DE LÀ LUCIDITÉ. — CONCLUSIONS. A
seul magnétiseur qui puisse à son gré faire obéir son sujet à une volonté non exprimée ; en second lieu, quand le succès a lieu, c'est avec un sujet mis en somnambulisme, qui sait que son magnétiseur fait sur lui des expériences -, le sujet alors s'efforce de pénétrer sa pensée, de manière à réaliser tous ses désirs, et le travail de son esprit suffit quelquefois pour amener un moment de lucidité.
Ces deux circonstances suffisent pour faire admettre la dernière des deux explications. Si le magnétiseur avait une action propre, on l'apprécierait par ses effets, qui ne sont autres que les effets magnétiques, et le magnétiseur les produit à volonté, en ce sens qu'avec un même sujet, éveillé ou non, il peut à son gré faire naître les mêmes faits. Mais, comme nous savons que, quand il agit sur des personnes qui ne s'en doutent pas, il ne produit rien, il s'ensuit que si, exceptionnellement, il obtient, sans geste visible, des résultats sur des somnambules soumis à des expériences de sa part, les effets ne peuvent être attribués qu'à une suggestion transmise au moyen de la faculté anormale du somnambule; cette faculté étant très variable, le succès, dans de telles conditions, l'est également.
De même, un individu, autre que le magnétiseur, ne peut généralement se mettre en rapport avec un somnambule, sans employer la parole ou le geste. S'il arrive, exceptionnellement, qu'on y réussisse sans aucun de ces moyens, c'est que, par suite d'une circonstance quelconque, le somnambule avait porté son attention sur la personne qui désirait se mettre en rapport, et avait pénétré sa pensée ; et , ce qui prouve que ce résultat n'est pas dû à une action propre de cette personne, c'est que celle-ci, bien que pouvant exercer à volonté sa puissance magnétique, sera incapable de reproduire à volonté la même expérience : quand elle cherchera de nouveau à se mettre en rapport, sans que son intention se manifeste au somnambule au moyen des sens, comme il
lbb DU MAGNÉTISME.
n'y aura pas la répétition des circonstances qui avaient précédemment attiré l'attention du somnambule, et, en outre, comme la lucidité n'est pas constante, la tentative sera infructueuse.
II. Intelligence des langues non ajjprises. — Cette prétendue faculté n'est autre chose que la communication de pensée. Quand vous parlez à un somnambule dans une langue qu'il ne connaît pas et qu'il vous comprend, c'est qu'il est en relation avec votre pensée, et alors les mois importent peu. Pour vous assurer qu'il ne connaît réellement pas la langue dans laquelle vous l'avez entretenu, vous n'avez qu'à lui présenter un livre écrit clans cette même langue et ouvert au hasard, de sorte que vous ne sachiez pas ce que contient le passage indiqué , vous pouvez être bien certain que le lucide ne comprendra pas un mot de la langue que nous supposons, bien entendu, lui être étrangère. Je ne connais pas un seul fait qui démente mon assertion.
\ III. Faculté de parler des langues non apprises. — Plusieurs auteurs ont prétendu que cette faculté avait été constatée chez les démoniaques, notamment chez les religieuses de Loudun, plus tard chez les trembleurs des Cévennes, chez les convulsionnaires de Saint-Médard , et enfin, de notre temps, chez des somnambules. Mais, en examinant attentivement les relations sur ce sujet, il est facile de se rendre compte de l'erreur où sont tombés ces auteurs..
Certains extatiques articulent des sons que personne ne reconnaît pour appartenir à aucune langue, ou écrivent des caractères indéchiffrables; on en a conclu qu'ils parlaient ou écrivaient des langues non apprises, mais cette affirmation est purement gratuite; rien ne prouve que ces sons bizarres ou ces caractères énigmatiques appartiennent à une langue quelconque. <i J'ai déjà observé, dit Carré de Montgeron, que c'est dans le plus fort de leurs extases, que plusieurs convulsionnaires font ces discours en langue inconnue ou étrangère.