout le plaisir que vos Mémoires m’ont procuré, etc...
Mais voici un fait arrivé dans les environs de cette ville, qui porte, ce me semble, un caractère plus merveilleux encore. Au mois de septembre dernier, dans le temps où l’incrédulité publique était , pour ainsi dire , bien motivée par la publicité de rapports combinés de MM. de l’académie et de la société royale , une jeune demoiselle distinguée par sa naissance, et qui paraissait jouir de la meilleure
santé , se trouvant au château de M. le marquis de son parent, se mêlait, comme le reste de la compagnie, de plaisanter sur le magnétisme. M. le baron de son oncle, renché-
rissant sur les autres, gesticulait à tort et à travers. Il dirige sur sa nièce sa prétendue influence, disait-il, et les voilà à se magnétiser réciproquement* D’abord la jeune personne rit beaucoup, mais on ne tarda pas à voir que son rire n’était pas naturel , et bientôt après on passa de la sur* prise de ce phénomène à une terreur inexprimable, en s’apercevant qu’elle perdait par degré la raison et l’usage de ses sens. Elle vint, en effet, au point de ne plus voir, de ne plus entendre, de ne plus parler; et les yeux fixés, le cou tendu, semblable exactement à un aimant plus faible qui est entraîné vers un aimant plus fort, elle suivait son magnétiseur partout, et n’obéissait qu’à ses diverses impressions. On voulut essayer de les séparer, mais cela ne produisit que des convulsions affreuses. Le baron de éprouvait de son côté des sensations extraordinaires qui, jointes au saisissement que lui avait occasionné i’etat de sa nièce, le rendaient méconnaissable par sa pâleur et son abattement. On prit le parti de l’aller rechercher, dans Fespérance que sa présence ramènerait le calme.
A peine Feut-on déterminé à revenir auprès de la malade, que celle-ci, malgré l’éloignement et l’épaisseur des murs, recouvrant aussitôt la parole, s^écria : « Le voilà qui vient, je « le sens, je le vois, il entre dans l’anticham- (( bre, » C’était vrai. Dès qu’il fut entré, les convulsions cessèrent entièrement; et à mesure qu’il la magnétisait, le calme revenait, et le jeu du sens interne recommençait. Au bout de quelques heures cette crise se dissipant, la demoiselle se plaignit d’une grande douleur à l’estomac, qui se prolongeait vers la région du bas-ventre : on lui mit les pieds dans l’eau; elle parut tranquille, et la nuit se passa de même. Le lendemain, elle se trouvait fatiguée, mais sans symptômes de vapeurs, genre de mal auquel elle n’avait jamais été sujette. Son oncle vint la voir, s'informa de ses nouvelles : elle lui répondit comme à l’ordinaire, ne se doutant nullement de ce qui était arrivé la veille. On cause, on rit, la demoiselle fixe'son oncle, dirige son doigt sur lui, s’êndort, et un moment après, retombe dans le premier état de somnambulisme. L’oncle la magnétisa, mêmes phénomènes, mêmes résultats. Alors on crut devoir recourir aux èoins du médecin magnétiseur, à INantes. Le baron de B.... part, les
( aaS )
convulsions se renouvellent; elle le voit, elle le suit d’idée sur toute la route, arrive avec lui à Nantes, indique ses moindres actions. « Il n pense à moi , il vient de quitter ses bottes , « son habit ; il en a pris un bleu , il entre là , (( il dit cela, etc. » A l’heure même qu’il est chez M. Boissière, elle dit : w Ah! il parle de w moi , il va revenir avec un médecin que je (f ne connais pas, etc. » Ainsi se passa la journée et la nuit qui la suivit , tantôt en convulsions, tantôt en sommeil, tantôt dans un état de crise magnétique, tel que vous l’avez décrit , et je me persuade que ces alternatives ne dépendaient que du rapport instantané que la pensée ou les actions de son oncle pouvaient avoir ou n’avoir pas avec elle.
Enfin , le lendemain , elle s’écria : (c Ah î les « voilà qui partent pour venir ici , ils parlent « de moi, et elle répète ce qu’ils en disent : je « les vois, et elle eut été dans le cas de faire le (( portrait du compagnon de voyage de son «( oncle ; elle décrit leurs habillemens, etc. Ces «messieurs, arrivés aux relais ou arrêtés en « route pour quelques besoins , elle l’annonce « et indique le lieu. Son oncle se fâche contre « un homme qui faisait l’impertinent; elle.crie, « elle hurle , appelle du secours pour Béfendre
€c son oncle, qu’un grand homme en habit grk çfveut battre. La' querelle s’apaise, son oncle c( repart; elle s’apaise aussi, et sa joie se mani- « feste. Le baron de enfin arrive avec
i( M. Boissière; ils sont descendus loin du châ- (( leau; elle le dit; elle dit qu’ils sont dans la cour, «qu’ils entrent dans le salon, qu’ils montent « l’escalier. M. Boissière paraît seul. Où est «mon oncle? lui demanda-t-elle. Il est resté « à Nantes , lui répondit-on. Ce n’est pas vrai , « je l’ai vu, je le vois encorè, il est dans cette « chambre, etc. »
Vous observerez, monsieur, que tout ce qu’elle avait pressenti et avancé, était de la plus exacte vériié. Je borne là cette narration, dont je n’ai recueilli quelques circonstances principales , que pour vous confirmer dans l’opinion que vous avez de vos expériences, par un exemple frappant et d’autant moins incontestable, qu’il s’est passé au milieu des incrédules; qu’un incrédule lui- même a prêté sa main à la nature pour exécuter ce prodige et confondre Jes détracteurs du magnétisme animal. J’ajouterai seulement que lM Boissière parvint, à la longue, à ramener celte demoiselle dans son état ordinaire, qu’elle guérit probablement, puisque je n’en ai pas entendu parler depuis. Ce fait inté'»
ressant m’a été communiqué par Fonde luimême et par plusieurs parens de la demoiselle, entr autres par la marquise de chez qui
cette scène s’est passée, etc.
Signé Segrettier.
OBSERVATION
Le fait rapporté par M. Segrettier, dans la lettre que l’on vient de lire, est une des preuves les plus évidentes de l’existence du magnétisme animal et de son action sans cesse agissant en nous. Certainement la demoiselle dont il est question ^ et M. son^oncle , étaient loin de penser qu’ils pussent influer magnétiquement l’un sur l’autre. Leur imagination ne leur en laissait même pas apercevoir la possibilité. Le résultat de leur plaisanterie , non seulement indépendant de leur volonté , mais contraire à leur intention , n’était donc que l’effet naturel résui« tant de l’analogie de leur vertu magnétique , dont ils avaient déterminé , sans s’en douter, la direction. Si, avec une aussi légère et fugitive attention , il est possible de déterminer un effet aussi manifeste, combien, à plus forte raison, en doit- on produire avec une volonté constante et prononcée ?
DEUXIEME LETTRE
De M, Boissiere, médecia à Nantes»
Du 7 avril 1785.
Monsieur^
J’ai différé jusqu’à ce moment ^ etc
J’ai lu et relu plusieurs fois , et toujours avec un nouvel interet, votre ouvrage sur le magnétisme. 11 est plein d’observations bien intéressantes pour ceux qui ont considéré cette découverte sous son vrai point de vue. Elles m’ont confirmé celle que j’avais faite à la passade seulement, l’été dernier, et dont M. Segrettier vous a rendu compte. Cette jeune personne dont les nerfs sont infiniment sensibles , serait , si elle était d’un état à pouvoir être vue commodément, le meilleur sujet possible pour arriver entièrement au degré de conviction où vous êtes déjà venu plusieurs fois; mais il n’y a pas moyen de la voir, étant dans un couvent.
Parmi les autres malades que j’ai à mon traitement, j’ai bien, à celui des pauvres, deux jeunes filles somnambules; mais quelque précaution que je prenne, je ne puis les conduire à cet état de prévoyance qui doit vous avoir
donné tant de satisfaction dans Victor et ies autres. Faut-il magnétiser extrêmement longtemps? est -il mieux d’éire, avec les malades^ seul^ ou d’opérer au traitement? Pardon, monsieur, mais vou e amour pour le bien vous fera me pardonner ces questions.
Signé Boissière.
TROISIEME LETTRE
De M, Fitz~Gihhori , médecin royal et agrégé au collège de Médecine de Bordeaux,
Du 22 mai 178.5.
Monsieur,
J’ai reçu votre ouvrage , etc
Vos opérations sont si bien faites, et portent tellement avec elles le caractère de la candeur et de la véiité, que je m’estimerais heureux que vous voulussiez mlionorer de votre correspondance. J’ai un petit traitement de quinze ou vingt personnes, que personne ne voit que moi, et que je viens d établir chez moi. Mes affaires du dehors ne me permettant pas de continuer le traitement public que je présidais jusqifà présent, si vous jugez à propos, je vous iérai part de mes expériences, qui se font sans éclat.
sans étalage quelconque , et entièrement dans le silence. Une particularité que j’ai remarquée dans mon petit traitement, est un état de plai^ sir extrême que ressentent certains hommes,’ c’est une extase , un état extatique de plaisir qui surpasse tout autre connu, et lequel dure quelquefois un quart d'heure ou vingt minutes tout au plus , et qui se manifeste par ces paroles : O mon Dieu ! que c'est bon ! et ces mots sont répétés constamment, les yeux sont ouverts, le corps dans une espèce de roideur, la respiration un peu génée, comme si l’on étouffait de joie ou de plaisir, comme l’on dit communément. Ils sont vraiment moitié somnambulistes et moitié cataleptiques pendant cette crise. Les femmes n’y sont point sujettes, du moins je n’en ai point vu de telles. Je ne sais , monsieur, si vous en avez vu dans l’état que je vous décris ; il ne me faut jamais plus de trois ou quatre minutes pour les mettre ainsi.
Signé Fitz- Gibbon.
OBSERVATION
Je n’ai inséré l’article de la lettre ci-dessus, que pour donner une idée des variétés qui peuvent se rencontrer dans les effets du magnétisme animal, et pour observer à ce sujet,
combien il est inconsidéré de tirer quelques inductions de semblables faits. M. Filz Gibbon, en rendant simplement compte de ses observations, offre aux nouveaux magnétiseurs l’exemple de la prudence avec laquelle ils devront se conduire en pareille circonstance.
QUATRIÈME LETTRE
De M» de Beyerlé , capitaine ait régiment
du Roi,
De Nancy, le !«*■ août 1785.
Je suis d’une tristesse mortelle, monsieur le marquis; j’ai recours à vous comme à mon maître, et vous demande vos conseils.
On a présenté une fille sourde au traite-ment. J’avais commencé à la soigner : un de nos élèves s’en est emparé, et je l’ai laissé diriger cette* malade , en lui donnant tous les renseignemens possibles.
Cette fille n’a pas tardé à éprouver de l’effet. Il s’est fait dans ses oreilles un bourdonnement considérable. Elle a rendu, par les oreilles, le nez et les yeux , des eaux et de la matière. Elle était dans un train de guérison satisfaisant, lorsque sa maîtresse l’a emmenée à la cam-
pagne pour huit jours. A son retour elle s’est remise au traitement, et elle a repris son sommeil magnétique; au lieu d’exciter le sommeil, son magnétiseur le dissipait , quoi qu’on ait pu lui dire. Enfin il y a quatre jours que cette fille s’est levée du traitement, tout endormie, et a été se placer ailleurs. Son magnétiseur l’ayant suivie , elle s’est levée et s’est remise au traitement. Poursuivie par son magnétiseur, elle s’est levée de nouveau, et a été se placer à l’autre
core , comme pour fuir son magnétiseur. Sur ces indications, on m’a engagé à me charger de la direction de cette fille , à laquelle je donne tous mes soins. Je l’ai depuis cinq jours. Elle a commencé à parler en état somnambulique, avant-lîier.Hier dimanche, elle a annoncé à une dame près d’elle, qu’elle guérirait dans un mois, qu’elle souffrirait beaucoup. Elle a fait d’autres annonces du meme genre; mais (et voici le sujet de ma peine) lorsque je l’ai consultée sur son état, elle m’a dit qu’elle ne guérirait pas, qu’elle en mourrait.* Son mal est au creux de reslornac et dans les parties environnantes. L’inlérét que je prends à cette pauvre créature, plus encore peut-être que celui que je prends au progrès du magnétisme dans cette
province , augmente le chagrin que me cause sa prédiction.
Ne se trompe-t-elle pas? ne prend-elle pas ce qu elle souffre pour un signe de mort? Elle a annoncé C[u’elle aurait, jeudi à quatre heures, beaucoup à souffrir; elle ne coniiail pas le nom de crise. Oh! monsieur, aidez-moi de vos conseils; dirigez-moi dans les moyens à employer; je sens ou je crois que cette fille n’est pas dans un somnambulisme parfait ; je le désire pour voir annuler sa prédiction. D’abord elle n’indique aucun remède; elle ne dit pas la cause du mal; d’ailleurs, elle parle très- vaguement du siège et de la cause des maladies des personnes auxquelles elle a voulu parler.
Que je voudrais, pour le bien de l’humanité, pour celui de cette pauvre fille, pour ma tranquillité, pour mon plaisir, que je voudrais que vous fussiez ici! vous y recevriez l’effusion des sentimens que vous m’avez inspirés (i).
Signé Beyerlé.
(i) De pareils incidens n^’eiFraient plus aujourd’hui les magnétiseurs expérimentés ; ils savent qu’ils peuvent toujours, par le calme de leur esprit et par Ténergie de deur bonne volonté, ramener les somnambules à voir tranquillement leurs maux, et, par suite, à indiquer ce qui peut les guérir ou les alléger.
CINQUIÈME LETTRE
Du même»
Du 3i août 1785.
Je viens d’apprendre, monsieur le marquis, qu’on ne vous avait pas rendu le compte sommaire de la maladie de la nommée Marie Viriot, femme de chambre de madame Charpentier, ainsi que nous l’avions arrêté, n’ayant pas eu le temps de le faire moi-même. Je vous en fais un million d’excuses.
La crise du 4 août, annoncée par cette fille, a eu lieu. Votre lettre est arrivée le lendemain, et je rne suis applaudi d’avoir fait ce que vous prescriviez. J’ai continué à donner mes soins à cette fille, aidé par une brave magnétiseuse, qui, bravant tons les sarcasmes, se voue à secourir l’humanité souffrante avec un zèle incroyable (madame Charpentier, épouse de M. Charpentier, négociant en gros, fils de la maîtresse de la malade). Le lundi 8 août, elle a annoncé qu’elle aurait encore douze crises, dont la première le mercredi i o , et quatre autres le reste de la semaine. Le mardi 16 août, elle a annoncé sept crises, dont la dernière serait le samedi 20; l’heure du commencement et la fin
de chaque crise étaient annoncées. Outre la surdité qu’elle avait eue à la suite d’une fièvre putride ? il y a douze ans, elle avait une maladie plus grave , qu’un de nos somnambules a dit être un polype au cœur. Dans le fait, elle se plaignait de l’estomac, de la tête, et surtout du cœur; il fallait, dans les crises, lui tenir fortement la main sur le cœur : encore très*souvent, lorsqu’elle avait les mains libres, se frappait-elle fortement sur le cœur et sur la poitrine. C’est dans cet état qu’elle est parvenue au samedi 20 août, sans apparence de soulagement, disant toujours quelle ne serait jamais parfaitement guérie de sa surdité. Le samedi, à trois heures trois quarts, ainsi quelle l’avait annoncé, elle nous répéta ce qu’elle avait dit le matin, qu’elle doutait de la guérison parfaite de sa surdité, que 1^ crise serait très-violente, qu’elle serait pendant une demi - heure sans connaissance , comme morte ; qu’il ne fallait pas s’en inquiéter. Nous avions pris la précaution de mettre pu somnambule en état magnétique , et il nous a été d’un grand secours. Il indiquait parfaitement la gradation de la guérison, et ordonnait ce qu’il fallait faire ; mais au moment de l’évanouissement annoncé par la fille, le somnambule , qui ignorait celte annonce, est jLombé lui-
même en faiblesse, en s’écriant : Donnez*, donnez-lui tous vos soins. Elle n’avait plus , en effet , fair de respirer, on ne lui sentait pas le pouls , ce qui inquiéta notre docteur et un autre médecin présent. Enfin, la crise finie, la pauvre fille, souriant aux spectateurs, qui lui disaient qu’elle avait du beaucoup souffrir, a dit qu’elle ne 'Sentait rien, qu’elle allait bien. Elle s’était ordonné de venir au traitement encore huit jours, de prendre médecine le mardi.
Elle a encore un bourdonnement dans l’oreille gauche; mais elle n’a plus les palpitations. Je cherche à la remettre en état somnambulique, pour guérir radicalement cette humeur, qui découle de son oreille dans la gorge.
Je l’endors déjà très- facilement, mais je me refuse à toute expérience , persuadé que ce sommeil lui fait le .plus grand bien. •
D’après les règlemens que nous a envoyés le comte de Lutzelbourg, nous avons arrêté que je refondrais nos règlemens, pour y ajouter les articles que j’ai reconnu avoir été dictés par un de nos maîtres. Vous les verrez à votre passage ici. Vous y êtes attendu avec empressement par mes élèves. Vous n’avez pas l’idée de la joie qu’aura leur maître, qui doit le peu quil sait à l’étude réfléchie qu’il a faite de votre ouvrage ,
et qui veut prendre de vous, oui de vous, un rapport dans lequel il a toute confiance.
Signé Beyerle.
OBSERVATION
D’après le désir de M. de Beyerlé , la Société de Strasbourg lui envoya ses statuts et ses règlemens. Je fus ensuite à Nancy vers la fin de l’été, et j’eus la satisfaction de voir le magnétisme animal s’établir et se pratiquer, dans cette dernière ville , sur les memes bases et avec les memes succès qu’il l’était à Strasbourg.
SIXIÈME LETTRE (l).
De Jean- Gaspard Lavater, ministre du
saint Ei^angile.
Zurich, le 3i août 1785.
Je prends la liberté, cher et respectable bienfaiteur de l’humanité , de vous interrompre dans vos occupations aussi étonnantes qu’utiles, et je ne demande pas pardon, car je sais
(i) A celte lettre était joint le récit tant des souffrances habituelles de la malade que des effets incohérens et mal dirigés du magnétisme sur elle.
que vous aimez la confiance. Ayez la bonté de lire le Mémoire ci -joint, écrit par mon frère Diethelm, médecin, j’ose le dire, également habile et fidèle, et de réfléchir là-dessus. C’est ma chère et aimable épouse pour laquelle j’implore vos secours.Hier ausoir, elle était, comme elle croyait, sur le point d’expirer. Elle se sentait plus mal, plus affaiblie que jamais. Elle criait, riait, pleurait, et était après cela trèsaffaiblie, et avait des douleurs extraordinaires
dans le dos et derrière le cou Je me fie à
votre humanité. Vous aurez la grâce de me répondre par un de vos secrétaires sitôt possible. De mille choses que j’aurais à vous dire, je ne puis rien , qu’un mot : La grâce du Seigneur soit avec vous !
Signé Jean-Gaspàrd Lavater.
OBSERVATION
Les témoignages d’estime que me donnait un homme aussi célèbre que l’était M. Lavater, ne me laissant nul doute sur la confiance qu’il prendrait en moi , je lui indiquai sans réserve tous les procédés qu’il devait emploj^er pour magnétiser son épouse, et je lui ajoutais que, s’il opérait avec la ferme conviction de l’existence de l’agent, dont je l’assurais qu’il reconnaîtrait
en lui la puissance, je lui pouvais répondre qu’il en obtiendrait les plus satisfaisans résultats. La lettre ci-après donnera la preuve de la docilité avec laquelle ce ministre évangélique voulut bien suivre mes indications.
SEPTIÈME LETTRE
Du même.
Dimanche, ii septembre 1785.
Dieu merci, respectable P , ma femme est
venue, peu de jours après les effets horribles du magnétisme animal, dans le somnambulisme le plus tranquille , et nous a indiqué tous les moyens de la sauver. Tout va bien. Moi, je fai magnétisée; et par ma main indigne Dieu l’a sauvée. Elle nous a indiqué beaucoup de moyens fort simples pour d’autres malades de sa connaissance. Je n’ose rien ajouter que les assurances les plus sincères de ma reconnaissance pour votre intérêt, quoique dépourvu de tout bon conseil. Je crois simplement qu’il vous était impossible à m’en donner. J’adore le grand et
paternel Etre qui opère tout en tous et par tous, qui veulent et croient.
Signé J. G. Lavater.
HUITIEME LETTRE
Ma réponse h M» Lava ter,
Strasbourg , 19 septembre 1785.
Je ne saurais jamais assez vous exprimer, monsieur, le plaisir que m’a fait votre lettre, par laquelle vous m’apprenez que vous avez eu le bonheur de rappeler madame votre épouse à la vie. Puisque vos bonnes et honnêtes intentions seules vous ont mené à procurer un effet aussi étonnant qu’il est salutaire, ne prenez à l’avenir des conseils sur les procédés magnétiques que de vous-même ; vous devez reconnaître à présent combien j’étais loin d’approuver ces procédés extérieurs qu’on avait employés précédemment; enfin, vous voilà persuadé de cette vérité éclatante, que ceux qui croiront fermement que l’Étre - Suprême leur a donné un moyen de faire du bien, et qui voudront avec ardeur en faire à leurs semblables, en auront la puissance : que ne puis-je, monsieur, entrer plus au long, avec un homme aussi recommandable que vous, dans les détails nécessaires à savoir pour marcher avec sécurité et sûreté dans la voie délicieuse où vous êtes entré ! Voilà
seulement, en peu de mots, le principal; et votre âme et votre intelligence vous apprendront le reste.
Notre âme, immédiatement émanée de la Divinité, ne peut se plaire que dans l'ordre et y le bien.
Notre âme donc nous inspire la pensée du bien.
De la pensée du bien naît la volonté de V opérer. Jusqu’à présent toutes ses actions sont morales. Le fluide magnétique qui noos entoure, ou, pour mieux dire, notre électricité animale est à la disposition de notre volonté , comme le sont nos bras et nos paroles. Cette électricité donc se porte où notre volonté la dirige; plus la volonté est bonne, plus elle part d’une âme bien droite et bien en harmonie avec son principe, plus notre électricité a de force. Croyez bien qu’elle prend toujours l’impression et le caractère de notre volonté^*. Un homme donc qui veut constamment et ardemment le bien, ne peut jamais faire de mai : cette vérité est incontestable, et vous la reconnaîtrez de' plus en plus. Si en magnétisant j’aperçois le moindre mal de nerfs, la plus petite convulsion, toute mon attention et ma volonté se portent sur cet effet qui me déplaît; je ne veux
pas qu’il continue, et il cesse, si toutefois il n’est pas une crise favorable à la guérison du malade. Je voudrais, monsieur, entrer dans de plus grands détails sur les effets physiques du magnétisme; la meilleure idée que vous en puissiez prendre , c’est d’en comparer l’influence aux effets de l’électricité, non pas l’électricité considérée comme fluide, c’est une erreur, mais comme mouvement. Je frappe une bille qui communique à cinquante autres ; aussitôt la dernière s’échappe ; la chaîne électrique est absolument la même chose, et le magnétisme animal vient nous éclairer sur cette cause tant recherchée de l’électiicité, qui ne devrait plus être un problème.
Nous autres hommes, nous sommes des machines électriques parfaites; notre âme en est la manivelle; nous électrisons positivement et négativement, rien qu’en voulant faire du bien, parce que la nature sage et passive obéit à notre direction.’
Il ne faut que vouloir pour endormir et faire fermer les yeux; il ne faut que vouloir pour les faire ouvrir; les gestes sont de la plus grande indifférence; pour fixer seulement plus fortement l’intention , il est nécessaire d’agir à une petite distance, et même de loucher; mais une
fois en rapport avec votre malade, si vous ne craignez point les causes secondes, vous pouvez agir sur lui de loin comme de près. Si vous pouvez vous procurer le livre que j’ai fait imprimer, sa lecture vous confirmera dans tout ce que vous apercevez déjà.
Je dirai ici, à mon départ, qu’on vous en fasse passer un ; et si vous voulez vous associer avec la société que j’ai fondée dans rdon régiment, nous nous glorifierons d’un collègue d’un mérite aussi reconnu que le vôtre.
A présent, monsieur, il me reste à vous engager de ne parler de ma lettre à qui que ce soit; il faut avoir votre âme pour croire et vouloir sans avoir vu; et j’ai imposé la condition à tous mes élèves de ne jamais expliquer la cause du magnétisme qu’aux gens déjà persuadés par les effets de son existence. Veuillez, monsieur, entrer dans mes vues, c’est pour le plus grand bien, et pour amener plus vite à la reconnais-sance de cette belle découverte. Je vous prie de recevoir les assurances de mon estime et de mon amitié inviolables; la base qui nous lie doit la cimenter. La fin de mon cours est de recommander foi, espérance et charité.'
Foi dans son moyen, espérance de réussite en l’employant; et charité pour en faire usage;
une des trois manquant, on ne peut rien faire de bien.
Signé PuYSÉGUR.
NEUVIÈME LETTRE
De /. G, Lavater.
T)e Küsnach, près tle Zurich, le 26 septembre 1785.
Votre lettre, cher et respectable ami, m’a fait, comme vous penserez bien, un grand plaisir. Elle est digne de vous et de tout ce qu'on m’a rapporté de votre sujet, de tout ce que j’ai lu de vous. Vous me semblez être sur le point du grand chemin.
Je n’ai qu’à vous dire trois choses dans ma lettre. La première , de vous témoigner ma reconnaissance sincère et profonde pour les communications amicales et fraternelles que vous voulez bien me faire. Je les garderai bien dans le fond de mon âme : j’y réfléchirai bien , j’en ferai un digne usage.
La seconde est : mon principe est d’apprendre de tous, et de servir à tous, mais de ne devenir jamais ni le disciple ni le maître d’aucun mortel. M’entendez bien, digne ami; je ne veux jamais avoir des disciples proprement
dits; car je vois que tout homme mortel^ quel qu’il soit, excepté un seul, ou gâte soi-méme ou les autres, en faisant des disciples. Et chacun, qui est devenu disciple , est en danger de vouloir devenir maître. Je ne désapprouve pas pourtant une réunion amicale, naturelle, spirituelle de tous, qui ont un même but, mais
que cette union ne soit que d’âmes et point
du tout politique.
La troisième chose que j’ai à vous dire, mon aimable ami , est de vous demander la permission de vous oser communiquer un Mémoire que j’ai fait la semaine passée, intitulé : Scjuelette de mon sjsterne de religion, avec quelques additions qui ont rapport au magnétisme animal, pour apprendre vos idées là-dessus.
Je n’ose pas abuser plus long-temps de votre patience.
La grâce de Dieu soit avec nous.
Signé J. G. Lavateïi^ ministre
du saint Evangile.
DIXIEME LETTIVE.
Du même.
De Zurich, ce 4 oétobre 1785.
Je vous persécute, ami des hommes et ami
de Lavater. Un ami à qui je dois beaucoup m’a remis le papier ci* joint. Pensez yous qu’il peut être guéri ^ qu'il peut venir dans l’état de la dwination? Il n’est pas des facilement croyans. Mais un mot de vous, dont il a bonne idée, lui donnera animo. Il est trèslionnéte , mais incroyablement non croyant. Mes idées ne sont pas encore traduites. J’espère que vous en serez content ou que vous me corrigerez.
Est-il possible de somnambuliser une personne épileptique dans la première opération ? et ose*t-on opérer immédiatement sur les yeux, dans ce but, avec la direction douce et ferme de la volonté?
Ayez la bonté , dans le tourbillon de vos affaires bienfaisantes , de vous dérober un moment pour dicter à un de vos secrétaires un ou deux mois de réponse pour votre trèsdévoué et très-reconnaissant serviteur, ami et frère.
Signé J. G. Lavater.
OBSERVATION
Je n’ai pas retrouvé le papier qui était joint à cette lettre, non plus que la copie de ma réponse; mais je me ressouviens que jy im-
prouvais fortement le mot divination, dont M. Lavater se servait pour désigner la lucidité magnétique. Cette lucidité , lui écrivai-je , ne peut être que le développement d’une faculté humaine, et non jamais un état de divination. En portant et en exaltant la pensée des somnambules sur des objets hors de leur portée , on court le risque de fatiguer les ressorts de leur intelligence. La pensée d’un être magnétique, lui ajoutai-je, est comme un miroir où viennent se réfléchir toutes celles de son magnétiseur; loin donc de recevoir de ses réponses la manifestation d’une vérité, il n’en retire le plus souvent que le reflet de ses propres erreurs. Concluant de-là, je l’engageais à ne point prolonger, pour la satisfaction de sa curiosité, le somnambulisme de son épouse, et de s’occuper à la guérir le plus promptement possible.
M. Lavater fit probablement en cette occasion peu de cas des conseils que lui dictait mon expérience, car il ne m’écrivit plus. Quelques années après, j’appris que sa femme avait eu la tête totalement dérangée, et qu’au lieu d’en accuser son imprudence, il en avait imputé tout le tort au magnétisme animal; j’ai même appris qu’il avait été jusqu’à se persuader que
Faction magnétique était dangereuse , et ne pouvait provenir que de l’influence d’un mauvais principe.
Quant à la question relative à la guérison des épileptiques, je lui mandai probablement ce dont je suis encore plus certain aujourd’hui, c’est que, parmi toutes les maladies, c’est une de celles qui cèdent le plus promptement à l’action de l’électricité animale, en lui observant cependant que lorsque les attaques en sont fixées depuis long-temps à des époques déterminées , il J a bien plus de difficultés à les guérir.
Je ne puis mieux prouver ce que j’avance que par le fait suivant.
Cure dune épilepticiue.
Une jeune fille de dix -sept à dix -huit ans me fut un jour amenée à Busancy, par son oncle et son tuteur. Ils étaient décidés, me dirent-ils, à la conduire à Charenton. Cette infortunée avait, depuis trois ou quatre ans, des attaques d’épilepsie , lesquelles s’étaient tellement multipliées, que, depuis un mois, elle en éprouvait jusqu’à huit ou dix par jour. Comme elle habitait à une lieue de chez moi, je dis à ses conducteurs qu’il fallait me la lais-
ser au moins deux ou trois jours, afin que j’eusse le temps d’essajer si elle serait susceptible d’éprouver les effets du magnétisme. Y ayant consenti, son tuteur alla lui chercher un logement dans le village, et tout aussitôt je la fis asseoir et la magnétisai devant son oncle. Au bout de quelques minutes, cette jeune fille, sans manifester la moindre émotion, sans même s’appuyer le dos contre sa chaise, ferma les yeux et demeura dans un étal si calme, que je ne pouvais imaginer qu’elle fût dans letat magnétique. Néanmoins je me hasardai de lui parler. Comment vous trouvez-vous? — Bien. — Quelle est votre maladie ? — Je tombe d’un mal. — Quel est ce mal? — J’ai vu le diable.
• On vous aura fait peur, sans doute? — Oh non! je l’ai vu, j’en suis sûre : c’était en sortant de l’école des sœurs. Après plusieurs semblables questions, elle me dit qu’en effet les sœurs, mécontentes d’elle, l’avaient menacée d’être emportée par le diable ; que c’était dans une circonstance où tout saisissement était dangereux pour elle, et que depuis ce temps elle était bien malade. Voire tuteur est allé vous chercher une chambre dans le village ; j’espère que le magnétisme vous fera du bien. — Il m’en fait déjà beaucoup. — Vous espérez donc gué--
rir? — J’en suis sure. — Et quand? — Dans trois, jours. — Comment dans trois jours? et quand faudra- t-il que je vous magnétise? — Demain, à neuf heures du matin. — Et dans la journée? — C’est inutile : je n’aurai pas d’attaque avant demain neuf heures. — Combien de temps vouiez-vous rester dans l’état où vous êtes? — Une demi-heure. J’abrégerai ce récit, qui n’est intéressant que sous le rapport de la brièveté de la cure. Je renvoyai celte jeune fille dans son village i en faisant promettre à son tuteur de me la ramener le lendemain matin. Ils furent exacts au rendez-vous, La malade n’avait pas eu le moindre ressentiment de son mal. Je la touchai un quart avant neuf heures. Lorsqu’elle fut dans Tétât magnétique, elle me dit de la mettre sur un matelas. A l’heure dite, les convulsions lui prirent et se manifestèrent avec une grande violence; l’attaque passée, et elle toujours en somnambulisme, je lui fis remettre son bonnet, et rétablir le désordre de ses habillemens. Après quoi, lui ayant demandé de ses nouvelles, elle me répéta ce qu’elle m’avait déjà annoncé la veille; savoir, qu’elle n’aurait point d’attaque avant vingt-quatre heures. Le lendemain, pareille scène; et le quatrième jour, après m’avoir confirmé sa guérison totale , elle se ré-
veilla seule. Depuis lors, elle n’a pas ressenti la moindre atteinte de cette terrible maladie. Cette fille s’est mariée depuis : elle est aujourd’hui mère de plusieurs enfans (i), et habite le village de Septmont, à une lieue de Soissons.
ONZIEME LETTRE
De M, de Klinglin, baron d^Esser,
D’Oberheskhiem , le 6 septembre 1785.
Il n’y a pas de jour, monsieur, que je ne sois pénétré de la plus vive reconnaissance de la bonté que vous avez bien voulu avoir de m’initier dans la doclrine du magnétisme; mais dans la position où je me trouve, je la sens redoubler à chaque instant , me trouvant dans une campagne, seul, et en étal de soulager des pauvres malheureux qui sont abandonnés des médecins. J’ai deux malades entre les mains, qui éprouvent les effets salutaires du magnétisme ; un homme de soixante-deux ans, qui est attaqué depuis quatorze ans d’une rage qui lui prend la moitié de la tête, et qui, dans ses accès , est tellement hors de lui , qu’il a été
(i) Son nom est Marie-Anne Trolet , femme Duleuil.
plusieurs fois sur le point de se détruire. Il y avait plus de trois ans qu’il n’avait pu dormir un quart d’heure de suite. Je l’ai touché , dimanche, deux fois, et lui ai fait passer son mal. Pendant que je le magnétisais , il a dormi deux heures et demie. Le lundi, il a dormi quatre heures, et il a été purgé ce matin .Toutes les fois que je le touche, il lui sort beaucoup d’eau par l’œil droit et par le nez. J’ai magnétisé un arbre, dont il ressent les effets salutaires toutes les fois que les douleurs le reprennent dans la journée. Mon second malade est un hydropique; cette maladie lui a pris à la suite de la fièvre. J’ai été le voir dimanche soir, il m’a fait peur, et il n’a pas fallu rien moins que la grande confiance que j’ai, et le grand désir que j’ai de faire du bien, pour que j’aye osé l’entreprendre; il était enflé comme un ballon, de la tête aux pieds; couché sur le dos, il ne pouvait pas se tenir sur son séant. J’avais
souvent commencé à le magnétiser dans cette
dernière position, mais cela lui faisait si mal, que j’ai été obligé de le faire .coucher, et de le toucher ainsi. La première nuit il a uriné quatre fois; hier, dans la journée, trois fois et abondamment, et la nuit dernière, quatre , et il a été à la garde-robe en devoiement. Lorsque
j’ai été chez lui ce matin , j’ai été d’une joie
indicible de le voir se mettre de lui -même sur son séant, sans douleur, son visage désenflé, l’enflure des bras, des mains et du ventre diminuée. Il commence à s’y former des plis. Je ne lui ai fait boire que de l’eau magnétisée. Je lui ai fait faire la chaîne deux fois aujourd’hui ; il a ressenti beaucoup de chaleur dans tout le corps, et j’espère actuellement le tirer d’a ffaire. Je vous prie de me mander ce que vous jugez convenable à la suite du traitement, s’il ne faudrait pas le purger, et avec quoi(i). Comme je n’ai encore rien vu, j’espère que vous voudrez bien guider votre élève , qui vous remercie bien de l’avoir mis à meme de secourir les malheureux. J’ai un curé qui est un galant homme , et qui est le premier à me recommander les malades qu’il a. J’ ai un tilleul auprès d’une croix de mission , en laquelle tous mes paysans ont beaucoup de dévotion ; c’est un arbre que j’ai magnétisé, moyennant quoi les malades y vont avec plus de confiance. Je l’ai dit à mon curé, qui en a été comblé. Si vous voyez de nos confrères , etc.
Rlinglin, baron d’Esser.
(i) N’ajant aucune connaissance médicale, je Tai en~ gagé à consulter un médecin.
DOUZIÈME LETTRE
jDe M, le marquis de Baillet , ancien capitaine
de dragons,
, D’Espense , par Sainte-Menehould , le
lo septembre 1785.
C’est à vous, monsieur, que je dois rendre hommage exclusivement , à tout titre, d’un somnambule que je viens d’obtenir, puisque c’est vous qui, le premier, avez bien voulu m’en faire connaître , et que c’est à vous uniquement que je rapporte le peu de bien que j’opère, d’après les instructions et les exemples que vous m’avez donnés dans la théorie et la pratique du magnétisme animal. Daignez, etc
Je ne crois donc pouvoir, monsieur, mieux vous témoigner toute ma sensibilité à ce, sujet , qu’en vous faisant part de la réussite de mes opérations , que je regarde, avec raison, comme votre propre ouvrage; j’ai meme cru devoir attendre à vous en faire mes remercîmens, jusqu’à ce que je pusse mettre sous vos yeux le résultat d’un travail qui put justifier l’adoption que vous avez bien voulu faire de moi.
Je n’entrerai pas, monsieur, dans le détail d’une infinité de malades que j’ai guéris de
maux accidentels, comme maux de tête, de dents, de poitrine, et points de côtés, etc.; mais je crois devoir vous parler d’une fièvre continue avec redoublement, dont une fille de onze ans était attaquée, et auprès de laquelle je n’ai été appelé que le cinquième jour : le premier jour que je l’ai touchée , beaucoup de fois, il est vrai , dans la journée, les redoublemens ont disparu le soir, et le lendemain la fièvre n’existait plus. Enfin, quatre jours après, l’enfant courait les rues. Une autre femme , pendant mon séjour en Alsace , avait eu une fièvre tierce, qui probablement avait été mal conduite; je fai trouvée à mon arrivée avec une fièvre bilieuse des mieux conditionnée; je lui ai arrêté ses accès au bout de trois jours de traitement ; je l’ai continué encore quelque temps, toujours avec le plus grand succès; mais comme la couleur jaune subsistait , j’ai cru aller plus vite en faisant prendre à la malade un peu de crème de tartre, et cet essai a parfaitement rempli mes vues. Deux autres filles qui , tous les mois, étaient dans des états affreux, voilà deux fois que je leur ai fait passer leur temps sans le plus léger accident. Une autre femme, sourde comme un pot depuis deux ans, (Commence à entendre le son des cloches, la
pluie tomber, le mouvement et la sourdine de mes montres; et en élevant ma voix ordinaire tout au plus d’un ton , elle m’entend à merveille, ce qui me donne l’espoir de la guérir tout à fait. Enfin mon somnambule, qui, depuis plus d’un an, avait la fièvre quarte et double quarte , ce jeune homme âgé de dix -huit ans, avait épuisé toute la science des médecins et chirurgiens de mon canton, La première fois que je le louchai, mon homme, au bout de huit ou dix minutes, tomba en somnambulisme; c’était le mardi 25 du mois d’août. Cet homme, dans sa crise , me dictait, et même écrivait l’heure à laquelle il fallait l’endormir, la durée de son sommeil, Tendroit où était son mal, la manière de le toucher, et les heures de ses repas. Cë somnambule n’entendait que moi et ne parlait qu^à moi. Un coup de fusil que madame la mar-^ quise de Chamissot de Boncourt, une de mes voisines, me pria de lui faire tirer presqu’à ses oreilles, ne lui causa pas la plus légère sensation. Au bout de quatre jours de somnambulisme, je l’endormais, le réveillais, le faisais lever, marcher, sans lui parler ni le loucher, rien que ma seule volonté et un regard direct à distance éloignée, ou le reflet d’une glace; mais il fut , jusqu’au mercredi 3 1 , sans me dire
le jour de sa guérison; seulement il disait (toujours dans l’état magnétique) que ce ne serait pas long. Enfin le mercredi , dans la crise de Faprès-dînée, il m’annonça sa guérison parfaite pour le dimanche 4 septembre , sans jamais se démentir. Le samedi, il me dit que ce serait pour le lendemain; le dimanche, il médit que tout serait fini pour la nuit. Il voulut encore entrer en crise l’après^dînée, mais il ne demanda qu’un demi-quart d’heure, et depuis ce temps il se porte au mieux possible.
Signé DE Baillet.
TREIZIEME LETTRE
De M, Servan , ancien avocat général au parlement de Grenoble»
Lyon , 17 septembre 1785.
C’est au nom de la Société de rHarmonie ,
établie à Lyon, etc
Mais ce que personne n’a fait dans la tique du magnétisme , et ce que vous paraissez faire , monsieur, c’est d’assembler, presqu’à votre gré, dans le même sujet, le somnambulisme et la guérison ; ainsi vous unissez l’effet le plus étonnant au plus utile.
Après celle découverte, le triompbe du magnélisme n’esl plus douleux, el c’est pour y participer nous-mêmes que nous nous hâtons de vous demander la communication de vos procédés. Notre confiance doit vous plaire , et dans un fait qui touche de si près au bien de l’humanité, nous rougirions de vous croire capable du moindre mjslère.
Ce n’est pas, monsieur, que le somnambulisme nous soit un phénomène inconnu, mais nous l’obtenons très-rarement ; nous ne le devons qu’à la nature; et pour l’ordinaire il est très - incomplet. Nous ne retrouvons point, dans la plupart de nos somnambules, ces êtres qui semblent n’exister que pour eux-mêmes et la personne qui les a magnétisés; ils n’ont point . cet instinct qui lient du prodige, sur la nature, les remèdes , les progrès et le terme de leurs maux. Depuis quinze mois que nous exerçons le magnétisme, nous pouvons à peine compter trois véritables somnambules , et qui ressemblent en quelque chose à ceux que vous avez décrits.
Si nos somnambules diffèrent des vôtres, nos guérisons (ce qui est bien plus important) ne répondent point à celles que vous opérez ; elles ne sont ni si promptes ni si nombreuses.
( sSy )
Le magnétisme a fait sous nos mains des cures vraiment admirables; mais par quel temps, par quelles crises il a fallu les acheter! Et vous, monsieur, à juger des choses par le bruit pU’» blic , et même par quelques-uns de vos récits, vous touchez et vous guérissez, ou du moins, sans rien exagérer, votre pratique et vos succès nous semblent très-supérieurs aux nôtres.
Nous allons vous faire un libre àveU ; animés par votre exemple, et pleins d’émulation, quelques membres de cette société ont cherché à deviner vos procédés ; et ceux qu’ils se sont créés n’ont pas été sans effet; iis ont quelquefois produit ou hâté le somnambulisme. Ces procédés consistent principalement à magnétiser beaucoup les yeux et les parties envi-. Tonnantes, mais toujours d’une manière qui semble propre à y retenir une plus grande quantité de ce fluide si peu connu et si bien prouvé.
Nous n’osons croire que ces procédés soient les vôtres ; leur effet , il s’en faut bien , n’est point aussi prompt ni aussi sûr; et pour vous dire plus, nous avons reçu quelques alarmes sur leurs suites. Daignez nous écouter, nous rassurer et nous éclairer, vous ferez notre loi.
Voici donc le motif de nos craintes : la seule nature nous a donné une somnambule d’une rare sagacité , et sa véracité égale son intelligence; jugez avec quelle avidité nous l’avons écoutée : nous ne rougissons pas de vous dire qu’elle est presque devenue notre oracle; nous l’avons donc beaucoup consultée, et nos premières questions sont tombées sur le somnambulisme même; les réponses de cette somnambule, rédigées avec la plus sévère exactitude, formeront un jour un recueil digne de vous être offert, et nous nous empresserons de vous le présenter comme un juste hommage. Vous J trouverez, dans la bouche d’une jeune demoiselle, une physique et même une morale capables de vous étonner vous-même, monsieur, qui devez être fort accoutumé à ce nouveau prodige; mais ce que vous pourrez y voir, c’est la condamnation formelle de tout som nambulisme procuré par les procédés particuliers dont j’ai parlé. A l’en croire, toute pratique qui tend à retenir le cours du fluide dans le cerveau, et qui ne s’attache pas, au contraire, à le dériver du haut^ en bas, peut devenir funeste : les moindres ïnconvéniens qui peuvent, selon elle , en résulter, seraient des maux de tête; mais la démence même en pourrait être
( aSg )
la suite , ou du moins un trouble Irès fréqueiii dans le cerveau.
Quelque confiance que nous ait inspirée la somnambule dont il est ici question , l’expérience constante d’un homme tel que vous en mérite bien davantage; et nous sommes trèsrésolus d’adopter votre décision pour règle de notre pratique. Mais jusqu’à la réponse dont vous nous honorerez , nous allons suspendre tous nos procédés capables de hâter le somnambulisme. Quand vous nous aurez instruits, nous devons vous croire ; mais jusque-là nous devons douter ; et vous nous approuveriez, monsieur, si, comme nous, vous pouviez être té*^
moin de l’incroyable sagacité de notre somnam» bule sur le physique et le moral de l’homme'. Au milieu d’une foule d’idées vraies, lumineuses et même profondes , nous avons trouvé cette proscription du somnambulisme aitifieiel; que pouvions- nous faire de moins, que douter et attendre? C’est de vous seul, monsieur, nous ne pouvons trop vous le redire , c’est de votre expérience que nous espérons la fin de notre incertitude.
Nous présumons d’avance que nous vous avons mal deviné , et que vos procédés n’ayant rien de commun avec les nôtres, vous faites
le bien sans aucun danger ; tandis que peutêtre nous faisons courir à nos malades un grand risque pour leur faire un peu de bien.
Pardonnez encore^ monsieur, une question à notre curiosité ; elle sera la dernière. Il nous est tombé dans les mains la copie d’une de vos lettres à M. Tabbé de Saint -Ruf; nous l’avons lue et relue , car il ne faut pas vous dissimuler, monsieur, que notre maître commun, M. Mesmer, n’ayant rien écrit, tout ce que son plus grand disciple veut bien écrire devient l’évangile du magnétisme. Vous dites, dans cette lettre, que si un malade venait à avoir des convulsions malgré vous et sans le préliminaire
du somnambulisme y vous seriez tenté de le renvoyer^ etc.
Nous vous confessons ingénument, monsieur, que dans ce peu de paroles vous prononcez notre condamnation formelle ; car depuis l’établissement de notre traitement magnétique à Lyon, nous avons vu beaucoup de convulsions et très-peu de somnambules; nous avions même regardé ces convulsions comme une crise que la nature opérait par le moyen des nerfs; ces nerfs étant évidemment l’instrument le plus actif, le plus étendu de la vie animale, nous pensions que la nature en pou-
vait faire aussi rinstrument le plus fréquent de ses guérisons; et pour tout dire, quand nous étions témoins de ces convulsions, meme violentes, nous comparions alors la nature à un joueur d’instrument qui tend ou détend, qui agite enfin une corde pour la mettre d’accord avec toutes les autres; mais, comme on dit très -bien, comparaison n’est pas raison; et nous vous demandons vos lumières sur ce point capital. Si vous blâmez ces convulsions, vous nous indiquerez assurément, monsieur, les moyens de les éviter, soit par un somnambulisme utile, soit par quelques autres précautions qui sans doute nous échappent. Rien dans cet art nouveau n’est à négliger; et vous ne souffrirez pas que nous négligions rien. Nous ne vous dirons pas, monsieur, que le sort du magnétisme peut beaucoup dépendre de ses succès dans la seconde ville du royaume. Nous vous adresserions nos questions avec la même confiance du fond du dernier village; eh! ne s’agit-il pas ici des hommes?
Mais ce que nous vous dirons en finissant, etc.
Signé SefcVAn.
QUATORZIÈME LETTRE
Ma réponse h la lettre précédente
De Biisancy, ce i3 octobre
Je voudrais bien^ monsieur, pouvoir répoii* dre en détail à chaque article de la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire. La confiance que vous voulez bien me marquer me flatte trop, pour que je ne cherche pas à vous en témoigner ma reconnaissance. Mais comment, dans une simple lettre, traiter de toute la doctrine et de tous les procédés magnée tiques? 11 faudrait que nous fussions d’accord sur les bases, pour que je pusse espérer que les interprétations que vous mettrez à mes éclaircissemens, seraient conformes à mes prin-? cipes.
Jusqu’à cet été, à Strasbourg, je ne m’étais pas permis de communiquer mes idées à pe^ sonne, autrement que dans les Mémoires que vous avez lus; si je goûte, à chaque pas que je fois, de nouvelles jouissances, j’entrevois en même temps de nouvelles difficultés, qui ne me permettent pas de donner mes opinions comme des certitudes, A la suite de faits bien évidens, bien multipliés, il m’a fallu cependant
cëder aux instances qu’on m’a faites de dire comment je les produisais , et je me suis rendu ; mais ce n’a été qu’après beaucoup de formalités, comme, par exemple, de ne rien divulguer de tout ce que je dirais de mes opinions particulières, afin d’éviter les combats d’opinions, qui toujours éloignent de la vérité. En effet, à quoi servent les disputes sûr les causes d’effets qu’on n’a pas vus , ou qu’après avoir vus, on n’a pas cru véritables?... Finalement, il s’est formé à Strasbourg, sous f approbation de M. Mesmer, deux sociétés dont les succès m’ont charmé. Comme tous les membres qui les composent étaient sans notions, et par conséquent sans prévention sur le magnétisme, il m’a été facile de leur faire adopter mes idées. Les faits avaient précédé l’instruction. Personne n’était admis à cette dernière, sans qu’au préalable je fusse certain de sa conviction intime aux effets surprenans et salutaires du magnétisme. Vous jugez quel accord s’en est suivi dans les traitemens; aussi en est-il qui déjà font mieux que moi, j’entends qui guérissent plus vite , car c’est là le seul but auquel on doit tendre. Les expériences ne sont que des accessoires très - peu intéressans, auprès du désir et de la certitude de guérir promptement.
Après ce préambule , monsieur, que je ne VOUS fais que pour me servir d’excuse, vis-à-vis de vous, du peu d’éclaircissement que je pour^ rai vous donner, je vais cependant répondre à quelques articles de votre lettre. Ne croyez pas surtout que ce soit par réticence que je n’entre pas dans de plus grands détails. Votre caractère, qui m’est connu, le ton de votre lettre, qui seul m’aurait appris à vous connaître, ne me laissent pas de doutes sur le désir que vous avez de faire le bien , et sur la puissance que vous en avez. Ma discrétion n’est relative qu’au plan que je me suis fait, et à l’insuffisance que j’attache à une simple lettre.
Vous me dites, monsieur, que les somnambules que vous avez eus ne vous ont pas montré les' mêmes caractères que ceux que j’ai décrits, et que, depuis quinze mois , vous n’en pouvez compter que trois bien parfaits à vos traitemens. A ces deux points, je vous répondrai que ces résultats sont conséquens à la ma^nière dont vous exercez le magnétisme. Lorsque la cause est imparfaite , les effets doivent l’être. Je suis étonné cependant que les malades qui , par le hasard seul , sont devenus somnambules magnétiques, ne vous aient pas satisfait 3 car enfin, cet état doit être un dan§
ses effets, de quelque manière qu’il soit produit. La raison de la différence que vous avez aperçue ne peut venir ^ suivant moi, que du peu d’unité dans les causes agissantes ; si vous êtes plusieurs magnétiseurs opérant sur le même sujet, si votre malade peut avoir des relations avec plusieurs, alors il doit s’ensuivre des différences sensibles avec les somnambules que je fais, qui ne peuvent jamais supporter l’approche de personne. En second lieu , le désir bien naturel que vous avez peut-être de voir répéter sous vos yeux les phénomènes dont vous avez déjà été témoin, et ceux dont vous pouvez avoir entendu parler, fait qu’à vos traitemens on se permet peut-être de faire des expériences inutiles à la guérison des malades: on entretient ainsi les sujets soumis aux expériences, dans un état de désordre qui éloigne leur guérison, et leur fait prendre des habitudes dans leurs crises, qui doivent rendre fautifs tous les résultats qu’on en veut obtenir; car il est bien certain , monsieur, que les premières crises magnétiques sont toujours les meilleures.* Il faudrait, pour les perpétuer dans le même degré de perfection, qu’un malade ignorât, pour ainsi dire, dans son état naturel, qu’il ait été somnambule, et tout ce qu’il a fait et
dit dans sa crise. Plus je réfléchis au peu de perfection où nous en sommes , plus je demeure convaincu que les grands succès en magnétisme ne vs’obtiendront que dans le silence et le mystère le plus grand. Il y a une grande réforme à faire dans les trailemens ; aujourd’hui on parle ouvertement du magnétisme; on en discute librement avec tout le monde, on opère en public. Croyez que la science n’est pas bien avancée. Lorsque l’on en parlera moins, lorsque tous ceux qui le pratiqueront mettront une réserve infinie dans leurs- actes , autant que dans leurs propos, alors on commencera à être instruit; et plus nous nous glorifierons de la cause de notre puissance, plus nous serons prudens et discrets dans l’usage que nous en ferons.
Vous avez une somnambule qui vous a effrayé sur la suite du somnambulisme ; sa sagacité vous étonne. Je vous conseille de l’écouter et de suivre les conseils qu’elle vous donnera. Les suites du somnambulisme , par les procédés imparfaits ( permettez-moi de vous le dire) que vous employez , sont affreuses, effrayantes , et peuvent vous causer les peines les plus cuisantes.
Règle générale, il ne faut jamais chercher à
taire un malade somnambule ; je ne sais ni n’emploie jamais aucun moyen pour cela.
Quand on veut le bien, quand on cherche à guérir, il ne faut avoir que cet objet en vue; le somnambulisme s’ensuit sur de certains individus, quand leur bien-être l’exige, et sur d’autres on opère d’autres effets analogues à leur situation. Tout procédé particulier doit être banni. Permettez que , pour plus grand éclaircissement sur cet objet, je vous renvoie à la note 7 de mes Mémoires. La note 8, après, vous induira en erreur sur le magnétisme des yeux; relisez-îa, et vous verrez que c’est pour compléter l’état de somnambulisme , et pour empêcher le clignotement des yeux, que j’y porte mon action , après m’être aperçu que mon action magnétique a porté le malade au sommeil.
Toutes les suites lâcheuses que vous a fait entrevoir votre demoiselle somnambule sont vraies à la lettre ; j’en ai eu la preuve ; j’ai eu bien des chagrins , bien des inquiétudes , il m’a fallu bien des soins et des peines pour raccommoder mes premières inconséquences; tout n’est pas réparé : ce ne sera que cet automne que je serai tout à fait consolé , à ce que j’espère. Cherchez, croyez-moi, à guérir votre conseil; il vous
a tropliien éclairé pour négliger son bien. Que de regrets vous auriez si elle allait elle-inême vous donner la preuve de ce qu’elle vous a fait entrevoir! Ne bâtez donc plus le somnambulisme-, comme vous vous y êtes déjà fort sagement déterminé , et laissez à la nature le soin de guider ses effets. Votre dernière difficulté, monsieur, concerne l’article de ma lettre à M. l’abbé de Saint -Ruf, sur les convulsions Je vous le répéterais encore, si vous n’aviez pas connaissance de cette lettre , rien n’est plus certain que notre puissance à empêcher les effets violens que le magnétisme produit sur de certains individus; et dans le doute où je suis si les convulsions sont ou ne sont pas salutaires, je n’écoute que l’impression douloureuse qu’elles me font ressentir, et je cherche à les guérir comme un véritable mal plus grand à mes yeux que celui que Je veux chasser. Au reste, voyez ma note 9; elle vous assurera de ma façon' de penser sur les convulsions, que je regarde toujours comme très-salutaires, quand elles sont critiques.
Vous avez sûrement parmi vous des magnétiseurs qui font usage de leur tact pour connaître les maladies, et qui, par suite, prétendent déterminer tel ou tel effet lorsqu’ils magnétisent. Je ne suis pas plus avancé dans cette con-
naissance^ que je l’étais Fan passé. Je ne puis blâmer des procédés que je connais pas , mais à coup sûr ^ je diffère d’opinion avec eux , quelle que soit la re'alité de leurs sensations. C’est à l’expérience qu’il en faut appeler, pour juger des meilleurs procédés, et le temps seul peut nous éclairer; il est malheureux seulement qu’il faille expérimenter sur des hommes, car n’y ayant qu’une manière de faire le mieux possible , il y aura certainement des victimes de notre ignorance. ^
Je vais finir ici, monsieur, ma trop longue réponse pour le peu de choses utiles qu’elle contient. Je serais bien charmé de pouvoir un jour, vis-à-vis de vous, justifier l’opinion avantageuse que vous avez bien voulu prendre de moi; ce serait un moyen de vous convaincre également de l’estime que je vous porte, et des sentimens distingués avec lesquels j'ai Thonneur d’étrC; etc.
Signé PuysÉGUR,
QUINZIÈME LETTRE
De M* Beatrix, capitaine au régiment deMet%^
artillerie,
Strasbourg ^14 octobre 1785.
Monsieur ,
Les effets que j’ai produits en magnétisant^ à une certaine distance , sans voir la personnne^ me paraissent assez inléressans pour vous en faire part.
La personne dont il est ici question ne sait que l’allemand et l’italien; ne sachant point l allemand, je lui ai toujours parlé en italien. D’après les informations que j’ai prises auprès de son mari , elle n’avait d’autre idée du magnétisme animal, que celle qu’elle en avait pu prendre en voyant magnétiser une dame Leroux, sa voisine. Cette dame, que je magnétisai pour un mal de tête, venait de sevrer son enfant depuis quinze jours , et s’était , sans ordonnance de médecin, purgée plusieurs fois. A cinq heures et demie je magnétise cette dame; au bout de quelques minutes elle ferme les yeux, sa tête se penche sur mon bras, je la relève , et lui fais quelques questions auxquelles elle ne répond point ; je continue à la
magnéliser, et lui demande, au bout de quelque temps, s’il faut la réveiller. — Dans troisquarts d’heure. — Quelle est voire maladie? — Mon lait qui m^étouffe; je me suis purgée trop tôt.— Si je ne vous eusse pas magnétisée, qu’en fut-il arrivé? — J’aurais eu une grande maladie. Du vin et de l’eau. — Je lui en fis boire nn petit verre. Quand faudra-t il vous magnétiser? — • Demain , à trois heures après minuit. — Son mari, Ilalien, qui était présent, ainsi que deux dames et un autre homme , parut fâché de l’heure qu’elle avait choisie. Je lui demandai si son mari, qui savait magnétiser, et qui n’était pas dans la maison au moment où elle s’était mise entre mes mains, ne pourrait pas la magnéliser. — Oui , lui , pour les trois heures après minuit; mais il faut que vous me magnélisiez dedans votre chambre à la même heure, et, de plus, me magnétiser chez moi à quatre heures après midi. — J’ai remarqué, à la clarté de la lumière qui était dans la chambre voisine, et dont la porte était ouverte, que sa bouche faisait des mouvemens comme une personne qui sourit; elle n’avait point voulu que la lumière parût dans l’appartement où nous étions. — Du sel. — Elle en avala une pincée ; son mari me pria de le mettre en rapport avec elle ;
il lui demanda s’il lui faisait du bien. — Oui ^ mais M. de Beatrix fait mieux. — Son mari me pria de mettre madame Leroux, sa voisine, en rapport avec sa femme; c’est une dame que je magnétise pour un rhumatisme qu’elle a au bras, à la cuisse, au genou et à la jambe droite. Je le fis. — Il faut magnétiser madame Leroux sur le genou à nu ; il faut qu’elle soit trois jours sans manger, que son mari ne se couche point auprès d’elle; mais qu’il lui tienne la tête pendant qu’on la magnétisera. — Tombera-t-elle en somnambulisme? — Non, elle a fait trop de différens remèdes. — Ce qui est vrai. — M. dé Béatrix doit me magnétiser en l’honneur de Dieu , aller à neuf heures à la messe , l’entendre à genou. — Comme elle est dévote, que, d’ailleurs, dans l’après-dînée je ne l’avais pas trop édifiée, cela ne m’a point surpris. — Du vinaigre.— Je lui en présentai. — Sur le mouchoir et sous le nez. — Ses mains, qui au commencement de la crise étaient moites et chaudes, sont devenues froides, mais toujours moites; je lui ai demandé quand elle serait guérie? — Dans la semaine ; du lait. — Je lui en ai présenté*~Sur les jeux qui brûlent, de l’air.-— J’ai fait ouvrir une fenêtre. — Le bruit me fait mal. — J’ai prié qu’on ne fît pas tant de bruit
dans la chambre voisine; elle avait dîné dans celte maison, où l’on m’a dit depuis qu’elle avait bu de la liqueur nommée vespetro, — Du vespetro et de l’eau, — Je lui en ai fait avaler un demi-verre ; j’ai demandé de la lumière. — La lumière me fait mal. — Je l’ai réveillée à l’heure qu’elle m’avait indiquée. — Où suis -je? Ah! M. de Béatrix, que je suis reconnaissante du bien que vous m’avez fait! que je vous embrasse. — Tout le monde entrait, et j’ai été embrassé de bon cœur. Elle a eu une transpiration abondante, au point que les dames l’ont fait changer de chemise; elle s’est trouvée très-bien; on m’a fait mettre à table auprès de ma malade, qui a mangé pour elle et pour son médecin i Que je suis contente de vous avoir vu aujourd’hui! me disait-elle, et je ne sais pourquoi. Je vous ferai observer, monsieur, que je n’ai pas eu la précaution de lui demander si elle consentait qu’on mît quelqu’un en rapport avec elle; c’est, je crois, la cause de ses déraisonnemens étrangers à sa guérison et à sa maladie, qui suivirent la manière assez particulière dont elle indiquait qu’il fallait magnétiser madame Leroux. Malgré que j’eusse prié de ne point lui parler, de ce qu’elle avait dit, on s’est permis quelques plaisanteries à table. Comme
elle a entendu prononcer son nom, que d’ailleurs elle était inquiète de ce qu’on parlait en français, elle m’a dit tout bas : On se moque de moi; je ne veux plus jamais me faire magné^ tiser, A trois heures après minuit, son mari l’a. réveillée pour la magnétiser; elle l’a envoyé promener, et s’est rendormie. A la meme heure, je l’ai magnétisée dans ma chambre pendant une demi-heure; et pour fixer plus mon attention, je lui parlais en italien, comme si j’eusse été en sa présence. Le lendemain au matin elle a dit à son mari qu’on ne la magnétiserait plus, parce qu’on s’était moqué d’elle à souper, et quelle s’enfermerait toute la matinée. A trois heures et demie je me suis rendu chez elle. Vous ne me magnétiserez plus; d’ailleurs je ne suis point malade. MM. Delamarre, Saint-Laurent (i) et son mari sont arrivés à quatre heures* j’étais d’une humeur terrible de me voir ainsi contrarié ; je Tai toujours magnétisée. Son mari , voyant ma constance, l’a tant priée de passer dans sa chambre , qu’elle s’y est déterminée ; mon espérance a repris vigueur; elle s’est assise , de préférence, pour n’étre pas vis-à-vis d’une porte ouverte , sur une chaise , le dos tourné
(i) Deux officiers d’artillerie.
à une fenêtre dont les rideaux étaient fermés^
Du moment que je lui ai eu frotté les yeux et la tête, elle s’est penchee, et s’est appuyée sur une commode très - proche d’elle | à deux genoux j’ai recuedli ce qu’elle m’a dit, ne voulant pas la déranger. — Quand faut-il vous réveiller?
— Dans six minutes. — Quand faudra-t-il vous
magnétiser? — Encore une lois seulement, sans quoi cela me ferait mal. — A quelle heure? — A minuit, dans votre y pensando a tiie.
Moi, dans ma chambre^ pensant à vous qui serez dans votre X\0. — JJella mente^ — Si signorci
— Combien de temps faudra t-il vous magnétiser? — Trois quarts d’heure, puis me réveiller^ • — Serez " vous guérie? — Oui ^ mon lait sera passéi — Je m’occupais d’elle sans lui faire de questions , lorsqu’elle a dit : Madame Leroux doit se faire magnétiser par vous sur le bras. — Èt sur le genou? — Oui. — De quelle manière?
— A la manière ordinaire. — Quand sera-t-elle guérie?— 'Si elle ne l’est pas dans deux mois, il ne faut pjlus la magnétiser, ce serait inutile.
— Cela ne vous fait-il pas mal de vous occuper d’elle? — Oui, un peu. — Occupez-vous donc de vous. Cette nuit, votre mari vous a-t-il fait du bien en vous magnétisant? — Il ne m’a point fait de bien. — Et moi? — Oui, beaucoup de
bien. — Pourquoi n’avez -vous pas voulu vous laisser magnétiser lorsque' je suis arrivé chez vous? — Parce C{ue je n’étais pas malade; de l’eau. — Je lui en ai présenté après l’avoir magnétisée. — En arrière. — Comme elle avait la tête appuyée sur son bras et sur une commode, j’ai trempé mes doigts, et en ai frotté son cou et les vertèbres du cou. — Pas assez. ~ J’ai recommencé. Son mari paraissait inquiet , vu que, dans sa situation , l’eau est absolument contraire ; mais MM. Delamarre et Saint Laurent l’ont rassuré. De quelle manière voulezvous être magnétisée? J’avais mes raisons pour lui faire cette question ; mais elle m’a répondu comme je m’j attendais. — Sans lumière et sans personne. — Je l’ai réveillée à l’heure qu’elle m’avait indiquée; elle m’a vu à ses genoux. — Pourquoi êtes-vous là? pourquoi suis-je dans ma chambre? — Je lui ai dit que vainement j’avais essayé de l’endormir , mais que je n’y avais pas réussi. Je m’en suis allé pour magnétiser ma première malade , madame Leroux. Depuis, elle m’a dit avoir été en moiteur, qu’elle n’avait pas changé de chemise, parce que ces messieurs étaient restés quelque temps chez elle. A minuit précis, je me suis recueilli vis-à-vis de ma montre ; j’ai commencé d’in-
tention à magnétiser ma somnambule jusqu’à minuit et trois quarts ; j’avais prié son mari de faire attention à ce qui se passerait pendant ces trois quarts d’iieure ; je vous l’envoie en original : que n’ais-je pu de mon côté tenir un état des questions que j’ai faites, et du moment où je les faisais I Je me ressouviens d’avoir désiré que son lait s’en allât par les règles. Fatigué de sommeil, j’ai eu quelques absences. Je lui ai demandé quand elle serait guérie; enfin, je l’ai toujours entretenue, en langage italien, de son état, du rétablissement de sa santé; mais quelle peine! quelle contention d’esprit! mes jambes étaient rompues, tous les nerfs de mon estomac fatigués, des douleurs dans la charpente pectorale. Je n’ai pu jouir d’un sommeil tranquille, étant dans l’habitude de me coucher à dix heures. Je vous prierais, moiîsieur, de me remettre à votre retour ce procès-verbal. Ma malade se porte bien ; elle m’a dit que son lait était passé; elle ignore d’avoir été magnétisée délia mente ^
Signé BeatriXo
P roces-vevhal quon ni a envoyé ce matin,
Strasbourg, ce 11 octobre 1785.
Minuit sonne, ma femme paraît dormir tranquillement; son visage est tourné du coté opposé à la lumière, je ne puis l’examiner qu’imparlaitement.
A trois minutes, elle fait un mouvement, ÿeste dans la meme position, le visage toujours tourné,
A cinq minutes, autant que je peux voir, elle éprouve des émotions extraordinaires; ses yeux, sa bouche me semblent cependant dans Fétat naturel d’une personne qui dort paisiblement ; mais sa respiration est plus accélérée qu’à l’ordinaire, Elle fait , par intervalle, des mouvemens avec son corps, comme quelqu’un qui s’assoupit après un transport de fièvre, Je crois qu’elle souffre.
A onze minutes, elle a sorti son bras de dessous la couverture, s’est tournée sur le dos. Elle J reste. Je ne remarque rien sur sa figure qui ne me paraisse très-naturel. Elle est trèstranquille, et semble jouir du calme du sommeil.
A seize'ininutes, elle s’est écriée tout à coup ;
No, non e hene; j’ai eu peur. Ses yeux sont fermés, ses lèvres immobiles.
A. vingt-une minutes, elle sourit, remue faiblement les lèvres.
A vingt-trois minutes, elle a plié son bras sous la tête; c’est une position dans laquelle ma femme dort ordinairement.
A vingt-cinq minutes, j’ai approché la chandelle de plus près pour pouvoir mieux l’examiner. Je la trouve tranquille , et ne remarque rien.
A trente-une minutes, son air est changé; elle fait la mine qu’elle prend ordinairement lorsqu’elle se fâche.
A trente-trois minutes, toujours la meme mine; elle remue les lèvres avec beaucoup de vitesse; elle articule des mots que je ne comprends pas, mir la quando , très- distincte-ment. Elle sourit. Il me semble qu’elle a prononcé madame Leroux, mais je ne puis l’assurer ; elle parle comme entre les dents, et très-bas.
A trente-neuf minutes, elle a prononcé avec vivacité : Si signore dornani matina. Elle fait des mouvemens avec le corps. Son bras n’est plus à la même place.
A quarante-trois minutes, elle s’est tout à fait
( 2So )
tournée de mon côté. J’ai retiré la chandelle# Elle se remue toujours.
I-jCS trois quarts sonnaient lorsque ma femme s’est réveillée; j’étais auprès d’elle, en feignant de me mettre au lit; elle m’aperçut tout de suite, me demanda, d’un ton très-doux, pourquoi je m’étais levé; je prétextai un besoin, et me couchai auprès d’elle pour voir si elle avait transpiré, et lui donner une autre chemise. Je ne le jugeai pas nécessaire; il n’y avait que ses mains qui fussent dans une faible moiteur, état assez naturel à ma femme, lorsqu’elle est au lit. Elle me fit des questions sur notre petite, si je l’avais entendu pleurer. Je lui dis que non. Elle se tut, se rendormit presqu’aussitôt, et moi peu de temps après,
A sept heures et demie du matin, elle se réveilla; je lui demandai si elle avait bien dormi. Très-bien, me répondit elle , et se leva trèsjoyeuse.
Voilà, monsieur, les détails les plus exacts de tout ce qui s’est passé cette nuit pendant les trois quarts d’heure que mon épouse vous prescrivit pour la magnétiser chez vous. J’ai l’honîicur de vous les communiquer, bien persuadé qu’ils pourront servir à jeter quelque jour sur les effets surprenans du magnétisme mental. Je
suis moralement sur que madame d’Isnardy a été en crise pendant les trois quarts d’heure, et je regrette de n’avoir pas osé lui faire des questions. Je suis fâché du sommeil que cela vous aura fait perdre, mais je suis également sûr que vous vous en croyez bien dédommagé par le plaisir de vous rendre utile à l’humanité. Ajoutez à ce noble sentiment celui de la reconnaissance la plus vive dont sera toujours pénétré celui qui a l’honneur d’étre, etc.
d’Isnardy.
OBSERVATION
La possibilité d’agir sur un être magnétique à des distances éloignées, constatée par le procès-verbal qu’on vient de lire, ne doit jamais engager un magnétiseur à en tenter l’expérience par curiosité (i). A l’exemple de M. Beatrix, il faut tout attendre, tout espérer, et n’exiger d’un somnambule que ce que l’on imagine ou espère lui être utile et avantageux. Celui qui, en ma-
(i) J’en ai détaillé toutes les conséquences et tous les dangers à la suite du traitement de Charlotte Vidron.
( Vojez mes Mémoires pour servir à Vhistoire et à l’établissement du magnétisme animal , 5® édit. , 2^ partie, pag. 325. Paris, J. G. Dentu, in-8^, 1820.)
gnétisaiit, n’aura que le désir d’opérer des choses extraordinaires, ne produira pas souvent même les effets les plus simples.
SEIZIEME LETTRE
De M, Grandchanip f médecin.
De Lyon , le 24 octobre 1785.
Monsieur,
Il y a deux mois environ qu’ayant pris lecture d’une lettre de vous à M. l’abbé de Saint- Ruf, je fus singulièrement frappé et de la vérité de vos principes sur le somnambulisme magnétique , et de leur unité. Vos idées sur les convulsions m’ayant d’abord paru un peu rigoureuses, et faisant la critique de ce qui se passait dans notre traitement de Lyon, j’avais formé le projet de vous écrire pour vous demander des éclaircissemens relatifs. Je fis , en conséquence, une lettre qui, sans m’en douter, devenait une dissertation fort longue. J’en fis part à mon associé et confrère Bonnefoy; je la lus à l’assemblée de la société formée à Lyon par nos soins; elle fut trouvée bonne, mais longue et dissertante , ce qui ne convenait
point dans les circonstances. Je priai en con« séquence M. Servant, Tiin de nos élèves, et la société se joignit ‘à moi pour le prier de vous écrire le plus brièvement possible. Vous avez reçu sa lettre, monsieur, vous avez eu la complaisance d’y répondre. Que de grâces, en mon particulier, n’ai- je point à vous rendre! C’est pour vous en témoigner ma juste reconnaissance, dont personne ne peut se charger pour moi, que j’ai pris la liberté de vous écrire. J’étais très-jaloux de vous faire part de mes doutes, et vous venez de les éclaircir. J’ai une somnambule dont M. Servan vous â parlé; elle avait, dans plus de quinze observations écrites et rédigée^, manifesté de grands principes, de grandes vérités j mais retenu par la description de ce que vous produisiez , et trouvant vos somnambules différer en beaucoup de points de celle-ci, je n’osais lui accorder toute ma confiance; cependant il se trouve que vous êtes d’accord parfaitement. Vous sentez, monsieur, que je ne puis être indifférent à la satisfaction que cela me donne, et à la joie inexprimable que vous avez occasionnée dans l’âme de cette somnambule, à qui j’ai lu, dans cet état, votre lettre. Il va en résulter un grand bien , unité , accord , etc, , et ce sera l’ouvrage et d’elle et
de vous. Oserai-je, monsieur, vous demander un conseil? le voici : Cette somnambule mamagnétique est naturellement devenue telle, m’ayant d’abord paru précieuse, et j’ose dire inspirée , je sentis toute Fimportance et l’avantage de l’écouter. J’ai, en conséquence, re-» cueilli beaucoup de choses étonnantes, consolantes, et ayant tous les caractères éiune vérité auguste , sur le somnambulisme , les convulsions magnétiques , le fluide universel, les procédés la volonté^ le pouvoir, le magnétisme j les passions^ une puissance supérieure , Dieu, la vie, la tûort , les hommes, sjmf)athie , pressentiment, sensations , vue , ouïe, odorat, toucher, goût , maladies, médecine , remède, vie future, etc,; le tout connu d’un petit nombre, et décrit avec la vérité et l’exactitude la plus scrupuleuse. Je vous demande, avec la plus aveugle confiance en votre décision, je vous demande si, à votre exemple, je puis livrer au public, ou bien à une portion du public, toutes les vérités que j’ai en dépôt, et dont la source est encore féconde pour quelques mois , ainsi qu’elle-méme me Fa annoncé l Si je Fen crois, je dois le faire. Mais je me suis accoutumé, et pense toujours qu’il faut mettre de côté le petit intérêt de la gloire et de Fa-
mour- propre; cette raison me tient en suspens ^ et me fait désirer votre avis à cet égard. Je ne cherche points monsieur^ à vous faire de complimens^ etc
Signé Grand CHAMP,
OBSERVATION
La lecture de la lettre de M. Grandchamp me fit l’impression que m’avait causée, quelques mois auparavant, celle de J. G. Lavater. Prenez garde, lui écrivais je, ainsi cjue je l’avais fait à ce dernier, que les grands principes et les grandes vérités manifestés par la somnambule que vous qualifiez di inspirée, ne soient que le reflet de vos opinions. D’après mes observations, M. Grandchamp voulut bien déférer, par prudence, à la prière que je lui fis de ne rien publier des choses dont il me faisait part; mais on ne cessa pas pour cela d’occuper et d’exalter l’esprit des malades en pareille circonstance, et l’on verra, dans la suite de cette correspondance;, un bien funeste effet de cette inexpérience.
DIX-SEPTIÈME LETTRE
Z)(5 MM» de V^illiers , chef de brigade, et Berlin, capitaine du régiment de Metz ^ artillerie»
Du château de Juzancourt, par Reims ^
Je 2 noYêinbre 1785.
Monsieur,
Depuis notre retour ici, nous nous sommes occupés, M. de Villiers et moi, à mettre en usage les leçons que vous avez eu la bonté de nous donner sur le magnétisme, et c’est pour acquitter le tribut de reconnaissance, etc.,...., que nous nous empressons de vous informer que nous avons opéré ici plusieurs cures dont il serait trop long de vous faire le détail. Je me bornerai à vous dire que M. de Villiers a mis deux fois Goussier en état de somnambule , et il est maintenant guéri; il a eu aussi la satisfaction de guérir complètement une fille, servante chez lui, qui, depuis deux ans, avait fait des remèdes inutiles pour un dépôt qui s’était formé à la suite d’un effort quelle s’était donné : elle avait sur l’estomac une grosseur considérable , qui s’est parfaitement dissipée; et tout ce qu’elle a aïinoncéj dans son état de somnambulisme.
s’est parfaitement confirmé. La dernière fois qu’elle s’est trouvée dans cet état, et pendant le temps d’une crise très-considérable qu’elle éprouvait, elle m’a appelé; et après avoir été mis en rapport avec elle, elle m’a dit de ne pas m’impatienter, que je guérirais une femme d’uri village voisin, que je magnétise tous les jours, et qui est dans Fétat le plus pitoyable (c’est une malheureuse mère de huit enfans). Elle m’a recommandé d’éviter toute distraction en la magnétisant. Cette prédiction a ranimé ma confiance, et déjà je m’étais aperçu du changement le plus avantageux dans son état, lorsque j’ai appris qu’elle s’était fait saigner à mon insu. Dès ce moment , tous les symptômes fâcheux ont reparu, et elle est maintenant beaucoup plus mal ; je vais cependant lui continuer mes soins; j’espère parvenir à la rendre somnambule, parce que je lui vois la plus grande disposition au sommeil , lorsque je la magnétise. J’aurai l’honneur de vous informer du résultat. Cette femme était mourante lorsqu’elle s’est mise entre mes mains.
Nos succès nous attirent chaque jour une foule de malades, et il nous sera impossible d’y suffire, surtout lorsque j^aurai quitté ce
pays-ci, si vous n’avez la bonté de venir à notre
secours. M. de Villiers vous prie donc instamment, et je me joins à lui, de vouloir bien lui donner des aides. Je prends la liberté de vous adresser ci-joint l’état des personnes notables de son voisinage, qu’il désirerait associer à ses travaux; ce sera un grand bien pour l’humanité, et je sais que ce sera un motif bien puissant pour vous déterminer à nous accorder notre demande; le magnétisme ne nous empêche point de faire la guerre aux perdreaux, etc
Sig né Bertin et Villters.
DIX-HUITIÈME LETTRE
'* De M, de Sancj, capitaine au régiment de
Metz, artillerie.
De Strasbourg, le 4 novembre lyBS.
Monsieur ,
A. la réception de votre première lettre , j’ai, etc
On travaille conformément à vos principes, et tous les résultats sont aussi conformes à ceux que vous avez obtenus. L’homme que vous avez remis entre les mains de M. de Saint-Laurent
est en très-bon état ; il n’est cependant pas encore complètement guéri ; il lui reste line douleur, mais le bras est libre. MM. de Sainte Laurent et Lamarre ont établi chez eux un petit baquet pour leur soulagement, mais ils n y admettent que leurs malades en nombre fort borné, et agissent en tout très-prudemment. M. (LArgers a eu trois somnambules; il y en a deux de guéries de maux d’estomac; la troisième l’occupera peut-être long^temps. Ce sont des maux de nerfs ; elle reste cinq heures en crise, encore soupçonne tdl qu’elle abrège, par égard pour lui. Comme il lient ses procès-verbaux avec beaucoup d’exactitude, il se propose de vous les mettre sous les yeux. Ils contiennent des détails trèS'Curieux. M. le chevalier de Mauculte a une somnambule qui ne doit être guerie qu’au mois de mai d’une hydropisîe de poitrine. Elle tombe tous les quatre jours. Elle est très*
clairvoyante, guide dans tout son magnétiseur,
obtient, chaque séance, par la marche qu’elle lui fait suivre, des évacuations très-abondantes par les urines. Elle est fort bon médecin , mais au moins aussi tranchante que MM. Bouvart et Petit. M. de Charbonneau a aussi une femme attaquée de maux de nerfs, très-intéressante.- On suit vos conseils; on ne fait point Iravailier
toutes ces létes-là sur des chimères, on s’en tient à ce qui peut intéresser leur santé et celle des autres malades.
Je suis chargé de vous présenter deux requêtes d’admission. La première est si étendue et fondée sur des motifs si intéressans, que je ne crois pouvoir faire mieux que de vous envoyer la lettre même que mon ami Bevthier m’a écrite à ce sujet. Il ne pourrait que perdre, si j’essayais de le traiter après lui. J’entre d’autant mieux dans ses intentions, qu’il ne lui a manqué que votre adresse pour recourir directement à vous. La sienne est : Au CJiâtel-Len- SOI, par Coulantes- sur- Yonne , en Nivernais* Il vous aura une grande obligation, si vous voulez lui donner directement la réponse à sa demande.
La seconde concerne M. àiOgeran ; vous connaissez sans doute son caractère doux et rassis; il s’est toujours conduit avec beaucoup de discrétion depuis qu’il est au régiment; mais ce qui milite puissamment encore en sa faveur, c’est que, poussé par le désir qu’il avait toujours eu de magnétiser, et aidé par les conversations qu’il avait eues avec f^illiers auparavant que Villiers fût instruit, il a mis en somnambulisme une femme grosse, prête
d’accoucber; et fort inquiet sur sa sauté et i’ëvè^ nement de ses couches, il s’est trouvé fort em-^ barrasse de son chef-d’œuvre, malgré qu’il eût travaillé d’après les vrais principes. Il a demandé du secours à M, de Chavhonneau , et s’est après adressé à moi. Je n’ai pas cru pouvoir me dispenser de l’affermir, c’était lui dire tout. Si vous le trouvez bon, je le proposerai, et nous l’admettrons tacitement, pour éviter d’autres demandes dont nous ne nous sommes débarrassés que par notre engagement de n’admettre personnne avant votre retour-^
Je voudrais bien vous dire encore que le margrave d’Anspach' s’est trouVé hier à une des séances de d’Argers. Il m’a paru qu’il se mêlait de médecine et d’histoire naturelle. ïl a voulu consulter, et il a été émerveillé quand la somnambule lui a dit qu’il lui était resté des obstructions d’une fièvre opiniâtre qu’il avait eue. Sa figure n’annonce point cela , et la malade, femme d'un imprimeur, ne savait pas même qui il était. Il a suivi la séance avec un intérêt remarquable, et a demandé une copie de sa consultation. Je voudrais vous dire encore que les médecins paraissent prendre qnelqu’intérêt, mais je ne puis plus que vous assurer, etc.#. Signé Sancy»
DIX- NEUVIEME LETTRE
De M, Berthier^, capitaine au régiment de Metz, artillerie y à ü/. de Sancj, incluse dans la précédente.
Il faut, mon cher Sancy, que lu viennes à mon secours, et bien vite, comme tu vas le voir. Je n’ai entrepris de magnétiser qu après le tracas des vendanges passé. Le premier qui s’est mis entre mes mains est un homme en quelque sorte à moi, parce qu’il m’a beaucoup d^obligations. Depuis cinq ans il est affligé d^une maladie qui lui fait éprouver des douleurs aigues dans le sein de temps à autre, surtout après avoir travaillé forcément. 11 avait un mal de tête continuel et une douleur au cou trèsforte ; de plus, aussitôt qu’il avait bu un peu de vin, il ressentait des aigreurs insupportables. Eh bien! dès les premiers jours que je l’ai entrepris, le mal de tête, celui du cou et les aigreurs sont passés, mais, malgré ma puissance^ les douleurs du sein reviennent. Je crois que cela vient de ce qu’il est forcé de travailler. Je le magnétise deux fois par jour : j’espère encore le guérir.
Ma seconde entreprise est celle d’une fille
qui avait eu une fièvre tierce^ vers la Saint- Jean , laquelle avait dégénéré en fièvre lente continue, avec des redoublemens tous les jours. Dès la première fois je lui ai donné une forte sueur : elle était sur le point de se trouver mal. Je continuai mon opération malgré cela. Lorsqu’elle fut arrivée chez elle, elle fut très-élonnée de se trouver sans fièvre; son appétit est revenu tout de suite avec ses forces. Elle a eu quelques jours après un accès de fièvre, pour avoir voulu se montrer à l’église le jour de la fête patronale. Il ne m’a fallu qu’une séance pour lui faire passer cet accès. Cette cure a fait du bruit, comme tu penses. Mes occupations ne me permettant de ne prendre que deux personnes par jour, les besoins du peuple surpassent mes facultés. Continuant toujours le premier, et suivant la loi que je me suis prescrite par nécessité, la deuxième finie, j’en ai entrepris une troisième et refusé les autres. Ce dernier m’a bien attrapé. Imagine-toi que, dès la première fois que je le magnétise , je lui donne une sueur comme à la fille. En conséquence, je crois qu’il n’aura plus la fièvre; mais quel est mon étonnement, lorsqu’il me dit que la fièvre ne l’a tenu que plus fort, plus longtemps et de meilleure heure! Je fus un peu
sot; mais après lui avoir donné séance deux lois dans la journée, il me dit le lendemain qu’il n’a eu que quelques frissons. Je le magnétise encore deux fois; plus de fièvre depuis. Alors ma réjjutation s’augmente encore, et la confiance commence surtout dans le peuple. Demandes multipliées. Je prends un jeune homme de dix-huit ans, qui tombe dans l’instant somnambule, et qui babille dès le moment qu’il est pris, il me dit, en somnambulisme, que si je l’avais différé encore quelque temps, dans quinze jours il était mort. Juge du bruit que cet évènement a fait dans mon petit pays. Le lendemain, il me vint plus de cinquante personnes voir ce phénomène. Personne ne doute alors de mon pouvoir; la confiance est au comble, et tous les malades, meme su-. rannés , demandent mes soins, bourgeois et peuple. Je suis ici comme Jésus-Christ. On ne me croit pas sorcier, parce que mon jeune somnambule fait ses prières dans son état passif. Je l’ai fait manger somnambule; il n’en a point été incommodé. J’entreprends encore une femme très-liée avec la mienne, qui me donne encore les plus grandes espérances. Son somnambulisme n’est pas parfait , mais elle est obligée de fermer les yçux à l’imposition de
mes puissantes mains. Mon jeune homme m’a prédit que cette dame guérirait tout doucement de son incommodité, qui provient de la petite vérole. Elle a un œil qui pleure toujours. Aujourd’hui elle a moins pleuré qu a l’ordi-^ naire. J’ai oublié de te dire que mon jeune homme se porte tous les jours de mieux en mieux, et qu’il m’a promis de guérir bientôt. Plus j’opère, plus ma confiance se raffermit, mais plus aussi on veut me donner pratique. Pense, mon cher ami, combien il m’est dur d’étre obligé de refuser mon secours à des malheureux. Je suis comblé de bénédictions. Tous ceux que je renvoie sont persuadés que ce n’est pas ma faute. Si je les renvoie, ils s’en vont pour ainsi dire résignés : mais qu’il m’est dur de les renvoyer sans espérance! Toi, la bonté même, juge de ma situation, et expose-la a nos camarades de la société. Je me dois particulièrement à mon fils; et quand je n’aurais pas cette occupation , qui m’est si chère , moi seul je ne pourrais suffire aux besoins du pays. En conséquence, je demande qu’on me permette de prendre de l’aide, et de donner le secret au;x personnes que je vais te désigner, et sur la discrétion desquelles tu peux compter comme sur toi-même.
Je demande cette permission, premièrement^ pour mon épouse, qui est une femme forte, et ajanl les qualités requises pour magnétiser. Elle a, comme toi et toute la société, la passion d’étre utile? Je vous la recommande.
Deuxièmement, je demande pour mon frère de Grandry, je le recommande même, à fégal de mon épouse, parce qu’il demeure aussi au Chatel-Lensoi , dans le quartier le plus opposé au mien. Ainsi, moi et lui, ou mon épouse, quand je ne le pourrai pas, se partageront le pays, et peu à peu nous serons dans le cas d’être utiles à tout notre monde , auquel ni moi ni mon épouse ne pourrions satisfaire. Il a le temps plus libre que moi, la même santé et la bonne volonté.
Troisièmement, je demande encore pour son épouse, s’il est possible, quoiqu’elle ne jouisse pas de la même santé ni de la même force que son mari et mon épouse; elle a la même volonté et la même discrétion. Fiez-vous au rapport que je vous fais, il est s, ans prévention. Voilà les demandes que je fais pour ce pays-ci. Les mêmes motifs que ci-dessus m’engageaient à demander encore la même grâce ( eb ! quelle plus grande grâce que celle de pouvoir faire le bien I); je demande, dis-je, la même grâce pour
ma sœur et son mari, M. de Cœur-de-Roi, qui demeurent dans une campagoe qui a bien besoin de leur secours. Je l’ai parlé d’eux , mon cher ami : ils ont l’âme si bienfaisante ! Ils ont d’ailleurs tant de moyens pour bien magnétiser ! Ils m’ont témoigné tant de confiance, ainsi que les autres! Je suis aussi sûr de leur discrétion, que je suis persuadé qu’il n’y a aucun risque de leur apprendre ce secret que j’ai tant de plaisir à exercer. Le plaisir sera doublé au moins, lorsque je verrai des coopérateurs qui pourront suppléer à ce je ne pourrai pas faire ici, ou qui pourront faire le même bien chez eux. Si on m’accorde mes demandes, je serai au comble de mes vœux : recommande des. Plusieurs personnes m’ont encore demandé le même secret, pour ici, entr’autres, le curé. Mais nous serons assez pour ce pays-ci, et je ne crois pas nécessaire que tout le monde le pratique, ni même utile. Je te prie même de motiver l’exclusion pour les autres. Si je savais J’adresse de M. de Puységur, je lui aurais écrit pour ces permissions. Je lui aurais témoigné toute ma reconnaissance de m’avoir admis , et j’aurais été bien aise de lui attribuer les succès qu’il m’avait promis que j’aurais, et dont j’étais pour ainsi dire sûr, d’après sa prédiction
à mon égard. Je te prie de lui en faire part aussitôt ma lettre reçue. Mais hâtez-vous, mes
chers amis, de m’accorder ce que. je vous demande; et si, comme je ne le crois pas, vous êtes obligés de le demander à notre instituteur, je te charge, mon cher Sancy, de m’en faire part sur le champ, et de faire presser ma demande. 11 n’est pas concevable combien je souffre de ne pas pouvoir faire tout le bien que je vois à faire. Mettez-vous tous à ma place : vous penseriez de même, et vous désirerii z être tirés promptement d’une situation aussi pénible pour un cœur sensible.
Oblige le cher d’Arg^rs à insérer l’histoire de ses cures dans ta lettre, s’il n’aime mieux m’en adresser une lui-même, et dont je lui serais bien obligé. Fais-lui mes complimens , ainsi qu’à Beatrix, et sois assuré de ma tendre amitié pour toi.
Signé Berthier.
VINGTIÈME LETTRE
De M. le baron de Dampierre.
- A Broyés y près de Sezannes, le 7 décembre lySS.
il y a long-temps, mon cher Puységur , que
je veux vous écrire; mais des occupations que in’a données une terre de laquelle je suis en possession depuis peu de temps, m’en ont retardé le plaisir* Vous devez présumer que je vais vous parler magnétisme; ce sera pour vous renouveler mes remercîmens du bien que vous avez mis entre mes mains. Vous m’avez fait jouir de deux avantages auxquels j’attache également un grand prix, celui de pouvoir secourir l’humaîiité souffrante, et celui d’avoir, etc...
Depuis que je vous ai quitté, j’ai été trop peu stable pour m’occuper sérieusement de faire usage du don si précieux que la nature nous a donné; j’ai cependant eu la satisfaction de faire quelquefois du bien ; je serais trop heureux si j'avais un succès répété, des occasions d’en avoir de nouveaux et d’aussi satisfaisans que celui que m’a donné ce cavalier du régiment qui, me mande-t-on , va toujours à merveille. J’ai passé quelque temps à Saint- Dizier, chez quelqu’un qui est infiniment de mes amis, et qui est connu de vous; c’est le chevalier de Frêne, capitaine dans le régiment de Toul; c’est encore un homme excellent, et fait pour pratiquer le magnétisme. Lui ayant fait voir un somnambule de baguette et d’autres effets pas aussi intéressons, mais bons, que j’ai
( 5oo )
fait éprouver à des malades, sous ses yeux, et d’après le grand désir que je lui ai vu de pouvoir faire du bien comme moi, je l’ai instruit, persuadé que vous ne m’improuveriez. pas. Il a une somnambule, mais qui n’est ni médecin pour elle , ni par conséquent pour les autres; cela est malheureux , en ce qu’il agira avec plus d’incertitude. A cela près, elle a tous les caractères du somnambule, mais il lui manque l’essentiel, II y avait, dans cette même ville, quelqu’un qui s’est dit avoir été instruit par et qui y avait établi un baquet avant mon arrivée; il était enchanté quand il donnait de grandes crises; en un mot, il magnétisait à la diable. Il m’a prié de venir à son traitement, et sans lui dire le véritable mot, je lui ai donné de fort bons avis.... Les malades s’en sont trouvés infiniment mieux; et à mon départ, il y avait deux somnambules fort intéressans pour eux et pour les autres malades. J’en ai vu à quelques lieues de là , deux autres fort bons aussi. Vous voyez, mon cher Puységur, que votre doctrine s’étend fort ; bientôt tout le monde saura magnétiser; si cela était toujours dans des mains sages, le nombre ne pourrait en être assez grand; Les succès de Strasbourg se multiplient; tout cela doit faire grand plai--
( 5oi )
âir à votre, etc Vous vous êtes sans doute
occupé à la campagne cette année , comme les précédentes , à secourir les malheureux. Le phénomène que vous a offert Dupré subsistet-il encore? tombe-t-il en crise tous les trois jours, sans votre attouchement? Ah! mon Dieu, que tout cela est extraordinaire! Je suis occupé ici, tous les jours, de mes affaires; mais toutes les nuits je rêve magnétisme; cela a l’air d’une folie, mais au moins elle est bien pardonnable. Vous m’avez promis un exemplaire du livre, etc...
Signé le baron de Dampierre.
TINGT-UNIÈME LETTRE.
De M. Tardj de Montravel,
De V alence , le n décembre 1 7S5.
Monsieur,
Il y a environ trois mois que mademoiselle étant en sommeil magnétique, je lui demandai si elle n’imaginait point quelque moyen pour se melli^e en communication avec un malade éloigné d’elle, et qu^elle n’aurait jamais vu.
Je ne vois , pour cela ^ me répondit - elle ^ d’autre moyen que de faire porter, pendant huit ou dix jours, à ce malade, et sur le creux de son estomac, un morceau de verre épais, et d’environ trois doigts en tous sens, puis de me faire porter ce verre au meme endroit, et pendant le même temps; je crois qu’alors je verrais un peu ce malade.
Il y a un mois que madame la duchesse de"^"^^, habitant à vingt - cinq lieues de cette ville, et que je n’ai jamais vue, ayant entendu parler de quelques cures que j’avais opérées par le moyen du magnétisme, me fit demander des renseignemens sur la manière de la magnétiser; je pris cette occasion pour faire Fessai de ce que m’avait dit ma malade deux mois auparavant; et après avoir indiqué pour madame la duchesse de quelques procédés généraux , et que je crois utiles dans tous les cas, je lui fis dire de porter le verre sur son estomac, et de me l’envoyer ensuite.
Le 8 novembre 1^85, madame la duchesse de a mis sur le creux de son estomac une glace de miroir de deux pouces en carré , enve-^ loppée dans du linge, et de laquelle on avait ôté très-exactement tout l’étamage. Elle a porté ainsi jour et nuit cette glace jusqu’au ig, jour
auquel M. le comte de s’en est chargé pour me l’apporter exprès dans cette ville. Je l’ai fait porter de suite à ma malade , sans lui dire pourquoi, et elle l’a gardé depuis le jusqu’au 2g,
Cette fille ayant été somnambule le 29 et le 3o, je l’ai questionnée , pendant ces deux sommeils, sur l’état de la dame dont elle avait porté le verre. Elle a vu cette dame presqu’aussi bien que si elle l’eût touchée; elle m’a détaillé sa maladie, et elle en a connu la cause.
Tout le mal , m’a-t-elle dit, provient d’un poison que cette dame a pris il y a plusieurs années. Ce poison ne fit pas d’abord tout son effet , parce que précisément il se trouva être donné dans quelque chose qui en était le contrepoison ; mais il se développa quelque temps après, parce que cette dame eut quelque frayeur ou un violent chagrin.
M. le comte de avait voulu, à dessein , nous laisser ignorer toutes les particularités de Fétat de madame la duchesse; mais lorsque je lui rendis les réponses de ma malade, il nous apprit qu’en effet madame la duchesse de ne pouvait pas douter qu’elle n’eût été empoisonnée dans un bouillon. Il nous dit que cette dame étant tombée malade quelque temps après,
on n'avait su attribuer cette maladiè, qu’oïî ne connut pas , qu’au chagrin qu’elle venait de ressentir à la mort de le duc de sou père, mais que les suites de cette maladie ont fait depuis juger à M. le fameux méde-
cin de Montpellier, que la cause première avait été le poison.
Ma malade m’indiqua ensuite la manière dont il fallait que madame la duchesse de'^'^^ fût magnétisée ; elle lui prescrivit aussi plu-^ sieurs remèdes préparatoires , en attendant , dit-elle , que je voie mieux 'Celui qui doit la guérir entièrement , remède que je ne fais qu’entrevoir aujourd’hui, mais, que j’espère voir plus clairement dans mon sommeil du mercredi 14 décembre.
Il est bon d’observer que depuis l’instant où la communication par le verre a été assez^ bien établie pour que ma malade ait pu voir madame la duchesse de cette fille a éprouvé jour et nuit de grandes douleurs dans les bras et dans les jambes. Elle m’annonça, dans son sommeil du 3o, que ces douleurs dureraient aussi long-temps qu’elle avait porté le verre) et, en effet, elles n’ont cessé que dans la nuit du 8 au 9 décembre.
Tel est le récit exact d’une expérience neuve
et d’un fait aussi intéressant qu’il est merveil-^ leux. Il serait inutile de cberclier à expliquer ce fait, et je ne crois pas que jamais on y parvienne, et encore, avant d’y travailler, fautil attendre que le fait lui-même soit bien constaté. '
Je peux répondre de l’exactitude et de la bonne foi que j’ai apportées dans cette expérience j je peux assurer que ma malade n’a pu me tromper ; mais enfin , toutes les circonstances qui paraissent être les plus surprenantes dans ce même fait, pourraient, à la rigueur, n’être qu’un effet du hasard. S’il est ridicule de nier avec obstination les faits les plus avérés et les mieux constatés , il ne l’est guère moins de croire aveuglément tous ceux qui se présentent, surtout lorsqu’ils sont aussi inexplicables que l’est le fait que je viens de rapporter. Je regarde l’expérience que je viens de faire, comme étant l’une de celles sur lesquelles on peut raisonnablement compter; mais il me faudra à moiméme mille expériences pareilles avant que je me décide à ne plus douter de la possibilité d’établir la cornmunication de loin, au moyen d’un morceau de verre. Il faut surtout que la guérison de madame la duchesse vienne, dans cette occasion , me convaincre que ma malade a pu con-
naître son état par des moyens que je ne conçois pas, mais qui sont enfin dans l’ordre des possibilités. Si madame la duchesse de guérit, si elle guérit par les remèdes que lui prescrira ma malade, j’avoue que la vérité du fait dont il question, acquerra un grand degré de probabilité , quand on saura que ma malade ne sait ni lire ni écrire, qu’elle habite à vingt-cinq lieues de la résidence de madame la duchesse de et qu’étant éveillée, elle n’a pas même entendu nommer une seule fois cette dame. Si cette fille la guérit d’une maladie invétérée, et contre laquelle ont échoué depuis long' temps tous les efforts des meilleurs médecins , alors j’aimerais mieux croire à son somnambulisme, et à la communication qu’elle a imaginé d’établir par le moyen du verre, que de supposer que cette fille simple et ignorante en sait plus que tous les médecins. ^
En attendant ce moyen de conviction, que je ne tarderai pas à avoir, je ne puis m’empêcher cependant de donner un premier degré de croyance à l’expérience que j’ai déjà faite, et par laquelle j’ai déjà reconnu que ma malade avait pu lire dans Tintérieur de madame la duchesse. Je le répète , cette expérience ne suffit pas, à beaucoup près, pour décider mon opi-
nîon ; maïs elle a fait cependant assez d’impression sur moi pour m’engagera recliercher quelles ont pu être les causes de cet effet singulier. Je ne me suis pas flatté de pouvoir les trouver; voici seulement ce que, jusqu’ici, j’ai pu me dire de plus satisfaisant.
Chaque individu, dans la nature, est sans doute le centre d’une sphère d’activité qui s’étend indéfiniment autour de lui. Nous ne connaissons pas l’étendue de cette sphère; mais si les temps et les distances ne sont réellement que des quantités relatives, on pourrait dire que la sphère d’activité de chaque individu n’a pas d’autres bornes que celles de la nature.
Chaque homme, en tous lieux et à tous les instans, est donc en relation physique avec tous les êtres qui se trouvent compris dans sa sphère d’activité ; mais dans Tétât de veille , il ne peut s’apercevoir de cette relation , parce qu’alors les impressions plus fortes que son âme reçoit directement et immédiatement de tous les objets qui sont à la portée de ses sens extérieurs, étouffent et effacent pour ainsi dire les impressions qu’elle devrait recevoir, par le sens intérieur, de tous les êtres qui sont à la portée de ce sens.
Chez le somnambule magnétique, au con-
traire, les sens extérieurs étant suspendus , et le sens intérieur étant entièrement développé ^ ce sens doit porter à Tâme toutes les impressions dont il est lui même susceptible; il doit réagir sur elle de toute Faction qu’il reçoit luimême des êtres qui se trouvent en relation avec lui dans toute la nature.
De là il suit qu’au moyen de son sens intérieur, le somnambule doit réellement communiquer avec toute la nature, dont il est le centre» Semblable à la glace d’un miroir, il doit réfléchir tout ce qui existe dans sa sphère d’activité; mais par la même raison que cette réflexion doit être générale, son âme ne doit la recevoir d’abord que d’une manière vague et inattentive; c’est, par exemple, une glace qui réfléchit tout à la fois un paysage immense, l’œil du spectateur y voit en gros Fimage entière, l’ensemble ; mais il n’en distingue , de préférence , aucune partie, à moins que quelqu’un, en 'lui indiquant cette partie ad hoc, n’attire sur elle toute son attention.
De même, et dans le cas que je cherche à expliquer, le sens intérieur de ma malade somnambule peut être regardé comme la glace du miroir; son âme est Fœil du spectateur, et le verre, qui, par une longue habitude, a sans
doute reçu le fluide dans la modification que
lui donnaient les nerfs de madame la duchesse
de'^'^'*', communiquant ensuite à celui de ma malade la meme modification , montant ses nerfs sur le meme ton , a été pour elle un avertissement de réunir toute son attention sur cette partie du tableau général qui se réfléchissait en elle.
Celte communication par le verre a si bien monté les nerfs de ma malade sûr le ton de ceux de madame la duchesse de qu’elle éprouve réellement, dans toutes les jointures , les douleurs que celle-ci devrait ressentir, et qui sont les effets symptomatiques résultans de la cause du mal. Si madame la duchesse n’éprouve pas aujourd’hui ces mêmes douleurs, c’est que, dans l’état de paralysie où sont ses nerfs, il n’ont plus assez de ressort pour ren-» dre à l’âme des sensations, et je ne doute pas que , pour parvenir à sa guérison , celte dame ne soit obligée de passer par cet état de douleurs, lesquelles lui deviendront toujours plus sensibles, à mesure que ses nerfs reprendront plus de ressort et plus de vie.
Signé Tard Y de Montravel,
VINGT-DEUXIÈIVÏE LETTRE. i
De M. du Petit-lliouars , capitaine au régiment du Roi,
Saumur, ce 28 octobre 1785.
Il est impossible , monsieur, etc
Depuis vingt mois à peu près , époque de ses couches, ma femme se ressent d’une incommodité, etc... Je lui suis tendrement attaché; jugez quelle devait être ma douleur de ne pas trouver de raisons pour espérer un terme à son mal î J’avais bien entendu parler du magnétisme, mais je n’en avais pas plus d’idée que de l’alcoran; cependant depuis, soit instinct, soit curiosité, j’ai profité de la première occasion pour en prendre quelque connaissance; j’ai d’abord été frappé de ses effets tumultueux, j’en ai démêlé de bons, j’ai essayé d’en produire de tels; j’ai réussi, je me suis persuadé; et depuis, lors de votre passage à Nancy, je me suis convaincu : je partais pour venir ici avec la ferme résolution d’employer mes nouvelles lumières à guérir ma femme; j’en concevais le doux espoir, lorsqu’en arrivant, il a été déçu par une^incrédulilé invincible de la part de ma femme, qui cepen-
( 3ii )
ciant était toujours incommodée; je n’ai point voulu gagner sa confiance en lui racontant des effets vrais, mais merveilleux pour elle; si j’avais par ce moyen obtenu sa confiance, j’aurais pu exalter son imagination, ou donner lieu à ce qu’on appelle imitation; je voulais que tout fût naturel pour que tout fût plus propice à sa guérison. Je me suis donc contenté, pendant deux mois, de lui apporter quelques secours par un simple attouchement sur l’estomac ou sur la tête; elle souffrait souvent surtout du premier; enfin un jour , le 4 de ce mois-ci , y éprouvant des douleurs plus aigues qu’à l’ordinaire, je l’ai prise entre mes bras; apparemment que j’ai redoublé de volonté, de désir de lui faire du bien; au bout de quelques minutes elle s’est endormie de sommeil magnétique : j’ai eu une conversation assez longue avec elle, qui m’a été fort instructive pour sa santé, et depuis tous les jours, elle a acquis une telle netteté dans les idées, que j’ai fait un cours bien complet sur le magnétisme, qui m’a été expliqué par ce résultat de nos conversations, d’une manière aussi satisfaisante, je crois, qu’il est possible. J’ai toute la certitude possible d’obtenir sa guérison dans deux ou trois mois, qui sera retardée jusqu’à, mon retour, si
je la quitte dans ce moment, comme je vais y être obligé à la fin du mois prochain , par l'impossibilité où je suis d’obtenir une prolongation de congé; j’attends là-dessus le dernier mot de ma femme dans son état de crise , qu’elle m’a promis dans quelques jours. y a donc à parier que je serai , si je ne veux quitter, obligé d’emmener ma femme avec moi, ce qui, quoique je Faime beaucoup, me contrarie , car vous savez combien dans nos mœurs on répugne de mener sa femme en garnison : cependant il n’y a pas à reculer si cela est nécessaire; mais il faut que je donne à ma famille, au public, des raisons plausibles : voilà ce qui m’embarrasse, et voilà où je vous prie de vouloir bien m’aider, etc.
Signé Petit-Thouars
OBSERVATION
Dans ma correspondance de i’amiée 1786, on verra deux autres lettres de M. du Petit- Thouars, faisant suite à celle que je viens de citer.
YINGT-TROISIÈME LETTRE.
• De M, V ahhé Berthier, chanoine théologal.
De Sémur, en Auxois, le j3 septembre 1785.
Monsieur,
Je n avais pas osé m'adresser directement à vous pour obtenir la permission de communiquer le secret du magnétisme, que j’exerce sous vos auspices depuis plus de six semaines. Les succès que j’ai eus m’attirent plus de malades que je ne peux en traiter; je vous aurai donc la plus grande obligation, monsieur, si vous voulez bien m’accorder la permission de me donner des coopérateurs, et de me prescrire les conditions que vous exigez pour cela. J’ai de mes confrères, des médecins, des chirurgiens, des citoyens honnêtes, instruits et sages, qui, en assistant aux traitemens, se sont convaincus qu’il y a un agent; ils attendent le mot, et je ne désire pas moins pouvoir le leur dire très-promptement, car je n’ai pas un moment à moi.
J’ai reçu hier une lettre de M. Sancy, qui me mande que mon frere , capitaine dans votre régiment, doit pouvoir remplir le juste désir cpie
jai de ni associer plusieurs personnes , tant pour me soulager que pour augmenter le bien; et il me le mande d’après une lettre qu’il a reçue de vous. Par la même poste, mon frère me mande de m’adresser directement à vous. Voilà, monsieur, ce qui augmente ma confiance pour la demande que j’ai l’honneur de vous faire.
Vous serez peut-être bien aise de connaître le bien que vous m’avez mis à portée de faire ,
ce sera une jouissance, etc
Un de mes confrères ayant un mal de tête continuel depuis quinze ans, avec des redoublemens qui le rendaient incapable de rien, surtout dans les mauvais temps, a été magnétisé une vingtaine de fois * il se trouve maintenant tellement soulagé, qu’il ne souffre plus que légèrement, lorsque le temps veut changer; il continue et espère être bientôt entièrement guéri. *
Un jeune homme avait la fièvre tous les jours; en quatre traitemens, elle s’est dissipée.
Une fille de vingt ans avait à la tête et à l’oreille une douleur continuelle et très-vive depuis quinze jours; elle craignait que ce ne fut une rechute des mêmes maux qui lui avaient duré l’année passée et le commencement de
celle-ci, pendant quatorze mois. Elle est venue quarante fois au traitement, la douleur a toujours cédé au traitement, mais dans les commencemens elle revenait sur le champ : peu à peu les accès ont retardé, et enfin, au bout de \ ingttrois jours, ayant vomi les six derniers, elle a été complètement guérie.
jUn autre de mes confrères , sujet à des coliques qui mettaient sa vie en danger, en avait des ressentimens tous les jours depuis trois mois : ils ont cessé, dès le second traitement, d’être journaliers ; ils sont revenus deux fois en trois semaines; ils ont toujours cédé au traitement.
Une pauvre femme vint il y a huit jours avec un bras qui paraissait entièrement perclus par un refroidissement; ses doigts ne pouvaient pas se remuer : dès le premier traitement , elle les remua , et elle va beaucoup mieux.
Un notaire âgé de cinquante ans avait été refroidi dans les neiges Ihiver dernier; à force de remèdes, il était débarrassé en partie d’un rhumatisme qui le rendait entièrement perclus, mais il ne pouvait pas porter ses bras, surtout le gauche, plus haut que l’épaule; il a été guéri en deux trailemens.
Jugez, monsieur, d’après çe3 faits, de l’af-
fluence que j'aurais, si je pouvais traiter ceux qui s’adressent à moi ; mais je ne peux donner au magnétisme que cinq heures par jour. Je n’ai pas de baquet, je ne suis pas assez instruit, où plutôt je n’en ai pas vu ; mais je donne aux malades des bouteilles magnétisées qui paraissent leur faire du bien.
Signé l’abbé Berthier.
P. ^5’. Je ne suis pas heureux pour les fièvres quartes; il y en a deux que je traite depuis un mois, mais je ne vois pas beaucoup de progrès.
VINGT-QUATRIEME LETTRE
De M, le Pelletier ^ Arger s , capitaine au régiment de Metz,
Strasbourg , ce 3o décembre 1785.