CHAPITRE X
Plusieurs adeptes du magnétisme, enivrés des résultats merveilleux qu'ils produisaient, en sont venus à se figurer qu'ils possédaient un pouvoir illimité et que la nature devait leur obéir; ils se sont laissés aller aux aberrations les plus étranges, ont proclamé avec assurance les prodiges dont ils se sont dits les auteurs, et se sont plaints avec aigreur de Tincrédulité qui accueillait leurs récits. Nous allons rapporter quelques-uns des cas les plus célèbres où l'on a revendiqué, au profit du magnétisme animal, Faction sur les corps bruts.
On trouve dans les notes manuscrites du docteur Wurtz, qui accompagnent un ouvrage imprimé du même auteur, ayant pour titre : Prospectus d'un nouveau cours théorique et pratique de magnétisme animal, etc., que « quelqu'un voulant démontrer à Mesmer le pouvoir de la volonté sur les êtres même inanimés, suspendit en l'air une chaîne de fer et la lit tourner autour d'elle-même en la fixant et par le seul acte de sa volonté : alors, pour prouver que ce n'était pas par l'influence de son regard, il se tourna de manière a ne pas pouvoir la voir; il voulut, et elle tourna de même
comme auparavant. » Nous empruntons cette citation à la lumineuse disertation de M. Govi, insérée dans le Journal du magnétisme (1849, p. 462 et suivantes). M. Govi ajoute ces ;réflexions judicieuses : « Mesmer n'était certainement pas homme à croire à des faits de telle nature, mais peut-être qu'on lui attribuait des idées et des choses auxquelles il n'avait jamais songé, afin de donner plus de valeur à ses inventions, et de les faire passer dans le monde des demi -savants comme autant de vérités incontestables. » 11 ne paraît pas qu'on ait cherché à vérifier celte expérience. Et pourtant rien n'était plus facile que de la reproduire publiquement, ou du moins en présence de témoins honorables, qui auraient bien été obligés de se rendre à l'évidence et n'auraient pu refuser d'en certifier la réalité. On ne pouvait alléguer, comme pour la lucidité, que c'est une faculté intermittente, capricieuse, qui ne se manifeste qu'à de rares intervalles : on a toujours à sa disposition une chaîne de fer, et si quelques hommes ont le pouvoir de la faire mouvoir par le seul effort de leur volonté, il ne tient qu'à eux de vouloir pour reproduire le phénomène à toute réquisition. Mais, en général, ceux qui se vantent de ces choses incroyables, et qui vous rendent compte avec la plus grande précision de toutes les circonstances du fait, ne sont jamais prêts quand vous les invitez à répéter ces expériences sous vos yeux, et trouvent toujours quelques prétextes pour éluder.
Ainsi, l'honorable M. Barthet, président de la Société du mesmérisme de la Nouvelle-Orléans, étant venu à Paris et ayant lu dans une brochure de l'abbé de Robiano (1), que ce magnétiseur faisait mouvoir des objets par son action magnétique, se rendit tout exprès à Bruxelles pour être témoin de ces faits étranges. Il eut une entrevue avec M. de Robiano qui lui exposa sa théorie et lui vanta les merveilles
(1) Nevrurgie, ou le Magnétisme animal devant une science physique mathématique. Bruxelles, 1816.
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qu'il obtenait; mais quand il s'agit d'en venir aux faits, il se tira d'affaire par des faux-fuyants, et M. Barlhet ne gagna à son voyage que la répétition de ce qu'il avait lu dans la brochure... Le Journal du magnétisme, en rendant compte de cet ouvrage (1846, t. III, p. 50 et suiv., p. 81 et suiv.), en a donné des extraits étendus qui suffisent pour faire connaître les prétentions de l'auteur : celui-ci affirme, entre autres choses, que par un simple regard, il produit des attractions et des répulsions de divers corps : le journaliste avoue qu'ayant voulu répéter ces expériences en se conformant scrupuleusement aux prescriptions de M. de Robiano, il n'est arrivé qu'à des résultats négatifs. Nous n'avons pas entendu dire qu'aucun autre expérimentateur ait été plus heureux.
Nous avons entendu alléguer contre les conséquences qui se tirent naturellement de ces insuccès, que l'homme n'est pas toujours dans le même état, qu'il peut en certains cas être surexcité par la passion ou même par une cause physique, telle que la fièvre, qu'alors il accomplit des choses dont il serait incapable dans l'état ordinaire, et que son incapacité de les reproduire à toute réquisition n'autorise pas à en prononcer l'impossibilité absolue. — Mais il [est à remarquer qu'il s'agit ici précisément d'expériences que leurs auteurs se vantaient de reproduire à volonté, que par conséquent ils ne peuvent échapper aux interpellations qui leur sont faites, de les exécuter. Tout au plus, pourraient-ils choisir leur temps : mais comme le moment opportun n'arrive jamais, on est endroit de les taxer d'illusion ou de hâblerie. D'ailleurs, il y a une distinction à établir quant aux faits que l'homme peut accomplir dans des circonstances exceptionnelles. Si ces faits, bien que rares, sont de même nature que d'autres dont l'existence est certaine, on pourra sans doute les admettre. Qu'on nous dise, par exemple, qu'une personne, dans un accès de fièvre chaude, ou dans un moment de fougue, quand il y avait, par exemple, des malheureux à sauver d'un incen-
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die, a transporté de fardeaux énormes qu'elle serait hors d'état de soulever lorsqu'elle est de sang-froid, il n'y a là rien d'invraisemblable. Mais s'il s'agit , au contraire, de facultés dont l'existence n'est nullement démontrée, par exemple de l'aire mouvoir des corps par le regard ou par la volonté, comme il n'existe pas un seul exemple authentique de faits semblables, il est évident qu'on est fondé à dire à ceux qui prétendent en produire : nous ne vous croirons que quand vous aurez opéré devant des témoins dignes de foi; et vos expériences qui réussissent toujours quand vous êtes seuls ou en présence de sectaires enthousiastes et incapables d'observer, mais qui manquent toujours quand il se présente un observateur de bon sens, vos prétendues expériences n'ont aucune valeur.
En 18M, MM. ïhilorier et Lafontaine écrivirent à l'Académie des sciences pour lui annoncer qu'ils s'étaient livrés à une suite d'expériences dont le résultat était de démontrer l'existence du fluide nerveux que l'homme peut projeter par sa volonté; ils annonçaient qu'ils pouvaient à l'aide de ce fluide, faire dévier l'aiguille du galvanomètre, aimanter le fer doux à distance, sans l'emploi des moyens usuels ou connus, et par un acte exprès de la volonté de l'expérimentateur. M. Lafontaine, dans son livre intitulé L'art du magnétiseur (2eédit., p. 28 et suiv.), décrit plusieurs autres expériences : par des passes magnétiques à distance, il aimante un barreau de fer, il en change les pôles, il en annihile l'aimantation (1). M. Thilorier se présenta devant Arago et essaya de répéter ces expériences, mais sans aucun succès. M. Lafontaine n'en persista pas moins à en soutenir la réalité, et rejeta l'échec sur M. Thilorier qui, selon lui, était un bon chimiste, mais
(1) M. Ricard se vante de faits semblables. Il promène cinq minutes un morceau de fer sur la poitrine d'une somnambule : le fer devient aimanté et enlève une aiguille à coudre ; il recommence avec une intention contraire, et l'aimantation est détruite. (Du Magnétisme, p. 338.)
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un faible magnétiseur, très pauvre en fluide. Mais comment M. Lafontaine qui en est si abondamment pourvu, n'a-l-il pas pris une éclatante revanche? A défaut des membres de l'Académie des sciences, il n'aurait pas manqué de personnes consciencieuses et éclairées qui auraient observé ces expériences sans prévention et en auraient rendu un compte fidèle. 11 faudrait que des témoins compétents vinssent confirmer ces pompeuses narrations.
Dans un ouvrage plus récent et publié à Genève, M. Lafontaine affirme qu'il a fait très souvent l'expérience suivante : Une aiguille d'égale grosseur dans toute sa longueur est suspendue librement par un fil de cocon non tordu, et placée sous un globe de verre hermétiquement fermé; cette aiguille peut être en un métal quelconque, en bois, baleine, verre, etc., M. Lafontaine magnétise à travers le verre et fait dévier l'aiguille. Très bien; mais nous attendons les constatations.
Des physiciens, des savants distingués annoncèrent des expériences qui avaient quelque rapportavec celles dont nous venons de parler. Le 30 avril 1849, Arago lut à l'Académie un mémoire de M. du Bois-Reymond qui déclarait avoir obtenu à distance la déviation de l'aiguille asiatique * par la seule action de la volonté s'exerçant à la contraction des muscles des bras. » A cette attestation se joignirent celles d'un savant de premier ordre, M. de Humboldt, et de MM. Millier et Helmkotte. Une vive discussion s'engagea à ce sujet; on peut en voir l'analyse par M. Govi, dans \e Journal du magnétisme (t. VIII, 1849). M. Despretz crut pouvoir expliquer les phénomènes par l'effet de la chaleur qui rayonnait du corps de l'opérateur, chaleur qui croissait ou diminuait selon les différentes émotions qui agitaient l'individu et selon sa plus ou moins grande proximité de l'appareil' M. Pouillet préférait assigner pour cause les courants d'air' la question resta douteuse. Nous ne croyons pas devoir en-
trer dans cette polémique; il nous suffira de luire voir qu'elle est étrangère à notre sujet. En supposant démontré que l'homme, par la contraction de certains muscles, puisse dégager un fluide et par là l'aire à distance dévier une aiguille, que pourrait y gagner la cause du mesmérisme? En soufflant, je mets en jeu un fluide, et je produis une force capable de faire mouvoir à distance des corps légers; par le rayonnement de la chaleur de ma main, j'émets un fluide à l'aide duquel je puis déterminer des mouvemeuts à distance et, fkv exemple, faire monter un thermomètre très sensible ; mais évidemment tout cela n'a rien de mesméiien. Qu'une autre action semblable, déterminée également par ma volonté, produise des effets analogues : le fait, s'il existe, sera tout aussi étranger au magnétisme animal. Dans les sciences d'observation, c'est sur la similitude des effets qu'on s'appuye pour affirmer l'identité de cause. Par exemple, la chaleur, indépendamment de la sensation qu'elle produit sur nous et qui est très facile à reconnaître, a sur le thermomètre une action qui permet d'en mesurer l'intensité et d'en observer les varialions. Mais ici il n'y a pas la moindre ressemblance entre les résultats : le magnétisme animal endort les personnes, les plonge en somnambulisme, les guérit, les met en catalepsie, en tétanos, en extase, les calme, les irrite, les charme, les foudroie, etc.-, l'agent en question ne se manifesterait que par une action mécanique sur des aiguilles librement suspendues. Évidemment il n'y a pas le moindre rapport, et rien ne nous autorise à affirmer que ce soit la même cause qui agisse dans ces deux ordres de faits si différents. « Quoi de .dus absurde, dit M. Govi, que de prétendre que le mesmérisme est l'électricité, si avec l'électricité nous ne pouvons reproduire aucun de ses phénomènes ; qu'il est du magnétisme (minéral), si ce magnétisme reste inactif devant le système nerveux de l'homme et des animaux ; qu'il est de la chaleur, si la chaleur ne peut nous donner un seul de ces
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laits qui caractérisent si nettement l'action mesmérique? Il ne fallait pas chercher si le mesmérisme était un de ces modes de vibration de 1 ether ; mais il suffisait de prouver que ces agents ne produisaient point l'effet du mesmérisme, et c'était chose facile. » M. Govi conclut que le mesmérisme ne peut se mesurer par des appareils physiques, attendu qu'il est produit par une àme sur une âme ; et par là il rejette les fluides imaginés par les magnétiseurs. Nous adoptons complètement ses conclusions; l'examen auquel nous nous sommes livré, nous a conduit à reconnaître que le magnétisme animal n'était autre chose que la fascination, c'est-à-dire l'action d'une âme sur une âme, ce qui le met complètement en dehors des actions physiques.
La plupart des gens qui donnent en spectacle le magnétisme et le somnambulisme, cherchent à étonner le public, et ils savent fort bien qu'un des meilleurs moyens d'attirer la foule, c'est de présenter des choses extraordinaires ou du moins qui paraissent telles. Aussi en voit-on qui annoncentdes somnambules ayant la propriété défaire dévier l'aiguille delà boussole. Comme les spectateurs, en général, connaissent très peu la physique et que d'ailleurs il leur faut accepter le spectacle tel qu'il a plu à l'opérateur de le combiner, il suffit d'employer des stratagèmes extrêmement Faciles pour en imposer à la foule. Ainsi une somnambule, en se mettant dans les cheveux des épingles de fer, peut faire dévier l'aiguille aimantée ; si l'appareil repose sur an parquet qui ne soit pas parfaitement stable, la pression causée par une personne qui se déplace, pourra déterminer l'abaissement de la boussole qui cessera d'être horizontale, et l'aiguille déviera. Il est clair que des expériences de cette nature devraient être faites sous le contrôle de personnes compétentes ; sans quoi, ce ne sont que des tours d adresse, bons tout au plus à grossir le programme des soirées amusantes. Malheureusement bien des magnétiseurs dans leur engouement pour ce qui est présenté sous les aus-
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pices de leur cher fluide, accueillent tout de confiance, négligent môme les précautions que dicterait la prudence la plus vulgaire, ont des éloges pour une multitude de prétendus prodiges, et se font, sans le savoir, les complices de jongleurs.
Il y a quelques années, on s'est beaucoup occupé de filles électriques. Le Journal du magnétisme (t. IV, p. 210) a emprunté au Donglas Jerrold's, du 20 mars 18/i7, une relation fort curieuse, concernant une petite Espagnole de neuf à dix ans, dont la présence mettait en mouvement tous les meubles. Des phénomènes semblables ont été observés sur la personne d'Angélique Cottin, jeune fille habitant le village deBouvigny, près de La Perrière (Orne). Le Journal du magnétisme (t. II, 1846) contient à ce sujet deux relations fort bien faites par M. le docteur Verger et par M. Hébert, tous deux témoins oculaires; ce dernier a puisé aux meilleures sources et a recueilli avec sagacité tous les témoignages qu'il a joints à ses propres observations. « La jeune fille (raconte M. Verger) s'asseyait devant un guéridon ou une table de travail ; elle y fixait un fil de soie avec lequel elle avait l'habitude de travailler pour faire des gants de filet \ presque immédiatement le meuble s'enlevait, s'éloignait et se renversait, pendant qu'elle-même éprouvait une forte commotion qui l'entraînait du même côté. Nous avons fixé le guéridon avec nos mains, le même phénomène a eu lieu. Nous avons ensuite touché avec le bas de la robe et son tablier, l'expérience a toujours eu lieu. Nous lui avons tenu les mains et les pieds, toujours le contact de ses vêtements a suffi. Le tablier posé sur une chaise où est assise une autre personne, produit encore le même effet. Mais, bien plus fort, un coffre sur lequel trois hommes sont assis, est mis en mouvement de la même manière. » Voici, entre autres choses, ce que rapporte M. Hébert : « Par le contact fortuit de ses vêtements, les chenets, pelles, pincettes, sont renversés dans
l'aire et les lisons éparpillés , au grand étonnement , à la stupeur de colle qui est la cause involontaire de si prodigieux effets. Des brosses, des livres et autres objets d'un petit volume sont violemment repoussés en les louchant avec les vêtements, mais plus particulièrement par l'extrémité inférieure des jupes. Des ciseaux suspendus à sa ceinture au moyen d'un fil ont été lancés, sans que le cordon fût brisé ni qu'on pût savoir comment il a été dénoué... La huche, aussitôt qu'elle la louchait des genoux, était enlevée avec force, subitement, et retombait de même. M. de Farimont s'est assis dessus et a été enlevé avec elle, cà environ deux pouces avec la même violence. »
On amena Angélique Cottin à Paris, on la montra à divers personnages, et notamment à quelques membres de l'Académie des sciences. Mais devant ces derniers on ne put obtenir la répétition des phénomènes. « Seulement, dit M. Babinet, l'un des académiciens, au milieu des prodiges qu'elle n'opérait pas, se trouvait un effet très naturel de première délente de muscles, qui était curieux au plus haut degré. Celte fdle de petite taille, engourdie et qu'on avait justement qualifiée du nom de torpille, étant d'abord mise sur une chaise et se levant ensuite très lestement, avait la faculté, au milieu du mouvement qu'elle faisait pour se relever, de lancer en arrière, avec une vitesse redoutable, la chaise qu'elle quittait sans qu'on pût apercevoir aucun mouvement du lorse, et par la seule délente du musclequi allait quitter la chaise... Plusieurs des jeunes employés du Jardin des plantes avaient réussi à opérer, quoique moins brillamment, ce beau tour de mécanique organique (Revue des Deux-Mondes , 15 janvier 1854). »
Les prôneurs du phénomène cherchèrent à atténuer les mauvais effets de ces séances ; ils répétèrent que les facultés de la jeune fille étaient intermittentes, et qu'on devait renouveler les essais. M. Babinet, cédant aux instances des parents
'HO l»U MAUNli'tlSftlIi.
d'Angélique, consentit à se rendre ù une nouvelle séance. On lui assura que, le jour môme, avant dîner, sa vertu électrique s'était développée et avait renversé une énorme et lourde table de cuisine. On attendit plusieurs heures, et rien ne se produisit : M. Babinet, ennuyé, finit par se retirer, ainsi que plusieurs des spectateurs. Enfin l'attention de ceux qui restaient étant fatiguée, et des conversations particulières s'étant établies dans les groupes, tout à coup un guéridon placé près d'Angélique fut lancé au loin : des cris d'admiration éclataient. Mais un vieux monsieur qui, pendant toute la séance, n'avait pas un instant perdu de vue la jeune fille, vint déclarer qu'il l'avait vue pousser tout bonnement du genou le guéridon : et comme elle avait précédemment fait mouvoir, disait-on, une très lourde table, ce monsieur pensa que ce devait être par le même moyen, et que l'effort avait dû occasionner une forte contusion, ce qui fut vérifié et trouvé réel (1).
La fille électrique était donc convaincue de fraude, ce qui suffit pour rendre suspects les autres faits. Néanmoins on a allégué que la supercherie dans un cas n'excluait pas la réalité des phénomènes antérieurs. En effet, supposons que, par un changement survenu dans l'organisme d'Angélique, elle ait perdu ses facultés extraordinaires : ses parents étant venus à Paris pour exploiter le phénomène qu'ils croyaient toujours disponible, la pauvre fille à pu se dire qu'à tout prix elle était obligée de fournir du merveilleux à ceux qui étaient prêts à en payer l'exhibition, et elle se sera ainsi décidée à aider la nature par un peu d'adresse.
Une vive polémique s'établit à son sujet. La réalité des phénomènes nous semble au moins très probable, d'après le nombre et la qualité des témoins qui en ont rendu compte ; l'affirmative a été chaudement défendue par M. le docteur
(1) Revue des Deux-Mondes, du 15 mai 1834, article de M. Babinet.
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Tanchou qui a publié sur ce sujet une brochure intitulée Enquête sur l'authenticité des phénomènes électriques d'Angélique Cottin. m
Si nous avons parlé de celte histoire, c'est seulement parce qu'un grand nombre de partisans du magnétisme ont revendiqué les fdles électriques comme relevant de leur domaine ; mais nous appliquons sur ce point les observations que nous avons présentées plus haut, à propos de l'action sur les aiguilles. Tous ces phénomènes n'intéressent en rien le magnétisme animal. C'est ce qu'a reconnu judicieusement, M. Du Potet. « Non, dit-il, la jeune Cottin n'exerce point une action magnétique animale sur les corps qu'elle approche ou qu'elle touche. Elle agit en vertu d'une propriété que nous ne possédons point, mais qui se rapproche de l'électricité; c'est pourquoi tous les phénomènes produits par elle diffèrent essentiellement de ceux dits magnétiques (1). »
Parmi les prétentions du magnétisme à agir sur les corps bruts, la plus étrange peut-être est celle de dissiper les nuages : elle a été formulée par plusieurs auteurs et répétée par des personnes jouissant d'un certain crédit. Le procédé consiste à diriger une main ouverte vers le nuage, avec la volonté de le dissiper. Il est certain que si l'on reste dans cette attitude pendant un temps suffisant, comme le nuage n'est pas (ixé à perpétuité et qu'il devra nécessairement se dissiper à un moment quelconque, l'opérateur pourra attribuer ce résultat à sa puissance en vertu du principe illogique : Post hoc, ergo propter hoc. Il pourrait, en procédant de même et en attendant assez de temps, assister à la formation des nuages et à leur condensation dans une partie du ciel où il n'y en avait pas, et il disputera ainsi à Jupiter le titre de Néphéléguérétès (assembleur de nuages). Mais aucun de ces thaumaturges n'a encore manifesté son pouvoir en servant
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de pavagrêle et en préservant les campagnes des nnages qui, en crevant, répandent l'orage et La dévastation.
M. Cahagnet qui affirme, dans sa Magie magnétique, avoir dissipé des nuages par le procédé que nous venons de rapporter, étend beaucoup plus loin le pouvoir du magnétisme et s'exprime ainsi : « L'homme peut-il provoquer des pluies, des vents, de la grêle, ou les faire cesser à volonté ? Oui. »... Il cite l'exemple rapporté par M. Ricard, dans son Traité du Magnétisme : à Toulouse, pendant qu'il pleuvait, M.Ricard fit placer dans un jardin, aux deux extrémités d'une allée, deux personnes ; chacune tenait cachée sous ses vêtements une feuille de papier sèche; M. Ricard, se tenant près d'une de ces personnes, se mit à magnétiser pour éloigner m la pluie de l'endroit où il était; puis, à un signal qu'il fit, chacun étendit de dessous son habit sa feuille de papier ; celle du voisin de M. Ricard, bien qu'exposée quelque temps à l'air, demeura sèche. Landis que la feuille de la personne qui était à l'autre bout de l'allée, était toute mouillée -, le magnétiseur avait donc rénssi à éloigner la pluie autour de lui. Si vous doutez du fait, il est en état de vous montrer... les deux feuilles de papier, témoins non suspects.
Nous n'avons parlé, dans ce chapitre, que des effets sur la matière attribués au magnétisme animal; quant aux effets bien plus importants et plus variés qui ont été attribués aux Esprits, ils dépendent de la magie proprement dite, et nous en traiterons dans la seconde partie.