CHAPITRE VIII
D'après les traditions mythologiques, l'homme de l'âge d'or ou de l'Eden exerçait sur tous les animaux un empire incontesté : sans attacher à ces légendes poétiques une valeur historique, on peut y voir un sentiment confus et instinctif de ce qui devrait être. L'homme est appelé à étendre sa domination sur le globe terrestre et sur tout ce qui vit à sa surface. Dans l'état actuel, bien peu d'espèces animales reconnaissent sa royauté. Mais quelques hommes qu'on croirait doués par la nature de privilèges extraordinaires, se font obéir des bêtes féroces, en font des serviteurs dociles et dé-
Toués, et leur font accomplir une foule d'actes qui semblent dépasser la portée de leur intelligence ordinaire. Depuis quelques années, de célèbres dompteurs d'animaux se sont donnés en spectacle : Martin, Carter, Van Amburgli ont excité l'admiration du public en se montrant entourés de lions, de tigres, de hyènes qui les caressaient, jouaient avec eux, obéissaient â un signe, se laissaient battre et rouler à terre, et manifestaient pour leur maître une amitié comparable à celle des chiens les plus doux. Quel est leur procédé pour transformer ainsi le naturel de ces animaux terribles ? Y parviennent-ils lentement et par degrés au moyen d'un art susceptible de se communiquer et d'être mis en pratique par le premier venu, ou leur succès est-il dû à des qualités naturelles dépendant de leur organisation? C'est ce qui est resté douteux ; les dompteurs ayant besoin pour étonner le public de se donner comme des êtres extraordinaires, ont tout fait jusqu'ici pour empêcher la concurrence et ont gardé le secret sur leurs moyens d'agir. Il nous semble probable que les deux hypothèses que nous avons présentées, sont toutes deux vraies. Les animaux féroces, quand ils sont en captivité, finissent presque toujours par se laisser apprivoiser par leur gardien : ils le reconnaissent , ne lui font aucun mal, se laissent approcher par lui et souvent même montrent pour lui une certaine obéissance et de l'attachement; avec de bons soins, de l'adresse et un certain régime, on peut, sans trop de difficulté, leur inspirer de la reconnaissance, s'en faire aimer et les dresser complètement. On conçoit que des dompteurs, ayant cultivé leur art avec persévérance, aient trouvé des procédés efficaces et soient arrivés à des résultats étonnants, mais qui pourtant n'ont rien que de facilement explicable, car ces animaux sont cloués de sociabilité et susceptibles de sentiments affectueux.
Ce qui est plus extraordinaire, c'est la fascination exercée subitement sur les animaux les plus féroces. On en cite de
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nombreux exemples. UJoumaldu magnétism (1851, p. 55) rapporte, d'après le Zoïst de Londres, des cas où le regard d'un homme résolu a suffi pour arrêter tout à coup des chiens féroces et des taureaux furieux. Voici un fait qui m'a été attesté par un témoin oculaire, M. Petit d'Ornoy, mon ami, dont la parole mérite toute confiance :
Alors qu'il était élève à l'École d'application de Metz, il se rendit avec plusieurs autres élèves dans une maison où devait se faire une expérience fort intéressante. Le propriétaire avait un chien nommé César, mâtin de grande taille, tellement féroce que personne ne pouvait l'approcher, sauf la personne qui était chargée de lui apporter sa nourriture, et qui n'aurait osé affronter son abord en toute autre circonstance. Martin, ayant appris ces détails, alla trouver le maître du chien et lui demanda à exercer sa puissance sur cet animal. Il lui proposa les conditions suivantes : « Si, lui dit-il, le chien mettait ma vie en danger, je le tuerais, car je serai armé ; si, au contraire, je réussis, je garderais le chien qui se serait attaché à moi. Donc, dans tous les cas, vous perdriez votre chien. Je viens vous demander de me le vendre. » Le propriétaire de l'animal répondit que ce chien lui était onéreux, sans aucune utilité, que M. Martin pourrait faire ses expériences, et qu'il lui donnait volontiers le chien. Le dompteur accepta. Le chien avait pour habitation une niche placée à l'extrémité d'une vaste cour. Les spectateurs étaient aux fenêtres des étages supérieurs. Par ordre de Martin, le chien avait été vingt-quatre heures sans pitance, ce qui, disait-il, devait le rendre pins furieux, sans l'affaiblir. Martin, ayant par précaution dans sa poche le poignard qui ne le quittait jamais dans ses exercices périlleux, s'avança résolument dans la cour en partant de l'extrémité opposée à celle où était le chien. Il marcha lentement, les mains croisées sur la poitrine et dirigeant ses regards fixes sur son adversaire. Celui-ci commença par aboyer avec rage et se précipita à la rencontre de l'homme;
en tendant sa chaîne à s'étrangler. Sa fureur parut encore s'augmenter à mesure que Martin s'approchait. Mais quand l'opérateur eut parcouru la moitié du trajet, ce qui prit environ cinq minutes, la chaîne devint moins tendue, les aboiements moins furieux, l'animal parut hésiter. Martin avançait toujours avec calme et lenteur. Le chien, le poil hérissé, reculait toujours menaçant. Cependant, par degrés insensibles, la physionomie et les allures delabète se modifiaient. Lorsque Martin arriva près delà niche, le chien acculé dans sa retraite, tremblait de tous ses membres, et aux aboiements avaient succédé des hurlements d'effroi. L'homme alors prononça d'une voix impérieuse et en y joignant un geste de commandement, ces mots : /«*, César. Les hurlements redoublèrent. Après un temps assez long pendant lequel Martin réitéra son commandement toujours de la même voix calme et impérieuse, le chien sortit en rampant et vint jusqu'aux pieds de Martin qui retourna chercher le panier qu'il avait déposé en entrant, donna à manger au chien, le caressa, s'en fit caresser; puis, l'ayant détaché, il l'emmena en laisse sans aucun effort, le nez du chien ne quittant pas les talons de son nouveau maître.
Ici, tomme on voit, il n'a été employé ni procédé mystérieux ni méthode d'éducation; il a suffi d'une attitude ferme. Mais en agissant comme Martin, combien peu d'hommes auraient réussi! Quelques individus possèdent donc naturellement des caractères qu'on ne peut définir et qui imposent la soumission aux animaux. Il se produit certainement une fascination, et il ne répugne pas d'admettre que les animaux en soient susceptibles, puisqu'ils sont doués d'intelligence et d'imagination. Mais il est impossible jusqu'ici de distinguer les hommes sur lesquels la nature a en quelque sorte imprimé les marques de cette royauté. Les hommes d'un génie supérieur, nés pour le commandement, habitués à fasciner leurs semblables, parviendraient-ils à dominer les animaux? C'est
ce qu'on ne peut préjuger à défaut d'expériences dans ce genre : on cite pourtant Alexandre le Grand qui a dompté en quelques instants le cheval Bucéphale dont personne avant lui n'avait pu venir à bout. La réciproque est beaucoup moins probable : les dompteurs de bêtes ne sont en général que des êtres vulgaires, incapables de prendre de l'ascendant sur les hommes.
Quoi qu'il en soit, cet empire acquis subitement sur des animaux féroces appartient bien au magnétisme, en prenant ce mot dans le sens où nous l'avons employé jusqu'ici. Mais les magnétistes ont des prétentions plus étendues et soutiennent que l'action exercée sur les animaux prouve J'existence de l'agent physique auquel ils rapportent les faits magnétiques, et que cette preuve est d'autant plus forte que ces sortes de sujets ne peuvent être taxés de crédulité ni de connivence.
Sans doute, l'animal ignore ce que c'est que le magnétisme, et ne se doute pas de ce qu'on veut tenter sur lui : mais son instinct l'avertit de ce qui lui est nuisible ; le lapin qui voit pour la première fois un chat sauvage, sait parfaitement que c'est un ennemi dont il doit se garer ; le cheval qui voit ou sent le loup, est frappé de terreur et de vertige. L'homme réduit aux armes physiques dont l'a pourvu la nature, serait un adversaire bien peu redoutable pour les animaux, même les plus faibles; mais l'homme trouvant par son intelligence les moyens d'accroître prodigieusement sa force, devient pour les animaux le plus terrible des ennemis ; beaucoup d'animaux sentent cette supériorité, n'attaquent l'homme qu'en cas d'absolue nécessité et avec une sorte de répugnance. Indépendamment de l'instinct qui les avertit de ce qu'ils ont à craindre de l'homme, les animaux supérieurs ont une dose d'intelligence suffisante pour comprendre les gestes et le jeu de la physionomie; un chien s'aperçoit bien, d'après la figure de son moitié, s'il est gai ou triste, disposé à caresser ou à
châtier. Ils sont aussi susceptibles, comme l'homme, de sympathies et d'antipathies. On conçoit donc que certaines physionomies exercent sur eux une influence extraordinaire, qu'ils se sentent, ou attirés agréablement vers certains hommes ou épouvantés par eux. Ajoutons que chez les dompteurs, l'habitude du commandements dû développer leurs facultés naturelles et imprimer à leurs traits quelque chose de mâle et de vigoureux, qui rend ces hommes plus propres à imposer aux animaux.
Ce qui se passe danslafascination des animaux, nous paraît donc en harmonie avec la fascination d'homme à homme ; s'il y a magnétisme, il est de même nature dans les deux cas, et nous ne voyons aucune nécessité de faire intervenir ni fluide ni autre agent physique.
On allègue, il est vrai, que les magnétiseurs ne se sont pas bornés à dompter des animaux féroces, mais qu'ils ont obtenu sur eux des effets considérables, qui témoignent d'une puissance particulière. Ainsi on cite des animaux malades qui ont été guéris au moyen de passes. M. Allix, dans son traité italien intitulé Guida elementaredellostudentemagnetizzatore (p. 82), raconte qu'à Turin, en 1854, en six minutes il a magnétisé un lion et l'a plongé clans un sommeil si profond qu'on lui a appliqué de vigoureux coups de bâton sans qu'il s'éveillât-, M. Lafontaine assure avoir endormi des lions, des chats, des lézards, etc. C'est sur un chien qu'il aurait fait les expériences les plus décisives : « Le public de Paris, dit-il, se rappelle sans doute le chien que je présentai le 20 janvier 1843', dans une séance publique, salle Valentino ; c'était un petit lévrier qui m'avait été donné depuis huit jours. Quinze cents personnes se trouvaient dans la salle, parmi lesquelles beaucoup d'incrédules et de malveillants. Dès les premières passes que je fis pour endormir le chien, ce fut une explosion générale de railleries et de sifflets. On appelait l'animal, on cherchait à détourner son attention et à empêcher l'effet de se
produire. Je le tenais sur mes genoux ; d'une main je lui prenais une patte et de l'autre je faisais des passes de la tête au milieu du corps. Après quelques minutes, le silence le plus profond, régnait dans la salle, on avait vu la tête du chien tomber de côté et s'endormir profondément. Je lui cataleptisai les pattes-, je le piquai, et le chien ne donna aucun signe de sensation; je me levai et le jetai sur le fauteuil; il resta sans faire le plus petit mouvement ; c'était un chien mort pour tous. On lui lira un coup de pistolet, rien n'indiqua qu'il eût entendu. — On peut dresser des chiens à bien des exercices , on peut les instruire, et nous en avons vu de bien savants-, mais il n'est pas possible de les habituer à supporter la douleur sans qu'ils donnent signe de sensation; c'est donc réellement la paralysie que je produisis sur ce chien, par l'effet du fluide magnétique. Plusieurs personnes vinrent lui enfoncer des épingles par tout le corps : c'était un vrai cadavre. — Je le réveillai, et aussitôt il redevint vif, gai, comme il l'était avant, le nez en l'air, tournant la tête à chaque, bruit, à chaque appel. — Ici on ne pouvait plus douter, on ne pouvait plus croire au compérage; il fallait admettre le fait, le fait physique, l'action sur les animaux {l'Art du magnétiseur, ch. XIII). »
Le Journal du magnétisme contient, entre autre s documents sur ce sujet, une relation de M.Hébert (1853, p. ISO). Ce savant magnétiste raconte qu'il a assisté avec plusieurs témoins qu'il nomme, à une expérience faite sur un jocko femelle; on la fît magnétiser par une somnambule. D<?s que celle-ci s'en approcha èn faisant des passes, l'animal qu i ordinairement cherchait à mordre, cessa de s'agiter. « Au bout de quelques instants, la bête perdit contenance, et l'on vit apparaître les prodromes du sommeil. En moins de dix mi. nu tes, le coma fut complet. La guenon ressemblait parfaite men t à une marmotte endormie. On put la faire rouler avec Je *>lea\ lui prendre les mains et la retourner de \v\\\e façons sans
([u'elle s'éveillât. Tout son être obéissait aux lois de la pesanteur comme un corps inanimé. »
Je n'ai pu être personnellement témoin d'aucune expérience semblable à celles que je viens de rapporter : beaucoup de magnétiseurs de ma connaissance, ayant obtenu de très beaux résultats sur les personnes, ont essayé à plusieurs reprises d'agir sur les animaux et n'ont rien produit. Une foule de magnétiseurs donnent des séances où ils s'efforcent de plaire à leurs spectateurs en leur offrant des expériences curieuses et variées : aucun à ma connaissance n'y fait voir d'animaux, et cependant on aurait un grand avantage à le faire, puisqu'on se mettrait à l'abri de l'accusation de compérage qui très souvent se présente à l'esprit quand il s'agit d'expériences sur des personnes. Nous nous croyons autorisé à conclure de ces faits négatifs, que les effets magnétiques sur les animaux sont fort rares, et qu'il n'est donné qu'à peu d'individus d'en produire. Or, quand un fait ne se présente que de loin en loin, une certaine défiance est permise et l'on peut demander si les observateurs ont procédé avec toute la rigueur désirable, s'ils ont enregistré exactement toutes les circonstances propres à nous faire apprécier le fait. Pour ce qui est île la magnétisation des animaux, il nous semble évident qu e les documents que nous possédons sont insuffisants. Quant à M. Lafontaine en particulier, nous ne voulons pas contester sa véracité-, mais comme il fait des exhibitions magnétiques une industrie, sa position se rapproche trop de celle d'un faiseur de tours, et l'on peut craindre que dans son désir d'étonner il ne se laisse aller involontairement à quelque exagération.
Ces réserves faites, examinons les faits que nous avons rappo.rtés, et voyons, en les supposant parfaitement exacts, quelles conséquences on pourrait en tirer.
Les gué.risons d'animaux ne nous semblent pas concluantes. Un arand nombre de personnes ayant entendu parler des
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effets merveilleux du magnétisme, onl fait des expériences sur des animaux malades ; en cas d'insuccès, elles ont gardé le silence, bien entendu; parmi ces animaux, il a du nécessairement s'en trouver quelques-uns qui ont été guéris naturellement, et si la guérison coïncide avec la tentative du magnétiseur, celui-ci ne manque pas d'en faire honneur au magnétisme, bien qu'il n'y ait là qu'un rapprochement fortuit. Pour que Faction curalive du magnétisme sur les animaux fût démontrée, il faudrait qu'on déterminât un genre de maladie incurable ou du moins d'une guérison tellement difficile qu'ordinairement il n'en réchapperait qu'une quotité très faible et connue des praticiens, par exemple un dixième; si en magnétisant on en sauve une proportion beaucoup plus forte, par exemple sept dixièmes, et que ce résultat se reproduise avec une régularité presque constante, oh ! alors les magnétiseurs auront gagné leur procès.
On pourrait encore faire l'expérience suivante : dans un troupeau infecté d'une maladie, on diviserait les animaux en trois lots égaux et qui seraient tirés au sort : les animaux du premier lot seraient abandonnés aux soins de la nature, ceux du second seraient traités par des vétérinaires, d'après les règles de leur science, et ceux du troisième seraient traités par le magnétisme. Si ces derniers sont sauvés en bien plus grand nombre que ceux des deux autres lots, et si l'expérience répétée donne toujours les mêmes résultats, l'efficacité et la supériorité du magnétisme seront démontrées. Mais rien de semblable n'a été tenté ; on n'a allégué que des cures individuelles qui, comme je l'ai fait voir, sont sans valeur scientifique.
Quant aux autres faits consistant en sommeil, coma, insensibilité, catalepsie, tout le monde sait que les animaux appartenant aux espèces sur lesquelles on a opéré, sont susceptibles d'éducation, et qu'entre les mains de maîtres habiles ils montrent une docilité et une adresse prodigieuses.
On voil, dans les cirques, des chevaux faire le mort; on leur soulève les membres qui retombent comme des corps inertes, ils ont les paupières closes, l'écuyer s'assied sur eux, les retourne en tous sens, leur tire des coups de pistolet aux oreilles, fait claquer son fouet avec force ; le cbeval reste immobile, puis, à un signal inaperçu du public et convenu entre le maître et le cheval, celui-ci semble ressusciter, se lève et s'agite avec sa vivacité ordinaire. Rien n'égale, en ce genre, l'intelligence et la docilité des chiens caniches que leurs maîtres présentent le plus souvent comme des descendants ou neveux du fameux Munito. On dispose en cercle des cartes portant chacune une lettre de l'alphabet. Une personne de la société désigne tout haut un mot. Le maître est debout, immobile (du moins en apparence) et silencieux. Le chien tourne autour du cercle, sans paraître s'occuper de son maître, sans diriger les yeux de son côté. Dès qu'il se trouve vis-à-vis de la première lettre du mot demandé, il la prend dans sa gueule et l'apporte sur une tablette à ce destinée; il reprend sa course circulaire jusqu'à ce qu'il arrive à la seconde lettre qu'il apporte de même, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'il ait complété le mot. En remplaçant les lettres par des chiffres, on fait exécuter par le chien des additions et des soustractions ; il joue au domino et à l'écarté, et gagne souvent son adversaire. Certes, il a dû falloir bien plus de difficultés pour amener des chevaux et des chiens à faire de tels exercices, que pour les dresser à simuler le sommeil ou la catalepsie. Les effets présentés comme magnétiques ne peuvent donc être regardés comme concluants, puisqu'ils peuvent être le résultat de leçons apprises.
On ne manquera pas d'alléguer la sincérité des opérateurs et de dire que c'est faire injure à leur bonne foi que de supposer qu'ils ont dressé leurs animaux. En matière d'investigation sérieuse, on doit mettre de côté les questions personnelles, et les expériences n'ont de valeur qu'autant qu'elles
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sont faites avec assez de soin pour qu'on n'ait pas à s'occuper de la bonne foi de leur auteur. D'ailleurs, il faut remarquer qu'un magnétiseur, même de très bonne foi, s'il fait des essais multipliés sur un animal, le dresse en réalité à présenter les phénomènes qu'il en attend; l'animal finit par comprendre ce qu'on veut de lui et par s'y soumettre; il sait quels mouvements lui serviront de signaux pour s'endormir, pour faire le mort et pour se relever. Tout cela peut se faire sans fraude et ne prouvera rien, si ce n'est la docilité de l'animal à répéter sa leçon.
Les conséquences seraient différentes, si un magnétiseur, au lieu d'agir sur un animal qui est son sujet habituel, opérait sur le premier animal venu de la même espèce; il serait facile de s'assurer que. l'animal n'a pas été dressé à faire des tours et qu'il obéit véritablement cà une puissance qui lui est inconnue.
Mais il est un moyen plus simple de décider la question, c'est d'agir magnétiquement avec les animaux, comme nous avons proposé qu'on fît avec les personnes, c'est-à-dire de les magnétiser à leur insu. Les précautions à prendre seront bien plus faciles à l'égard des animaux; on pourra parler tout à son aise devant eux sans craindre de les informer de ce qui les attend. Il suffira que le magnétiseur agisse sans être vu, sans contact, sans faire entendre aucun son; il y aura encore plus de garantie s'il agit d'une pièce voisine ou par l'intermédiaire d'un objet magnétisé, au choix des spectateurs. Comment se fait-il que les magnétiseurs ne nous offrent pas journellement ces expériences décisives qui mettraient fin au débat sur le magnétisme en prouvant invinciblement l'existence de l'agent physique qu'ils invoquent continuellement, sans pouvoir en donner aucune preuve? S'ils objectent la rareté des personnes ayant un pouvoir magnétique suffisant, nous leur rappellerons que, d'après leur doctrine, tout homme possède ce pouvoir à un degré plus ou moins élevé, et que
des personnes formant une chaîne peuvent unir leurs forces magnétiques vers un môme but et multiplier ainsi leur puissance, comme on l'a fait pour endormir des individus peu sensibles. Qu'on mette donc en jeu une batterie composée de magnétiseurs en nombre convenable, et l'on devra obtenir une force suffisante pour endormir et cataleptiser le premier animal venu des espèces cheval, chien, chat ou singe. Mais, comme nous l'avons déjà fait observer, les magnétiseurs, tout en professant une confiance illimitée dans l'agent physique qu'ils prônent, reculent devant les expériences qui pourraient le compromettre et préfèrent se renfermer dans un cercle de faits faciles à produire, mais non probants.
En résumé, la magnétisation sur les animaux se réduit jusqu'ici à la fascination, c'est-à-dire aux effets de l'ascendant moral, tels qu'ils s'exercent dans la magnélisation humaine. En dehors des phénomènes qui s'expliquent par cette cause, il n'y a que des exercices de la nature de ceux auxquels on dresse des animaux, par conséquent des faits étrangers au magnétisme et invoqués à tort par ses partisans.