DE LA LUCIDITÉ. — CONCLUSIONS
intellectuelle qui, en définitive, ne consiste que dans la mise en œuvre des matériaux que possédait leur esprit.
Voilà à quoi se réduisent les relations dignes de foi concernant la l'acuité dont il s'agit. M. Gervello, il est vrai, assure que le sujet par lui observé, parla l'anglais sans l'avoir appris. Mais tout ce qu'il peut attester à cet égard, c'est, d'une part, que celte personne a parlé anglais, et d'une autre part, qu'on lui a dit qu'elle ne l'avait pas appris. Sur ce dernier point, nous n'avons pas de garantie. Il s'agit d'une demoiselle appartenant à une famille aisée, et qui avait appris le français, outre sa langue maternelle. Il est possible qu'elle ait appris l'anglais seule et en secret. Remarquons que, d'après la relation, c'est elle qui désigne d'avance les langues qu'elle parlera dans ses crises : un jour, elle dit parler grec, mais aucune des personnes présentes ne possédait cette langue et n'était en état de vérifier si ce que disait l'extatique était vraiment du grec, ou si ce n'était pas un galimatias n'appartenant à aucune langue. D'autres fois, elle parle français et toscan, ce qui n'étonne nullement sa famille. Ce ne fut que pour l'anglais qu'on fut émerveillé comme d'un prodige, bien que le fait puisse s'expliquer comme nous l'avons dit. A 1' inverse de cette méthode, les démoniaques ne se bornaient pas à indiquer une ou deux langues dont ils pourraient se servir, ils parlaient à volonté et sans préparation, toutes celles dans lesquelles on les interrogeait : seulement les relations de ces prodiges diaboliques se discréditent ellesmêmes par leur caractère évidemment légendaire et par le fanatisme aveugle qu'elles respirent.
IV. Transposition des sens. — La transposition des sens de la vue, de l'ouïe, du goût et de l'odorat nous semble bien constatée par les relations des docteurs Pétetin, Roslan, Cervello et Despine : il est à remarquer qu'ils ne l'ont constatée que sur des sujets malades, et il y a tout lieu de croire que ce phénomène tient à certains étals morbides. Plusieurs
magnétiseurs ont prétendu le rencontrer chez des sujets bien portants; mais dans les divers cas que nous avons été à môme d'observer, ou qui l'ont été par des personnes de notre connaissance, on s'est abusé en prenant la transmission de pensée pour la transposition des sens. En général, ceux qui servent de sujets d'expériences tiennent à satisfaire leur magnétiseur et tirent une certaine vanité de la réussite de tout ce qu'on leur fait entreprendre. Si l'on cherche, par exemple, à les faire voir par l'épigastre, ils feront tous leurs efforts pour deviner quel est l'objet placé sur cette partie du corps; si le sujet est doué de la faculté de communication de pensée, et s'il s'agit d'une chose connue du magnétiseur, le somnambule la découvrira en lisant dans la pensée de ce dernier, il se figurera avoir vu par l'épigastre et il le fera croire. Mais il est facile de ne pas confondre ces deux facultés. Que l'objet qui doit procurer au somnambule une perception anormale soit inconnu, non-seulement du magnétiseur, mais encore des autres personnes présentes , alors il sera bien certain que, si le somnambule éprouve la sensation que cet objet doit faire éprouver, il y a transposition des sens et non transmission dépensée ; si, au contraire, il y ainsuccès, il sera établi que le sujet ne jouit pas de la transposition des sens. Par exemple, s'il s'agit de la vue, on peut présenter au lieu où l'on suppose transposé le sens de la vue, un livre ouvert au hasard ou une médaille prise parmi beaucoup d'autres de mêmes dimensions. Pour le goût, on a un certain nombre de substances sapides, semblables de forme, de manière à ne pouvoir être reconnues au toucher, on en prend une au hasard sans la voir, et on l'approche de la partie du corps qui doit exercer le sens du goût. On prendra des mesures analogues s'il s'agit de l'ouïe et de l'odorat.
Il y a encore un autre critérium. Si le somnambule devine au moyen de la transmission de pensée, il sera sujet à hési-