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DE LA SUGGESTION ET DE L ÉLECTRO-BIOLOGIE

sur le plus petil nombre des personnes, et que parmi celles qui en sont impressionnées, la plupart n'éprouvent que de faibles effets; il y en a bien peu qui soient en état de subir toutes les transformations, de se plier aux caprices les plus désordonnés. Il est évident que M. Philips s'attribuait un pouvoir chimérique : et il est heureux qu'il en soit ainsi ; car un homme qui pourrait à son gré transformer les individus comme il se vantait de le faire, serait le maitre ou plutôt le tyran de l'humanité.

Il nous reste à examiner ce qu'il y a de réalité dans les effets produits par l'électro-biologie. Parmi ces effets, il y en a qui se traduisent par des caractères extérieurs et faciles à constater, tels que l'accélération ou le ralentissement du pouls, le changement de température de quelques parties du corps, l'invasion ou la cessation de la fièvre, etc. Quant aux autres effets qui ne se manifestent pas par des signes appréciables pour les sens, il n'y a d'autre preuve de la réalité de leur existence, que la déclaration des sujets, témoignage fort suspect en général. L'insuffisance de ce genre de preuve est telle que bien des personnes le rejettent comme n'offrant aucune garantie. Ce serait là un parti extrême qui pourrait éloigner de la vérité, tout autant qu'une crédulité aveugle. Nous pensons qu'on pourra trouver la vérité en sachant se tenir entre ces deux excès. Sans doute, pour celui qui n'assistera qu'à une expérience et qui apportera dans son examen une juste défiance, ce sera bien peu de chose que la parole d'un individu qui, sur le commandement de l'opérateur, déclare qu'il ne peut remuer le bras, ou qu'il a oublié son nom, ou qu'il a changé de sexe, qu'il n'a plus de tête, qu'il est un chien, etc. L'incrédulité sera plus autorisée, si l'on a sous les yeux un sujet habituel, surtout s'il en fait métier : on pourra ne voir alors dans la prétendue électro-biologie, qu'une pauvre comédie jouée par deux compères, ou une farce par laquelle le sujet mystifie l'opérateur de bonne foi,

Mais si l'opérateur, comme M. Philips, au lieu d'avoir des sujets à lui, les prend au hasard parmi la société et réussit sur un certain nombre, s'il en est de même à chaque séance, et que parmi les personnes impressionnables il se trouve des gens honorables, parfaitement connus, jouissant de la meilleure réputation, alors il sera impossible de supposer que toutes ces personnes, déviant tout à coup de leurs habitudes et de leur caractère, se soient concertées pour tromper les spectateurs, et cela dans l'intérêt d'un inconnu. Il faudra donc admettre la sincérité au moins du plus grand nombre, et tenir pour certain que ces sujets sont véridiques, subissent réellement la fascination de l'opérateur et sont amenés à abdiquer, en quelque sorte, leur individualité, pour être absorbés par une volonté étrangère. Voilà ce que je regarde comme constant; mais tout en reconnaissant la sincérité de ces déclarations, je ne pense pas qu'on puisse en conclure que les sujets doivent être crus dans toutes leurs affirmations. La domination à laquelle ils sont soumis, est tellement irrésistible qu'ils n'ont pas d'autre pensée que d'y acquiescer, et qu'ils font taire le témoignage de leur sens et même celui de leur conscience, quand il est contraire à la parole du maître; ils prononcent donc servilement les paroles que celui-ci exige et qui expriment l'exécution de ses ordres ; mais il ne s'ensuit pas que cette exécution ait été réelle. Prenons comme exemple une de ces monstruosités dont les électro-biologistes semblent se faire un jeu pour faire montre de leur pouvoir. L'opérateur dit au sujet qu'il n'a plus de tête : le sujet répèle avec une sorte de tristesse résignée, qu'en effet il est sans tête. Mais comment pénétrer dans le fond de sa conscience pour nous assurer s'il le croit? Quand il sagit d'une telle énormité, il est au moins permis d'en douter. N'est-il pas plus probable, au contraire, que le sujet sait fort bien qu'on lui dit une fausseté, mais qu'imbu de l'idée dominante qu'il doit en tout obéir à l'opérateur et le satisfaire, il lui donne tout ce qu'il

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peut, c'est-à-dire une déclaration propre à constater son succès? Le sujet, en agissant ainsi, ne ment pas sciemment, car il ne cherche pas à tromper ; sa bonne foi est entière, il n'a pas en vue les spectateurs qui même pour lui n'existent pas. Il cède à une puissance qui peut faire de lui un écho servile, mais qui ne peut étouffer sa raison. Cette explication me semble rendre suffisamment compte des faits les plus bizarres, et certes elle est plus acceptable que l'affirmation des électrobiologistes qui veulent absolument passer pour faire des miracles. Il n'y a aucune raison solide pour admettre la réalité de perceptions dont l'absurdité est révoltante, et que repoussera toute intelligence humaine, pour peu qu'il y reste une lueur du bon sens. Ces sortes d'expériences dont la réussite est impossible à vérifier, n'offrent donc aucun intérêt scientifique : elles présentent de graves inconvénients et peuvent à la longue altérer la raison du sujet; elles doivent être repoussées comme immorales et dégradantes pour la dignité humaine.

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