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DE LA LUCIDITÉ ET DE QUELQUES FACULTÉS TRANSCENDANTES

Presque tous les peuples ont cru à la divination, c'est-à-dire à l'art de découvrir des choses qui échappentaux moyens ordinaires d'investigation appartenant à l'homme. Certains personnages privilégiés ont passé pour jouir de facultés supérieures qui leur permettaient de découvrir- le passé, le présent et l'avenir, de pénétrer la pensée d'autrui, devoir à des distances auxquelles l'œil ne peut atteindre, de percer tous les voiles, d'interpréter les songes et d'y lire les avertissements du ciel, etc. Chez les Hébreux, les prêtres gardaient comme le plus précieux des trésors, une boîte appelée arche d'alliance, d'où se faisait entendre la voix divine qui rendait des oracles. En outre, quelques hommes renommés pour leur sainteté exerçaient la divination d'une manière plus accessible au vulgaire et donnaient des consultations même en matière d'intérêts fort vulgaires : c'est ainsi que Saûl ayant perdu ses ânesses et fait de vains efforts pour les retrouver, se décide à consulter un homme de Dieu fort célèbre, car tout ce qu'il disait arrivait infailliblement (I Rois, IX). L'auteur sacré ajoute que Saûl, pour se conformer à l'usage qui était de rémunérer les hommes de Dieu pour leurs consultations, apporta à Samuel le quart d'un sicle d'argent; et il fait observer que dans Israël, tous ceux qui allaient consul-

ter Dieu, s'entre-disaient : « Venez, allons au voyant; » car celui qui s'appelle aujourd'hui prophète, s'appelait alors le voyant.

Les Hébreux n'avaient pas seulement une divination sacrée, ils en avaient une autre qui était réputée coupable, bien qu'on ne l'attribuât point au diable dont il n'était pas encore question. Ainsi la loi de Moïse défend l'évocation des morts et même toute espèce de divination, et punit de mort ceux qui ont un esprit de Python (Lévit., XX, 27). Saùl voulant connaître l'avenir et ne pouvant probablement s'adresser, comme il l'avait déjà fait, aux hommes de Dieu avec lesquels il était brouillé, va trouver la sorcière d'Endor qui avait un esprit de Python -, cette femme, qui ne le connaît pas, craint un piège et lui objecte les lois d'extermination contre les devins et magiciens. Elle finit par céder, et elle évoque l'ombre de Samuel qui lui révèle l'avenir (I Rois, xxvm) . Cette différence d'appréciation des deux sortes de divination tenait sans doute à une rivalité d'industrie.

Chez les Grecs, un grand nombre de temples étaient renommés pour leurs oracles. La divination se faisait par divers modes : les oracles les plus fameux avaient pour interprètes des pythies ou sibylles; c'étaient des vierges qui pour recevoir l'inspiration divine, montaient sur le trépied sacré audessous duquel était un orifice d'où s'exhalaient des vapeurs aromatiques. La prêtresse, en recevant ces émanations, entrait dans une espèce de fureur et laissait échapper des paroles entrecoupées, formant ordinairement des vers, souvent fort obscurs, que les consultants devaient recueillir comme la voix de la divinité. On cite notamment l'anecdote de Crésus qui, voulant éprouver l'oracle de Delphes, envoya demander ce qu'il faisait à un moment donné, etl'on assure que la réponse fut exacte (1). C'est un des plus anciens exemples de vueàdis-

(I) Hérodote, 1. I, c. 46-49.

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tance. Dans les temples dédiés à Esculape, on faisait dormir les malades, le Dieu leur apparaissait en songe et leur faisait connaître les moyens de guérison. Dans le monde grec, indépendamment des oracles attachés aux temples et qui faisaient partie des institutions publiques, il y avait des particuliers qui exerçaient la divination et se mettaient au service des consultants. On voit dans les Actes des apôtres (ch. xvi) que saint Paul, étant à Philippes en Macédoine, rencontra une servante qui avait un esprit de Python et qui apportait de grands gains à ses maîtres en devinant; saint Paul chassa l'esprit du corps de cette femme et lui retira ainsi le don de deviner, ce qui irrita beaucoup ses maîtres.

Les monuments historiques et les relations de voyageurs nous montrent les mêmes croyances à toutes les époques et chez les diverses races. Partout la divination est regardée comme l'apanage de quelques initiés, le plus souvent elle se lie à l'organisation religieuse, quelquefois même aux institutions civiles. Le christianisme, sous ce rapport, s'est complètement séparé des religions plus anciennes ; il admet, il est vrai, dans le passé, le don de divination qu'il reconnaît aux prophètes de l'Ancien Testament, aux apôtres et à un très petit nombre de saints les plus éminents ; mais aucune des églises chrétiennes n'a revendiqué pour ses minisires le privilège de la divination, aucune n'a même reconnu qu'une telle faculté fût accordée par Dieu d'une manière permanente à des êtres humains ; bien plus, l'Eglise catholique n'a cessé de condamner delà manière la plus rigoureuse toute tentative de divination, et elle enseigne que, sauf les cas très rares et exceptionnels de révélation divine à quelques élus, la connaissance des secrets qui dépassent la portée de l'homme, ne peut être acquise que par un commerce criminel avec les esprits infernaux. Le Rituel -met au nombre des signes qui servent à faire reconnaître la possession démoniaque :

1° La connaissance des événements futurs ;

2° La connaissance de ce qui se passe dans les lieux éloignés, au moment même;

3° La connaissance des pensées non exprimées ;

4° L'intelligence des langues inconnues ;

5° La faculté de parler ces mêmes langues;

6° L'exaltation subite des facultés intellectuelles;

7° Un développement des forces physiques supérieur à l'âge ou au sexe de, celui qui les présente ;

8° La suspension du corps en l'air pendant un temps considérable.

Il est résulté de l'adoption de ces règles, que chez les nations chrétiennes, la divination a été regardée comme un art exécrable; et ceux qui s'y sont livrés, ont été honnis, persécutés et condamnés comme sorciers. Les nombreux procès de sorcellerie dontles pièces volumineuses nous ont été conservées, nous font voir les juges s'ingéniant à trouver chez les accusés un ou plusieurs des caractères que nous venons de rapporter; il n'en fallait pas davantage pour les faire brûler vifs. Dans le fameux procès du curé Grandier, on reconnut (s'il faut en croire les historiens) que les ursulines qu'il était accusé d'avoir ensorcelées, répondaient à des questions mentales, conversaient dans des langues qu'elles ignoraient, et exécutaient des mouvements dont on jugeait l'homme incapable : on décida, d'après ces signes, qu'elles étaient possédées par des démons.

Les foudres de l'Église et la rigueur sanguinaire des tribunaux chargés de sévir contre les sorciers, n'empêchèrent jamais la divination d'être extrêmement commune. Depuis la seconde moitié du xvn" siècle, on cessa de faire des procès de sorcellerie, la divination cessa de s'attribuer une origine diabolique, l'opinion publique fut beaucoup plus indulgente pour ceux qui s'y livrèrent. Les personnes qui firent métier de donner des consultations, abandonnèrent les évocations, le grimoire et tout l'attirail du rituel démoniaque. Les procédés qui se sont transmis jusqu'à nous, n'ont rien

d'odieux ni d'effrayant. Ceux qui ont acquis le plus de célébrité, se sont servis de cartes à jouer ou de cartes appelées tarots portant des figures bizarres qui viennent des anciens astrologues; les combinaisons de ces cartes donnent toutes les indications sur ce que veut savoir le consultant. Il y en a qui emploient le marc de café; d'autres prétendent lire dans Furine du consultant l'état de sa santé (on les appelle jugeurs d'eau)-, quelques-uns cultivent encore l'astrologie, d'autres lisent dans la main; il y a une foule d'autres modes. Les gens qui cultivent cet art, sont fort peu estimés, regardés comme des charlatans, si ce n'est des escrocs, mais nullement comme des suppôts de Satan. Plusieurs, tels que Cagliostro et mademoiselle Lenormand, jouirent d'une grande vogue jusque dans la classe aristocratique, gagnèrent des sommes fabuleuses, furent fêtés et choyés, et eurent une existence des plus agréables.

La soif de connaissances est naturelle à l'homme, elle ne s'arrête devant aucun obstacle, ne respecte aucun voile, ne peut accepter les bornes posées par la science officielle; l'esprit aime à s'élancer dans les sphères mystérieuses dont la raison veut lui interdire l'entrée. Les progrès de la civilisation n'ont pu comprimer cette ardente curiosité, et la divination n'a pas cessé d'avoir ses adeptes et ses prôneurs. Le somnambulisme est venu lui servir d'instrument.

Puységurfutle premier qui, ayant amené par le magnétisme des sujets à l'état somnambulique, remarqua avec étonnement qu'ils obéissaient à sa pensée en chantant des airs qu'il modulait mentalement, qu'ils voyaient l'intérieur de leur propre corps et se prescrivaient des remèdes; peu de temps après, ces sujets appliquaient ces facultés à l'examen et au traitement des malades. Plus tard, leur lucidité fut employée à une foule d'autres usages.

Voici quelles sont les facultés transcendantes attribuées aux somnambules. Les uns sont semitifs : en se mettant en

rapport avec un malade, ils ressentent à un certain degré la môme douleur que lui, et indiquent, d'après leurs propres sensations, le siège du mal. Les autres sont intuitifs, et sans éprouver cette communication sympathique de la maladie, ils la désignent, décrivent les lésions de l'organisme du consultant, découvrent l'historique du mal, prescrivent les moyens de le guérir, prédisent les diverses périodes du traitement, l'époque et la durée des accès, etc. Quelques-uns sont tout à la fois sensitifs et intuitifs. On assure qu'il y en a qui, dans leur diagnostic, se servent des mots techniques sans les avoir appris et montrent la connaissance de sciences qui leur sont étrangères dans leur état de veille.

On appelle lucidité en général la faculté de découvrir ce que l'homme ne peut voir dans son état ordinaire. On en distingue plusieurs espèces :

1° Vue des maladies et des remèdes.

2° Vue à travers les corps opaques ; vue sans le secours des yeux.

3° Vue des objets éloignés ; le lucide perçoit non-seulement la forme, la couleur et la disposition des corps, c'est-àdire ce que la vue ordinaire peut percevoir, mais aussi les autres propriétés perceptibles par les autres sens, c'est-à-dire les sons, les odeurs, les saveurs, les propriétés tactiles.

4° Vue de la pensée d'autrui, quoiqu'elle ne soit exprimée par aucun signe.

5° Intelligence de langues non apprises.

6° Vue du passé.

7° Vue de l'avenir.

Les traités sur cette matière mentionnent plusieurs autres facultés des somnambules, parmi lesquelles il nous suffira de mentionner ici la transposition des sens : des somnambules voient par le front ou par la nuque, perçoivent la saveur d'objets placés sur l'épigastre, etc.

Cette énuméralion a de quoi frapper de stupeur, et l'on

se demande tout d'abord si des êtres jouissant d'aussi hautes prérogatives font partie de notre chétive espèce humaine, ou s'ils n'appartiennent pas plutôt à des mondes supérieurs. Mais hâtons-nous de dire que les partisans mêmes les plus enthousiastes du somnambulisme restreignent leurs prétentions de manière à leur enlever ce caractère de merveilleux qui les rendrait incroyables. En effet, ils reconnaissent : 1° que les bons somnambules sont excessivement rares; 2° que les plus éminents, même ceux qui ont fait preuve de la lucidité la plus éclatante, ne jouissent pas constamment de leurs facultés supérieures, qu'on ne peut y compter à heure fixe, que souvent elle fait défaut au moment où on la désire le plus; 3° que le somnambule qui a été lucide, croit encore l'être quand il ne l'est plus, et qu'alors, au lieu de connaître et d'avouer son défaut de lucidité, il se figure être en possession de ses facultés transcendantes, répond avec assurance sur tout ce qu'on lui demande, commet de lourdes bévues et prend des fantômes pour la réalité; 4° qu'aucun critérium ne peut faire distinguer les moments où le somnambule est lucide, de ceux où il ne l'est pas.

Il en résulte que le somnambulisme perd beaucoup de son prestige : on ne peut plus voir dans le somnambule un être surhumain aux yeux duquel rien n'échappe, qui pénètre dans les replis des consciences, qui découvre les choses les plus cachées, pour lequel le temps et l'espace n'ont point d'obstacle, qui embrasse le passé, le présent et l'avenir. Non, c'est là une chimère que personne ne prend au sérieux. Les adversaires du somnambulisme ne peuvent, pour mieux le combattre, en faire un portrait fantastique. La seule chose qui soit sérieusement en question, c'est l'existence de la lucidité, telle que nous venons de la définir et avec les restrictions que nous avons apportées : c'estseulement sur ce point que doit porter notre examen. La lucidité ainsi entendue est encore assez étonnante pour mériter toute l'attention. Ses

i défenseurs en exaltent les merveilles, en prônent les bienfaits et s'appuient sur un infinité de témoignages et de relations. Ses adversaires déclarent que, malgré leurs efforts pours'as- : surer par eux-mêmes de la réalité de cette lucidité si vantée, ils n'ont jamais pu découvrir un seul fait probant, ils traitent de niaiserie ridicule tout ce qu'on rapporte de la lucidité, et ils affirment même l'impossibilité de tels phénomènes.

Il y a bien de la témérité à déclarer une chose impossible. Nous ne connaissons qu'une bien petite partie des lois de la nature, et nous ne pouvons jamais savoir si quelque loi soupçonnée de nous n'est pas en état de produire des effets inattendus. « En dehors des mathématiques pures, dit Arago, celui qui prononce le mot impossible est imprudent. »

M. Dubois qui discute cette question dans la conclusion de son Histoire académique du magnétisme animal, reconnaît bien qu'on ne peut imposer des bornes à la nature; « mais, ajoute-t-il, la nature s'est imposé à elle-même des bornes infranchissables, il y a des lois fondamentales que rien ne peut altérer.... Une de ces lois est que la vision ne peut s'opérer dans la série animale, qu'au moyen d'un appareil de sensations spéciales, et qu'elle ne peut s'opérer que dans des limites déterminées (pages 638, 639). »

Sans doute, la nature s'est imposé des bornes; mais ce que nous nions, c'est que l'homme puisse les déterminer. Il est évident qu'il ne pourrait connaître ces bornes, qu'à la condition de connaître toutes les lois; or, il est radicalement impossible qu'un être fini soit omniscient.

Dire qu'il est impossible de voir autrement que par nos organes habituels, c'est tout simplement décider la question par la question. Tout ce qu'on peut affirmer, c'est qu'on ne connaît pas d'autre mode de vision ; mais on n'est pas pour cela autorisé à dire qu'il ne peut pas en exister d'autres. M. Dubois, en affirmant d'un ton si tranchant que toute autre vision est impossible, n'apporte pas le moindre argument à

l'appui de son assertion, ne la justifie môme pas par quelque considération spécieuse. Qui lui a dit qu'à cet égard il y avait une borne fixée par la nature, qui la lui a fait apercevoir? A-t-il reçu une révélation ?. ..

Si, il y a cinquante ans, quelqu'un eût annoncé que deux personnes pourraient instantanément correspondre des antipodes, il n'aurait pas manqué de gens qui auraient déclaré une telle prétention insoutenable, auraient cherché à prouver que la télégraphie aérienne était le nec plus ultra des moyens de communications, que, même en le perfectionnant, le nombre considérable des stations à répartir sur une étendue de 4500 lieues pour répéter les signaux, exigeait un temps assez long, que d'ailleurs les mers étaient un obstacle infranchissable ; bref, quelque Dubois aurait déclaré que la nature s'était imposé à elle-même des bornes, que par suite la durée des communications sur une aussi grande distance ne pouvait descendre au-dessous d'un certain minimum, qu'il était insensé de chercher à obtenir davantage, tous les efforts humains devant se briser contre la susdite borne.... La télégraphie électrique serait venue donner un démenti à ces prétendus docteurs ès bornes naturelles, de même que chaque progrès de la science dément quelque semblable déclaration d'impossibilité.

Cet argument a priori n'a donc aucune valeur et ne doit pas dispenser d'examiner les faits : leur existence d'ailleurs ne serait-elle pas la meilleure preuve de leur possibilité ?

Les académies ont fait plusieurs tentatives pour vérifier la réalité de la lucidité. Il n'en a pas été question devant les commissions académiques de 1784, puisqu'alors le somnambulisme n'était pas connu. M. Husson, dans son rapport dont nous avons déjà fait mention, relate les cas suivants de lucidité, constatés par la commission dont il était l'interprète :

1" On présenta aux commissaires un sujet nommé Petit (d'Alhis) , comme jouissant de la faculté de voir les yeux for-

mes. Ce sujet ne pouvant supporter de bandeau, on fut réduit à observer constamment ses yeux 5 il n'y avait pas le moindre écartement entre les paupières dont les bords étaient superposés, de manière que les cils se croisaient. Dans cet état, le somnambule lut quelques mots, distingua une boîte Sur laquelle était l'emblème de la fidélité, joua aux cartes. M. Bourdois, l'un des commissaires, déclara que, selon toutes les vraisemblances humaines et autant qu'on en pouvait juger par les sens, les paupières étaient exactement closes. On avait remarqué que, pendant les expériences, le globe de l'œil semblait se mouvoir sous la paupière et suivre les divers mouvements des mains.

M. Dubois fait contre ces expériences des objections qui, nous devons le reconnaître, ne sont pas sans fondement. Dès qu'il n'y a pas de bandeau, il ne peut y avoir de garantie sérieuse. Vous vous assurez bien que les paupières sont fermées à un certain moment, mais ce moment n'est pas celui où se fait la lecture. Vous présentez un objet au somnambule qui l'examine plus ou moins longtemps, le palpe, le porte à son front, faitdes efforts, fatigue ainsi votre attention etaprès une attente prolongée, parvient à entre-bâiller un instant les paupières et à saisir à la dérobée un mot ou une ligne. Vous ne pouvez être parfaitement certain qu'une vision faite dans ces conditions n'a pas eu lieu par le mode ordinaire, d'autant plus que les mouvements du globe de l'œil prouvent bien que c'est cet organe qui a fonctionné.

2° Un nommé Paul, malade admis à l'hôpital de la Charité, ayant une paralysie du côté gauche et ne marchant qu'avec des béquilles, devint somnambule, se prescrivit divers médicaments, et dans l'un de ses sommeils magnétiques, il prédit que, trois jours après, il marcherait sans béquille, ce qui se réalisa.

Ce malade, répond M. Dubois, était en voie de guérison avant d'être somnambulisé ; il n'a rien révélé de nouveau sur

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son élat ; ce qu'il s'est prescrit n'est que la continuation du traitement suivi par son médecin, et l'on ne voit point éclore chez lui de connaissance qu'il n'eût pas â l'état de veille. Quant au fait de marcher sans béquille au jour indiqué d'avance, il n'aurait de valeur qu'autant qu'on se serait assuré que l'auteur de cette prédiction était, en la faisant, hors d'état de marcher. Comme nous n'avons à cet égard aucune garantie, rien n'empêche de croire que notre malade a joué une petite comédie.

3° Le même Paul ayant les paupières fermées, sur lesquelles le docteur Ségalas appuyait les doigts, lut quelques mots et reconnut des cartes. Dans toutes ces expériences, dit le rap^ porteur, les doigts ont été appliqués sur la totalité de la commissure de chaque œil, en pressant de haut en bas la paupière supérieure sur l'inférieure, et nous avons remarqué que le globe de l'oeil avait été dans un mouvement continuel de rotation et paraissait se diriger vers l'objet soumis à la vision.

M. Dubois répond que le somnambule agitant continuellement le globe de l'œil et faisant une foule de contorsions avant de parvenir à lire, finit par soustraire un instant ses paupières a la pression et par surprendre quelques mots sur le livre qu'on lui présente : les précautions ainsi prises sont insuffisantes.

Il" Cazot, épileplique, prédit plusieurs de ses accès qui eurent lieu exactement aux jours indiqués. En dernier lieu, il annonça dans de grands détails ce qui devait lui arriver à une certaine époque : mais deux jours après ces prédictions, il fut écrasé par la roue d'un cabriolet et mourut des suites

de cet accident.

M. Dubois objecte que l'épilepsie est une maladie facile à simuler, qu'elle l'a été souvent dans les dernières guerres de l'empire, par des conscrits qui, une fois la paix arrivée, se sont vantés d'avoir mystifié les conseils de révision ; qu'ainsi

Cazot pouvait n'être qu'un fourbe qui se jouait des commissaires.

5- Une demoiselle Céline, somnambule, exerça ses facultés intuitives à l'égard de trois personnes qui lui furent présentées, et, d'après M. Husson, « la déclaration de l'une de ces personnes, l'examen que l'on a fait de l'autre après trois ponctions, et l'autopsie de la troisième se sont trouvés d'accord avec ce que cette somnambule avait avancé. Les divers traitements qu'elle a prescrits, ne sortent pas du cercle des remèdes qu'elle pouvait connaître ni de l'ordre de choses qu'elle pouvait raisonnablement recommander; elle les a appliqués avec une sorte de discernement. »

Réponse de M. Dubois. Quant à la première personne qui est M. Marc, l'un des commissaires, le diagnostic de mademoiselle Céline n'a rien d'étonnant, chacun pouvait à première vue reconnaître le tempérament de M. Marc; tout ce qu'a dit sur son compte la somnambule, ne suppose pas nécessairement delà lucidité. Quant aux deux autres personnes, ce sont elles ou leurs parents qui ont exprimé le désir d'une consultation somnambulique. M. Husson n'aurait pas pris les précautions suffisantes pour s'assurer si Céline et son magnétiseur Foissac ne s'étaient pas concertés d'avance, aûn de connaître et l'état des malades et les traitements précédemment suivis; la coïncidence frappante entre une prescription fort insolite faite par l'illustre Dupuytren et celle de la somnambule favorise cette supposition; à défaut de garanties rigoureuses, on ne peut admettre la lucidité comme constatée.

Nous avons cru devoir entrer dans quelques détails sur ce rapport Husson qui est un des documents les plus importants de l'histoire du somnambulisme, et qui a donné lieu à une controverse si passionnée. En l'examinant sans prévention, il est impossible de ne pas reconnaître que la relation faite par des hommes aussi considérables que les commissaires de l'Académie de médecine et leur opinion favorable sur l'existence

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de la lucidité, ont une haute valeur, sont de nature à rendre au moins très vraisemblable la doctrine dont ils se sont faits les interprètes, et prouvent qu'on peut l'admettre sans être nécessairement un niais, comme le proclament tant de gens qui ne se sont pas môme donné la peine d'examiner les premiers éléments du procès. D'un autre côté, les objections de MM. Dubois et Burdin ne sont pas sans force; ils ont signalé avec raison l'insuffisance des précautions prises. Nous pensons donc que cette discussion contradictoire, tout en fournissant des lumières sur ce sujet, laisse la question dans le doute.

La même Académie s'est encore occupée depuis du somnambulisme dans deux circonstances, et nous devons mentionner le résultat de ses travaux.

En 1837, M. le docteur Berna ayant offert à l'Académie de lui faire voir des faits concluants sur des somnambules qu'il mettait à sa disposition, une nouvelle commission fut nommée pour étudier les phénomènes du somnambulisme ; elle choisit pour rapporteur M. Dubois (d'Amiens), dont nous avons souvent parlé, le fougueux adversaire du magnétisme. Sans doute il aurait été préférable que le choix eût porté sur une personne qui offrît plus de garanties d'impartialité. Toutefois il résulte de son rapport que les commissaires, quelles que pussent être leurs opinions préconçues, ont apporté dans l'accomplissement de leur mission tout le soin désirable : les expériences ont toutes échoué. Les sujets de M. Berna étaient annoncés comme pouvant voir par l'occiput : on leur présenta des cartes à jouer, les sujets prétendirent voir et désignèrent des cartes autres que celles qui étaient soumises à leur examen, et même quand on montra à l'un d'eux des cartes blanches, il appela un valet de trèfle. En un mot, rien ne réussit.

On conçoit l'allégresse des adversaires du somnambulisme. Le rapport de M. Dubois se termina, bien entendu, par une série de conclusions dans lesquelles on niait l'existence des

facultés qui avaient fait l'objet de l'examen de la commission . A la suite de la discussion sur ce rapport, M. Burdin, pour en finir avec les prétentions à la lucidité, fonda un prix de 3000 francs qui devait être décerné par une commission de l'Académie à la personne qui parviendrait à lire sans le secours des yeux; le temps de ces épreuves devait être de deux ans, ce délai a été depuis prorogé d'une année. C'était là un moyen loyal, excellent, d'arriver à une solution sur la question controversée. La commission chargée de l'exécution de cette mesure fut composée équitablement de membres appartenant à toutes les opinions, on y fit entrer les deux implacables adversaires, l'apologiste Husson etle détracteur Dubois, et plusieurs médecins qui ne passaient pas pour avoir de parti pris.

La commission arrêta le programme de son mode d'opérer, et le concours fut annoncé dans tous les journaux. Un certain nombre de concurrents s'annoncèrent, mais deux seulement acceptèrent l'épreuve et se présentèrent, ce furent des sujets amenés par deux docteurs en médecine, MM. Pigeaire et Teste.

Le premier vint tout exprès de Montpellier avec sa fille, somnambule âgée de onze ans, dont on vantait la lucidité. Il donna d'abord diverses séances étrangères à la commission ; il y appela des notabilités, fit signer des procès-verbaux qu'il publia dans les journaux. On conçoit tout d'abord combien de pareilles attestations sont insuffisantes : des personnes invitées craindraient de manquer d'égards au maître de maison en exigeant des précautions, en montrant de la défiance; elles peuvent d'ailleurs manquer des qualités nécessaires pour bien observer. Des commissaires, au contraire, sont investis d'une sorte de magistrature, ont un grave devoir à remplir, et sont plus particulièrement aptes à vérifier si l'on expérimente dans de bonnes conditions.

Enfin M. Pigeaire parut devant la commission, il avait

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écrit : « Rendez momentanément ma fille aveugle, et elle lira. » Malgré cette assurance, il ne put s'entendre avec la commission sur la manière d'empêcher la lumière d'arriver aux yeux de la somnambule. Les commissaires offraient cependant des conditions fort acceptables ; ils proposaient qu'elle eût ou n'eût pas de bandeau, à son choix, qu'on interposât simplement une feuille de papier entre les yeux et l'objet à discerner, qu'elle pût aussi, si cela lui convenait, se servir de ses doigts, mais en les promenant sur une plaque de verre qui serait appliquée sur le livre dans lequel il s'agissait de lire ; enfin ils déclarèrent qu'ils se contenteraient d'un bandeau quelconque, sans interposition de feuille de papier, mais à condition que les objets à discerner seraient placés à telle distance que voudrait M. Pigeaire; et dans une direction telle que, quand bien même il s'opérerait quelque décollement du bandeau, rien ne pourrait être vu sous le bord inférieur du bandeau : « Ainsi, disaient-ils, au lieu de placer les objets obliquement en bas, on les placerait directement vis-à-vis, c'est-à-dire dans une direction perpendiculaire à la surface du bandeau. » — M. Pigeaire n'ayant pas accepté ces conditions, les épreuves n'ont pas eu lieu. Le rapporteur, M. Gérardin, rendit compte à l'Académie de ces tentatives infructueuses. M. Pigeaire, dans son ouvrage intitulé Puissance de l'électricité animale, donna la relation de séances tenues devant un grand nombre de personnes (et dont nous parlerons au chapitre XIV), et il se plaignit vivement du mauvais vouloir de la commission. M. le professeur Gerdy, qui n'en faisait pas partie, assista à des séances de mademoiselle Pigeaire et d'une autre somnambule nommée Prudence ; il en a publié une relation qui se trouve dans l'ouvrage de MM. Burdin et Dubois (p. 605), et dans laquelle il signale l'insuffisance des précautions prises -, il raconte, en outre, qu'ayant fabriqué un emplâtre semblable à ceux dont avaient fait usage les somnambules, un de ses amis se l'appli-

pliqua sur un œil, l'autre étant tenu fermé par les doigts d'un observateur très rigide, et que cet ami parvint à lire ainsi et s'amusa même à se faire passer pour somnambule lucide.

M. Teste avantageusement connu par de bons ouvrages sur le magnétisme, se présenta au concours et se fit fort de faire lire une somnambule « à travers les parois d'une boîte de carton et même de bois, la seule condition indispensable au succès de l'expérience étant que la direction des lettres enfermées dans la boîte fût préalablement désignée. » On fut parfaitement d'accord sur les conditions. Mais la somnambule, après une heure d'efforts, ne put lire un seul mot de l'écriture placée dans la boîte, et lut deux mots qui ne s'y

trouvaient pas.

Aucun autre candidat ne se présenta jusqu'à l'expiration

du délai de trois ans, et le prix ne fut pas gagné.

Les adversaires de la lucidité ne se flattèrent pas sans doute que ce défi et ces insuccès mettraient fin au combat : il s'est ranimé plus ardent que jamais.

Les magnétistes ont prétendu qu'en définitive il n'y avait eu là que des faits négatifs, et que de tels faits ne prouvaient rien : de ce que plusieurs personnes qu'on avait crues lucides ne le sont pas , il ne s'ensuit nullement que la lucidité n'existe pas ; un seul fait positif détruit tous les faits négatifs.

D'accord, répondent les adversaires, mais montrez-nous ce fait positif, et jusque-là nous sommes en droit de repousser vos prétentions comme dénuées de fondement.

S'il n'existait d'autre document sur la question, que les travaux des Académies de France, cet argument serait sans réplique : mais il existe une foule d'attestations qui méritent bien quelque attention et que nous allons examiner dans les chapitres suivants. Nous devons seulement faire observer dès à présent qu'un point peut être regardé comme établi par les travaux académiques, c'est que le genre de lucidité spéciale consistant à lire à travers les corps opaques ou à lire sans le

secours des yeux, doit être excessivement rare, puisque peudant les trois ans que le concours a été ouvert, deux sujets seulementontoséaffronlerlesépreuvesetquemèmece nombre doit être réduit à un seul, mademoiselle Pigeaire s'étant désistée devant les exigences pourtant fort raisonnables des commissaires. A entendre les preneurs de la lucidité, rien ne serait plus commun, et tous les jours, des centaines de somnambules prétendent voir à travers les murs, les vêtements et tout autre corps opaque. Il est bien évident qu'il y a là une énorme exagération. Certes, le délai de trois ans a été bien suffisant pour que les candidats pussent se mettre en mesure ; indépendamment du gain de 3000 francs qui n'était pas à dédaigner, les somnambules et les magnétiseurs auraient acquis, en gagnant le prix, une immense réputation et auraient assuré le succès de la cause à laquelle ils sont très attachés. Leur silence est donc un humiliant aveu d'impuissance ou au moins de faiblesse, et il ne devrait pas en falloir davantage pour être autorisé à conclure qu'une réduction considérable doit être faite sur les prétentions à la lucidité.

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