CHAPITRE XI
Tout le monde sait ce que c'est que le sommeil, et néanmoins il est très difficile d'en donner une bonne définition, d'en tracer nettement les caractères distinctifs, de préciser la limite où il commence. Le sommeil parfait implique la suspension des fonctions de relation ; mais cette suspension n'est jamais complète. Même quand le sommeil est le plus profond, un bruit violent le fait cesser; donc ce bruit qui a précédé le réveil, a été perçu du dormeur. Mais le plus souvent les bruits, tout en étant perçus, ne produisent pas le réveil. Ainsi, quand une personne ronfle, on n'a qu'à siffler, le ronflement cesse pour quelques minutes, et le dormeur paraît écouter. Celui qui dort ne reste jamais immobile pendant son sommeil, il meut quelques membres, il change de position pour se mettre plus à son aise; une vive lumière l'affecte désagréablement, bien qu'il ait les. yeux fermés, et il se tourne du côté opposé. Parfois il est agité par des rêves, il manifeste visiblement ses impressions par des gestes, des cris, des rires et même par la parole. Si alors on intervient dans la conversation qu'il a avec lui-même, on obtient des réponses, le plus souvent confuses, mais quelquefois claires et suivies. Il y a des individus qui, dans cet état, suivent une impulsion, exécutent des mouvements du corps entier, peuvent par exemple se lever, faire quelques pas et se recoucher sans que le sommeil soit interrompu, et ne gardent au réveil aucun souvenir de ce qui leur est arrivé : on en a vu qui étaient fort étonnés au réveil de se trouver dans un lit autre que celui où ils s'étaient endormis. Il y a des personnes qui dorment à cheval et vont ainsi très loin sans faire de chute : les membres ne cessent donc pas d'exécuter les mouvements nécessaires pour conserver l'équilibre. D'autres, obligées de
HA i)U MAGNÉTISME.
faire de très longues courses à pied et brisées de fatigue, dorment en marchant. Enfin nous arrivons, par une série de gradations insensibles, aux somnambules naturelsqui se lèvent la nuit et, tout en restant endormis, exécutent les actes les plus variés : la plupart, cédant sans doute à l'empire de l'habitude, se livrent à leurs travaux ordinaires; la domestique balaie, essuie, fait sa cuisine en n'oubliant que d'allumer le feu ; l'artisan continue sa besogne commencée la veille ; l'écolier fait une traduction, le littérateur un poème; il est arrivé à des somnambules de trouver dans cet état une verve extraordinaire et de produire des compositions supérieures à celles de l'état ordinaire.
Ces occupations exigent l'emploi de toutes les facultés physiques et intellectuelles ; l'activité humaine est donc en jeu, et pourtant cet état est encore le sommeil.
Le somnambule a presque toujours les yeux fermés ; ou s'ils sont ouverts, ils paraissent incapables de vision. Il n'entend aucun bruit; mais en lui prenant la main, on parvient quelquefois à se faire entendre et à lier conversation avec lui; il continue néanmoins d'être sourd pour toute autre personne.
Il se dirige sans hésiter dans l'obscurité et accomplit ainsi des travaux même qui exigent une vue excellente. Sa vision s'exerce donc autrement que dans l'état ordinaire. Il y a des choses qu'il voit, puisqu'il s'en sert avec adresse, mais il y en a d'autres qu'il ne voit pas; ainsi des somnambules ont pris des fenêtres pour des portes et, croyant trouver un sol ferme, se sont dirigés au dehors d'e leur chambre et ont fait des chutes mortelles. Les organes peuvent donc percevoir certains objets et n'en pas percevoir d'autres, bien que les uns et les autres soient placés dans les mêmes conditions par rapport à l'homme dans l'état normal : donc les modes de perception du somnambule ne sont pas les mêmes que dans l'état de veille
Il y en a qui courent sur les toits, se tiennent dans des positions où le couvreur le plus intrépide n'oserait s'aventurer, n'éprouvent aucun vertige et reviennent sains et saufs de leurs excursions. Au réveil, le somnambule ne se rappelle rien : souvent même il refuse de croire ce qu'on lui raconte de ses propres actes pendant la nuit.
On peut voir dans Bertrand [Traité du somnambulisme, chap. I) des exemples très curieux de somnambulisme naturel : un individu qui se servait d'une chandelle pour écrire, cesse de voir dès qu'elle est éteinte, bien qu'il y ait dans la chambre quatre autres chandelles allumées , mais non par lui; un autre, prenant une bouteille pour une chandelle allumée, se croit parfaitement éclairé et vaque à ses travaux dans une obscurité profonde; une jeune personne écrit au milieu des ténèbres, et s'il se glisse dans la chambre quelque lumière, celle de la lune ou d'un tison mal éteint, elle se plaint que ce soleil l'empêche de voir ; un séminariste se levait la nuit, composait des sermons, et une personne ayant interposé un carton entre sa figure et son papier, cet obstacle ne l'arrêta nullement, et il continua à écrire sans s'en apercevoir.
Les différentes phases du sommeil naturel vont se retrouver dans le sommeil artificiel. Beaucoup de personnes, en recevant l'action magnétique, éprouvent, au bout de quelques minutes, de la somnolence ; la tête est lourde, il y a des pandiculations, les paupières se ferment et souvent ne peuvent plus s'ouvrir, l'esprit s'engourdit, ne peut plus qu'avec peine suivre une idée ; le sujet entend encore ce qui se passe autour de lui, mais il sent qu'une force l'entraîne et que la conscience va lui échapper, comme dans les cas où la fatigue ou la chaleur excessive causent une envie de dormir invincible.
H y a des sujets qui ne franchissent pas ce premier degré. Chez d'autres, l'assoupissement devient de plus en plus pro-
fond', puis vient le coma qui est lu suspension la plus complète des fonctions de relation. Il y a immobilité parfaite ; si l'on soulève un membre, il retombe comme un corps inerte; le sujet ne voit ni n'entend et est tout à fait insensible ; les bruits les plus violents ne font aucune impression sur lui et ne peuvent le réveiller ; on a beau le pincer, le piquer, le frapper, rien ne réveille sa sensibilité. Le réveil a lieu, ou spontanément au bout d'un temps plus ou moins long, ou par l'action du magnétiseur ; le sujet réveillé ne se rappelle rien. Souvent les sujets n'ont fait qu'approcher de l'état que nous venons de décrire, et dont plusieurs traits ne leur sont pas applicables; il y en a qui conservent le souvenir. Quelquefois il se présente dans cet état un effet qui ne peut être simulé : c'est la cyanose. Les mains sont violacées, et quand on y applique le doigt, il reste une empreinte blanche qui dure environ une minute. Ce symptôme disparaît plus ou moins lentement lorsqu'on fait cesser l'état qui l'avait amené.
Plusieurs sujets, sans passer parle coma ou après y avoir passé, arrivent à l'état de charme dont nous avons parlé dans le chapitre VIL Le sujet ne peut pas alors être regardé comme endormi, il aies yeux ouverts et tous ses sens sont actifs; il est susceptible de toutes les impressions que veut lui faire subir le magnétiseur dont l'influence est toute-puissante; il est surtout facile à charmer. On va, par exemple, lui présenter le bout d'une canne en l'invitant à bien l'examiner; il y voit une lumière resplendissante, il en suit les mouvements avec amour, ne peut en détacher ses yeux et éprouve une sensation de ravissement. C'est alors qu'on peut exécuter les expériences comprises dans l' électro-biologie sans avoir besoin d'aucun appareil.
Le summum de l'action magnétique consiste dans la production du somnambulisme qui depuis une trentaine d'années jouit d'une vogue prodigieuse. Le somnambulisme vient, soit à la suite de la somnolence, soil après le coma, soit
après un état de charme incomplet : quelquefois même, chez les sujets très sensibles, ou 'chez ceux qui en ont l'habitude, il se produit sans intermédiaire. Il y a encore sommeil; les yeux sont fermés, et quand on soulève les paupières, ce qui exige un certain effort, on voit le globe de l'œil convulsé, tantôt en haut de manière à ne laisser voir que le blanc de l'œil, tantôt vers l'angle interne. Le sujet est isolé de ce qui l'entoure, mais il entend son magnétiseur. Quand une personne veut se mettre en rapport avec lui, elle lui prend la main, et après quelques secondes pendant lesquelles le sujet paraît attentif, il se trouve en état d'entendre la personne. Ce moyen d'établir le rapport est le plus habituel ; on en emploie aussi d'autres qui exigent également le contact ; on peut même quelquefois se passer du contact, quand l'attention du sujet est appelée sur une personne, soit par le magnétiseur, soit par une circonstance quelconque. — Le somnambule ne perçoit pas les sons autres que les paroles des personnes avec lesquelles il est en rapport ; cependant la plupart des sujets entendent la musique et l'écoutent même avec un grand plaisir, ce qui' parfois les met en extase. Le somnambule peut exécuter toutes sortes de mouvements; il cause librement; non-seulement son esprit est en possession de toutes ses facultés, mais souvent il acquiert des qualités extraordinaires. L'insensibilité à la douleur se trouve chez beaucoup de sujets ; mais ce' caractère n'est ni général ni constant. — Le sujet ne peut par lui-même faire cesser l'état de somnambulisme; il faut qu'il soit réveillé par son magnétiseur, ou qu'il croye être de la part de celui-ci l'objet d'une action ayant pour but de l'éveiller, ce qui revient au même. Quelquefois le somnambule demande instamment à être réveillé, se plaint du refus de son magnétiseur, se déclare fatigué ou ennuyé : mais, quoiqu'il soit capable de mouvements qui demandent beaucoup de forces musculaires, il ne peut se délivrer des liens qui le retiennent dans son état
1Ab DU MAGNÉTISME.
anormal. Au réveil, il ressemble à une personne qui sort du sommeil naturel, il a pendant quelques instants l'air hébété et l'œil hagard, puis enfin il rentre dans l'état normal et n'a alors aucun souvenir de ce qui s'est passé pendant son somnambulisme : c'est là le trait le plus caractéristique.
La plupart des caractères du somnambulisme sont variables, et cependant cet état est si remarquable qu'il est impossible de ne pas le reconnaître. On peut citer comme deux caractères uniformes, l'isolement et l'oubli au réveil. Quant aux facultés transcendantes qu'il présente quelquefois et dont nous parlerons aux ebapitres suivants, comme on ne les trouve que chez quelques sujets d'élite, on ne peut les prendre pour moyens de constater la réalité de l'état appelé somnambulisme.
La commission de l'Académie de médecine, nommée en 1837, et au nom de laquelle un rapport a été fait par M. Dubois (d'Amiens), a donc commis une grave erreur en ne cherchant que la lucidité et en déclarant qu'en dehors de cette faculté, le somnambulisme n'avait rien qui pût le faire reconnaître; les raisonnements des commissaires consistaient à dire que, comme on ne donnait aucune définition du somnambulisme, il était impossible de le constater; que tous les sujets présentés comme somnambules pouvaient être des imposteurs, qu'on n'avait que leurs déclarations pour preuve de la réalité de ce qu'ils disaient éprouver, que cette preuve ne peut être admise, et qu'ainsi on ne peut s'assurer de l'existence du somnambulisme, à moins que les sujets ne présentent des phénomènes exceptionnels, tels que la lucidité.
Quoique le somnambulisme soit mal défini, cependant tout le monde s'entend bien sur l'idée que ce mot présente à l'esprit. Le sommeil aussi est mal défini, et pourtant les commissaires seraient-ils fondés à se prévaloir de défaut de définition pour mettre en doute l'existence du sommeil?... Quand on fait certains gestes devant une personne qui paraît
en être impressionnée, puis s'endort, le spectateur peut déjà en conclure que, le fait étant supposé exempt de toute fraude, il y a quelque chose qui le différencie de ce qui se passe dans le sommeil ordinaire. Si l'état du sujet ainsi endormi ressemble, à beaucoup d'égards, au somnambulisme naturel '(dont personne ne conteste la réalité, quoiqu'il n'y en ait pas de bonne définition); si le sujet est isolé, n'entend pas lesbruits les plus forts, s'il peut dans cet état se mouvoir, converser; si les coups, les pincements, les chatouillements, les secouses ne peuvent le réveiller; si celui qui l'a endormi, le réveille sans le toucher, mais par quelques gestes ou par un mot prononcé à voix basse; si enfin, le sujet réveillé ne conserve aucun souvenir de ce qui s'est passé : certes on peut dire que l'ensemble de toutes ces circonstances constitue une manière d'être toute particulière, et que le mot par lequel on est convenu de le représenter offre à l'esprit une idée très nette. Ainsi quand on parle de somnambulisme, qu'on y croye ou non, on sait pafaitement de quoi il s'agit. C'est donc une mauvaise chicane qu'ont faite les commissaires, quand ils ont prétendu que le somnambulisme en lui-même, et à part la lucidité qui est exceptionnelle, ne pouvait être constaté.
Comment peut-on en vérifier la réalité ?... Sans doute, le somnambulisme peut être simulé ; il l'a été souvènt, il a même donné lieu à des fraudes innombrables : mais il ne s'ensuit pas qu'il n'y ait aucun moyen de les déjouer. On peut simuler le sommeil ordinaire, le somnambulisme naturel, l'ivresse, la surdité, l'épilepsie, etc. Que ne simule-t-on pas? Mais avec de la sagacité on peut démêler la réalité de la simulation. Par exemple, les médecins qui font partie des conseils de révision, ont à examiner des jeunes conscrits qui feignent d'être ou muets ou sourds ou épileptiques : ces médecins, malgré leur habileté et leur longue expérience, sont quelquefois trompés, c'est le sort de tous les hommes; mais ils parviennent aussi à démasquer bien des fourberies, et dans beau-
coup de cas, après avoir employé les précautions les plus minutieuses,, ils se croient en droit d'affirmer la réalité de l'infirmité alléguée. Il n'est pas plus 'difficile de réussir aussi bien en matière de somnambulisme. Indiquons quelques-uns des moyens.
Le sujet paraît isolé. Vous voulez vous assurer s'il est vrai qu'il n'entend rien, sauf la voix de son magnétiseur. On peut, au moment où le sujet paraît bien occupé d'expériences étrangères à l'audition, par exemple de catalepsie ou d'insensibilité, lui tirer à l'oreille un coup de pistolet ou môme une capsule : s'il reste parfaitement immobile ou impassible, il sera déjà bien probable qu'il n'entend pas. — Éloignez pour quelques instants le magnétiseur, mettez-vous derrière le sujet, et parlant à mi-voix et d'un ton mystérieux à une autre personne, dites-lui que yous voulez profiter de l'absence du magnétiseur pour faire une expérience sur le sujet, que vous allez lui tailler un morceau de chair sur telle partie du corps, puis ouvrez bruyamment un couteau et approchez seulement le doigt de la partie indiquée : il sera bien difficile au sujet de se contenir quand il se croira menacé d'une pareille opération. — S'il s'agit d'une femme, parlez d'un ton sérieux de lui couper les sourcils, et faites jouer une paire de ciseaux. — Un jour j'éloigne tous les spectateurs, je reste seul avec le sujet et une autre personne à laquelle je fais signe de m'imiter, puis je m'écrie : Ah ! voilà les gendarmes qui viennent nous arrêter; ma foi, sauve qui peut! Et nous nous enfuyons précipitamment en bousculant les meubles... La somnambule est restée sur son siège et n'a paru s'apercevoir de rien : si elle eût entendu, croit-on qu'elle fût demeurée aussi tranquille ?...
Nous avons cité ces exemples de pièges qu'on peut tondre aux somnambules : chacun peut, en imaginer d'appropriés aux circonstances. On conçoit qu'avec un peu d'adresse on mettrait en défaut le sujet qui ferait semblant de ne pas
entendre, et à plus forte raison celui qui ferait semblant de dormir. •
Quant aux sujets qui se déclarent insensibles, on se livre habituellement à une série d'expériences qui vont en croissant de gravité et qui ont quelque chose de répugnant, telles que d'enfoncer des épingles sous les ongles, des aiguilles dans les chairs, etc. Si le sujet joue un rôle et qu'il ait assez de force d'âme pour se contenir, son énergie augmentera à mesure que vous le torturerez, et son impassibilité apparente ne prouvera rien. Il reste l'odieux de cruautés qui, même commises sur des fourbes, rappellent les bourreaux de l'inquisition. Je préfère le procédé suivant. Bornez-vous à pincer légèrement le sujet; s'il ne manifeste aucun signe de douleur, déclarez que cet essai est satisfaisant, puis demandez que Ton passe à autre chose, par exemple, à l'imitation de gestes qu'il ne puisse voir. Si le sujet est un drôle qui se moque de vous, il se croit quitte delà corvée de l'insensibilité, il se met à l'aise et n'a plus cette tension d'esprit qui lui était nécessaire pour supporter les grandes épreuves. Au moment où il s'y attend le moins, chatouillez-lui les lèvres avec la barbe d'une plume, passez-lui un linge mouillé sur la ligure, faites courir un hanneton sur sa joue, ou enfin imaginez quelques-uns de ces tours qui, sans avoir rien de cruel ni de sanglant, agacent horriblement, surtout quand on n'y est pas préparé. Si le sujet a senti le contact, il ne pourra réprimer un mouvement d'impatience.
Du reste, quand on veut sérieusement s'éclairer, on ne doit pas se borner à une expérience : il faut examiner un grand nombre de sujets et varier avec eux les modes d'expérimenter. Après quelques essais, il est impossible qu'on n'arrive pas à une conviction parfaite sur la réalité de l'état somnambulique. En agissant sur des personnes qui n'en font pas un objet de lucre, et mieux encore en amenant au somnambulisme des individus qui ne connaissent même nas cet
état, on sera beaucoup mieux à l'abri des chances de fraude et l'on obtiendra des phénomènes qui ne laisseront aucun doute dans l'esprit.
Enfin quelques sujets, et ils ne sont pas rares, présentent des particularités parfaitement probantes et abstraction faite de toute considération de sincérité. Les organes de l'odorat deviennent insensibles à tel point qu'on peut placer sous le nez et maintenir indéfiniment un flacon débouché d'ammoniaque : or, l'odeur en est tellement insupportable, qu'une personne dans l'état normal, sous le nez de laquelle on place cette substance, ne peut la supporter un seul instant, et qu'une force irrésistible lui fait rejeter vivement la tête en arrière. D'autres sujets, surtout quand ils arrivent à l'extase, ont les yeux insensibles à la lumière; tout le mondesaitqu'une lumière très vive produit instantanément la contraction de la pupille; chez ces sujets il n'en est pas de même, les yeux sont ouverts autant qu'ils peuvent l'être et la pupille très dilatée; on en approche un flambeau de très près, et la pupille n'éprouve aucune contraction. Ces deux sortes de phénomènes ne peuvent être simulés; ils sont donc parfaitement concluants. Il est étonnant que MM. Foissac et Berna, quand ils ont cherché à présenter aux commissaires de l'Académie des faits décisifs qui pussent les convaincre de la réalité du somnambulisme, n'aient pas songé à produire devant eux ces phénomènes qui peuvent à volonté se répéter d'une manière constante chez les mêmes sujets, au lieu de poursuivre les manifestations de lucidité, qui, comme nous le verrons, sont fugitives et extrêmement variables. Mais heureusement les sentences des académies ne sont pas indéformables, et bien que l'Académie de médecine, comptant sur son infaillibilité, ait déclaré qu'à l'avenir elle jetterait au panier toutes les communications qui pourraient lui être faites sur le magnétisme et le somnambulisme, les droits de la vérité sont imprescriptibles. Le jugement de l'inquisition contre Galilée n'empêche pas la terre de
DU SOMNAMBULISME. l^o
tourner, et les dédains des académies n'empêcheront pas le somnambulisme d'exister.
Nous avons considéré le somnambulisme artificiel comme un effet du magnétisme : il peut aussi être produit sans l'emploi du magnétisme; nous en avons déjà cité des exemples. Très souvent la personne sujette à être somnambulisée et qui s'imagine qu'on la magnétise dans le but de l'endormir, s'endort du sommeil somnambulique. Il arrive de même si elle prend un objet qu'elle croit avoir été magnétisé avec cette intention, quand même il ne l'aurait pas été, ou même si eu"e se sert d'objets avec lesquels on l'a habituée à s'endormir. On en a vu qui éprouvaient les mêmes effets en songeant à leur magnétiseur qui ne songeait même pas à eux, ou en passant dans un endroit où ils se figuraient que le magnétiseur avait déposé, en y passant, des effluves magnétiques; il y en a même qui, par le seul effet de la concentration, entrent en somnambulisme. Le somnambulisme est donc exclusivement dû à l'imagination du sujet, et le magnétisme ne produit le somnambulisme que parce qu'il agit sur l'imagination.
On voit que la question du magnétisme et celle du somnambulisme sont très distinctes. Ce sont deux ordres de faits qui peuvent être admis ou rejelés l'un sans l'autre. Du temps de Mesmer, on enseignait et on pratiquait le magnétisme, quoique le somnambulisme n'existât pas. Et celui qui n'observerait le somnambulisme que chez des sujets où il se développe spontanément, pourrait l'accepter sans avoir à s'occuper du magnétisme. M. Dubois, dans son rapport, est donc tombé dans une fâcheuse confusion quand il a prétendu que le magnétisme actuel ne consistait plus que dans le somnambulisme; il a faitvoirpar là qu'il ne connaissait pas les.premiers éléments de la question qu'il s'est flatté de résoudre d'une façon si tranchante; il ignorait que le magnétisme forme la base d'une thérapeutique où le somnambulismene joue aucun
1ZZl DU MAGNÉTISME.
rôle, et que les plus éminents magnétistes s'abstiennent de faire usage du somnambulisme.
Nous avons insisté sur cette distinction, parce qu'il nous semble important que chacune des questions conserve en propre ses moyens de preuve et ses éléments de certitude.