EXTRAIT DE MES JOURNAUX
Saint-Omer, en août 1786.
Le 12, à dix heures et demie, je mis Malvall en crise. C’est dommage, me dit-il, je ne serai pas parfait aujourd’hui ; j’ai cependant beaucoup de choses à vous dire, je ne le puis, mais ma guérison n'en sera pas retardée. Deux choses s’opposent à ma perfection; premièrement, je souffre d’unedouleur à la jambe, et d’une autre à la poitrine; secondement , de l’état delà température. Vous avez besoin de vous purger ici et à Montbrison , si vous ne voulez pas être malade à la fin de l’automne. Faites bien attention à ce que je vous dis, car je serais fâché de vous perdre. Faites-vous faire une ordonnance de médecine légère, et je verrai demain si elle vous convient; j’aurai le soin de vous indiquer le jour où vous vous purgerez ici , et celui du mois d’octobre. Il demeura en crise demiheure.
Je le mis en crise le i5 à la même heure, en présence de M. de Pèlerin; il me pria de le
laisser tranquille , afin qu’il pût songer à sa guë« rison, lorsque tout à coup il eut un moment de frayeur, en nous disant qu’il avait vu passer quelque chose qui lui avait bien fait peur. — Qu’est'Ce que c’est? — Je le vois encore ; s’il repasse, je lui donnerai un coup de pied. — Parle donc. — C’est un diable qu’il y a par-là, c’est un mâtin noir et une chandelle. — Je le calmai ; mes efforts étaient vains; il a repris la parole , en disant : La mort est là, quelqu’un mourra. Comme il n’a nommé personne, Pèlerin et moi avons été trèseffrayés ; moi , je me suis rappelé tout à coup ce qu’il m’avait dit la veille, et mon esprit se frappa pour un moment. Pèlerin croyait que cela ne pouvait que le regarder, m’ayant indiqqé la veille les moyens d’éviter une maladie dangereuse. Il nous tira enfin d’embarras, en nous disant : Soyez tranquilles, n’ayez pas peur, messieurs, cela ne vous regarde pas. Ce mâtin m’a dit que mon frère Robert, perruquier, mourra cet hiver; aussi pourquoi l’avez vous laissé passer? il ne tenait qu’à vous de Pen empêcher. Si j’avais eu mon sabre, je lui aurais coupé le cou. Je me battrais aujourd’hui contre tous les diables possibles. Je suis fou. J’aurai une maladie à Montbrison. Voilà tout ce que j’en ai pu tirer. Je fai éveillé quand
il me Ta demandé; quand je 1 ai eu tiré de cette crise, il était tout tremblant, et ne savait ce qu on lui avait fait : il a été un moment sans pouvoir marcher.
L’après-dînée il est venu chez moi à trois heures et demie, me demandant à être magnétisé : je Fai mis en crise en présence de M, de Pèlerin. lia été un moment tranquille. La même vision lui a paru, en nommant toujours son frère. Je Fai calmé; il est devenu plus tranquille. Si j’ étais à Montauban , je le guérirais en lui faisant prendre un remède. — Indique - le moi , j’écrirai sur le champ. — Mais quoi î toutes les fois que je pense à lui, je revois toujours ce mâtin; c’est inutile, je ne pourrai le sauver. Vous vous portez bien , mais n’oubliez point de vous purger ici, et le 17 octobre. Que ce que vous voyez aujourd’hui ne vous empêche point de magnétiser, soulagez toujours Fhumanité. Il m’a demandé à être réveillé; il est très-bien au sortir de crise.
Le i4> je Fai endormi à onze heures du matin, chez M. le comte de Troussebois, en présence de M. le comte et de Pèlerin. Le temps s’est opposé à ce qu’il soit parfait. — Je suis moins fou qu’hier. — N’est-ce pas de t’être lavé les jambes, le 12, dans de l’eau froide, qui le fait mal, et
cause sans doute que le mercure est monté à la tête? — L’eau m’a fait mal, mais ma tête ne s’en sent pas. Encore le mâtin et la chandelle! cmpêcbez-le donc de passer. Quoi! mon frère Robert mourra donc dans l’hiver !... Je lui donnerais un coup de pied...; si j’avais mon sabre, je l’abattrais , je n’en aurais pas peur. — Tu es fou. — Pas si fou. — Pèlerin et moi nous mîmes une volonté décidée à le calmer; il fut tranquille alors. M. le comte l’interrogea. — Pourquoi ce mâtin te fait • il peur? — Parce qu’il m’annonce une mauvaise nouvelle. — Qu’en sais-tu? — Il me l’a dit en passant. — Que fa-t-il dit? — Il m’a dit que mon frère Robert , perruquier, mourrait cet hiver. — Etait - il bien gros? — Aussi gros qu’un cheval. — De quelle couleur? — Il était noir. — Avait-il des oreilles? — Non. ^ — Avait-il l’air effrayant? — Oui, il avait un masque qui lui couvrait la figure , il avait quelque chose de tout blanc , en forme de signe, qui était au milieu du front. — Portait-il la chandelle à la gueule ou aux pattes ? — Elle le précédait, et était énorme. — De que! côté est-il venu? — Il est venu à gauche, le mâtin, du côté du cœur ; si cela était à droite , je m’en moquerais. — La même vision lui apparut plusieurs fois. Je le calmai , il dormit tranquille ;
j’observerai que cëtait toutes les fois que je voulais qu^il m’indiquât un moyen de guérison pour son frère. Je ne sais si c’est rêves , cauchemars ou prédictions, mais ces idées noires l’occupent sans cesse. Je l’ai cependant consulté sur ma santé, il a approuvé l’ordonnance de ma médecine, qui consiste en deux onces de manne, un gros de follicule de séné, et un gros de sel de Glauber; il m’a dit de prendre, deux jours avant de me purger, de Feau de chicorée, et des bouillons aux herbes le jour de ma médecine. En me disant qu’il fallait me purger le 17, afin qu’il puisse voir, dans son dernier sommeil, si elle m’aurait fait assez d’effet, et s'il ne serait pas obligé de faire ajouter quelque chose pour celle que je devais prendre le ly octobre; il a conseillé à M. le comte de Troussebois les eaux du Mont-d’Or, pour des rhumatismes qu’il a , qu’il ne fallait pas les boire, et en prendre des bains; a donné à Pèlerin des avis sur sa santé. Il a été en crise demi-heure.
Le i5, je l’ai endormi en présence de Pèlerin, à la même heure; la crise a été beaucoup plus calme que les trois autres précédentes, mais le temps s’opposait toujours à sa perfection; il voyait cependant par intervalle; il a vu
que la décoction d’eau de chicorée amëre, que je buvais, était très-bien faite; il a vu tomber la pluie ; il m’a dit qu’il me voyait aussi. Comment me vois-tu? — De partout , et je vous vois plus joli garçon que vous n’étes, car vous me paraissez bien beau. Ah! je ne vous aperçois plus , le temps s’y oppose. Quelques jours après le 17 octobre, que vous serez purgé, vous aurez soin de me magnétiser, je redeviendrai somnambule, et alors pourrai -je indiquer un remède à mon frère. Mais je ne vois pas le mâtin et la chandelle impunément ; je n’avais pas tort de m’alarmer sur son compte , car j’ai reçu aujourd’hui une lettre de ma mère, qui me mande qu’il a été mordu par un chien , et que sa plaie va toujours en empirant. — Ne peux-tu pas, d’ici, lui ordonner des remèdes? — Il faudrait que je le visse. — Cherche bien. — Non, je ne pourrai lui en indiquer que lorsque je serai somnambule à Montbrison ; mais je crois que ce sera trop tard, et qu’il n’y en a pas. Je ne vois pas toujours ce mâtin impunément. — Est-ce que tu ne savais pas que ton frère avait été mordu? — Non, je ne l’ai su que d’aujourd’hui, que Fromont, le facteur, m’a rendu cette lettre dont je viens de vous parler. — Te , mande-t-elle où il a été mordu? — Oui, à la
— - A quelle jambe ? — Elle ue me le mande pas, mais je sais et je vois que c’est à la jambe droliCé* — Le chien était-il enragé?— Non, mais il avait la dent bien venimeuse, et mon frère, avant celte époque, avait le sang très-
bon. — Depuis trois mois qu’il a été mordu , n’en avais-tu nulle connaissance avant la lettre de ta mère? sa lettre est cependant datée du 2 août, et tu ne l’as reçue qu’aujourd’hui. — Vous pouvez m’en croire, je vous ai toujours dit la vérité dans cet état; d’ailleurs informezvous auprès de Fromont, le facteur, et de mes camarades, il vous diront tous que je n’ai reçu cette lettre qu^’aujourd’hui ; j’en ai même fait part à Pélisson, soldat de la compagnie du chevalier de Pujmirol. — Comme il y a plusieurs soldats au régiment de Montbrison , ou de la province du Forez, ne leur aurait-on pas écrit que ton frère était malade? — Plusieurs ont reçu des nouvelles de leurs parens, mais on ne leur a jamais parlé de mon frère-
Lettre de la mere de Malvall, datée de Mont-' hrison , le 2 août, et reçue le i5 à Aire.
(Article concernant son frère, copié mots pour mots.)
Votre frère Robert , perruquier, a un mal de
( Syo )
jambe depuis environ trois mois, de la mor** sure d’un chien, et ne peut pas guérir; il y a toujours mal; je crains beaucoup qu’il n’en ait pour long-temps, car elle est plus malade qu’au commencement.
Fromont m’a assuré qu’il ne lui avait remis cette lettre que le i5. Je me suis informé , auprès des soldats qui sont de sa province, si, dans les lettres qu’ils avaient reçues de leurs païens, on leur avait parlé du frère de Malvall; tous m’ont assuré que non.
Le i6, je l’ai mis en crise chez M. le comte de Troussebois; l’idée de son frère le troublait toujours. Je lui ai demandé s’il n’y aurait pas moyen de le guérir, il désespérait toujours de son frère, parce que toutes les fois qu’il voulait m’indiquer un remède, le chien lui reparaissait toujours et l’empêchait de parler. Ce n’est que dans la séance du 17, comme on va le voir, qu’il en a trouvé le moyen.
Le 1 7, je l’ai endormi en présence de MM. de Roquefeuille , Bressoles , Pèlerin , et M. le comte de Sérent , qui a eu la complaisance de rédiger ce qui suit :
Le nommé Malvall a été mis en crise à dix heures un quart du matin ; il a été d’abord très-
absorbé, et ne voulant pas répondre, maisfai^^ sant des signes par lesquels il indiquait qui! était concentré en lui-même, et ne voulait pas être distrait. Lorsqu’il a commencé à parler, il a déclaré qu’il ne pourrait pas être parfait ce dernier jour, vu l’état de la température , et encore parce qu’il était absorbé par le chagrin que lui donnait la situation de son frère, qu’il apercevait parfaitement; il paraissait alors désespéré de son état, le regardant comme entièrement perdu, et sans possibilité de guérison. Il ne sor-* tit de son accablement que pour exprimer sa douleur et ses regrets d’une manière très énergique. Touché de ses plaintes, je l’ai exhorté à chercher en lui-même s’il ne pourrait pas trouver quelques moyens de guérison applicables aux circonstances où se trouvait son frère; il répondit aux premières propositions, comme un
homme qui n’espérait rien des remèdes, et qui « —
jugeait qu’il était trop tard. Cependant, roidissant ma volonté sur cet objet, Je parvins à lui fai/e distinguer parfaitement l’état de son frère. Alors commença la scène la plus touchante; il se représenta son frère devant lui, considéra son mal avec attention , et commença avec lui un dialogue , dans lequel il l’exhortait à avoir confiance au magnétisme et en lui. Je
te calmerai, je te guérirai, lui disait-il; puis, s’adressant aux. personnes qu’il se représentait dans la chambre de son frère : N’ajez pas peur, ma mère, criait-il, ôtez ces onguens , donnez de r eau pour laver sa plaie; puis s’adressant au chirurgien : Sortez d’ici , disait-il ; sortez , vous allez faire du mal à mon frère ; et il lui faisait d’énergiques et de touchans reproches , et revenant à son frère , il le magnétisait. Prends courage, lui disait-il, il m’a sauvé; je te sauverai. Il étendait sa main, qui paraissait éprouver des crispations à l’approche du mal , et ressentir l’impression du venin. Mon pauvre frère, disadt-il, c’est dommage, je donnerais ma vie pour la sienne; et cédant à son enthousiasme : Sauvons notre sang, s’écria-t-il, croyons au magnétisme , c’est une belle chose. De temps en temps il retombait dans son accablement; dans cet état, la position de son frère était toujours l’idée dominante; des signes d'affliction et d’attendrissement annonçaient
qu’il s’en occupait sans cesse. Je lui proposai alors d’écrire à mon frère pour le magnétiser; il le le refusa, ajoutant que moi seul, si j’étais à Montbrison , je pourrais lui inspirer la confiance nécessaire. Je lui demandai alors si, jusqu’à mon arrivée, lui-même , Malvall , ne pour-
rait pas me suppléer, et qu’en cas qu’il jugeât la chose possible , je lui apprendrais à magnétiser et le renverrais sur le champ dans son pays , que M. le comte de Sérenl lui en donnait l’agrément. 11 est si charitable, mon colonel, qu’il met toute sa gloire à soulager les malheureux ; il fera mon bonheur en sauvant mon frère; je ne le guérirai pas, mais je le calmerai, et sans doute j’y mettrai bien de la bonne volonté. Et s’adressant de nouveau à son frère : Viens, ditil, allons chez M. Duguet, il m’a guéri et te guérira; nous sommes de pauvres infortunés, mais MM. Duguet sont de bons et honnêtes gens. Lève-toi ; tu ne peux pas marcher, nous le porterons, ma sœur et moi. Viens, Cécile, m’aider; prenez courage, ma mère, ne pleurez pas, laissez-nous faire. Sa figure, qui jusque-là avait été très-sombre, commença à se dérider; il entrevit et promit la guérison de son frère.
J’ai raconté cette scène sans interruption , pour ne pas en affaiblir l’intérêt; je vais ajou-r 1er maintenant les différentes notions qu’il nous a données, tant sur la cure de son frère que sur les principes généraux du magnétisme.
Faudra-t-il magnétiser la jambe de votre frère? lui dis-je. — Non , il faudra commencer par songer à l’endormir, et laver seulement la plaie
avec de l’eau magnétisée. — Faudra-ldl lui mettre la main sur le creux de l’estomac , ou peut-on l’endormir en touchant toute autre partie du corps, ou par simple acte de la volonté? — La volonté suffit. — N’y a-t-il donc pas de fluide? — Si fait, mais c’est la volonté qui le fait a gir. — Votre frère sera-t-il endormi avant que j’arrive? — Oui, mais fort péu de temps avant : il me faudra trois semaines pour le mettre en somm&mbulisme. Voulez-vous que mon frère vous dirige dans votre manière d’opérer? — Oui, M. votre frère aîné; il pourra même vaquer à ses affaires une fois qu’il m’aura instruit. — Faudra-t-il que votre frère aille au baquet , et combien de temps? — Tous les jours deux fois, une demi-heure chaque; je le magnétiserai pendant ce temps-là. — Combien de temps durera la cure? — Deux mois; il ne faudra mettre sur sa plaie que de l’eau magnétisée, avec une compresse; il s’y formera une croule.
Malvall étant rassuré sur l’état de son frère, nous pûmes lui faire d’autres questions. Je commençai par lui parler de l’effet de ma médecine; il jugea qu’elle m’avait déjà beaucoup purgé, et qu’elle le ferait encore , surtout si j’avais soin de me promener beaucoup dans ma chambre ;
il me recommanda encore de ne pas oublier la mëdecine du 17 octobre, qui devait être précédée de trois jours d^eau de chicorée; et interrogé sur la dose de, la médecine, il l’ordonna plus forte, c’est-à-dire un gros de sel de plus. Il ma recommandé de ne magnétiser personne aujourd’hui, et me rappela qu’après ma médecine du mois d’octobre, je devais le magnétiser; qu’il tomberait encore en somnambulisme, et qu’il pourrait être parfait, si la température le permettait.
Il donna ensuite quelques avis à MM. de Pèlerin et de Roquefeuille sur leur caractère et leur santé; et satisfait de ceux qui l’entouraient, il déclara qu’il les reconnaissait tous pour d’honnêtes gens, et finit en me rendant grâce dans des termes touchans, et assurant de nouveau que c’était le dernier jour qu’on pût l’endormir, et demanda à être réveillé. Cette séance a duré une heure trois quarts.
Le 18, Malvall est venu chez moi à dix heures et demie; j’ai essayé, à trois reprises différentes, en présence de M. de Roquefeuille^ de l’endormir; ma bonne volonté et mes efforts ont été inutiles.
Signé le comte de Serent.
Lorsque les savans u’avaieut pas encore re^ connu l’existence d’un argent universel de tous les effets dans la nature , et que les erreurs du philosophisme avaient conduit les hommes jusqu’à nier celle en eux d’un principe agissant hors de l’espace et du temps, il eût été imprudent de publier le procès-verbal que l’on vient de lire, dont tous les faits n’eussent pu, comme aujourd’hui, s’expliquer d’après les lois de la physique générale.
CORRESPONDANCE
PENDANT JÆS AÎSINÉES I787, 1788, 17,89,
PREMIERE LETTRE
De M» le comte €Îe Mellet, maréchal de
camp.
Paris , ce 8 octobre 1787,
Longtemps, monsieur, et très-long- temps avant l’arrivée du docteur Mesmer, je croyais à une médecine aérée, céleste, que les anciens avaient connue et exprimée sous le nom de Rapha-el(^dt la médecine de Dieu); j’y croyais, surtout lorsque je voyais les Rapha-im annoncés comme les puissans de la terre; et quels hommes pouvaient être puissans chez le peuple primitif antédiluvien , si ce n’est ceux qui lui procuraient l’avantage de la santé? Il jouissait déjà de tous les autres avant d’avoir abusé des
dons de la nature forte et des ressorts puissans que Dieu avait répandus partout pour le maintien de ses ouvrages.
D’après quelques connaissances sur l’électricité, je croyais aussi cette médecine applicable par le feu, modifié sans doute d’une façon analogue à la nature vivante, tel, à peu près, que nous le respirons avec l’air qui lui sert de véhicule, sans pouvoir imaginer comment on le communiquait, parce que je redoutais la machine électrique ordinaire, comme opérant avec trop de rapidité et de puissance. Enfin, Mesmer parut, et je soupçonnai qu’il était un de ces Raphu’-inh je cherchais. Tout ce qu’on en dit pour et contre ne fit qu’augmenter mes espérances et le désir de voir renaître la médecine adamique. J’avais vu une médecine d’attitudes dans les Mémoires chinois, qui m’avait donné à réfléchir; je fis donc une petite collection des ouvrages sur le mesmérisme, et je l’envoyai à Pékin, au père Amiot, missionnaire d’un trèsgrand savoir, dont je connaissais la complaisance vraiment apostolique pour le progrès des sciences et le bonheur de l’humanité , et je le priai de me mander si le cong-fou ne tiendrait pas à tout cela. Sa première lettre , que je n’ai malheureusement pas ici, fut très-satisfaisante.
et il me promit une plus grande instruction pour Tannée d’après. Vous trouverez ci-joint un extrait de la seconde, et je vais, si vous voulez bien le permettre, vous tracer ici, de mémoire, l’essentiel de la première, qui servira d’explication à l’espèce d’cxorde de celle que je viens de recevoir.
Les Chinois peignent la nature, qu’ils appellent Tay-lii, sous la forme d’un œuf, à peu près semblable à celui âilsis. Cet agent général , ce Taj‘ki^ forme un tout mâle et femelle, c’està-dire renfermant les principes opposés , qu’ils nomment J ang et jn , et c’est par l’action de cet jnyang que tout est produit, que tout nait pour être détruit, et se détruit pour renaître §ous de nouvelles formes.
Figure du Tay-ki.
Ujn A a un foyer ou Ij-jang ^ et \yung B a un Ij ou moteur
( TySo )
Ces deux l/, marqués par deux petits ronds ^ dont l’un est blanc dans le noir, et l’autre noir dans le blanc du Taj^hi^ cherchent toujours à se rejoindre à leur analogue, font des efforts continuels , communiquent le mouvement à •toute la matière, et en produisent le flux et reflux, suivant la puissance de leurs explosions successives.
Voilà, monsieur, un exposé succinct du système chinois ; mais pour revenir à ce qui me touche , je vous avouerai que j’ai lu tout ce qu’on a fait sur le mesmérisme, le somnambulisme, tant celui qui a eu lieu à Bayonne, que les cujges que vous avez opérées, même les aphorismes de Mesmer,' tout, à peu près, excepté la médecine corpusculaire, que je vais acheter aujourd’hui , et vous voyez que si je n’ai pas fait de grands progrès , mes* désirs ont fait bien du chemin; mais ils ne sont pas remplis, parce que, n’entrevoyant qu’un crépuscule, je n’oserais essayer d’être utile, de peur de faire du mal, au lieu du bien que je voudrais faire.
Qu’il est heureux, celui dont liâme un peu matière,
Goûte dans l’ignorance une tranquille paix ;
Qui toujours satisfait, toujours sûr do bien taire,
A le don précieux de ne douter jamais!
Pour moi , si je suis sûr des principes , je suis peu rassuré sur mes moyens; si j’allais maladroitement donner une crise que je ne saurais arrêter, où cela mènerait-il le malade et mon cœur? Je resterai donc là , sans oser faire un pas, parce que j’ai des affaires en province, et n’ai pas le temps d^attendre votre retour à Paris, à moins que vous ne permettiez au baron de Fumel de m’éclairer.
Je possède un vieux chêne sur une belle fontaine, dont je pourrai, grâces à' vous, tirer le plus grand parti. Mettez-moi à même, je vous prie, d'ajouter à mon très-parfait attachement, la reconnaissance la plus vive et la plus sincère.
Sigjié Mellet, maréchal de camp.
DEUXIEME LETTRE
Du pire Amioty missionnaire en Chine ^ a
M, de Mellet,
Monsieur,
Je n’eus que le temps, l’année dernière, de vous dire deux mots sur le magnétisme ani^ mal ^ annoncé pour la première fois, en Eu-
rope, par M* Mesmer, el je vous promis de vous en parler plus au long, supposé que, dans le courant de cette année, je vinsse à acquérir de nouvelles lumières sur ce qui concerne cet important objet. J’ai réfléchi, je me suis informé, et j’ai eu l’occasion de m’instruire, en lisant avec attention les brochures que vous avez eu la bonté de m’envoyer par le canal de monseigneur de Berlin, dont je vous remercie avec tous les sentimens de la plus parfaite reconnaissance.
Le fruit de mes réflexions et de mes recherches a été une conviction intime de l’existence d’un agent universel qui influe sur tout , à qui tout est soumis, et qui, depuis le premier moment de son existence jusqu’à celui où il doit cesser d^être, agissant constamment par les lois les plus simples possibles, a produit et produira, sans discontinuer, toutes les causes secondaires qui constituent le vaste univers, ainsi que tous les agens physiques qui sont nécessaires pour le conserver et le maintenir dans l’ordre tant qu’il plaira au Créateur de le laisser subsister. Cet agent corporel , mais invisible ^ occupant tout l’espace créé , est nommé J'aj-ki par les Chinois. On peut lui donner tel autre nom qu’on voudra. Ce nom de Taj ki, dans
ridée chinoise, signifie premier principe ma-tétiel^ grand comble, ce dans quoi tout se trouve, etc., etc. 11 renferme, dans son essence, Xjn et \jang, qui en sont les deux grands mobiles, et un Ij, qui en est le premier moteur* Cet j’n et cet yang , mis en jeu par le Ij, cherchent à se joindre; ils se mêlent et se combinent alternativement en plus, en moins et en égalités; et de ce mélange se forment une infinité àXêtres qui participent plus ou moins de la nature de leurs constituans Je parle le plus
clairement que je puis d’une chose qui n’est pas elle-même tout à fait bien claire; mais il est des personnes intelligentes qui entendent à demi-mot ce que d’autres ne comprendraient pas après les explications les plus longues. Comme vous êtes, monsieur, du nombre des premiers, je continue sur le même ton.
Tous ces êtres particuliers ne reçoivent, la manière d’être qui est propre à chacun d^eux, qu’en raison de la plus ou moins grande quantité ôijn ou (ïjang dont chacun d’eux est constitué; et c’est cette quantité plus ou moins grande qui les rend plus ou moins dépendans de l’un ou de l’autre de deux agens universels yang etyn, lesquels, en leur communiquant la vertu d’agir sur les autres êtres analogues
qui leur sont subordonnés , leur impriment une action qu’ils communiqueront eux-mêmes ^ à leur tour, à d’autres êtres semblables , jusqu’à l’indéfini Je vous ai dit éqüivalemment
tout cela dans ma première lettre ; mais j’ai dû le répéter ici pour entrer dans ce que je dois dire.
L’agent a deux pôles que, pour cette raison, M. Mesmer nomme magnétisme animal, n^est que l’un de ces êtres particuliers et subalternes soumis aux deux a gens généraux y n et jang. Ses fonctions sont limitées au règiie animal; et l’on ne peut en tirer parti pour la guérison des maladies qui affligent l’humanité, si Ton n’a pas préalablement une parfaite connaissance de Vyn et de Yyang\ Il faut, outre cela, connaître encore le sujet sur lequel on veut diriger sa vertu sanatlve; et c’est là, à mon avis, ce en quoi gît toute la difficulté, ou du moins la plus grande difficulté; car si le sujet, par exemple, étant affecté par un excès d'yang^ le médecin ajoute à cette surabondance en dirigeant sur le malade \yang au lieu de Xyn y il est certain qu’au lieu d’affaiblir ou d’extirper le mal, il l’augmente et le fortifie, et qu’il procurera la mort, au lieu de la guérison qu’on avait droit d’en attendre. C’est, je pense, pour celte
îaison , que M. Mesmer assure qu’à moins d’étr€ dépositaire de son secret, on ne peut employer avec succès le secours du magnétisme animaL C’est ainsi , en d’autres termes, que s’expriment les Chinois , quand ils disent que, sans une connaissance parfaite de l’état actuel où Vjn et Vjang se trouvent dans un malade, on ne peut pas se flatter d’opérer sa guérison. C’est à acquérir cette connaissance, que, depuis plus de quatre mille ans, tous ceux qui veulent ici faire une profession publique de Fart de guérir, consacrent leurs pénibles études ; mais quels qu’aient été leurs succès en diiférens temps , il ne paraît pas qu’ils soient jamais parvenus > comme M* Mesmer^ au point de pouvoir se passer des médicamens ordinaires. Ils se servent de cés médicamens comme d’autant de conducteurs de Vyri et de Yjang, en proportion convenable de l’un ou de Fautre , pour faire disparaître le mal et rendre la santé. On ne trouve, dans leurs livres de médecine , qu’un seul exemple de guéridon opérée par le moyen de Yyn-jang, sans remède quelconque, sans autre conducteur qu’un simple tube, sans toucher ni meme voir la personne malade. Voici le fait , tel qu’il m’a été raconté par un médecin qui l’a lu dans un ouvrage fait sous les Soui ^
ou, au plus tard, sous les Tang, cest-à-dire il y a tout au moins dix siècles.
(( Un mandarin du haut rang, est-il dit dans cet ouvrage, avait une épouse chérie quil « voyait dépérir de jour en jour, et s’avancer à « grands pas vers le tombeau , sans qu’elle se » plaignît d’aucune sorte de mal : il voulut la «soumettre à l’inspection d’un médecin; elle « s’y opposa , en lui disant qu’en entrant dans « sa maison , elle avait pris la ferme résolution « de ne se laisser jamais voir par aucun homme , « et qu’elle ne voulait pas y manquer, dût elle « mourir. Le mandarin eut beau prier, presser, « solliciter, tout fut inutile. Il consulta les mé« « decins , qui tous lui dirent qu’ils n’avaient « point d’avis à donner sans avoir au moins « quelques indices de la maladie dont était af- « fectée la personne pour laquelle il les consul- « tait. Un vieux lettré se présenta, et assura « qu’il la guérirait sans la voir, sans même U. entrer dans l’appartement ou elle était, pourvu « néanmoins qu’elle voulût bien tenir d’une « main l’un des bouts d’un long tube de bam- « bon, dont il tiendrait lui-même l’autre bout. « Le mandarin trouva l’expédient curieux; et « sans y ajouter foi pour la guérison qu’on lui « assurait devoir s’ensuivre , il le proposa néan-
m moins à la malade comme quelque chose qui 'U pouvait Tamuser, plutôt que comme un re~ « mède. La malade s y prêta de bonne grâce; « le lettré vint avec son tube, dont il tenait l’un t< des deux bouts, et fit tenir l’autre bout à « celle qu’il voulait guérir, en lui disant de l’api< pliquerà l’endroit de son corps où elle pouvait <( soupçonner qu’était son mal , et de le proi< mener d’un endroit à l’autre, jusqu’à ce qu’elle c( eût éprouvé des ressenlimens de douleur. Elle «(obéit; et quand elie eut porté le bout du (( tube vers la région du foie, les douleuts se « déclarèrent et lui firent jeter .les hauts cris. (( Ne lâchez pas prise, lui dit le lettré, infailli- U blement vous serez guérie. Après l’avoir ainsi «( tenue dans l’état de douleur, pendant l’espace (( d’environ un quart d’heure , il se retira, et « promit au mandarin de revenir le lendemain, ((à la même heure, et ainsi chaque jour de « même, jusqu’à une parfaite guérison, laquelle c( n’alla pas plus loin que le sixième jour, if Le mandarin , plein de reconnaissance , le récompensa libéralement, mais il exigea de lui qu’il lui avouât, avec franchise, si sa manière n’était pas un siéfa, c’est-à-dire un art supers« titieux, ou, comme on dirait chez nous, un sortilège* Mon art , fui répondit le lettré , esî
dans les lois les plus ordinaires de la nature^ et c’est parce qu’il est tel qu’il est toujours* efficace.il ne consiste que dans la connaissance que j’ai de Xjn et de Xjang , qui sont dans mon corps, et dans mon adresse à diriger l’un ou l’autre à propos vers quelqu’un dans qui Xjn et Xjang ne seraient point en équilibre, afin de l’y rétablir, etc. Celte historiette, vraie ou controuvée , prouve : qu’il y a au moins dix
siècles qu’en Chine l’on avait l’idée d’un agent concentré dans chaque individu , sous le nom ÿjn^jang, dépendant de l’agent universel répandu dans l’espace sous le même nom ;
que chaque individu pouvait disposer à son gré de cet agent propre, pourvu qu’il eût acquis les connaissances nécessaires pour cela^ 3® qu’il pouvait , en le dirigeant à propos, en faire passer une quantité quelconque à un autre individu, pour le joindre à l’agent propre de cet autre individu , et qu’il pouvait enfin s’en servir comme d’un moyen très-efficace pour la guérison des maladies. C’est bien là, si je ne me trompe , ce que M. Mesmer attribue à ce qu’il appelle le magnétisme animalité dis plus, Vjnjang, cet agent universel qui produit et modifie tous les corps, qui les soumet tous en général , et chacun d’eux en particulier; à la
loi générale à laquelle il est soumis lui-méme ^ est la seule clef qui puisse nous ouvrir le sanctuaire de la nature., Ce n’est que dans lui et par lui que nous pouvons nous rendre raison de tous les phénomènes qui se rencontrent à chaque pas dans les régions ténébreuses de la physique , et que nous pouvons parvenir à nous former une idée claire de la vraie théorie du monde. Avouez , monsieur, que vos présomp-» tueux savans, qui regardent les Chinois comme de si mauvais physiciens, seraient bien étonnés s’il leur fallait adopter le système de ces memes Chinois, comme étant, sinon le vrai, du moins le plus satisfaisant et le plus approchant du vrai ; et comme ce système est très-ancien chez eux, qu’on n’en nomme pas l’auteur, et qu’on l’a par tradition depuis les premiers temps de la mo-^ narchie, il faudrait en conclure, avec M. Bailly, qu’ils le tiennent d’un peuple antérieur, d’un peuple perdu , en un mot, du peuple antédiluvien, qui était probablement beaucoup plus avancé dans les sciences que nou3 ne pourrions l’étre aujourd’hui.
Signé Amiot.
OBSERVATION
La lettre du P, Amiot ne prouve que l’état do
slngnalïon où sont restées les sciences en Chine ^ depuis des temps immémorials. Un magnétiseur y passerait sûrement, encore aujourd’hui, pour un sorcier, et la guérison d’une maladie par le somnambulisme magnétique pour un miracle, ou un. En revanche, et ce qui vaut mieux que le magnétisme, leur gouvernement y est stable et durable, et cela par la seule rai^ son que leurs lettrés , à l’exemple d e leur premier législateur, croyant, comme plijsi^
çiens , à l’existence de Dieu, comme métaphysiciens, à celle de leur âme, et comme philosophes, à Tutilité de la prière , n’ont jamais mis ces grandes vérités en discussions ni en probabilités; encore moins s’occupent-ils des religions , qui, partout respectables et nécessaires, ne sont nulle part du domaine des sciences. Quant à leurs médecins, ils ne sont pas, après quatre mille ans de recherches, plus avancés, ce me semble, que les médecins des autres pays; mais lorsque nous nous entendrons avec les Chinois en philosophie, il nous sera aisé, je crois, de leur faire adopter notre petit catéchisme magnétique (1}^
(i) Vojez pages et i55 de ces Mémoires.
TROISIEME LETTRE
De M. le comte de Gomer, lieutenant-général et inspecteur du corps royal d'artillerie.
De Dieuze, le juin 1788.
Vous avez bien voulu, monsieur et cher camarade, vous prêter au désir de madame de Gomer, et tenter en conséquence la guérison du jeune homme épileptique que vous avez magnétisé. M. Husson Ta continué avec succès, et j’ai l’honneur de vous envoyer le journal qu’il en a tenu , qui nous donne toute espérance , ainsi que vous pouvez le voir. Je ne suis plus maintenant incrédule en rien sur cette apparence de mystère, depuis que je vois la marche gradative du traitement de ce jeune homme* Tout ce dont je suis témoin me confirme d’anciennes idées dont je vous ai entretenu, etc,...*
Signé Gomer.
QUATPaÈME LET.TllE*
De M, le camte de Bruhl, colonel au seivica
de Prusse,
De Berlin, 6 mai 1789.
Monsieur,
Éloigné de toute basse adulation, permet-?* tez * etc
C’est principalement à vous que je dois le bonheur de voir évanouir sous mes mains les douleurs les plus aigues. Votre ouvrage donna le mouvement à la machine, et ce ne fut qu’après favoir lu , que je pris la résolution de devenir martyre du magnétisme, car c’est à quoi il faut s’attendre dans ce pays-ci, etc....
Enfin , le magnétisme est regardé comme une supercherie ou comme une chose sur laquelle on ne peut fonder aucune espérance, ou comme une adhérence subtile aux principes jésuiti^ ques. Malgré cela, j’ai trouvé quelques personnes honnêtes que j’ai admises à mes opérations magnétiques; elles ont vu, ont été convaincues et aussi étonnées de croire ce qu’elles voyaient, que ce quelles avaient cru avant de voir, etc....
Enfin, mon zèle ne saurait plus se ralentir^,
d'après les preuves que j’ai eues, et je me croî* rais criminel envers l’humanité , si les difficultés à surmonter, le ridicule à combattre, pouvaient m’arrêter dans ma course bien épineuse et difficile. Votre exemple m’anime, et je sens, d’après mon expérience , combien vous devez avoir eu d’hydres à combattre. Il est malheureux d'être le premier combattant sans secours; mais at-on vaincu, il est heureux de l’avoir été.
C’est en quoi je fonde mon espérance, etc....
Signé Brühl,
CINQUIÈME LETTRE
De madame la baronne de Reich (i),
Strasbourg 1789.
Monsieur,
Cette somnambule qui a mérité votre alten» tion à l’égard du docteur Schouser, était, dans l’origine, à M. d’Hauterive, officier au corps du génie, quM’avait ramenée deux fois des portes
(i) Le fait qu’on va lire est une nouvelle preuve que non seulement les ide'es , mais encore les sentimens', peuvent être, dans le sommeil magne'tique, très-ditfé-? rens de ce qu’ils sont dans l’état de veille.
de la mort. Cette double cure se trouve dans le dernier volume, sous la lettre initiale D. Un concours de circonstances ayant empêche M. d’Hauterive de reprendre madame Lefebvre, que son magnétiseur m’annonça même être rebutante par son incrédulité, je résolus de m’en charger, par la considération que, rebutée par toutes sortes de mauvais propos , cette femme, fort en danger, faisait le désespoir de son mari, en se refusant au magnétisme. Ma recherche fut fort agréée par lui , et la condescendance du pouvoir marital me soumit la femme. A chaque séance, une moue affreuse était le seul accueil que je recevais d’elle; de fortes assurances que rien ne tournait à bien, accompagnaient, de sa part, la plus forte répugnance de se voir entre mes mains; mais, monsieur, tout ceci n’était que pour l’état de veille : en crise, les plus douces jouissances m’attendaient ! Cet être si récalcitrant se jetait pour lors dans mes bras,
des larmes tombaient de ses yeux, elle me demandait mille pardons des tourmens qu’elle voyait bien, pour lors, qu’elle me faisait endurer. Ah! ne m’abandonnez pas, disait-elle, à mon opiniâtreté; sans vous, sans la persévérance que je vous demande , au nom de Dieu , je suis perdue; mes pauvres enfans n’auront
plus de mère^ car rien, hors du magnétisme j, ne peut me sauver; rien n’est plus cher à mai situation présente que vous. Je vois le bien que vous me voulez; mais, hélas! hors de crise, je vous déteste, par la seule raison que vous vous obstinez à vouloir me magnétiser. Promettezmoi, jurez-moi que ces affreuses disparates ne vous éloigneront pas de moi. Je vous soumettrai encore à de rudes assauts, mais le temps vous rendra victorieuse de tout. Vous sentirez mieux que je ne puis le dire , M, le marquis , que je trouvais un fort véhicule au courage dans ces épanchemens de l’âme. Je promis tout; et quel autre eût refusé le prix qui m’attendait? Trois mois se sont écoulés ainsi, ou, inutilement, j’ai fait tous les essais de mon pouvoir pour dompter cette répugnance. Tout m’était soumis en elle, hors cette volonté en veillet Souvent elle m’annonçait une faiblesse quelle aurait le lendemain, par l’horreur que lui inspi-** rait ma vue; une autre fois, les plus effrayantes convulsions, point de subterfuges dont elle ne se soit servie pour éluder ses crises. Instruite par elle-même, elle me fournissait les moyens pour la combattre, et je suis arrivée au but si désiré d’avoir acquis sa confiance et son entier attachement dans tous les temps» Présentement,
en raison d’un prochain rétablissement, ses crises s’éloignent, et elle s’en afflige sincèrement en état de veille. J’espère qu’elle fournira peut-être le premier exemple d’une maladie de poitrine accompagnée de pertes dont on ne peut se faire d’idée, guerie avec peu de remèdes, par le puissant secours du grand agent de la nature. J’ai lutté avec elle pendant des temps infinis, où elle me disait toujonis ne rien voir et ne rien pouvoir trouver pour sa guérison. Intimement persuadée que la lumière qui lui était donnée, devait éclairer ses recherches, je ne cessais de la ramener à mon objet, et je tiens d’elle l’assurance, si chère à mon cœur, qu’elle sera parfaitement rétablie. A présent, elle est pour huit jours en vendanges, et me mande qu’elle est au mieux. Nous n’avons pu , monsieur, rien vérifier avec le professeur Schouser, qui ne laisse à regretter que le . danger où le plongeront ces vaines spéculations. Ce malheureux savant , poussé à bout, un jour nous dit : Vous renverseriez tout mon édifice, si je croyais tout ce que je vois; j’aurais la douleur d’avoir consumé mes jours dans le travail pour ne rien savoir. Nous étions convenus de mettre la déclaration de ma somnambule, etc....
% né la baronne de Reich.
OBSERVATION
Les prompts et étonnans effets obtenus par madame la baronne de Reich, sont la preuve des succès que les femmes obtiendront toujours lorsqu’elles feront usage de leur puissance magnétique : leurs dispositions morales et leurs habitudes domestiques les rendent même, en quelque façon, plus capables que les hommes de développer cette faculté physique au soulagement des êtres auxquels elles porteront affection. Les hommes, distraits par des affaires politiques, spéculatives, ou par des travaux manuels, ne peuvent, sans une sorte de sacrifice de leurs pensées ou de leur temps, se vouer à la pratique du magnétisme animal. Les femmes, une fois qu’elles en auront goûté le charme , en feront leur principale affaire. L’agent de la douceur, de la compassion et de la bonté , n’est pour elles qu’une extension de leur sentiment; et la nature semble les avoir particulièrement destinées à procurer non seulement le bonheur, mais le soulagement des maux de tous les êtres auxquels elles s’intéressent.
Conditions auxquelles messieurs les fondateurs de la Société harmonique de Strasbourg ont souscrit envers M, de Pujségur, ces conditions lui ayant paru nécessaires a observer dans le commencement de leur établissement de bienfaisance •
I® Messieurs les fondateurs soussignés promettent de ne jamais divulguer, hors de leur assemblée d’instruction , les principes qui leur ont été communiqués par M. de Puységur, pour se conduire avec autant de sûreté que de sécurité dans la pratique du magnétisme animal;
2? M. Mesmer étant le premier qui ait reconnu et propagé l’existence d.u magnétisme animal, ils le reconnaîtront pour président perpétuel de leur société;
3° Ils promettent de ne jamais recevoir personne, de quelqu’état et de quelque condition qu’elle soit, à l’instruction de leur principe, qu’aprës que le proposé aura suivi , pendant l’espace d’un mois, le traitement magnétique de la société ;
4^* Que la voie du scrutin décidera ensuite de son étdoption dans la société, et que trois boules
moires suffiront, sans autres éclaircisscmens , pour qu’il soit refusé ;
5® Comme tout être raisonnable et pensant ne peut admettre d’effets sans cause , toute personne ne croyant point à la réalité d’un principe incréé, cause première de tout l’univers, et par conséquent de notre existence, ne sera point admise comme membre de la Société harmonique de Strasbourg;
6° Que le titre d’élève de M. Mesmer ou de tout autre magnétiseur, de quelqu’école que ce soit, ne sera point un litre pour être admis dans les assemblées d’instruction , et que l’on ne se permettra point dy discuter, avec personne, aucun des principes adoptés;
7® Que les magnétiseurs étrangers, quand ils seront munis de patente de leur société, ne pouvant être refusés dans les salles de traitement, l’on se tiendra sur la réserve avec eux, afin de ne pas entrer dans des discussions qui ne pourraient qu’apporter du trouble et de la discordance dans les traitemens ;
8® Que si des considérations majeures faisaient trouver avantageux de rendre quelques personnes distinguées par leur rang ou leur connaissances , témoins des phénomènes du som-
liambulisme, on leur donnera rendez-vous dans une maison tierce, ou chez le malade lui-même, cette précaution remédiant aux abus de la publicité , comme aux inconvéniens d’un trop grand mystère;
9® De porter dans le monde un esprit calme et une conversation tranquille sur les effets du magnétisme animal, et de ne jamais prétendre à convaincre, par des raisoniiemens, de leur réalité ;
10® De ne point chercher à étendre beau-^ coup leur société, surtout dans son commencement , vu les différons schismes qui se sont répandus sur la doctrine du magnétisme animal ;
II® Que, dans aucun temps, ils ne désireront point d’être nombreux, vu la difficulté qu’il y aurait à entretenir un accord parfait entre une multitude d’individus de caractères, d’opinions et d’intérêts différens;
12® Que toutes les correspondances avec les autres Sociétés harmoniques ne feront mention que des effets et des cures obtenues dans les traitemens , et jamais des principes qui auront été adoptés, jusqu’à ce que, connaissant la façon de penser et d’opérer des autres sa-
cîëtés, on ne coure plus le risque de se compromettre.
Signé Lutzelbourg, le baron de Bers- TELT, Klinglin dŒsser, Capitaine au régiment de Montrnorenci , dragons ; Landsperg , Gallimart, Schwendt , Gau, Mouillesault , etc.
Au bas du même règlement, adopté par la Société du régiment de Metz, sont les signatures suivantes ;
A Strasbourg, le 3o aviûl 1785.
Le chevalier de Charbonneaux, Yilliers, Pelletier d’Argers , Riverieülx de Jarlay, Sangy, le chevalier Duteil,
Leblanc d’Eguilly, Burtin, le comte de Jaubert, le chevalier Durand, Gin-
TRAY, SaiNT-BlAISE DE CrESPY, RoTA- HER, Bertier, Beatrix, Yillers, etc.
Nota. Je supprime mon discours, qui ne contient que des réflexions morales.
avis aux magnétiseurs.
Donné par mon frere Maxime, lors de son cours, a Bayonne, en 1784.
Tout traitement magnétique ne doit a:voir
pour but que de détruire la maladie et de rappeler la santé dans les individus qui y sont soumis.
L’ordre et l’harmonie troublés dans un individu, sont ce qui constitue la maladie. Le moyen de la guérir est de détruire ce trouble, en lui opposant V ordre et Yharmonie,
U ordre et l’ harmonie la plus parfaite sont donc la base invariable de tout traitement magnétique. Le type de l’ordre est Xunité,
Le moyen le plus simple et le plus sur que des hommes puissent employer pour maintenir entr’eux l’ordre et l’harmonie, est de se rapprocher, autant qu’il est possible, de cette unité, en se soumettant volontairement à la volonté d'un seul, et cela sans aucune restriction.
Dans tout traitement magnétique , il doit donc y avoir un et cè chef doit être ab-
solu, Tous les magnétiseurs doivent se faire un
devoir de se conformer en tout à sa volonté ,
c’est un moyen certain de renforcement individuel pour chacun d’eux; et le chef de traitement vient-il à se tromper, s’il ne reconnaît pas son erreur à la première représentation , il vaut mieux se tromper avec lui que de le combattre de parole ou d'intention.
Le traitement étant fini, et les malades con-
gédiéS;, si un clief de traitement sYlait trompé d’une manière essentielle^ c’est alors que chaque magnétiseur peut le lui représenter à son aise, discuter son avis autant qu’il le désire, et meme se séparer entièrement de lui , s’ils ne peuvent s’accorder; car il vaudrait mieux former autant de trailemens particuliers qu’il j a de magnétiseurs, que de porter dans son cœur, au rnilieu d’un traitement de plusieurs, un germe quelconque de division.
Autant qu’il sera possible, on choisira Une heure, dans la journée pour tenir le traitement ; cependant le chef sera toujours le maître de la changer, quand jl Je jugera à propos.
Avant de commencer le traitement, le chef doit appeler auprès de lui tous Les magnétiseurs, leur toucher les.pouces à tous, pour leur donner le ton , œt faire ensuite la chaîne avec eux ^ pendant un instant, en signe de V union intime qui doit régner entr’eux, tant de leurs facultés morales que phy siques.
Chaque magnétiseur se rendra ensuite auprès de ses malades, qui seront réunis dans le meme quartier, autant qu’il sera possible.
Chaque magnétiseur aura ses malades, qui lui auront été affectés par le chef du trailement, et il n’en touchera pas d’autres, à
moins d’un cas de nécessité, et d’après l’ordre du chef.
Le chef, au contraire, pourra toucher tous les malades, et en donner le pouvoir à qui il voudra 5 mais il n’usera de cette faculté que pour rétablir l’ordre ou pour produire un ren«* forcement momentané qu’il jugera nécessaire.-
Le chef de traitement aura quelques malades à lui particulièrement; mais plus le traitement sera nombreux, et moins il en conservera, afin d’élre plus à même de veiller à l’harmonie générale.
L’instant de faire la chaîne sera toujours déterminé par le chef de traitement, ainsi que le temps de sa durée.
Pendant la chaîne, on fera observer le silence aux malades ; lorsque la chaîne aura cessé , le chef de traitement pourra leur permettre de ' parler.
Quoique les heures du traitement soient fixées, néanmoins chaque magnétiseur qui aura des malades susceptibles de aises magnétiques, se conformera, avec la plus scrupuleuse exactitude , aux indications qu’ils lui donneront pour la manière et le temps précis où il doit les toucher et les mettre en crise.
Quand les indications des crisiaques se trou-
Teront contraires aux intentions déjà exprimées du chef de traitement, leur magnétiseur aura soin de l’en prévenir, soit qu’ils veuillent être traités à d’autres heures, ou bien ne pas faire la chaîne pendant qu’ils seront en traitement; et, dans ce dernier cas, il suffira de les mettre à part. En tout, il faut chercher à les satisfaire , sans pour cela porter aucun préjudice à l’ordre général.
Le magnétiseur doit conserver toujours l’em» pire de volonté sur ses crisiaques, mais il doit dëtetminer sa volonté d’après les lumières qu’il tire de leurs indications. C’est ainsi qu’il acquerra chaque jour de nouvelles connaissances, et qu’il deviendra de plus en plus capable de produire tous les effets qu’il désire, et principalement le soulagement des maux qu’il veut combattre.
Outre les règles ci-dessus prescrites, et que l’on croit nécessaires pour maintenir l’ordre d’un traitement et le rendre d’autant plus bienfaisant, il est encore, pour chaque magnétiseur en particulier , des dispositions intérieures que l’on ne peut dicter, mais que l’on ne saurait trop leur recommander, comme étant les seules capables de rendre à leurs facultés naturelles la force et fénergie dont elles sont
susceptibles, et par-là de les aietlre à meme d’accomplir Xœuvre qu’ils se proposent en magnétisant, qui esl de guérir, c’est-à-dire vaincre le désordre par U ordre même, et le faire régner à sa place.
Ces dispositions si précieuses sont la paix avec soi-même , la tranquillité d'esprit et dit corps y le désir sincère de guérir, ému par la sensibilité et non par X amour propre; V égalité dans le caractère , la douceur unie avec la fer^^ meté , la patience sans indifférence , et l’habitude de concentrer ses idées à ne s’occuper que de ce que l’on fait.
CORRESPONDANCE
Que madame la marquise de Rougé m'a per-^ mis d'insérer dans ces Mémoires.
PREMIERE LETTRE
Paris, le lôjanYier 1807.
En recevant une lettre de moi, monsieur, vous croirez, etc.
Lorsque vous vous occupiez du magnétisme, j’ai un peu suivi vos opérations; j’ai lu des livres, j’ai vu Mesmer, j’ai même essayé de magnétiser; mais tout en reconnaissant que cette découverte était peut-être une des plus belles qui eut été faite , une de celles qui pouvait être la plus utile à l’humanité, j’ai senti que je n’y entendais rien du tout; de ce moment, je me suis tenue tranquille, et je n’ai même jamais discuté une cause que je ne me sentais pas en état de défendre.
Il y a un an , madame de dont le mari
est employé dans les contributions, et s’occupe des interets et des affaires de mon fils, à Moreuil , a éprouvé diverses souffrances causées par un dérangement qui nous fa fait soupçonner grosse : cette femme a vingt -neuf ans, est grande, forte, fraiclie, et semblait ne devoir jamais être malade. On fa saignée plusieurs fois, on lui a fait prendre divers remèdes, etc.; ses souffrances ont augmenté, et il y a un mois ou cinq semaines, elle se trouvait mal de temps en temps, ne perdant pas connaissance, mais étant un quart d’heure ou une demi -heure comme anéantie, les yeux fermés, ne pouvant parler, mais entendant tout ce qu’on disait : ces accidens ont augmenté graduellement; bientôt elle a perdu connaissance, les évanouissemens ont été plus longs, elle a éprouvé des inouvemens de nerfs dans les membres, qui, petit à petit, se sont augmentés. Je lui ai fait prendre inutilement de l’éther, de Feau de fleur d’orange, etc.; m’approchant souvent d’elle, je prenais ses bras, qu’elle tordait sur sa tête, et la calmais : j’imaginai alors delà magnétiser, et je lui fis éprouver des effets surprenans; mais ce qui me fa paru davantage, c’est qu’elle ne veut souffrir personne que moi auprès d’elle s
son njari, qu’elle aime beaucoup, son frère^ mes enfaiis, ma fille, tous lui causent des commotions terribles, non seulement en la toucliant, mais en me touchant moi - même, ou en passant à trois ou quatre pieds d’elle : le moindre mouvement extérieur , une porte qu’on ouvre, quelqu’un qui parle dehors, la font tressaillir; mes enfans ont essayé de la toucher avec un grand tube de verre, elle n’a rien senti; mais avec un égal morceau de fer, elle a ressenti avec la même violence qu’en la touchant; dans ce cas, je la calme à l’instant en touchant le membre qui^tressaille , quelquefois ma voix suffit; lorsque je m’assieds près d’elle, elle vient souvent s’appuyer sur mon épaule, quoiqu’elle ait les yeux toujours fermés; quelquefois elle met ses bras autour de moi, ou elle me serre les mains dans les siennes, ou elle pose une de mes mains sur son estomac ou son ventre, et l’y tient serrée de manière à ce qu’il me serait impossible de l’en retirer. Un jour, étant fatiguée de la tenir appuyée sur moi, et ayant tenté très-inutilement de la remettre sur les carreaux dont on l’entoure, je lui ai dit (et depuis^ plusieurs fois) : Je suis lasse, laissez-moi me reposer; et aussitôt elle s’est rejetée elle -mêrae sur les carreaux. Après m’être pro-
menée un moment, je reviens près d’elle, et sitôt que je la touche et lui dis : Voulez -vous vous appu)^er sur moi? elle se relève et s’appuie sur moi. 11 m’est arrivé plusieurs fois aussi, elle me serrant la main assez fort pour me faire mal avec mon anneau, sans pouvoir, par mes efforts, retirer celte main, de lui dire : Laissez ma main, que je prenne une prise de tabac; et elle de me lâcher aussitôt.
Voyant cette facilité à m’entendre, j’ai espéré pouvoir la faire parler, ce qui aurait pu être bien important pouf elle,' en me faisant connaître la cause de ses maux. En conséquence, je l’ai questionnée nombre de fois sur sa santé, mais inutilement; elle m’entend parfaitement , car elle témoigne faire tous les efforts possibles pour me parler; elle remue. les lèvres.; et quand je la presse pour me répondre, elle s’agite extrêmement, frappe du pied, ou si elle me tenait entre ses bras, elle me serre de tout son cœur en se plaignant, comme pour me témoigner combien elle est fâchée de ne me pas répondre; il m’est même arrivé, en la voyant plus souffrir, de dire : Pauvre femme! et elle, me tenant la main , de me la serrer fort , comme pour me dire : Je vous remercie de votre pitié. Malheureusement le mariage de ma nièce
( 4ii )
m’a forcée de la quitter mercredi dernier; je crains bien qu’elle n’ait eu de fortes convulsions en mon absence, qui durera quinze jours en tout, car il m’est arrivé, pendant ses attaques, de sortir un moment de .la chambre, et alors elle en avait; je dis malheureusement, et c’est sur cela qu’il m’est bien important de vous consulter. Ne lui ai-je point fait de mal? J’en suis bien inquiète. Il est constant que depuis que je la magnétise, ses attaques ont doublé de longueur, de force, et se sont renouvelées deux fois par jour au lieu d’une : dans ce cas, ce serait un grand bonheur que je fusse partie; mais si vous pensez au contraire que le magnétisme ne peut faire que du bien, enseignez-moi donc le moyen de l’opérer, celui de la faire parler sur sa santé; enfin dites-moi ce que je dois faire. Je me désole bien que vous ne soyez pas à portée de moi pour me donner vos avis, et je suis persuadée que cela vous intéresserait.
J’oubliais de vous observer c|ue, fatiguée un peu de mes quatre heures de séances, je désirais qu’elle put être magnétisée par son mari ou un de mes fils; j’ai tenté plusieurs fois, inu*? tilement, de les mettre en rapport avec elle : enfin , le dernier jour, avant qu’elle se trouvât
mal, j’ai voulu qu’elle magnétisât son mari elle-rnéme, pour lâcher d’établir le rapport; mais eu posant les mains sur lui, elle a éprouvé une si violente secousse dans tous les nerfs, et particulièrement à l’çstomac, qu’elle Fa bien vite quitté. Ayant essayé de poser les mains sur mon fils, la secousse a été encore plus vive.
Recevez, monsieur, etc.
P. S, Je vous prie de me répondre tout de
suite ici, rue C , n° 7, parce que je désire
avoir votre réponse avant de retourner auprès de ma malade, et que je ne passe plus que huit ou neuf jours ici.
DEUXIEME LETTRE
Soissons, le 21 janvier 1807.
Je savais depuis long-temps, madame, que vous vous étiez occupée du magnétisme, et que vous aviez eu l’occasion d’en constater l’existence et ses étonnans effets; mais votre réserve avec moi sur ce chapitre, lorsque depuis quelques années j’ai eu l’honneur de vous revoir, m’avait fait penser que des motifs que je devais respecter sans les connaître, vous imposaient la loi de ne. plus vous en occuper. Je suis trop
flatté de votre confiance pour ne pas m’empresser de vous donner les ëclaircissemens que vous me demandez.
Il vous arrive exactement, madame, avec la dame dont vous me parlez , ce qui m’est arrivé à moi -même lorsque, ne portant encore aucune confiance à la réalité de la découverte de M. Mesmer, je voulus essayer de m’en convaincre sur un paysan, dans ma terre, etc...
Qu’il vous suffise, en attendant, madame, de savoir et de vous bien convaincre que , d’une volonté forte, soutenue de votre couiage , dépend tout le succès de votre entreprise.
Il faut que voire malade (en cri^e magnétique) vous devienne entièrement soumise; je dis plus, elle ne doit pas être même dans la possibilité d’avoir d’elle seule une volonté.
Toutes vos incertitudes, la moindre crainte que mentalement même vous pouvez éprouver en la magnétisant, non seulement sont un mal en les lui faisant partager, mais encore l’action de ces craintes sur vous-même diminue d’autant vos moyens de la secourir.
Ce peu de mots doit vous faire concevoir, madame, toute l’efficacité du magnétisme employé avec force et sagesse, en même temps que tout son danger, quand il est mal administré.
Si donc vons ne vous pénétrez pas de la vérité entière de ce que j’ai l’honneur de vous dire , je vous engagerais, je vous supplierais meme, pour votre propre bonheur, de ne pas continuer à rendre des soins à votre intéressante malade; en vous en séparant, vous lui avez fait moins de mal que vous ne lui en feriez en la magnétisant de nouveau avec des incenitudes.
Mais si, au contraire, vous vous armez de confiance dans vos moyens, si vous avez la volonté unique et absolue de soulager et, de guérir, sans autre but que le bien et l’avantage de votre malade, car je vais même jusqua ne pas tolérer les moindres jouissance ^de curiosité ni d^amour- propre, je vous promets, madame, avec sûreté , des succès qui vous dédommageront amplement de toutes vos jpeines , <en vous procurant les plus pures et les plus^douces satisfactions.
Persuadez - vous bien que vous êtes maîtresse absolue de votre malade , lorsque , par votreapproche ou par l’émanation de votre fluide (ou électricité animale), vous l’avez fait entrer dans l’état de crise ou de sommeil magnétique. jCe mot àt maîtresse ne doit être entendu, toutefois, qu’à l’égard de ce qui a trait à son bienêtre et à sa santé.
Ce qui vous a surprise^ lorsque , fatiguée de la tenir appuyée sur vous, vous lui avez dit de vous laisser reposer, et qu’aussitôt elle s’est rejetée sur des carreaux, est la preuve évidente et de votre pouvoir et de son obéissance^ lui demander ensuite son avis pour savoir si elle veut se rappuyer sur vous, est déjà, dans l’état de mobilité de votre malade , une invitation pour elle de le faire.
Remarquez que ce n’est qu’après voOs être senti fatiguée de la tenir dans vos bras ^ ou bien par suite de la douleur que votre bague, serrée par elle, vous avait occasionnée*, que vous l’avez vu céder sur le champ à vos désirs. La raison en est que c’est dans ces seules occasions que vous avez manifesté une véritable volonté. Commencez donc, madame, par avoir de dominer entièrement la sienne.
Voici ce que vous avez à faire en arrivant à Moreuil.
Sans attendre que votre malade ait une attaque bien naturelle , faites-la venir ou allez .la trouver, et magnétisez -la; il serait possible qu’elle prît des convulsions, par la raison que vous les lui avez laissé continuer dès le prin* cipe, et qu’elles sont , pour ainsi dire^ïmainte^nant en elle une espèce d’habitude en cét étab;
mais ne vous en inquiétez pas, ne pensez â autre chose, d’abord, qu’à la calmer; veuillez* le fortement, en passant vos mains de la tête aux pieds, et le long des bras, en la touchant légèrement; ensuite laissez-la tranquille dans l’état de spasme qui s’ensuivra, et qui ne doit point vous inquiéter; au moindre mouvement de nerf qui voudrait reparaître, recommencez à la magnétiser, pour la calmer par votre toucher bienfaisant.
Je pourrais presque vous répondre que, par ce moyen, vous vous rendrez maîtresse des convulsions de votre malade, et que vous parviendrez à ne lui laisser que celles qui peuvent fort bien être nécessaires à sa guérison , et que d’avance elle vous annoncera ellc-même devoir lui arriver. Mais, encore une fois, c’est ce qu’elle ne pourra dire que lorsqu’elle sera entrée dans l’état parfait de somnambulisme.
Je suppose donc à présent votre malade, soit avant, soit après sa convulsion, dans cet état non achevé de somnambulisme, tel que vous me l’avez dépeint; dès ce moment commencez vous-même par reposer votre imagination ; ne vous fatiguez plus à magnétiser, et reprenez tout le calme moral qu’un état si doux, occasionné par votre bienfaisant attouchement, doit
procurer à votre âme charitable. Persuadez-vous bien^ madame, que , dans cet étal dliarmouie qui se trouvera établi entre vous et votre malade, vous n’aurez pas une sensation, pas une pensée qui la concerne qui ne soit à l’instant partagée par elle : jugez combien, au contraire, tous les sentimens troublés que vous éprouveriez causeraient en elle de désordre, et surtout aujourd'hui que vous voilà bien instruite, car avant cela, l’ignorance où vous étiez rendait vos opérations moins dangereuses.
Vous sentez -vous fatiguée d’une position quelconque auprès d’elle, dites-lui alors : Restez seule et laissez-moi ni éloigner.^ ce e[Q’elle consentirait à faire, quand même vous ne i’eriez que le vouloir et le penser. Peu à peu, rendezvous ensuite maîtresse dé toutes ses actions; èt pour y parvenir sûrement et en peu de temps, veuillez d’abord la faire sortir de cet état de sommeil apparent, ce à quoi vous parviendrez toujours, toujours , entendez-vous bien, quand ce sera vous qui l’y aurez fait entrer.
Si votre malade ne vous a pas parlé quand vous l’avez questionnée, soyez sûre que c’est parce que vous ne l’avez pas voulu. Si elle s’y refusait encore, ne cessez pas pour cela de désirer de vouloir y parvenir.
Commencez par lui demander : Ce que je fais vous est-il salutaire? vous faisais-je du bien?Yoi\k la première chose dont vous devez vous informer, ce à quoi elle peut répondre par un signe affirmatif ou négatif; car enfin , si elle allait vous répondre que non, quel motif auriez*vous de continuer à la magnétiser? Mais elle ne vous fera sûrement pas cette réponse.
Je suppose donc qu’elle vous fera le^igne de oui avec la tête, ou en vous serrant la main; voilà déjà un bon commencement.
Autre question.
Voulez-vous rester long temps dans Fétat où vous êtes?.,.. Point de réponse peut-être, et même elle s’agitera , frappera du pied , etc. Tenez - vous tranquille ^ et tâchez de répondre à mes questions et au désir que j^ ai de vous être utile. Si elle ne pouvait pas encore parler, ce serait le cas de lui demander d’écrire ses réponses ; si elle ne cédait ni à l’une ni à Fautre de ces demandes, prenez alors votre montre, fixez vous-même, et selon votre commodité, le temps que vous croirez nécessaire à lui donner, et annoncez-lui que , dans une demi-heure ou un quart d’heure, vous la rendrez à l’état naturel. Tenez lui parole, et ne vacillez jamais dans votre détermination. (Je suppose toujours
que toutes convulsions ont cessé, et que Tétât de calme a succédé. ) D’ailleurs, vous aurez toujours pu, en la questionnant, vous assurer, par ses réponses ou par ses signes, si elle doit ou ne doit pas avoir encore des convulsions.
C’est ainsi que, petit à petit, vous réparerez d’abord ce que votre inexpérience a pu occasionner de légers désordres en elle; et une fois maîtresse de ces déterminations , vous n'aurez plus qu’à suivre à la lettre ce qu’elle - meme vous indiquera d’utile ou de nécessaire à sa guérison.
Mais, encore une fois, madame, autant je vous encourage à la confiance aveugle dans tous les remèdes et les moyens qu’un être en crise magnétique indique pour sa santé, autant je vous engage à vous tenir en garde contre la domination que la faiblesse meme de ces êtres les porte à exercer sur leurs magnétiseurs. Ne prenez donc pas de trop forts engagemens. Lorsque vous n’aurez vraiment pas le temps, lorsque des affaires ou votre santé nécessiteront ailleurs l’emploi de vos momens, dites à votre somnambule qu’elle voie à chercher le moyen que cela ne nuise pas à sa guérison; enfin/considérezda comme un simple niiroir qui, passif
en îui-même, ne réfléchit jamais que les objets qui lui sont présentés.
Si , lorsque vous serez de retour à Moreuil , vous voulez de plus amples éclaircissemens, ne me ménagez point, et croyez , madame, à tout le plaisir que j’aurai, dans tous les temps, à vous donner des preuves de mon dévoùment et de mon ancien et respectueux attachement (i).
Signé PüYSÉGUR*
TROISIEME LETTRE
Moreuil, ce 9 février 1807.
Votre lettre et vos instructions, monsieur, m’ont fait grand plaisir; elles me sont arrivées
(i) Le fer a fait plus d’elFet sur elle que le verre, par ia seule raison que celui qui a tâtonné cette expérience en avait probablement bid.ée, la pensée fugitive seulement. Vous avez entre vos mains un être extrêmement mobile , et par cela même le plus facile â guérir et à désorganiser. Prenez-y garde, interdisez-vous toute espèce d^expériences. La rendre bonne et clairvoyante somnambule, et la guérir promptement, voilà ce qui doit être votre seul but.
à temps à Pans, où j ai même un peu prolongé mon séjour; à mon arrivée, j’en ai fait usage, et j’ai éprouvé de grands succès, mais pas encore tels que je les voudrais , comme je vous en rendrai compte tout à l’heure.
Vous me dites que vous avez cru que des motifs respectables m’avaient éloignée du magnétisme : non, monsieur; loin de penser que le magnétisme puisse éloigner de la religion, je crois que rien n’est plus fait pour en rapprocher. D’ où peut donc vous venir cet étonnant pouvoir? comment comprendre les espèces de miracles qu’il opère? qui a pu y mettre des bornes? et qui, opérant par nous ces merveilles, a voulu qu’elles fussent pour nous aussi incompréhensibles, si ce n’est celui qui peut faire de bien plus grandes choses encore, et qui a posé lui-même les bornes de notre esprit et de nos forces, comme celles de notre pouvoir magnétique?
Ce n’est donc que par admiration pour la découverte, par la crainte des abus qui peuvent en naître, et par la conscience de la faiblesse de mes connaissances, que j’ai renoncé à l’exercer. J’ai toujours également évité d’en parler, me sentant hors d’état de soutenir une cause qui ne peut l’être par le raisonnement , mais
seulement par les faits. C’est donc le hasard seul qui m’a fait entreprendre ce que j’ai commencé, parce que cette pauvre malade étant tout le jour avec nous, et la voyant souffrir, j’ai espéré la soulager, sitôt que je me suis aperçu de mon pouvoir magnétique sur elle; mais il m’est arrivé tout ce que vous dites : une incertitude , une inquiétude que je ne puis vous rendre; votre lettre les a diminuées beaucoup, mais pas entièrement détruites ; et s’il arrivait quelque chose d’extraordinaire , comme les convulsions de madame de que j^ai vue faire toucher en arrière, la tête à ses talons, je ne sais ce que je deviendrais. Aussi je vais continuer ma cure; mais après, je n’y retournerai plus , cela m’inquiète trop.
Venons au compte que je dois à votre complaisance.
Pendant les quinze jours qu’a duré mon absence 5 elle a^eu des convulsions terribles, et elle était si fatiguée de ses attaques, qu’à peine elle avait la force de se traîner de sa chaise à son lit, ou de se lever pour se déshabiller. Ordinairement elle se mettait sur son lit quand elle se sentait souffrante; on l’entourait de carreaux et de couvertures ; elle se débattait cruellement, et qui que ce* soit ne
pouvait Ta-pprocher (i). Le jour même de mon arrivée elle était en crise dans mon salon, et je l’ai soignée deux heures en arrivant; le lendemain, elle a eu une crise d’une heure et demie le matin, et de plus de trois heures le soir. Le jour suivant, ayant remarqué les heures de ses crises, j’ai suivi vos conseils et l’ai magnétisée d’avance. J’avais tenté inutilement, jusque-là ^ de la faire parler et écrire. Ce jour elle a reçu une plume et a tracé quelques mots sans suite, suivis d’une espèce de parafe fort bien fait, parce qu’elle a une très belle écriture. Le lendemain, elle a écrit plus clairement , mais je ne comprenais rien au même parafe de la veille, qu’elle ajoutait à toutes ses phrases.
Avant de continuer, il faudrait que vous dissiez si les idées dont on est frappé, éveillé, ne se représentent pas dans le sommeil magnétique, et ne trompent pas. Voici pourquoi : Le médecin a dit qu’elle avait mal à la matrice, par suite de ses dernières couches, et que le remède, pour elle, était d’avoir encore un enfant; qu’il fallait, pour soulager momentanément ses nerfs, qu’elle prît, avant dîner, une cuillerée d’eau de fleur d’orange. Remarquez tout cela.
(i) Pendant mon absence on Fa saignée, et elle en a été soulagée, mais quelques jours seulement.
Quand elle a éié éveillée, je lui ai montré son écriture, lui demandant si elle comprenait quelque chose; elle l’a déchirée aussitôt qu’elle Fa eu lue, en me disant : P^ous me ferez écrire des sottises. Aussitôt le dire du médecin m’est revenu à Fidée , et j’ai vu que c’était cela. , *
Le lendemain, étant restée avec elle dans mon cabinet, parce que j’avais qucdqu’un , je me suis aperçue qu’étant seule avec moi, elle écrivait plus facilement et mieux; je lui ai demandé : Que faut - il faire pour vous faire du bien ? Elle m’a écrit : Prendre une cuillerée d’eau de fleur d’orange avant de manger. — Faut-il y mettre de Feau? — Oui. — Du sucre? — Oui. — Ne puis-je faire autre chose pour vous soulager? — Ce que vous faites. Le soir je Fai questionnée sans lui proposer de plume, et elle m’a répondu sur le champ, et toujours depuis, mais c’est seulement quand je suis seule. Sitôt que son mari ou mes enfans viennent, elle ne dit plus mot. Elle me répond souvent les choses les plus touchantes. — Je voudrais vous faire plus de bien. — Vous m’en faites beaucoup; ou, que vous êtes bonne! La questionnant sur son mal, elle m’a dit comme le médecin. Et sur le remède? — Oui, mais je ne veux pas. — Pourquoi? — Parce que je ne veux pas. — Je lui ai
fait ce que j’ai pu de questions pour découvrir la cause de cette volonté, et toujours : Je ne veux pas. Enfin, après trois ou quatre séances, la pressant fort de me dire cette cause, afin de la combattre éveillée, lui disant : Est-ce que vous n’aimez pas votre mari? — Si, je Faime beaucoup! — Est-ce que vous n’avez pas de confiance en moi? — Je Fai toute. — Eh bien! pourquoi ne pas me la dire? — Parce que vous trouverez que j’ai tort. — ^ Qu’importe î dites toujours, nous en raisonnerons. Enfin, après assez d’agitations, elle m’a dit : Parce que si j’ai un enfant, je ne Féleverai pas! — Cette réponse m’a glacée; je lui ai dit : Chassez cette pensée, c^’est sûrement uoe illusion; ne pensez plus qu’à vous et à votre guérison. Y a-t-il un. autre remède pour vous tirer de Fétat où vous êtes? — Non. — Eh bien! voulez-vous rester votre vie entière comme vous voilà , ou vous exposer à des maux pires encore? — Ah! quel affreux remède! — Ne vous tourmentez pas, n’en parlons plus. C’était hier. Aujourd’hui, je lui ai redit de bien penser à son état (je savais qu’elle était à son époque); elle m’a dit sur cela tout ce que j’ai cru utile d’apprendre d’elle pour lui être utile; mais quand je parle du rem èdQ : Je ne veux pas.. Enfin, je désirais savoir si, en
cas qu’elle devînt grosse, elle ferait une fausse couche, ce que Fautre phrase ne disait pas. La voyant parfaitement calme et bien parlante, je le lui ai demandé; elle m’a répondu sans agitation : Je ne le porterais pas à bien. — Mais à quelle époque ferez-vous une fausse couche? — Comme des deux autres, entre sept et huit mois. — Il faut encore vous faire observer, monsieur, que, depuis ces deux fausses couches, elle est persuadée qu’elle ne peut plus porter d’enfant, quoiqu’elle en ait un bien portant; tout cela me fait donc croire que les idées habituelles se peignent dans le sommeil magnétique, et peuvent tromper. Vous pensez bien que je n’ai rien dit et ne dirai jamais rien de cela à elle ni à son mari, que cela désolerait, et je vous prie même de n’en parler à personne, à cause des rapports que vous avez ici. Mais mandez moi si, comme je Uespere, on peut se tromper en crise. Elle m’a dit aujourd’hui, pour la première fois, qu’elle n’aurait point de crise demain matin, mais demain au soir; elle me dit les heures, le temps où il faut la réveiller, et mille autres détails que je vous dirais ; mais je suis indiscrète de vous en avoir dit si long déjà.
11 faut que vous sachiez encore qu’elle m’a
dit qu’elle irait mieux dans quelques jours ; qu’il fallait la baigner jeudi proeliain; qu’il ne faut point la saigner, comme le médecin en avait
encore envie, etc....
Que je regrette que vous ne sojiez pas venu
chez madame votre n pendant tout ce temps;
je serais bien plus habile que je ne suis, si nous avions causé; mais votre lettre m’a été d^un grand secours.
Pensez bien , je vous prie, d’après ma lettre, si vous avez encore de bons conseils à me donner, car je sens combien je suis peu forte, etc....
QUATRIÈME LETTRE
Soissons, ce i3 février 1788.
Votre lettre du 9 de ce mois, madame, m’a fait un plaisir extrême; vous avez parfaitement suivi les indications que je vous avais tracées, et je me félicite d’avoir pu contribuer, par les conseils de mon expérience, à assurer vos succès actuels et à venir, à l’égard de l’intéressante malade à qui vous donnez vos soins.
La réticence qu’elle a mise à ne vouloir pas vous parler devant témoin, vous donne d’abord la preuve de la raison que l’on conserve et de
îa lucidité que Ton acquiert dans l’état magnétique : sans doute que cette jeune femme jugeait que ses réponses auraient inquiété son mari.
Je suis votre lettre. Lorsque vous lui avez montré, après l’avoir rendue à son état naturel, ce qu elle avait écrit plus clairement dans son somnambulisme , vous avez fait une imprudence, mais bien réparable et de peu de conséquence : il vaudrait mieux, en général, ne jamais instruire un malade dans l’état de veille de toutes les particularités de sa vie magnétique (si je puis m’exprimer ainsi), et cela pour ne pas l’exposer à la surprise ou à l’inquiétude dans l’état de veille , ou à des réminiscences inutiles dans l’état de sommeil magnétique.
Oui, madame, un somnambule a toutes les réminiscences des idées qu’il a eues dans l’état ordinaire; la différence qu’il y a entre ces deux états, est qu’au contraire il n’a, étant éveillé, aucune réminiscence de ce qu’il a dit et fait étant somnambule; moins on fera donc participer l’état de veille à celui du somnambulisme, et mieux on fera, surtout lorsque, commençant, comme vous le faites, à magnétiser, on n’est pas encore ni assez assuré ni assez maître de son action magnétique, pour pouvoir
réparer sur le champ les petites fautes que l’on pourrait commettre.
Je reviens a votre lettre , j’en suis au détail du lendemain, où, se trouvant seule avec vous, elle vous a, soit par écrit, soit verbalement, bien instruite de tout ce qui pouvait le plus satisfaire à voJ;re sollicitude, ainsi qu’à sa reconnaissance. Vous ne pouviez obtenir, madame, un entretien plus satisfaisant : voici les conséquences que j’en tire avec une sorte de certitude.
Cette jeune femme a, je n’en doute pas, mal à la matrice; j’en ignore le cause (mais elle vous le dira). Le médecin qui fa ainsi jugée, a parfaitement reconnu la cause de ses maux; probablement, et je le crois, il a également bien jugé le remède : et où en serions -nous, madame, si, parce qu’un malade dans l’état de somnambulisme magnétique, ne peut se tromper ni sur la cause des maux ni sur les moyens de les guérir, nous allions en conclure que parce qu’un médecin n’y voit pas si clair, il doit toujours se tromper? Non, certes, je ne pense pas ainsi, et je crois au contraire aux bons médecins, dont un jugement sain et de sages observations ont dirigé l’expérience. L’art de guérir par l’action magnétique est sûrement
îe plus certain, mais en même temps si difficile à pratiquer, que c’est la plus grande erreur dans laquelle sont tombés dans le temps quelques magnétiseurs inconsidérés , que d’en avoir conçlu qu’avec son secours, on n’aurait bientôt plus besoin de médecins : c’est comme si l’on eût dit, lorsque l’art de l’imprimerie fut inventé, que cette manière de transmettre sa pensée étant plus lisible et plus correcte, on n’aurait plus besoin de savoir écrire. Si le dire de votre malade se rapporte donc si parfaitement à celui de son médecin, je vous prie d’en faire à ce dernier mon bien sincère compliment.
Vous me demandez ensuite si je pense, ainsi que vous V espérez, quon puisse se tromper étant en crise. Savez -vous que cet espoir, s’il était réalisé, serait la condamnation formelle et bien motivée du magnétisme?.. Non, certes, persuadez-vous-le bien, madame, jamais un malade ne peut se tromper dans l’état magnétique; toutes les connaissances qu’il y acquiert n’étant que le produit de nouvelles sensations, elles sont aussi certaines pour lui que l’est pour nous, qui avons de bons yeux, l’existence de la lumière. Mais de ce qu’un somnambule magnétique ne peut jamais se tromper sur ce qu’il dit voir, sentir ou plutôt savoir, il ne
s’ensuit pas qu’il voie^ qu’il sente, et qu’il sache tout; et c’est le cas où se trouve. votre malade : elle voit la cause de son mal, il est dans la matrice '; elle en voit le remède, c^est de devenir grosse ; elle voit encore très*dislinctement que, devenant grosse , elle fera a six ou sept mois une fausse couche. Tout cela est très-, positif, est, et arrivera comme elle le dit, si vous n’y mettez ordre.
Pourquoi sa vue, sa science ne s’étend-elle pas plus loin qu’au terme de sa fausse couche? c^est que, d’après Fëlat de faiblesse de la partie malade, qui indubitablement a été la cause de ses deux précédentes fausses couches, dès-lors qu’il resterait le meme, elle en doit pressentir les memes résultats; rien n’est plus simple, cela l’effraie, arrête l’énergie de sa perspicacité, et lui lait prononcer en se décourageant : Ah! quelle remède affreux! Eh bien, madame, c’est à vous à avoir du courage et à soutenir le sien. Diles-lui, ordoanez-lui, et non seulement par le motif de sa santé, mais par celui de satisfaire à sa reconnaissance envers vous, pour tous les soins et l’intérêt que vous lui témoignez, ordonnezdui, dis -je, de chercher à découvrir quels sont les moyens a employer par elle pour prévenir êa fausse couche ^ et amener son eur
font a bien an terme de neuf mois; ajouteaj hardiment, pour l’y déterminer, tout ce que votre cœur pourra vous inspirer de plus charitable et de plus touchant; dites -lui enfin que ce qu’il y aurait d’affreux, serait le chagrin que vous éprouveriez vousunême, si elle faisait une fausse couche, parce que vous auriez à vous reprocher d’en être pour ainsi dire la cause.
Ne vous arrêtez à aucune des oppositions que d’abord elle pourrait vous faire. Combien de malades, effrayés des progrès d’un mal qu’ils apercevaient pour la première fois en eux, m’ont annoncé qu’ils n’en guériraient pas, qu’ils en mourraient même, et que mes soins leur devenaient inutiles! Non, vous n^en mourrez pas, leur répondais-je; si ce n’est pas aujourd’hui, demain, dans quelques jours, vous me direz je le veux, ce qui peut prévenir votre mort et opérer votre guérison. Leur profonde tristesse, leurs pleurs même ne m’ont jamais effrayé; chaque fois que je les remettais dans l’état magnétique, je n’occupais leurs facultés qu’à chercher les moyens de me tranquilliser sur leur sort. Jamais, madame, jamais, je vous en donne ma parole la plus sacrée, aucun d’eux n’a manqué de me satisfaire.
Que tout cela est beau, madame î Que fai de joie de vous en entretenir, et que vous êtes bien faite pour jouir de l’ineffable satisfaction que cet actif agent de la charité procure! Ce que vous m’avez déjà prouvé de confiance, me présage celle que vous a]|ez encore avoir à mes nouveaux renseignemens. Aussi est -ce avec toute certitude, je vous le répète, que je vous annonce encore de nouveaux succès*
Je ne vois aucun inconvénient à ce que le mari de votre malade ait connaissance de cette lettre , si , comme je le crois , il a pour sa femme la tendresse, et pour vous, madame, la confiance et la reconnaissance qu’il doit avoir* Quant à la malade, je vous conseille de la consulter elle même toujours en particulier et sans témoins, sur ce que vous pourrez ou devrez lui dire ; par ce moyen vous ne risquerez jamais de commettre la moindre indiscrétion* Vous pourriez lui lire ma lettre, lorsqu’elle sera dans l’état magnétique, et elle vous dirait ce qu’elle en peut savoir dans son état naturel. On fortifie ses moyens magnétiques, par l’union ' de sa pensée à celle de ceux dont on estime et prise les intentions; d’après cela, la lecture de mes lettres ne peut qu’être agréable et même utile à votre malade , par la conformité de tous
les sentirnens que j y exprime avec tous ceux dont vous êtes pénétrée.
Quant à la suite de son traitement et à la conduite que vous avez à tenir à son égard, je ne vois rien de nouveau à vous recommander : puisqu’à présent vous pouvez savoir par ellemême tout ce que vous avez à faire, je ne puis que vous renouveler l’assurance que toutes ces indications jamais ne seront fausses, et qu’en les suivant, vous ne pourrez jamais vous tromper.
Je serai à Paris dans quelques jours; vous me ferez beaucoup de plaisir de m’y donner de vos nouvelles, hôtel de Vauban, rue Saint-Honoré^ près la place Vendôme.
Recevez, etc., etc.....
CIN<^UIEME LETTRE.
A Moreuil, ce 28 février 1807.
Votre lettre m’est arrivée, monsieur, pendant des jours de repos où ma malade a beaucoup de malaises, mais presque point de crises; elles ont repris deux jours, et vont probablement durer dix ou quinze jours. Vos conseils avaient ranimé ma confiance et mes espérances;
mais me voilà de nouveau toute abattue. Depuis ces deux jours, j’ai fait l’impossible, d’api es votre conseil, pour obtenir d’elle de me dire les moyens d’éviter sa fausse couche ; toutes mes prières, tous mes ordres sont inutiles; elle m’assure qu’il n’y en a pas, et me dit avec effusion de cœur : Crojez que s'il était en mort poui>oir de vous le dire, je ne vous ferais pas attendre d demain, et qu\l faut une impossibi^ Uté absolue pour que je ne vous satisfasse pas tout de suite. Elle m’a dit et répété cela de vingt manières, sans agitation, et en paraissant y avoir réfléchi. Je crains donc bien, monsieur, qu’en effet il n’y ait point de remède; et jugez quel chagrin ce sera pour moi, si cette femme devient grosse, d’étre sûre qu’elle ne peut porter ^son enfant! Vous me dites bien de ne me pas décourager de ses premières oppositions; aussi continuerai “je à demander et à exiger; mais chaque refus, surtout fait dans ces termes, diminue mon espoir à chaque réponse négative, et, je le crains bien, diminue aussi mes moyens.
Je regrette bien, monsieur, que?otre voyage ne vous ait pas conduit dans notre voisinage; c'eût été pour vous, non un objet de curiosité, puisque rien de tout cela ne vous est etranger, mais sûrement un d’intérêt. Je serai toujours
charmée d’avoir un prétexte pour vous rappro-^ cher des lieux que j’habite , et je voudrais fairç valoir celui-là.
Ma lettre, qui devait partir le 25, ce matin, monsieur, ne peut partir que demain; ainsi voilà encore une séance de passée, et aussi infructueuse que les autres. Je continuerai encore, mais sans beaucoup d’espoir. Enfin, monsieur, s’il n’y a pas de remède, et elle ne peut en trouver, il est cruel de penser que son rétablissement lui coûtera aussi cher; d’ailleurs, comment une fausse couche, et si avancée, rétablit-elle la santé? Sans cette cruelle circonstance, j’aurais eu un grand bonheur à lui prodiguer mes soins, mais ces tristes suites me la font bien regretter.
Après ses crises, depuis trois Jours, après s être réveillée à fheure qu’elle m’a indiquée, elle se rendort fort tranquillement, comme de fatigue, pendant une lieure à peu près; avanthier, je l’ai laissée seule; j’arécrit, et elle a été tranquille. Hier, lui a yant vu remuer le bras, je lui ai pris la main ; elle m’a tirée doucement auprès d’elle, s’est appuyée sur moi comme en crise, et a répondu à mes questions, et de même aujourd’hui, sans que je la magnétise ni que je lui mette la main sur les yeux. Elle m’a dit,
cnlr’aulres, de ne la pas réveiller, qu’elle se réveillerait seule, à telle heure, et elle n’a pas manqué. Elle m’a dit qu’Ad'^'^'^ pouvait me faire la lecture, et ordinairement elle ne veut meme personne dans mon cabinet; et dans son sommeil il ne faut pas plus qu’on la touche que dans sa vraie crise.
Elle m’a dit aujourd’hui que sa fausse couche serait causée, comme l’avaient été les autres, par une grande faiblesse de la m
Il faut bien, monsieur, que je compte sur les assurances que vous me donnez que mes détails ne vous importunent pas, pour user de votre complaisance avec si peu de ménagement. Je vous remercie bien d’être si indulgent; je vous remercîrais encore plus, je crois, si vous me trouviez moyen d’empêcher cette fausse couche.
Vous connaissez, etc....
J’écrivis alors une lettre à madame de Rougé, dans laquelle la suivante était incluse, pour n’être remise à la malade que lorsqu’elle serait dans l’état magnétique.
SIXIÈME LETTRE
A madame de dans l'état de somnam-
/ bulisme magnétique.
De Pans, ce 27 février 1807.
La confiance que madame la marquise de Rougé a en moi, madame, et ce qu’elle m’a mandé de votre position actuelle, me font désirer *de pouvoir vous être à toutes deux également utile.
Quant à madame deRougé^ elle a rempli tout ce que la charité la plus active peut inspirer d’entreprendre; elle désire votre guérison, et ne peut faire plus quelle n’a fait pour l’opérer.
Il n’en est pas de même de vous, madame; en ne vous donnant pas la peine de chercher les moyens de vous guérir sans causer de la peine à madame de Rougé, vous ne faites pas envers elle tout ce que la reconnaissance vous doit dicter.
Je crois, parce que vous l’avez dit, madame, dans l’étal actuel où vous êtes, et dans lequel vous ne pouvez vous tromper; je crois, dis-je, que vous guérirez en devenant enceinte : mais
si vous devez en même temps perdre votre enfant en accoucliant avant terme, ce moyen de vous guérir n’est pas le meilleur, puisqu'il vous ferait de la peine, et, plus encore , parce qu’il en ferait à madame de Rougé.
Il est trois partis à prendre, madame, dans la situation où vous vous trouvez ; le premier, c’est de ne pas être guérie du tout, en priant madame de Rougé de ne plus vous continuer ses soins; et vous jugez, en effet, que s’ils devaient d’être couronnés que par des larmes, il vaudrait mieux qu’elle ne vous en eût jamais rendus.
Le second parti, c’est de vous guérir, ainsi que vous en êtes sûre, par la grossesse; mais, dans ce cas, il faut que vous preniez la peine de voir plus loin que l’époque de vos précédentes fausses couches, et que vous disiez à madame de Rougé ce qu’à cette époque il y aura à faire pour l’éviter.
Le troisième parti, si toutefois vous avez bien cherché et que vous n’ayiez pu trouver enfin les moyens de vous empêcher de faire une fausse couche; le troisième parti, dis-je, c’est de chercher et de troui>er^me manière de vous guérir sans le secours de la grossesse.
Je joins donc, et vous le permettrez, j’espère,
madame, dans l’ëtat où vous êtes, Je joins donc ma volonté expresse à celle de madame de Rouge, qu’elle n’ait qu’à se louer et à se féliciter du bien qu’elle veut vous faire. Si je voulais vous présenter un motif de plus aux efforts que je vous conseille, madame, je vous dirais que Dieu n’a pas permis que vous vinssiez, par une main aussi pure que l’est celle de madame de Rouge, dans l’état de clairvoyance où vous vous trouvez, pour que vous ne profitiez pas de ses dons’; mais devant madame de Rougé je me tais sur cet article, et ce que lui dicteront ses propres pensées aura plus de poids et devra faire plus d’impression sur votre esprit, que ce que je pourrais y ajouter.
Permettez-moi seulement de me joindre d’intention à elle, et de vous ajouter que je partagerais toutes ses peines, si votre guérison ne s’achevait pas; et que, devant aller à Moreuil, autant j’aurais de bonheur de vous voir heureuse par ses soins , autant je souffrirais , en vous voyant, de l’idée que vous n’auriez pas obéi aux intentions de la divine Providence.
^ Vous jugez mon cœur, madame, et vous en agréerez, j’espère, la pure expression.
Signé PuYSÉGUR.
SEPTIÈME LETTRE. -
A Moreuil, ce 8 mars 1807.
J’ai enfin obtenu, monsieur, ce que je désirais si vivement; je sais que ma malade ne fera pas sa fausse couche , elle m’en a dit les moyens; mais que j’ai eu de peine! Louis d’Au'^'^'^ est venu ici passer vingt quatre heures dans notre solitude, et sans savoir les détails que je vous ai dits, il m’a querellée d’avoir trop de complaisance et de m’étre trop laissé dominer. Je crois qu’il a raison, mais je crois aussi que la différence des caractères en met à ce qu’on peut obtenir de tel ou tel somnambule ; celle-ci est naturellement dominante; elle a profité de l’ascendant que lui donnaient ma pitié pour ses maux et mon amitié pour elle. Enfin, c’est par ce moyen d’amitié et de reconnaissance infinies, dont elle a toujours les expressions à la bouche, endormie comme éveillée, que j’ai obtenu ce que je désirais. Voici donc où nous en sommes. Elle ne tombera plus que trois jours , et toujours en diminuant; ensuite, elle sera dix ou douze jours très bien portante. Si d’ici là elle devient grosse, elle croit qu’elle ne retombera plus; si elle ne le devient pas, elle retombera
pour liull ou dix jours, jusqu’à la même époque que cette fois , et cela durera ainsi deux ou trois mois, huit jours dans le mois, à la même époque; puis elle sera guérie.
Je vous dois, monsieur, toute la satisfaction que j’eprouverai de ce bien que j’aurai fait. Sans vous je n’aurais eu que des peines, et sûrement beaucoup de chagrin; car ses premières assurances qu’elle ne pouvait éviter son malheur, m’avaient mise au désespoir; et sans vos encouragemens, je ne m’en serais jamais tirée.
A présent je vous dois le compte de l’effet de votre dernière et très-intéressante lettre; je suis sûre que vous allez trouver>bien des fautes dans ma conduite; mais puisque j’ai réussi, tout est réparé. Votre lettre arrivée , ma malade en crise, je lui ai parlé de vous, des obligations que je vous avais, et dont elle recueillait le fruit; je lui ai dit que j’avais une lettre de vous que je désirais lui lire; elle m’a répondu qu’elle ne voulait pas la voir, s’est agitée; et quand j’ai pris la lettre , elle me l’a arrachée des mains. J’ai été obligée d’y mettre toute mon autorité ; elle l’a écoutée ; mais quand je lui ai proposé la vôtre , les oppositions ont redoublé ; tout ce que j’ai pu obtenir a été la permission de la lui lire; mais loin qu’elle produisit l’effet que vous
€n attendiez, elle a été dans une agitation affreuse, a voulu ni’enipêcber de finir ma lecture, et, après, s’est mise “dans une .colère affreuse contre vous, en me disant : Il dit cjue je ne suis pas reconnaissante de vos soins ; ne rue parlez jamais de cet hommeda; il veut unir son intention a la vôtre, je ne le veux pas. Après une agitation terrible que j’ai calmée de mon mieux, en lui prouvant que vous ne l’accusrez pas de manquer de reconnaissance, mais que vous disiez qu’elle en manquerait, si, etc..., la colère apaisée, elle a fondu en larmes; je Fai reprise dans mes bras, avez - vous donc? pourquoi vous tourmentez-vous ainsi? Il vous dit de rn abandonner, de cesser vos soins pour moi! Ah! le vilain homme! Et se jetant dans mes bras ^ TSe m' abandonnez pas! ne ni abandonnez pas! Je l’ai encore calmée, en lui expliquant vos expressions; je l’ai bien assurée que je lui continuerais mes soins ; je pleurais plus qii’elle. Enfin elle s’est tranquiiüvSée , mais nfa répété vingt fois : Ne me parlez plus de cet homme la. J’ai caebé vos lettres, et Fai réveillée à Fbeure dite. Réveillée, elle a dit à ma fille et à moiVje ne sais ce qui m’est arrivé, mais je suis rompue, tous mes membres sont douloureux à ne pouvoie remuer; on dirait qu’on m’a
battue tout le temps que j’ai été en crise. De-' puis, il lui est arrivé plusieurs fois, étant en cet état, quand elle reconnaissait dans mes expressions quelqu’une de vos idées , de me dire :
Ne me parlez pas de ce monsieur.
Enfin ce matin, après m’être informé d’elle en crise si je pouvais lui dire les nouvelles consolantes qu’elle venait de me donner, je l’ai réveillée , l’ai laissé reposer, et lui ai conté tous les tourmens qu’elle m’avait donnés, dont elle ne se doutait pas , la consolation qu’elle venait d^en recevoir, et les obligations, infinies que nous vous avions l’une et l’autre , puisque je vous devais tout le succès de mes soins , et elle , sa santé et la vie de l’enfant quelle devait avoir. Elle m’a répondu comme elle le devait; et aujourd’hui , en crise , elle m’a laissé lui parler de vous, et tout le chagrin est passé. Je vous rends compte naïvement de tout; n’allez pas prendre ma pauvre malade en grippe; voyez que toute sa mauvaise humeur a eu pour cause son attachement pour moi. Je ne lui ai rien montré, éveillée , de vos lettres; êtes-vous d’avis que je les lui montre, et quand?
Mille pardons de mes long récits; il faut que vous ayez la patience de les lire, pour contribuer, par-là, à la bonne œuvre. Voyez-vous en-
core quelques avis à me donner? Je m’en sub trouvé si bien, que je ne veux pas y renoncer, et je trouve , à vous les demander, une satisfaction de plus, celle de vous renouveler, etc«
HUITIEME LETTRÉ
Paris, ee i5 mars i8©7.
Si j’ai tardé quelques jours à répondre à votre dernière lettre, madame, c’est que je n’ai véritablement plus aucun éclaircissement à vous donner. Je jouis de votre satisfaction, et je suis heureux d’y avoir pu contribuer. Vos propres réflexions à présent vous en apprendront plus que mes avis; mon neveu a bien eu raison de vous avoir querellée un peu sur votre trop de bonté, qui vous a laissé subjuguer : soyez donc bien persuadée, madame, qu’on ne doit jamais rien craindre en voulant le bien, et avec un cœur comme le vôtre, on n’a que de ces volonlésdà. Je sais bien qu’avec un bon cœur, il faut ensuite un bon guide pour en régler les mouvemens : ce guide, c’est la charité. Que voulezvous obtenir parVotre action magnétique? c’est le bien, c’est la santé de votre malade. Eh bien! il faut donc le forcer de contribuer à l’opérer ;
dès i’iiistant qu’on aperçoit du désordre ou du mal, il faut vouloir le réparer* Je suppose, par exemple , qu un malade , la première fois que je le touche, prenne des convulsions, quoique je sache très-bien que quelquefois elles sont curatives, toujours est il que cette première foislà , je ne sais si elles sont salutaires ; mais ce que je sais très-positivement, c’est que les convulsions sont fâcheuses à éprouver, et très-pénibles à voir; c’en est assez pour que sur* le champ je n’aye plus qu’une volonté , c’est .d’empêcher mon malade d’avoir du mal, et moi de la peiue ; je veux donc que les convulsions cessent, et jamais, oui, jamais elles n’ont continué
sous ma main, quand ça été ma main qui lésa occasionnées : voilà ce que j’appelle arrêter le mal... Le désordre doit s’arrêter de même. Lorsqu’un être en somnambulisme magnétique m’ira parler depluieoudu beau temps, des opinions de tel ou tel philosophe, ou de ce qui se passe à la Chine ou dans la lune, je trouve cela très-désordonné; s’il me dit de même qu’il mourra ou qu’il lui arrivera des accidens que rien ne peut empêcher, c’esb encore de même , je juge qu’il y a du desordre. Il est impossible, me dis -je, que le produit d’une action bienfaisante puisse être des malheurs et des accidens. Dans le premier cas, je
veux donc que Fêlre que je n’ai magnétisé que pour le guérir, ne pense qu’à sa santé, et toutes les illusions de son imagination cessent à l’instant; dans le deuxième cas, je veux qu’il porte sa vue plus loin que l’accident qu’il prévoit, et il alonge sa lunette , si je puis ainsi m’exprimer, au-delà du mal réel qu’il apercevait, et il voit sur
le champ le remède ou le préservatif Vous
avez eu l’exemple bien frappant de ce dernier cas, et je me félicite avec vous de votre bonne réussite ; mais que de réflexions cela doit nous porter à faire sur tous les dangers du magnétisme animal , pratiqué par des mains inhabiles et inexpérimentées î
Il ne faut pas que votre intéressante malade voie la lettre que je lui ai écrite ; pour me Iranquilliser meme l’esprit sur cela, je vous prie de me la renvoyer, d’autant que je n en ai pas gardé la copie, et je veux la^revoir. Quand jeudis qu elle ne doit jamais voir cettelettre, je u’entends que pendant tout le temps de l’effet qu’elle doit opé^ rer, car une fois accompli, sa grossesse bien décidée , l’assurance donnée par elle de sa couche heureuse au terme de neuf mois, elle, guérie enfin, et ne tombant plus en crise, ibn’y aura plus nul inconvénient à la lui montrer, cela ne fera plus que Tamuser, comme Thistoire qui lui
serait contée d’un autre. Adieu, madame, ne me laissez jamais rien ignorer de ce qui voua intéresse, et croyez que dans tous les temps personne, etc.
NEUVIEME LETTRE
A Moreuil, ce aS mars 1807.
Je me conforme à votre demande, monsieur, en vous renvoyant la lettre que vous désirez ravoir ; mais soyez bien assuré que je ne la montrerais pas à ma malade, puisque vous le désapprouvez ; vous voyez que je n’avais pas voulu le faire sans votre avis. Je me suis conformée à tous ceux que vous m’avez donnés”, hors à celui de lui faire faire ma fantaisie ; je fais trop la sienne, je la laisse trop dire des inutilités quand elle se porte bien (dans sa crise); mais je ne l’y excite pas, et ce n’est jamais sur des objets sérieux. Une seule fois je lui ai demandé comment elle voyait ce que je né voyais pas? — ^ Fous ne pouvez le comprendre, — Mais sont-ce les mots qui vous manquent pour me l’exprimer?— J'aurais de la peine a vous le dire y mais quand je vous le dirais, vous ne le com-^ prendriez pas, — Voilà les seules questions sérieuses que je me sois permises; vous ne se-
rez pas étonné qu’elles me soient venues à l’esprit; cela s'est passé sans aucune fatigue; et enfin , si j’ai fait quelques fautes , elles ne me paraissent pas nuisibles, puisque si elle devient grosse , elle ne fera pas de fausse couche , et que , de toute manière, elle sera guérie dans deux ou peut-être trois mois ; il y a déjà beaucoup de mieux. Ce qui me fâche , c’est qu’elle ne veut pas absolument me dire si elle deviendra grosse, ce qui, m’a-t-elle dit, hâterait la guérison; elle me répond toujours : Je ne sais pas; et comme cela ne me paraît pas nécessaire à savoir, je ne l’en tourmente pas.
Le soir du jour où je vous ai mandé qu’elle m’avait dit son traitement pour sa grossesse, je le lui ai fait écrire, et en l’écrivant, elle y a encore ajouté quelque chose* J’ai pensé que de le voir écrit par elle, lui donnerait encore plus de confiance dans sa prédiction, et je vous ai marqué qu’elle était absolument frappée, depuis long -temps, de l’idée qu’elle ne pouvait plus porter un enfant à bien. En effet , elle est à présent tout à fait tranquillisée; elle souffrira davantage encore dans trois ou quatre jours, pendant huit ou dix jours, et puis moins dans un mois, et le troisième, point ou très -peu ; elle dit n’en être pas sûre,
Je vous renouvelle, monsieur, mes sincères remercîmens de vos l3ons et utiles conseils; s’ils me redevenaient nécessaires , j’en profiterais avec une parfaite confiance ; je suis charmée que cette correspondance, etc...
DIXIEME LETTRE
A Moreuil, ce 17 avril 1807.
Vous apprendrez avec plaisir, monsieur, que ma malc^e étant grosse , est, à ce que j’espère, entièrement guérie. Elle est cependant tombée en crise pendant l’époque où elle a été sûre de sa grossesse, et plusieurs jours avant et après; mais pendant ce temps, j’ai encore eu bien des tourmens, et il m’en reste encore que je vais vous exposer.
A peine a-t-elle cru avoir la certitude d’être grosse, qu’elle s’est encore désolée endormie et éveillée. Après lui en avoir fait plusieurs fois reproche, endormie, en lui représentant que d’après ce qu’elle m’avait dit, et même écrit, elle ne pouvait plus être inquiète, elle m’a répondu : Si ce que je vous ai dit ne re^ garde que la possibilité d'amener mon enfant a bien , mais ne préjuge rien sur ce qui me regarde... Me voilà donc désolée de nouveau.
Alors je lui ai fait ces quatre questions : Premièrement, nlayez - vous rien à craindre pour vous .pendant votre grossesse? deuxièmement, pendant vatre.travail ? troisièmement, .pendant vos couches? quatrièmement, après vos couches serez-vous bien guérie de la maladie qui vous fait.tant-souftrir depuis six mois?
Après .bien des jours et des sollicitations, après m’avoir assurée qu’elle cherchait, apres m’avoir remise du dimanche au lundi, puis au mardi , puis au mercredi, elle m’a dit : Jesouf* frirai^ .pendant ma grossesse , des maux de cœur pendant six mois , et d^ autres maladies jiisqida la fin, mais sans aucun danger. Mon. travail sera long et pénible, huit heures au moins, mais jiaiurel et sans accident.; je n ai rien à craindre /non plus pour moi pendant tout le temps de mes couches.
Mais à la suite de cela, monsieur, elle a été dans un tourment , une agitation ; elle.m’a dit mille moitiés.de phrases qui ne m’ont laissé aucun doute, qu’elle ne prévoie la mort de .son enfant peu après sa naissance. Je l’ai questionnée d’abord, elle a refusé de me répondre.-Depuis , elle m’a dit de la questionner, quelle me répondrait. J’ai refusé. de la questionner à,mon tour, et lui ai dit : Il est éludent que vous êtes
menacée d'un malheur ; s'il est sans remède, il
est inulile que je le sache ; mais j'exige de vous d' employer toutes vos facultés a trouver le moyen de vous préserver de ce malheur; alors seulement vous me ferez part de vos craintes et des moyens de les faire cesser. J’ai ajoute, à cette expression de ma volonté, tout ce que vous m’avez appris à dire pour la fortifier; je n’avais plus que deux crises à attendre; mais elle retombera, le 26 de ce mois, pour une dixaine de jours encore , et j’ai exigé d’elle de ne cesser de s’occuper des moyens de me donner satisfaction sur ce point. Mandez-moi si ce que j’exige est possible , et si je puis faire plus pour l’obteniri* Elle m’a dit que cette époque , du 26 au 5 ou 6 de l’autre mois , passée , elle croyait ne plus tomber du tout, ou qu’au moins ce serait trèspeu de chose à la meme époque du mois suivant.
Quoiqu’elle m’ait dit , il y a quelques jours , que d’ici au 26 elle n’aurait plus rien , elle s’endort régulièrement depuis à l’heure de ses crises ; son sommeil est sans doute encore magnétique, car lorsque je m’approche d’elle, elle me tire près d’elle, s’appuie sur moi, mais ne me répond à rien ; et en se réveillant , elle bâille comme en sortant de ses crises.
Voyez, monsieur, si vous pouvez encore m’éclairer de ces lumières qui m’ont déjà si bien servie; je serai charmée , en recevant une nouvelle leçon, de recevoir en même teftips, etc...
ONZIEME LETTRE
Paris, ce 24 avril 1807.
Ce n’est plus à votre intéressante malade que je m’adresserai aujourd’hui, madame, mais c’est vous que je serai bien tenté de gronder. Comment, après tout ce que vous avez déjà fait et observé, pouvez-vous encore vous laisser aller aux craintes et aux inquiétudes; et comment ne sentez-vous pas qu’il ne se passe pas une impression , une seule pensée dans votre âme, qui ne se communique* instantanément dans celle de l’être mis par vous en crise magnétique?
Déjà je n’approuvais pas que vous vous fussiez contentée de tous ces je crois qu’avant de devenir grosse votre malade vous avait dit. Il n’y a pas et ne doit pas y avoir d’incertitude dans des sensations; et c’est qu’elles ne sont pas distinctes, quand on dit je crois. Lorsqu’on sent une rose, on en est sûr; de même, lors-
que l’on a mal à la tête , on ne dit pas qu’on le croit, on en est sûr; mais j’espérais que, fortifiée par mes lettres et mes avis, vous auriez peu à peu* acquis plus de courage et plus de confiance en vous. Mais venons à votre lettre; tout est à merveille, et tout est fort bien annoncé jusqu’après ses couches; mais ensuite, que' de faiblesse de votre part! Permettez-rrioi de vous éii fairé de sensibles j*eproches. Comment, parce qu’elle manifeste des inquiétudes, vous voilà arrêtée dans la marche de votre action, de votre volonté? Dès le moment qu’elle vous a dit cette phrase : Si ce cjue je vous ai dit ne regarde que la possibilité d’amener mon enfant a bien, 'mais ne préjuge rien sur ce qui me regarde.,,, , il fallait dès-lors ne pas la laisser en repos qu’elle ne vous eût expliqué cette énigme. Pourquoi ensuite, lorsqu’elle vous a dit toutes ces demi-phrases , auxquelles vous ne pouviez attacher de sens, vous êtes-vous persuadée qu’elle prévoyait un grand malheur? et quelle raison avez-vous eue de penser que ce malheur serait la perte dé son enfant? Voilà déjà un grand tort pour un mc<gnétiseur, c’est d’imagiiter ce que le somnambule ne dit pas; mais un bien yjlus grarid, c’est de lui manifester cette pensée. Au lieu donc de lui dire : 1.1 est
évident que vous êtes menacée , etc. , il fallait
vous restreindre à lui manilester votre volonté
qu’elle vous expliquât ouvertement le sujet de ses craintes. Permettez-moi de vous le dire^ madame, convenez que vous vous êtes efïVayée, et que l’effet de celte crainte a été de^vous porter à redouter d’entendre de sa bouche ce que serait ce malheur dont elle semble menacée. Voilà où je vois principalement votre faiblesse.
Eh bien! je suppose qu’elle vous eut dit : Je prévois que mon enfant mourra , ou , ce qui est encore plus triste, je mourrai moi-même desr suites de ma couche, qu’est-ce que cela devrait vous faire? Tant mieux, si elle vous disait cela, car ce serait la preuve qu’après ses couches , elle prévoyait en effet quelqu’accident. Croyezvous que cet accident en arrivera moins, pour vous être évité le petit chagrin d’en avoir entendu Tannonce? Ne devriez-vous pas être, au contraire, charmée que sa vision, fort obscure / sur cet accident, vous put donner le moyen de l’en garantir? Et c’est ce que vous opéreriez certainement, en suivant, à l’égard de ce nouvel accident prévu, la même marche que je vous ai conseillée pour sa grossesse, et qui vous a procuré tant de succès.
Allons, madame, relisez mes précédentes
lettres, et fortifiez-vous clans le bien que vous désirez et pratiquez avec tant de zèle. Si vous ne vous mettez pas l’esprit en repos sur le sort à venir de votre malade, le sien même, après qu’il ne sera plus en crise, restera affecté tristement, sans qu’elle puisse s’en expliquer la cause. Demandez-lui si, lors de ses couches, elle retombera en crise; si, alors, elle pourra donner les moyens de faire qu’elle et son enfant se portent bien. Encore une chose : demandez» lui pourquoi elle s’endort seule , quelle en est la cause; cet état n’est pas bon, puisqu’il a lieu sans votre volonté. Il faut le faire cesser, et qu’enfin, après ses dernières crises annoncées, elle rentre absolument dans son état ordinaire, de telle sorte que vous n'ayiez plus à vous en occuper qu’à l’époque où elle vous aura d’avance annoncé qu’il faudra l’endormir de nouveau. Faites -moi le plaisir de m’écrire promptement, afin de me faire partager votre tranquillité, comme vous m’avez fait partager l’impression de toutes vos peines, et recevez les expressions de mon bien sincère et respectueux attachement.
DOUZIÈME LETTRE
A Moreuil, ce 17 mai 1807.
Malgré mes torts, que je ne désavoue pas, monsieur, je suis venue à bout de tout ce que je désirais. J’aurais sûrement été moins tourmentée, si j’avais eu une foi plus ferme en vos avis j mais enfin l’enfant viendra à bien; la mère n’a aucun danger à craindre, ni pendant sa grossesse, ni pendant son travail, ni pendant ses couches, ni pendant sa nourriture; l’enfant sera nourri sans danger jusqu’au terme ordi* * naire ; seulement il faudra que le médecin veille et soigne l’enfant le troisième jour, je ne sais de quoi; mais elle a toute confiance en ce médecin, qui est son accoucheur, et a beaucoup de mérite; vous savez comme il avait bien vu son état.
Si vous voulez me gronder encore, et je vous en prie bien, vous le pourrez verbalement : un procès m’appelle à Paris pour huit ou dix jours; j’y serai mercredi prochain. Si vous vouliez venir jeudi déjeuner à onze heures, vous me feriez grand plaisir. ^
Signé Mortemart de Rouge.
TREIZIÈME LETTRE
Davenescourt , ce 17 juin 1807.
J’ai été hier déjeuner à Moreuil j madame de est tout à fait guérie ; elle ne retombera plus en somnambulisme, à moins d’accidens qu’elle ne peut pas prévoir; sa grossesse se passera très-heureusement, seulement on la touchera pendant quelques jours à son septième mois. Madame de Rougé doit vous écrire pour vous faire part de tout cela : elle est bien contente de la guérison de sa malade; le traitement a été long, elle y a mis bien de la constance, et est bien récompensée de tous ses soins.
Signé d’Aunai de la Myre.
Aujourd’hui 29 juin, j’ai reçu de madame de Rougé la confirmation de cette bonne nouvelle.