DE L.V LUCIDITÉ. — CONCLUSIONS
Nous aurions pu grossir la liste des faits de «J^ien observés et constatés par des témoins dignes d , fo. les exemples que nous avons cités sont certainement suffi L pom donner à réfléchir sur lesfacultés ex— aire dont il s'agit. L'homme judicieux et de bonne foi doit se dire qu'il n'est pas supposable que tant de personnes honorables et éclairées aient attesté des faits imaginâmes qu'elles n'aient pas pu se rendre compte de ce qui se passait sous leurs yeux, et se soient laissées duper comme des enfants ou qu'elles aient commis des mensonges odieux. Aucune'de ces suppositions n'est admissible ; et pourtant, en pareille matière, il est bien difficile de se former une convietion parfaite, à moins d'avoir vu par soi-même. L'autorité des témoignages doit produire au moins un résultat, c est d'inspirer de la circonspection à ceux qui, non contents de ne pas admettre la lucidité qui ne leur est pas démontrée, regardent ce sujet comme indigne de discussion, et n'en parlent qu'avec un superbe mépris. Quand des hommes aussi éminents que ceux dont nous avons produit les attestations, se sont prononcés et certifient avoir vu, ce n'est qu'avec réserve et convenance qu'on doit discuter leurs relations et combattre leurs conclusions.
Il peut paraître étrange que la lucidité dont la constatation a échappé aux corps savants, se soit présentée assez fréquemment pour que de nombreux témoins aient été à même d'en publier des relations. Cette difficulté peut être aisément résolue. Certes, il faut bien reconnaître, comme
(1) On peut voir, entre autres, les ouvrages de MM. les docteurs Teste, Foissac, Frappart, Bellanger, Gromier, Garcin , et de M.Chardel, conseiller à la Cour de cassation.
M) MAGNÉttUSjmî.
nous l'avons déjà dit, que la lucidité est fort peu commune et qu'elle ne se manifeste pas à heure fixe, à la volonté de ceux qui la recherchent. Ainsi s'explique l'insuccès des somnambules présentés aux commissions académiques. La faculté de voir sans le secours des yeux, la seule que poursuivît la commission Burdin, est une des plus rares parmi celles des somnabules. Plusieurs des auteurs recommandâmes qui ont décriL des faits de lucidité, les ont observés chez des sujets malades, et quelques-uns môme atteints de maladies rares, telles que la catalepsie. On conçoit donc bien que de tels phénomènes ne puissent avoir lieu au moment précis où les demandent les commissaires, pas plus qu'on ne pourrait leur servir un cas de combustion spontanée d'un corps humain, ou autre rareté pathologique (1). Pour trouver un seul fait de lucidité, il faut chercher longtemps, s'exposer à plus d'une déconvenue, s'armer de patience, être en garde contre la supercherie. Mais enfin celui qui veut sérieusement, trouvera et sera amplement dédommagé de ses efforts;
(0 Lors de la polémique engagée dans le journal l'Ami des sciences, en 1856, entre M. Mabru et plusieurs magnétistes, M. Derrien indiqua la combustion spontanée des tas de charbon et des tas de loin comme des phénomènes qu'on ne peut reproduire à volonté et qui n'en sont pas moins tenus pour très certains. M. Mabru, dans son livre intitulé Les Magnétiseurs peints par euxmêmes, p. 518, fait cette singulière réponse : « Le phénomène étant qualifié de spontané, on outre-passe la permission en exigeant des chimistes qu'ils le produisent à volonté. » C'est jouer sur les mots. Il arrive quelquefois qu'une meule humide de foin s'enflamme : en donnant à ce phénomène le nom de combustion spontanée, on veut dire par là que le feu n'y a pas été mis du dehors, ni causé par une préparation artificielle, et que c'était dans la meule elle-même qu'était la cause (jusqu'ici inconnue) qui a déterminé la combustion. Demander la reproduction de ce phénomène, c'est demander qu'on établisse une meule de manière que tout y soit disposé exactement comme dans celles qui s'enflamment d'elles-mêmes, et que la combustion ait également lieu. Sans doute, si l'on réussissait à produire ce résultat, la combustion qui aurait lieu ne pourrait être qualifiée de spontanée, puisque le fait de l'homme serait intervenu. Mais le phénomène serait le même que celui qu'on observe dans les combustions spontanées. C'est là ce que demandait M. Derrien; et comme la réponse de la science est négative, il faut bien reconnaître la réalité de faits non susceptibles d'être reproduits à volonté.