CHAPITRE III
Observation que ma certitude de Fexistence et des effets du magnétisme animal ^ m’a porte à faire sur la cause de plusieurs autres phénomènes, tant ceux observes dans la nature, que ceux que nous provoquons par nos expériences.
Lorsqu’ AVEC ma main, mon doigt, et même seulement ma pensée, je me suis reconnu la \ puissance de faire agir, marcher, prendre un objet quelconque à un somnambule magnétique, aussi facilement et plus vite peut-être que je ne lui aurais fait exécuter toutes ces actions en les lui commandant de la voix, j’ai dû nécessairement faire la comparaison de ce phénomène avec celui que présente le fer à l’égard de l’aiguille aimantée une boussole,
La similitude de ces deux effets me portait à leur assigner la même cause; et comme j’étais alors persuadé de la présence d’un fluide agissant d’après de certaines lois dans le phénomène de la boussole, j’admis, quoique je ne l’aperçusse pas, la présence et f émanation d^’un même fluide en moi, lorsque je magnétisais.
De celte persuasian, j’en concluais la nécessité de reconnaître en moi, ou dans les somnambules magnétiques, des pôles, des courans, et tout ce qu’enfin on m’avait dit exister dans l’ai-
mant.
Je magnétisais donc avec cette persuasion, et avec toutes les observances qu’elle me prescrivait , lorsqu’un jour un des premiers somnambules que j’avais obtenus à Busancy, m’assura que, soit pour le faire entrer dans cet état, soit pour l’y faire agir ou l’en retirer, je n’avais besoin ni de suivre aucune loi ni d’ad#pter apcim système, et que l’acte seul de ma volonté lisait pour déterminer l’effet de ma puissance; celte lumière, dont je n apercevais que bien faiblement la clarté, fut néanmoins le fanal qui me dirigea constamment depuis dans toutes mes opérations niagnétiques.
Comme j’ai rapporté dans mes précéden Mémoires de quelle manière un paysan, très ~ borné dans son état habituel, fit alors mon éducation magnétique, j’engage ceux de mes lecteurs qui seraient curieux d’en connaître les détails, à les y chercher à l’article de la cure du nommé Victor.
Toujours est-il qu’assuré de n’avoir plus de pôle, ou plutôt n’avoir pas besoin d’y croire ,
liori plus qu’à Texistence d’un fluide en mol pour bien magnétiser, je demeurai fort embarrassé de savoir comment assimiler mes propriétés avec celle de l’aimant; car enfin, c’étaient des effets si semblables, qu’il me paraissait impossible qu’il n’y eût pas aussi quelques similitudes dans leur cause.
Le phénomène de la barre de fer qui s’aimante par l’effet seul d’un choc violent reçu à l’une de ses extrémités, me vint à la pensée. Alors, si la propriété magnétique dans le fer n’était que l’effet d’une transmission subite d’un mouvement communiqué , me dis-je , cela aplanirait toutes difficultés; mais quelle preuve en
ai- je c
Je me ressouvins alors de l’expérience que j’avais vu faire autrefois des billes d’ivoire suspendues par des fils, et contiguës les unes aux autres , dont la dernière s’échappe à l’instant que la première est frappée : cette impression du choc de la première bille instantanément reçu parla dernière; ce balancement ensuite , qui les fait rebondir alternativement, jusqu’à ce que , par l’effort de leur gravité , elles soient ramenées au repos; ces effets apparens me parurent être l’image de l’effet invisible produit dans la barre de fer , choquée à l’une de ses
extrémités. Si la cohésion des parties de la barre de fer empêche qu’aucunes parcelles ne s’en échappent, l’effet du choc, me dis-je , n’en doit pas moins exister; et comme il ne m’est pas apparu plus de fluide dans le marteau que dans la bille, je ne vois nulle raison pour en admettre dans le résultat de leur choc. De ce raisonnement je tirai la conclusion que la propriété magnétique, soit dans le fer ou dans moi, n’était qu’un effet de transmission de mouvement communiqué.
Mais quand on admettrait que la cause de la propriété magnétique dans le fer serait une accélération de mouvement dans ses parties constitutives, cela, dira-t-on peut-être , n’expliquerait pas comment l’aiguille de la boussole se dirige constamment vers le nord; j’en conviens, cela ne l’explique pas; il faut qu’il y ait une autre cause de ce nouveau phénomène; je la trouverai, je l’espère : mais en attendant que je la puisse reconnaître, je me garderai bien de. préférer à une certitude acquise par expérience, l’hypothétique probabilité d’un fluide magnétique dont aucun physicien n’a jamais pu constater l’existence.